Pratiques et points d’entrée
Le Greco circule entre peinture, sculpture et architecture, ce qui aide à lire la page artiste autrement qu’à travers une seule discipline.
Né en 1541 à Candie, dans une Crète alors vénitienne, et mort à Tolède en 1614, Domínikos Theotokópoulos doit son surnom espagnol à cette origine grecque qu’il n’a jamais reniée: il signait ses toiles en caractères grecs.
Domínikos Theotokópoulos naît en 1541 à Candie, l’actuelle Héraklion, alors administrée par la République de Venise; il y apprend d’abord la peinture d’icônes byzantine.
Le Greco circule entre peinture, sculpture et architecture, ce qui aide à lire la page artiste autrement qu’à travers une seule discipline.
Cette page sert surtout à situer Le Greco dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Domínikos Theotokópoulos naît en 1541 à Candie, l’actuelle Héraklion, alors administrée par la République de Venise; il y apprend d’abord la peinture d’icônes byzantine. Le musée du Greco de Tolède résume ce parcours en trois temps: actif dans sa Crète natale, puis dans la Venise du dernier Titien, enfin dans la Rome d’après Michel-Ange. La National Gallery de Londres précise qu’il se forme à Venise, où il travaille sous Titien et subit fortement l’influence du Tintoret et des Bassano, et qu’il se trouve à Rome en 1570, où il étudie Michel-Ange et Raphaël. Cette triple sédimentation — icône, couleur vénitienne, plastique romaine — reste lisible dans toute son œuvre espagnole.
L’année 1577 ouvre la carrière tolédane du peintre. L’encyclopédie du musée du Prado, sous la plume de Fernando Marías, indique qu’il reçoit alors deux commandes décisives: l’Expolio de la cathédrale et la conception des trois retables de la chapelle majeure de l’église cistercienne de Santo Domingo el Antiguo, chapelle funéraire de doña María de Silva. L’affaire lui est confiée par don Diego de Castilla, doyen de la cathédrale de Tolède et exécuteur testamentaire, dont il avait connu le fils Luis à Rome peu auparavant. Le retable majeur réunissait une Assomption de la Vierge signée en grec, une Sainte Face et une Trinité à l’attique. La National Gallery de Londres note qu’il est installé à Tolède au plus tard en 1577 et qu’il y passera le reste de sa vie.
Le Greco arrive en Espagne attiré par le chantier royal de l’Escurial: la Réunion des musées nationaux rappelle qu’il importe dans la péninsule la couleur de Titien, les audaces du Tintoret et la force plastique de Michel-Ange. La National Gallery de Londres documente la commande que lui passe Philippe II pour l’Escurial, Le Martyre de saint Maurice, et le fait que le tableau ne fut pas bien reçu. Le peintre ne deviendra donc jamais artiste de cour: l’essentiel de sa production, souligne la même notice, sera réalisé pour Tolède et ses environs, pour des fondations religieuses locales et pour une clientèle de portraits. Le musée du Greco décrit une dernière période marquée par la maturité d’un peintre solidement établi dans la ville impériale, avec une clientèle fidèle.
La National Gallery de Londres note que le peintre a réalisé plusieurs versions de ses compositions les plus célèbres au fil de sa carrière — une pratique d’atelier qui explique la dispersion actuelle de son corpus entre musées et le débat récurrent sur les attributions. Les collections du Louvre en portent la trace: à côté de tableaux donnés au maître, un Saint François d’Assise et frère Léon méditant sur la mort, inscrit sous son nom, est daté du XVIIe siècle, donc postérieur à sa mort. La même institution londonienne classe explicitement un Saint Jérôme en cardinal comme « possiblement » de sa main et une Agonie au jardin de Gethsémani comme œuvre d’atelier. Lire le Greco, c’est donc lire un peintre et une officine.
Célébré de son vivant à Tolède, le Greco disparaît ensuite du récit dominant de l’histoire de l’art. La Réunion des musées nationaux le formule sans détour: ce sont les avant-gardes européennes qui, au tournant des XIXe et XXe siècles, le redécouvrent, éblouies par une œuvre à la fois fougueuse et électrique, et inscrivent son nom à côté du leur dans le livre naissant de la modernité. Le musée du Greco pousse la filiation plus loin encore, en affirmant que son influence se laisse suivre de ses contemporains jusqu’aux expressionnistes abstraits nord-américains du XXe siècle. C’est cette relecture moderne, et non une transmission continue, qui explique sa place actuelle dans les collections publiques occidentales.
Médiums: huile sur toile, retable peint et sculpté (conception d’ensemble), portrait de commande.
Techniques: figures allongées et déhanchées héritées du maniérisme, couleur vénitienne apprise auprès de Titien, contrastes froids et acides, signature en caractères grecs, reprise de modèles gravés nordiques (la Trinité d’après une xylographie de Dürer de 1511), réalisation de plusieurs versions successives d’une même composition.
Motifs récurrents: peinture religieuse de commande pour les fondations tolédanes, figures de saints en méditation et en pénitence, portraits de la société lettrée de Tolède, vision apocalyptique et eschatologique, paysage urbain de Tolède.
Le département des Peintures du musée du Louvre inscrit quatre tableaux sous le nom de Domenikos Theotocopoulos. Deux sont présentés dans l’aile Denon, salle 718: Le Christ en croix adoré par deux donateurs, huile sur toile datée de vers 1590 et achetée en 1908 (RF 1713), et Saint Louis, roi de France, et un page, daté de 1585-1590 et acheté en 1903 (RF 1507). Le Portrait d’Antonio de Covarrubias y Leiva, 1597-1598, est entré par échange en 1941 (RF 1941 32) et n’est pas exposé. Le quatrième, Saint François d’Assise et frère Léon méditant sur la mort (RF 794), est présenté hors de Paris, dans la salle d’exposition du musée Goya de Castres. Le noyau parisien tient donc à deux achats du début du XXe siècle, contemporains de la redécouverte du peintre.
Il a fallu attendre l’automne 2019 pour que la France consacre au peintre une exposition d’envergure. Les Galeries nationales du Grand Palais ont présenté « Greco » du 16 octobre 2019 au 10 février 2020, en annonçant explicitement la première grande exposition jamais consacrée en France à cet artiste. L’exposition était organisée par la Rmn - Grand Palais, le musée du Louvre et l’Art Institute of Chicago, avec le soutien notamment de la Fondation Stavros Niarchos, et son affiche reprenait l’Ouverture du cinquième sceau du Metropolitan Museum. Le dossier d’œuvre du Louvre confirme le prêt du Christ en croix adoré par deux donateurs à cette étape parisienne, puis à l’étape de Chicago, à l’Art Institute, en 2020.
Musée du Louvre, aile Denon, salle 718 (Paris) — Présentation permanente de deux tableaux du Greco: Le Christ en croix adoré par deux donateurs (RF 1713) et Saint Louis, roi de France, et un page (RF 1507).
Galeries nationales du Grand Palais (Paris) — Lieu de la rétrospective « Greco », 16 octobre 2019 - 10 février 2020, première grande exposition consacrée à l’artiste en France.
Musée Goya (Castres) — Présente le Saint François d’Assise et frère Léon méditant sur la mort appartenant au Louvre (RF 794).
Museo Nacional del Prado (Madrid) — Conserve La Trinité (P824), issue du retable de Santo Domingo el Antiguo, entrée au musée en 1832.
Museo del Greco (Tolède) — Musée d’État consacré au peintre, dont la collection relève de sa dernière période tolédane.
The Metropolitan Museum of Art (New York) — Expose en galerie 619 la Vue de Tolède (29.100.6) et La Vision de saint Jean (56.48).
1541 — Naissance à Candie (Héraklion), en Crète alors possession de la République de Venise.
1570 — Séjour à Rome, où il étudie les œuvres de Michel-Ange et de Raphaël.
1577 — Début de la carrière tolédane: commande de l’Expolio de la cathédrale et des trois retables de Santo Domingo el Antiguo.
1577-1579 — Peinture de La Trinité (aujourd’hui au Prado, P824) et de L’Assomption de la Vierge (Art Institute of Chicago).
1590 — Exécution, vers cette date, du Christ en croix adoré par deux donateurs aujourd’hui au Louvre.
1599-1600 — Réalisation, vers ces années, de la Vue de Tolède conservée au Metropolitan Museum of Art.
1614 — Mort du peintre à Tolède, après près de quatre décennies passées dans la ville.
1832 — La Trinité, acquise par Ferdinand VII en 1827, rejoint les collections du musée du Prado.
1903 — Le musée du Louvre achète Saint Louis, roi de France, et un page (RF 1507).
1908 — Le musée du Louvre achète Le Christ en croix adoré par deux donateurs (RF 1713).
2019 — Ouverture, le 16 octobre, de la rétrospective « Greco » aux Galeries nationales du Grand Palais, à Paris.




Cette page replace Le Greco dans le contexte de Paris, même quand la relation à la ville passe d’abord par les expositions et les lieux qui le montrent aujourd’hui.
Le surnom espagnol signifie simplement « le Grec ». Né en 1541 à Candie, l'actuelle Héraklion, dans une Crète alors possession vénitienne, le peintre reste identifié à cette origine toute sa vie : le retable de Santo Domingo el Antiguo porte une signature en caractères grecs se référant à sa naissance crétoise.
Oui, au musée du Louvre : deux de ses toiles sont présentées dans l'aile Denon, salle 718, Le Christ en croix adoré par deux donateurs (vers 1590, RF 1713) et Saint Louis, roi de France, et un page (1585-1590, RF 1507). Le Portrait d'Antonio de Covarrubias, également au Louvre, n'est pas exposé.
En 2019 seulement. Les Galeries nationales du Grand Palais ont présenté « Greco » du 16 octobre 2019 au 10 février 2020, en la qualifiant de première grande exposition jamais consacrée en France au peintre ; elle était coproduite avec le musée du Louvre et l'Art Institute of Chicago.
Il a bien reçu une commande royale pour l'Escurial, Le Martyre de saint Maurice, mais la National Gallery de Londres rappelle que le tableau ne fut pas bien accueilli. Le peintre n'entra donc pas au service de la cour et travailla ensuite surtout pour les fondations religieuses de Tolède et sa région.
Parce qu'il rejouait lui-même ses compositions à succès : la National Gallery de Londres indique qu'il a réalisé plusieurs versions de ses œuvres les plus célèbres au cours de sa carrière, et son atelier en produisait d'autres, d'où les mentions « atelier du Greco » ou « possiblement de » dans les catalogues actuels.
Deux commandes de 1577 : l'Expolio destiné à la cathédrale et la conception des trois retables de la chapelle majeure de Santo Domingo el Antiguo, chapelle funéraire de doña María de Silva, confiée par don Diego de Castilla, doyen de la cathédrale, dont il avait connu le fils à Rome.