Exposition Paris

Exposition William Klein

Peintre devenu photographe puis cinéaste, William Klein (New York, 1926 — Paris, 2022) a fait de l’image une frappe.

Qui est William Klein ?

Né à New York le 19 avril 1926 dans une famille d’origine hongroise, William Klein grandit à Manhattan, où il se forme d’abord dans les musées et la littérature de la ville, et étudie la sociologie au City College of New York.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer William Klein dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

New York, la sociologie et l’uniforme

Né à New York le 19 avril 1926 dans une famille d’origine hongroise, William Klein grandit à Manhattan, où il se forme d’abord dans les musées et la littérature de la ville, et étudie la sociologie au City College of New York. Son service militaire dans l’armée américaine le conduit en Allemagne occupée, puis à Paris, où il suit une année de cours à la Sorbonne. Cette conscription est l’événement fondateur de sa trajectoire: elle le dépose dans la ville où il fera sa vie entière.

Paris 1946: la peinture avant l’appareil photo

Démobilisé à Paris en 1946, Klein s’y consacre à la peinture grâce à une bourse. Après un bref passage dans l’atelier du peintre cubiste André Lhote, il travaille plus longuement dans celui de Fernand Léger, qui lui «  ouvre les yeux » sur le Quattrocento et sur Masaccio. Il épouse Jeanne Florin, rencontrée peu après son arrivée, et le couple s’installe définitivement au cœur de Paris en 1948. Ses premières expositions ont lieu en Belgique en 1951, puis en Italie, où il réalise avec l’architecte Angelo Mangiarotti des peintures murales géométriques hard edge.

De l’abstraction à Vogue: la mode descendue dans la rue

À partir de 1952, Klein bascule vers la photographie par l’abstraction: photogrammes, procédés anciens revisités, créations graphiques publiées en couverture de la revue de design Domus et reprises sur des pochettes de disques. C’est cette radicalité qui séduit Alexander Liberman, directeur artistique du Vogue américain, rencontré en 1954 au Salon des Réalités Nouvelles. Leur collaboration durera plus de dix ans. Klein y agit en metteur en scène: grand angle et téléobjectif, poses inventées, mannequins sortis du studio pour être photographiés dans la rue.

1956: le livre comme arme, le prix Nadar

Parallèlement à Vogue, Klein tient un journal photographique de son retour à New York: tabous ignorés, grain assumé, contrastes violents, accidents conservés, cadrages inhabituels, attention obsessionnelle aux écritures de la ville. Il en fait lui-même la maquette. Avec le soutien de Chris Marker, «  Life is Good and Good For You in New York » paraît en 1956 à Paris, Londres et Rome, et reçoit le prix Nadar l’année suivante. Suivront Rome (1958), Moscou et Tokyo (1964), qui composent sa tétralogie des villes et font du livre le lieu même de son écriture photographique.

Le cinéaste: Broadway, Polly Maggoo, Muhammad Ali

En 1958, Klein tourne «  Broadway by Light », court métrage souvent tenu pour le premier film pop. Deux ans plus tard, il signe la conception visuelle de «  Zazie dans le métro » de Louis Malle, puis des documentaires pour l’émission «  Cinq colonnes à la une ». Suivront une vingtaine de films: «  Qui êtes-vous Polly Maggoo » (1966), satire du milieu de la mode et de la télévision devenue culte et couronnée du prix Jean Vigo en 1967, «  Mister Freedom », «  Muhammad Ali the Greatest », «  The Little Richard Story », «  Le Messie ». Il réalise aussi plus de 250 films publicitaires.

Contacts peints: la planche-contact devenue tableau

En 1983, Klein lance pour La Sept (future Arte) la série «  Contacts »: des films de treize minutes où un photographe commente ses propres planches-contacts pendant que la caméra les balaie, montrant les ratés autant que l’image retenue. De cette mise à nu de l’atelier naît sa signature tardive, les contacts peints: des agrandissements de planches où de larges traits de couleur, hérités des crayons gras du tirage, encadrent et recadrent des images en noir et blanc de toute sa carrière — des objets muraux où peinture et photographie se rejoignent enfin.

La pratique en bref

Médiums: Photographie argentique noir et blanc, Photographie couleur, Livre de photographie, Film documentaire et de fiction, Film publicitaire, Peinture, Graphisme et affiche, Contacts peints.

Techniques: Grand angle et téléobjectif poussés à l’extrême, Grain apparent et contrastes violents, Cadrages accidentés, flou et «  ratés » conservés, Photogramme et expérimentations abstraites en laboratoire, Prise de vue de mode hors studio, dans la rue, Maquette et mise en pages assurées par l’artiste, Agrandissement de planches-contacts repeintes à la main.

Motifs récurrents: La ville comme spectacle et comme foule, Les écritures et enseignes urbaines, La critique des mass media et de la publicité, La mode retournée contre elle-même, L’engagement politique et la contestation, Le portrait de rue frontal, à bout portant.

Paris, ville choisie et jamais quittée

Paris n’est pas une étape dans la vie de William Klein, c’en est le port d’attache. Arrivé sous l’uniforme américain, démobilisé sur place en 1946, il y reste pour devenir peintre; sa rencontre avec Jeanne Florin scelle le choix, et le couple s’installe définitivement au cœur de la ville en 1948. Leur fils Pierre y naît en 1963. Klein y meurt le 10 septembre 2022, à 96 ans, dans ce que le Centre Pompidou appelle «  sa ville d’adoption » — soit soixante-quinze ans passés à photographier New York, Rome, Moscou et Tokyo depuis une base parisienne.

Un livre parisien: Paris + Klein

Klein a consacré à sa ville un volume entier, «  Paris + Klein », publié en 2002 par Marval et présenté par la Maison européenne de la photographie. Ses 330 pages rassemblent des images en noir et blanc et en couleur, des premières prises de vue des années soixante à celles réalisées quelques jours avant la mise sous presse, en mars 2002: gens de la rue, personnalités, manifestations, mode, police, courses, politique, métro, football, la mort. C’est le seul de ses grands livres de ville où le photographe est chez lui, et cela s’y voit.

Ses œuvres dans les collections publiques parisiennes

Deux institutions parisiennes conservent son travail. Le Musée national d’art moderne, au Centre Pompidou, détient un ensemble important d’épreuves — «  Mère et fille, Paris » (1953), «  Broadway Evangelist, New York » (1955), «  Reed’s Drugstore » (vers 1955), «  Evelyne, fumée + voile, Paris » (1958) — et l’institution souligne que l’artiste est très présent dans sa collection. La Maison européenne de la photographie, ouverte en 1996, conserve pour sa part l’un des ensembles les plus importants de son œuvre: plus de 300 pièces réunissant photographies, films et livres.

Les grandes expositions parisiennes

Paris a monté deux temps forts de sa reconnaissance. Le Centre Pompidou lui a consacré une rétrospective du 7 décembre 2005 au 20 février 2006, mêlant photographies, maquettes de livres, extraits de films, peintures, dessins et affiches issus de ses archives personnelles; Klein y a participé activement, jusqu’à préparer de nouveaux montages à partir de ses films. La Maison européenne de la photographie, qui entretient une relation étroite avec l’artiste et son studio depuis son ouverture, lui a déjà consacré plusieurs expositions majeures, dont celle accompagnant «  Paris + Klein » en 2002.

Où voir ses œuvres

Maison européenne de la photographie (Paris) — Conserve plus de 300 pièces de l’artiste (photographies, films, livres) et lui consacre en 2026 la rétrospective cinématographique «  William Klein: Films, Etc. », en partenariat avec le Studio William Klein.

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve un ensemble important de ses épreuves et lui a consacré une rétrospective du 7 décembre 2005 au 20 février 2006, préparée avec l’artiste.

Les Rencontres d’Arles — chapelle du Museon Arlaten (Arles) — Présente en 2026, pour le centenaire de sa naissance, «  This Way to Heaven [Par ici le paradis] », parcours rétrospectif consacré à la part critique et politique de son œuvre. La chapelle a été fermée au public le 22 juillet 2026 pour une fragilité constatée au plafond.

Tate Modern (Londres) — A présenté du 10 octobre 2012 au 20 janvier 2013 «  William Klein + Daido Moriyama », première exposition confrontant les deux photographes autour de New York et Tokyo, avec environ 300 œuvres.

The Museum of Modern Art (New York) — Conserve 57 œuvres de Klein consultables en ligne, principalement des photographies new-yorkaises de 1954-1955, et lui a consacré une exposition personnelle en 1980-1981.

Repères chronologiques

1926-04-19 — Naissance à New York, dans une famille d’origine hongroise; il grandit à Manhattan et étudie la sociologie au City College.

1946 — Démobilisé à Paris après l’armée américaine, il s’installe dans la ville et se consacre à la peinture, chez André Lhote puis Fernand Léger.

1951 — Premières expositions en Belgique, puis en Italie; peintures murales hard edge avec l’architecte Angelo Mangiarotti à Milan.

1954 — Rencontre d’Alexander Liberman au Salon des Réalités Nouvelles: début d’une collaboration de plus de dix ans avec le Vogue américain.

1956 — Publication à Paris, Londres et Rome de «  Life is Good and Good For You in New York », couronné par le prix Nadar l’année suivante.

1958 — Tournage de «  Broadway by Light », son premier court métrage, souvent tenu pour le premier film pop.

1966 — Sortie de «  Qui êtes-vous Polly Maggoo », satire de la mode et de la télévision, prix Jean Vigo en 1967.

1983 — Lancement pour La Sept (Arte) de la série «  Contacts », films de treize minutes où les photographes commentent leurs planches-contacts.

2002 — Parution de «  Paris + Klein » chez Marval, accompagnée d’une exposition à la Maison européenne de la photographie.

2005-2006 — Rétrospective au Centre Pompidou, du 7 décembre 2005 au 20 février 2006, préparée avec l’artiste à partir de ses archives personnelles.

2012 — Exposition «  William Klein + Daido Moriyama » à la Tate Modern, environ 300 œuvres autour de New York et Tokyo.

2022-09-10 — Mort à Paris à l’âge de 96 ans, dans la ville où il vivait depuis l’après-guerre.

2026 — Centenaire de sa naissance: rétrospective «  Films, Etc. » à la MEP et exposition «  This Way to Heaven » aux Rencontres d’Arles.

William Klein & Paris

Cette page replace William Klein dans le contexte de Paris, même quand la relation à la ville passe d’abord par les expositions et les lieux qui le montrent aujourd’hui.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi William Klein, Américain, est-il considéré comme un artiste parisien ?

Parce qu'il n'a pratiquement jamais quitté Paris après y avoir été démobilisé de l'armée américaine en 1946. Il s'y forme à la peinture chez André Lhote puis Fernand Léger, s'y installe définitivement avec Jeanne Florin en 1948, y voit naître son fils Pierre en 1963 et y meurt le 10 septembre 2022 : le Centre Pompidou parle de « sa ville d'adoption ».

Est-il né en 1926 ou en 1928 ?

Les sources divergent, et cela vaut d'être signalé. Le Centre Pompidou et le site du studio de l'artiste indiquent une naissance à New York le 19 avril 1926, tout comme les nécrologies françaises qui lui donnent 96 ans à sa mort. Le MoMA et la Tate ont pour leur part longtemps retenu 1928. La date de 1926 est celle des sources les plus proches de l'artiste.

Qu'est-ce qui rend son livre sur New York si important ?

« Life is Good and Good For You in New York », dont Klein a réalisé lui-même la maquette, ignore les tabous techniques de l'époque : grain, contrastes violents, grand angle, accidents et cadrages inhabituels y sont assumés. Publié en 1956 à Paris, Londres et Rome avec le soutien de Chris Marker, il reçoit le prix Nadar l'année suivante et impose le livre comme forme d'écriture photographique.

Que sont les « contacts peints » de William Klein ?

Ce sont des agrandissements muraux de planches-contacts sur lesquels l'artiste repeint à la main de larges traits de couleur, reprenant le geste du photographe qui entourait ses négatifs au crayon gras. L'idée naît de sa série télévisée « Contacts », lancée en 1983, où il montrait les ratés autant que l'image retenue : une manière, disait-il, de montrer autrement une photographie.

Quel rapport entretenait-il avec la photographie de mode ?

Un rapport à double fond. Repéré en 1954 par Alexander Liberman, directeur artistique du Vogue américain, il collabore plus de dix ans avec le magazine et fait descendre les mannequins dans la rue, au grand angle et au téléobjectif. Douze ans plus tard, il filme « Qui êtes-vous Polly Maggoo ? », satire délirante de ce même milieu de la mode, des médias et de la télévision.

Où voir ses œuvres à Paris aujourd'hui ?

La Maison européenne de la photographie, rue de Fourcy dans le 4e arrondissement, conserve plus de 300 pièces de l'artiste et présente du 10 juin au 13 septembre 2026 la rétrospective « William Klein : Films, Etc. ». Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, détient également un ensemble important de ses épreuves des années 1950.