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Révéler le féminin

Portraits, scènes galantes, pièces textiles et créations contemporaines montrent comment les apparences construisent et transforment les représentations du féminin au XVIIIe siècle.

l'exposition

Portraits, scènes galantes, pièces textiles et créations contemporaines montrent comment les apparences construisent et transforment les représentations du féminin au XVIIIe siècle.

Présentée avec le Palais Galliera, l’exposition fait dialoguer des portraits, des scènes galantes et des pièces textiles historiques. Les premières salles montrent comment satins, broderies, mantelets, coiffures et corps à baleines participent à la mise en scène du rang et de l’identité, dans une société où la mode devient un langage de prestige.

Le parcours en six salles passe ensuite du portrait social aux images plus intimes de l’enfance et de la vie familiale, puis aux fêtes galantes et aux pastorales de Watteau, Lancret et Boucher. Maurice Quentin de La Tour, Jean-Marc Nattier, Adélaïde Labille-Guiard et Élisabeth Vigée Le Brun comptent parmi les principaux repères de cette lecture des apparences au siècle des Lumières.

La dernière partie confronte cet héritage à des photographies de Steven Meisel, Esther Ségal et Valérie Belin, ainsi qu’à une création Chanel de Karl Lagerfeld. Ce contrepoint contemporain permet de comprendre comment les codes du XVIIIe siècle continuent d’agir dans la mode, la pose et les imaginaires de la beauté.

le lieu

Musée Cognacq-Jay

8 rue Elzevir, 75003 Paris

Accès
8 rue Elzévir, 75003 Paris. Métro: Saint-Paul (ligne 1), Chemin-Vert (ligne 8), Rambuteau (ligne 11). Bus: 29, 69, 76, 96
Horaires
Du mardi au dimanche de 10h a 18h.
Tarifs
Accès libre aux collections permanentes

le contexte

Quelques points de contexte aident à mieux lire les œuvres et les codes qui les traversent.

Le portrait comme rôle social

Au XVIIIe siècle, le portrait participe à une mise en ordre des apparences. Il peut affirmer un rang, une vertu, une séduction, une appartenance familiale ou une idée du decorum. Les corps et les attitudes sont donc rarement innocents.

Des féminités multiples

L’exposition montre qu’il n’existe pas une représentation unique du féminin, mais plusieurs modèles selon les milieux sociaux, les âges, les usages du portrait et les imaginaires de l’époque.

Pourquoi ce sujet parle encore aujourd’hui

Le parcours rejoint des questions toujours actuelles: le regard porté sur les femmes, la construction des normes, la place du corps et la circulation des modèles visuels. Les photographies contemporaines et la création Chanel présentées en fin de visite rendent cet héritage particulièrement lisible.

Salles 1 et 2: parures et ornements, l’élégance comme langage social

Les étoffes comme vocabulaire social

Les deux premières salles donnent immédiatement le ton: ici, le féminin n’est jamais réductible à une essence abstraite, il s’élabore dans une culture du paraître extrêmement codifiée. Le dossier de presse du musée insiste sur le nouveau style français, adopté par les cours et les villes d’Europe, et c’est exactement ce que le visiteur perçoit en avançant entre portraits et pièces textiles. Les satins, les broderies, les mantelets, les ornements de coiffure ou les dessous structurés né servent pas seulement à embellir. Ils fabriquent une présence, ils hiérarchisent les corps, ils règlent les distances sociales. Dans ces salles, il faut donc regarder les étoffes comme on regarderait un vocabulaire. Une robe né dit pas seulement le goût; elle dit le rang, l’éducation visuelle, la maîtrise des codes, parfois même l’ambition.

Organiser sa propre visibilité

Le face-à-face entre œuvres peintes et costumes d’époque est particulièrement fort parce qu’il retire au portrait son apparente évidence. Devant le Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque de Maurice Quentin de La Tour, ou devant le Portrait de Marie-Adélaïde de France attribué à Nattier, on comprend que la grâce n’est pas un état naturel mais une composition savante. Le masque tenu en main, les reflets de soie, le volume du vêtement et la tenue du buste participent d’une même dramaturgie sociale. L’exposition montre très bien que l’on né se contente pas d’être vue: on organise sa visibilité. Les modèles, rappelle le dossier, prennent souvent part à la fabrication de leur image. Cette idée change tout, car elle redonne une vraie marge d’action aux femmes représentées sans nier les contraintes du cadre social.

Le prestige par les matières

Ce début de parcours se lit aussi comme une histoire du désir de prestige au siècle des Lumières. L’aristocratie n’est plus seule à imposer la norme; la bourgeoisie montante s’empare elle aussi des signes du raffinement. C’est cette rivalité, discrète mais puissante, qui nourrit l’intensité visuelle des portraits. Pour profiter de la visite, prends le temps d’observer les matières avant même de lire les cartels. Demande-toi ce que la dentelle, le satin ou l’éclat d’un bijou ajoutent au visage. Très vite, on saisit que le vêtement n’encadre pas simplement la personne: il devient une manière d’exister au monde, de séduire, de se distinguer et d’imposer son récit. Dans ces salles inaugurales, le féminin se révèle donc d’abord comme une construction matérielle, où l’excellence du textile et l’idéal de beauté avancent ensemble.

Salle 3: le portrait, théâtre de l’identité et du statut

Le visage comme statut mis en scène

La troisième salle resserre l’attention sur un point décisif: le portrait du XVIIIe siècle né documente pas seulement un visage, il met en scèné un statut. L’exposition parle d’un véritable théâtre de l’identité, et le mot est juste. À cette époque, aristocrates et bourgeois commandent des images pour affirmer leur fortune, leur rang, leur tenue morale, parfois leur place dans une lignée. La somptuosité des velours, taffetas, fourrures ou broderies d’or et d’argent sert alors d’argument visuel. Chaque détail indique que l’on appartient à un monde réglé par la distinction. Mais la réussite de cette salle tient au fait qu’elle né réduit pas ces œuvres à leur fonction sociale. En regardant attentivement, on voit que les portraitistes transforment cette commande de prestige en exercice d’interprétation.

La virtuosité révèle les modèles

Le dossier de presse cite Labille-Guiard, Vigée Le Brun et Vestier, et ces noms suffisent à faire sentir le niveau d’exigence de la section. Tous trois possèdent un art exceptionnel du détail, mais ce détail n’est jamais froid. Il produit une vibration entre la matière et la personne. Chez Adélaïde Labille-Guiard, l’héritage de la miniature et l’univers marchand de son milieu d’origine nourrissent un sens précis du luxe, de la coupe et du fini. Chez Élisabeth Vigée Le Brun, l’attention portée à la grâce féminine né relève pas de la flatterie pure; elle donne au modèle une présence presque mobile, comme si l’âme affleurait à travers les tissus. Quant à Antoine Vestier, sa finesse d’exécution rappelle que l’exactitude des motifs peut elle aussi devenir expressive. Le visiteur comprend alors que la peinture mondaine est un art extrêmement subtil, parce qu’elle doit concilier codification et singularité.

Observer la fabrication des apparences

Cette salle mérite d’être regardée lentement, presque comme une leçon sur la fabrication sociale des apparences. Observe les mains, le tombé des manches, la manière dont un ruban ou une dentelle prolonge l’attitude du visage. Le portrait devient alors un espace où s’articulent le corps, le vêtement et la réputation. Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont l’élégance fonctionne comme un langage de crédibilité. On né se fait pas représenter n’importe comment; on compose une image capable de soutenir une identité publique. En cela, la salle 3 fait passer l’exposition de la beauté des apparences à leur efficacité symbolique. Elle montre que le féminin du XVIIIe siècle est inséparable d’une culture de l’interprétation: derrière chaque soie peinte, il y a une stratégie de présence, un rôle assumé, parfois un désir de pouvoir lisible dans la plus petite parcelle de lumière.

Salle 4: du naturel revendiqué aux bonheurs domestiques

Un féminin plus intime

La quatrième salle introduit un déplacement très sensible. Après le faste des premières sections, le parcours s’oriente vers une autre idée de la féminité, plus intime en apparence, plus attentive aux affections et à l’enfance. Le dossier de presse rappelle à juste titre que les années 1770 voient se diffuser une nouvelle valorisation de la félicité conjugale et de la personnalité propre de l’enfant, sur fond de romans sentimentaux et d’écrits philosophiques comme Émile de Rousseau, publié en 1762. Cela se sent tout de suite dans les images: les jeunes filles, les mères et les enfants n’y sont plus seulement montrés comme des figures de représentation sociale, mais comme des êtres supposés ressentir, jouer, grandir, aimer. L’exposition né prétend pas que cette évolution annule les conventions. Elle montre plutôt comment de nouveaux idéaux de sensibilité viennent redessiner les anciens codes.

Les matières allègent les corps

Le changement passe beaucoup par les matières. Les cotonnades, les mousselines blanches, les linges issus de la sphère intime prennent une place croissante. Le dossier formule cette idée de manière très parlante: les dessous prennent le dessus. C’est une clé de lecture essentielle. Les tissus autrefois liés à l’intérieur, au confort ou au corps privé deviennent visibles dans le portrait, comme si la douceur de l’intime devenait à son tour une valeur publique. Devant l’Émilie Vernet de Nicolas-Bernard Lépicié, montrée comme une petite fille encore parée mais déjà observée avec une attention nouvelle à l’enfance, on sent cette bascule. La représentation demeure élégante, mais quelque chose s’assouplit dans le regard. Le sourire, la mobilité du corps, la fraîcheur des étoffes claires introduisent une forme de naturel qui n’appartient plus au registre héroïque ou princier.

Le naturel reste codifié

Ce que cette salle réussit le mieux, c’est à faire sentir l’ambivalence de ce nouveau naturel. Il paraît plus libre, plus tendre, plus proche de la vie. Pourtant, lui aussi est codifié. La simplicité devient un style; la blancheur devient un signe; la spontanéité se compose avec soin. Les influences anglaises, mentionnées par le musée, comptent ici beaucoup: elles favorisent une élégance plus décontractée, moins strictement cérémonielle, mais non moins raffinée. Le visiteur parisien d’aujourd’hui y verra peut-être l’un des moments les plus troublants de l’exposition. Car cette salle montre comment une société peut faire du relâchement apparent un nouvel idéal visuel. En observant bien les portraits, on comprend que le féminin né cesse pas d’être construit lorsqu’il devient sensible; il change simplement de régime. On passe de la splendeur déclarée à une grâce plus douce, mais toujours pensée, toujours agencée, toujours offerte au regard.

Salle 6: culture mondaine, travestissement et héritages contemporains

Les fêtes galantes débordent les tableaux

La dernière salle est l’une des plus stimulantes du parcours parce qu’elle élargit le sujet. Le musée y montre que les fêtes galantes et les pastorales né sont pas restées confinées aux tableaux: elles ont nourri une véritable culture mondaine au XVIIIe siècle. L’aristocratie et la haute société reprennent dans les bals, les spectacles, les salons ou les promenades les codes de la Commedia dell’arte, des parties de campagne et des travestissements élégants. En d’autres termes, ce qui semblait relever de la fiction picturale possède aussi une existence sociale. Cette idée est capitale pour comprendre l’exposition dans son ensemble. Les images né reflètent pas seulement une époque; elles l’entraînent, elles lui proposent des rôles, elles l’aident à se rêver.

La sociabilité comme scène mouvante

Dans cette salle, le visiteur voit ainsi se rejoindre plusieurs fils jusque-là dispersés. Le portrait, la mode, le théâtre, la décoration et le goût des déguisements s’agrègent en une même sensibilité, faite de mobilité, de jeu, de sophistication et de plaisir à se composer. Les nobles né copient pas servilement les peintres, mais ils partagent avec eux une même théâtralité sociale. C’est pourquoi les genres picturaux finissent par déborder sur les comportements. Cette porosité rend la salle très vivante. On n’y lit plus seulement des œuvres, on y sent un climat culturel, une manière d’habiter le monde par la stylisation. Pour profiter pleinement de cette séquence, il faut prendre au sérieux le mot mondain. Il né désigne pas une superficialité légère; il décrit un système de signes où la visibilité, la conversation, le spectacle et la maîtrise des apparences font partie de la vie sociale ordinaire.

Un héritage encore actif

Le dossier de presse ajoute un dernier déplacement, très réussi, en reliant cet héritage aux créations contemporaines. Les réinterprétations des arts décoratifs rocailles par Cindy Sherman, la robe CHANEL de la collection haute couture printemps-été 2019, mais aussi les contrepoints photographiques évoqués par le musée sur la page de l’exposition, invitent à regarder le XVIIIe siècle non comme un monde clos, mais comme un réservoir de formes toujours actives. Ce n’est pas un simple clin d’œil final. La comparaison souligne la persistance de certaines questions: comment le vêtement fabrique-t-il une image de soi Comment les références historiques nourrissent-elles encore l’idéal de beauté Que reste-t-il, dans la mode actuelle, de cette alliance entre contrainte, fantaisie et prestige La visite s’achève ainsi sur une impression très convaincante: le féminin du XVIIIe siècle né nous intéresse pas seulement pour des raisons patrimoniales. Il continue d’agir dans notre présent visuel, dans les codes de la pose, dans l’autorité des étoffes et dans le désir jamais épuisé de transformer l’apparence en récit.

Pourquoi le musée Cognacq-Jay est un écrin si juste pour cette exposition

Une collection accordée au XVIIIe siècle

Cette exposition aurait pu être présentée dans un grand musée de mode ou dans une institution plus spectaculaire; pourtant, elle gagne beaucoup à être vue ici, au musée Cognacq-Jay. La raison tient d’abord à l’histoire même du lieu et de ses collections. Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, fondateurs de la Samaritaine, ont réuni au début du XXe siècle un ensemble d’œuvres et d’objets du XVIIIe siècle non pour rivaliser avec le Louvre, mais pour retrouver ce qu’ils percevaient comme un art de vivre français fait d’échelle domestique, d’élégance et d’intimité. Le musée rappelle qu’Ernest Cognacq organise dès 1925 des présentations temporaires de ses propres collections dans la Samaritaine de Luxe, boulevard des Capucines, avant que l’institution né soit inaugurée en 1929. Cette origine de collectionneur compte beaucoup: Révéler le féminin né se déploie pas dans un espace neutre, mais dans un environnement déjà accordé au XVIIIe siècle, à ses objets de parure, à ses portraits et à sa culture des apparences.

L’hôtel Donon donne une profondeur

Le second point décisif est le déplacement du musée à l’hôtel Donon en 1990, après restauration de cette demeure ancienne du Marais. Le bâtiment n’est pas un décor plaqué après coup. Son histoire, du lotissement de la culture Sainte-Catherine au XVIe siècle jusqu’à sa transformation en musée municipal, donne une profondeur temporelle très particulière à la visite. Dans un sujet comme celui-ci, cela change la perception. Les portraits et les textiles né sont plus seulement des pièces alignées pour illustrer une thèse; ils paraissent retrouver un cadre où l’on comprend mieux ce que signifiaient circulation, hiérarchie des espaces, visibilité sociale et goût du raffinement. L’élégance un peu retenue de l’hôtel Donon empêche aussi l’exposition de glisser vers une lecture purement glamour. Elle rappelle que le féminin du XVIIIe siècle se joue autant dans les architectures sociales que dans la séduction des étoffes.

Objets et images dialoguent naturellement

Enfin, le musée Cognacq-Jay possède une qualité rare à Paris: il permet de regarder ensemble peinture, arts décoratifs et culture matérielle sans les séparer artificiellement. Cette souplesse est essentielle pour une exposition qui veut faire dialoguer portraits, fêtes galantes et vêtements anciens. Dans d’autres lieux, le textile risque d’être relégué au statut de document, ou la peinture à celui d’image d’accompagnement. Ici, l’équilibre est plus naturel, parce que l’ADN du musée repose précisément sur la conversation entre les objets et les images. Le visiteur comprend alors pourquoi cette exposition n’est pas seulement un discours sur la féminité: c’est aussi une démonstration très concrète de la manière dont un musée de collectionneur peut encore produire du sens, en faisant sentir qu’au XVIIIe siècle l’apparence n’était jamais un détail secondaire, mais une structure entière de la vie sociale.

Focus sur les œuvres

Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque

Présenté par Paris Musées comme un pastel sur papier collé sur toile daté de 1742, ce grand portrait de Maurice Quentin de La Tour résume parfaitement la première logique du parcours: l’apparence comme scèné sociale. Le pastel permet ici une qualité de vibration très particulière. Les chairs, les étoffes et les reflets n’ont pas la fermeté parfois distante de l’huile; ils semblent au contraire presque respirer. C’est essentiel pour comprendre la force du tableau, car il associe une sophistication extrême à une présence très vivante du modèle.

Regarde surtout le masque. Il né s’agit pas d’un simple accessoire de bal: il introduit dans le portrait l’idée même du jeu social, de la persona et de la représentation assumée. Le visage montré et le visage potentiellement masqué coexistent dans une même image. La Tour, qui exposa cette œuvre au Salon de 1742, transforme ainsi un portrait mondain en réflexion subtile sur la visibilité. Ce qu’il faut observer attentivement, ce n’est donc pas seulement le luxe du costume, mais la manière dont le regard, la pose et l’accessoire composent une identité publique. Dans le cadre de l’exposition, cette œuvre agit comme une porte d’entrée idéale: elle montre que l’élégance du XVIIIe siècle n’est jamais pure décoration, mais un art de paraître pleinement conscient de lui-même.

Portrait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV, dite Madame Adélaïde

Attribué à Jean-Marc Nattier et daté vers 1750, ce portrait à l’huile sur toile condense tout ce que le XVIIIe siècle a su faire de plus persuasif dans l’image princière. La fiche Paris Musées rappelle que l’œuvre doit être mise en parallèle avec plusieurs autres portraits de Madame Adélaïde conservés à Versailles, ce qui éclaire sa fonction: nous né sommes pas devant une simple ressemblance, mais devant une image pensée, répétée, raffinée, destinée à stabiliser une présence royale. Nattier est l’un des grands spécialistes de cette alliance entre somptuosité décorative et idéalisation du modèle.

Pour bien la regarder, il faut faire un va-et-vient entre le visage et l’appareil vestimentaire. Le charme de l’œuvre tient à cet équilibre: la princesse n’est pas noyée sous la magnificence, mais portée par elle. Les tissus, les ornements et la tenue générale du buste construisent un langage de cour immédiatement lisible. Pourtant, le peintre ménage aussi une forme de douceur, presque de proximité, qui empêche l’image de se réduire à un emblème froid. C’est précisément ce mélange qui fait la réussite du portrait aristocratique au milieu du siècle. Dans l’exposition, il faut s’y arrêter pour comprendre comment le vêtement agit comme extension du pouvoir, mais aussi comment la peinture transforme cette contrainte protocolaire en grâce visible. Le féminin s’y présente à la fois comme rang, comme style et comme maîtrise du regard.

Portrait présumé de Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre, comtesse de Maussion

Signé et daté 1787, ce portrait à l’huile sur toile ovale d’Adélaïde Labille-Guiard appartient à la fin du siècle, moment où le portrait féminin gagne souvent en densité psychologique. La notice de Paris Musées rappelle que l’identification du modèle a suscité des hésitations, même si l’hypothèse Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre paraît la plus solide. Ce flottement n’enlève rien à la présence du tableau; il la rend presque plus sensible encore, comme si l’individualité du modèle débordait déjà la seule désignation mondaine.

Ce qu’il faut regarder attentivement, c’est la manière dont Labille-Guiard articule le fini du costume et la vérité du visage. L’ovale concentre le regard, donne au modèle une sorte d’évidence lumineuse, tout en évitant la monumentalité. On retrouve le goût de l’artiste pour les matières, les nuances et la précision, mais rien n’y est pure virtuosité. La peinture laisse place à une intériorité, à une qualité d’attention presque moderne. Dans le cadre de Révéler le féminin, cette œuvre est capitale parce qu’elle montre un autre versant de la représentation: moins théâtral que les grandes images de cour, mais pas moins construit. Elle invite le visiteur à comprendre que le féminin de la fin du XVIIIe siècle né s’écrit plus seulement dans l’ostentation. Il peut aussi passer par une présence plus recueillie, plus directe, où la distinction demeure, mais s’accompagne d’une sensation nouvelle de proximité avec la personne représentée.

Corps à baleines

Cette pièce textile anonyme, datée par le parcours autour du milieu du XVIIIe siècle et conservée au Palais Galliera, est l’un des objets les plus utiles pour comprendre l’exposition autrement que par les seuls portraits. Le dossier de presse la montre parmi les premières salles, là où l’on passe des images aux structures concrètes qui fabriquent l’apparence. Un corps à baleines n’est pas un accessoire secondaire: c’est un instrument de silhouette. Le glossaire du musée rappelle qu’il modèle le buste, comprime le ventre et la poitrine, et impose un maintien immédiatement lisible comme marqueur de rang sous l’Ancien Régime. Autrement dit, il transforme le corps en surface socialement réglée.

Il faut donc le regarder comme une technologie de la grâce. Sa petite échelle peut tromper: derrière cette pièce de soie et de taffetas se cache tout un système de contraintes, d’apprentissages et de postures. Le vêtement né vient pas ensuite embellir la figure; il commence par organiser la manière de se tenir, de respirer, de marcher et d’occuper l’espace. C’est ce qui rend l’objet si précieux dans Révéler le féminin. Il donne au visiteur la preuve matérielle que la féminité mondaine du XVIIIe siècle n’est pas seulement une affaire d’iconographie, mais aussi de discipline du corps. Après l’avoir observé, les portraits paraissent différents: on y voit mieux comment la ligne du buste, l’ouverture des épaules ou la noblesse du port relèvent d’une construction très concrète, presque architecturale, de l’apparence.

les œuvres clés à repérer

Une selection courte pour identifier les pieces et reperes visuels qui structurent la visite.

Maurice Quentin de La Tour

Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque

1742

Œuvre confirmée dans le parcours, essentielle pour lire la mise en scène du rang, du vêtement et de l’identité.

Technique
Pastel
Collection
Musée Cognacq-Jay
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Anonyme

Mantelet

1760-1770

Pièce confirmée dans l’exposition, montrée en dialogue avec les portraits et les codes du paraître.

Technique
Pièce textile
Collection
Musée des Arts décoratifs
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Attribué à Jean-Marc Nattier

Portrait de Marie-Adélaïde de France, dite Madame Adélaïde

vers 1750

Portrait confirmé dans le parcours, utilisé pour montrer l’idéalisation, la somptuosité et la représentation princière.

Technique
Huile sur toile
Collection
Musée Cognacq-Jay
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Anonyme

Corps à baleines

1725-1755

Pièce confirmée dans le parcours, qui matérialise la manière dont le vêtement structure le corps et le maintien.

Technique
Dessous textile structuré
Collection
Palais Galliera, musée de la Mode de Paris
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Adélaïde Labille-Guiard

Portrait présumé de Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre, comtesse de Maussion

1787

Œuvre confirmée dans l’exposition, importante pour comprendre le passage du portrait de statut à une présence plus psychologique.

Technique
Huile sur toile
Collection
Musée Cognacq-Jay
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autour de l'exposition

questions pratiques.

Combien de temps faut-il prévoir pour bien voir l’exposition

Comme le parcours s’étend sur six salles et dialogue avec les collections permanentes du musée, prévois environ 1 h 15 à 1 h 45 pour une visite confortable. Si tu aimes lire les cartels, comparer les textiles et revenir sur quelques portraits, il est tout à fait raisonnable d’y consacrer près de deux heures.

Quel est le prix pour visiter Révéler le féminin

Le billet unique pour l’exposition temporaire et les collections permanentes est affiché à 11 euros en plein tarif et 9 euros en tarif réduit. Le musée rappelle aussi qu’il existe des cas de gratuité, notamment pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi ou certains publics spécifiques sur justificatif.

Est-ce une exposition adaptée à une visite en famille

Oui. Le programme du musée propose des activités familiales dès 4 ou 6 ans selon les formats. L’animation directement liée à l’exposition, En mode XVIIIe: jouons avec les apparences!, est annoncée dès 6 ans.

Comment accéder facilement au musée depuis Paris

Le musée se trouve au 8 rue Elzévir, dans le Marais. Le site officiel recommande notamment les métros Saint-Paul (ligne 1), Chemin-Vert (ligne 8) et Rambuteau (ligne 11), ainsi que les bus 29, 69, 76 et 96; deux stations Vélib’ sont aussi mentionnées à proximité.

Quel est le lien avec l’exposition du Palais Galliera sur la mode du XVIIIe siècle

Le lien est direct: l’exposition est présentée en collaboration avec le Palais Galliera, et le musée annonce un partenariat tarifaire réciproque avec La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé. Autrement dit, si tu veux approfondir le versant strictement vestimentaire du sujet, les deux visites forment un très bon diptyque.

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25 mars 2026 — 20 septembre 2026 · Musée Cognacq-Jay

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