Révéler le féminin
Fiche exposition

Révéler le féminin

En collaboration avec le Palais Galliera, le musée Cognacq-Jay aborde la diversité des représentations féminines au XVIIIᵉ sièclé.

Préparer votre visite

  • Adresse 8 rue Elzévir, 75003 Paris
  • Horaires Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Focus sur les oeuvres

Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque

Présenté par Paris Musées comme un pastel sur papier collé sur toile daté de 1742, ce grand portrait de Maurice Quentin de La Tour résume parfaitement la première logique du parcours : l'apparence comme scèné sociale. Le pastel permet ici une qualité de vibration très particulière. Les chairs, les étoffes et les reflets n'ont pas la fermeté parfois distante de l'huile ; ils semblent au contraire presque respirer. C'est essentiel pour comprendre la force du tableau, car il associe une sophistication extrême à une présence très vivante du modèle.

Regarde surtout le masque. Il né s'agit pas d'un simple accessoire de bal : il introduit dans le portrait l'idée même du jeu social, de la persona et de la représentation assumée. Le visage montré et le visage potentiellement masqué coexistent dans une même image. La Tour, qui exposa cette œuvre au Salon de 1742, transforme ainsi un portrait mondain en réflexion subtile sur la visibilité. Ce qu'il faut observer attentivement, ce n'est donc pas seulement le luxe du costume, mais la manière dont le regard, la pose et l'accessoire composent une identité publique. Dans le cadre de l'exposition, cette œuvre agit comme une porte d'entrée idéale : elle montre que l'élégance du XVIIIe siècle n'est jamais pure décoration, mais un art de paraître pleinement conscient de lui-même.

Portrait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV, dite Madame Adélaïde

Attribué à Jean-Marc Nattier et daté vers 1750, ce portrait à l'huile sur toile condense tout ce que le XVIIIe siècle a su faire de plus persuasif dans l'image princière. La fiche Paris Musées rappelle que l'œuvre doit être mise en parallèle avec plusieurs autres portraits de Madame Adélaïde conservés à Versailles, ce qui éclaire sa fonction : nous né sommes pas devant une simple ressemblance, mais devant une image pensée, répétée, raffinée, destinée à stabiliser une présence royale. Nattier est l'un des grands spécialistes de cette alliance entre somptuosité décorative et idéalisation du modèle.

Pour bien la regarder, il faut faire un va-et-vient entre le visage et l'appareil vestimentaire. Le charme de l'œuvre tient à cet équilibre : la princesse n'est pas noyée sous la magnificence, mais portée par elle. Les tissus, les ornements et la tenue générale du buste construisent un langage de cour immédiatement lisible. Pourtant, le peintre ménage aussi une forme de douceur, presque de proximité, qui empêche l'image de se réduire à un emblème froid. C'est précisément ce mélange qui fait la réussite du portrait aristocratique au milieu du siècle. Dans l'exposition, il faut s'y arrêter pour comprendre comment le vêtement agit comme extension du pouvoir, mais aussi comment la peinture transforme cette contrainte protocolaire en grâce visible. Le féminin s'y présente à la fois comme rang, comme style et comme maîtrise du regard.

Portrait présumé de Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre, comtesse de Maussion

Signé et daté 1787, ce portrait à l'huile sur toile ovale d'Adélaïde Labille-Guiard appartient à la fin du siècle, moment où le portrait féminin gagne souvent en densité psychologique. La notice de Paris Musées rappelle que l'identification du modèle a suscité des hésitations, même si l'hypothèse Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre paraît la plus solide. Ce flottement n'enlève rien à la présence du tableau ; il la rend presque plus sensible encore, comme si l'individualité du modèle débordait déjà la seule désignation mondaine.

Ce qu'il faut regarder attentivement, c'est la manière dont Labille-Guiard articule le fini du costume et la vérité du visage. L'ovale concentre le regard, donne au modèle une sorte d'évidence lumineuse, tout en évitant la monumentalité. On retrouve le goût de l'artiste pour les matières, les nuances et la précision, mais rien n'y est pure virtuosité. La peinture laisse place à une intériorité, à une qualité d'attention presque moderne. Dans le cadre de Révéler le féminin, cette œuvre est capitale parce qu'elle montre un autre versant de la représentation : moins théâtral que les grandes images de cour, mais pas moins construit. Elle invite le visiteur à comprendre que le féminin de la fin du XVIIIe siècle né s'écrit plus seulement dans l'ostentation. Il peut aussi passer par une présence plus recueillie, plus directe, où la distinction demeure, mais s'accompagne d'une sensation nouvelle de proximité avec la personne représentée.

Corps à baleines

Cette pièce textile anonyme, datée par le parcours autour du milieu du XVIIIe siècle et conservée au Palais Galliera, est l'un des objets les plus utiles pour comprendre l'exposition autrement que par les seuls portraits. Le dossier de presse la montre parmi les premières salles, là où l'on passe des images aux structures concrètes qui fabriquent l'apparence. Un corps à baleines n'est pas un accessoire secondaire : c'est un instrument de silhouette. Le glossaire du musée rappelle qu'il modèle le buste, comprime le ventre et la poitrine, et impose un maintien immédiatement lisible comme marqueur de rang sous l'Ancien Régime. Autrement dit, il transforme le corps en surface socialement réglée.

Il faut donc le regarder comme une technologie de la grâce. Sa petite échelle peut tromper : derrière cette pièce de soie et de taffetas se cache tout un système de contraintes, d'apprentissages et de postures. Le vêtement né vient pas ensuite embellir la figure ; il commence par organiser la manière de se tenir, de respirer, de marcher et d'occuper l'espace. C'est ce qui rend l'objet si précieux dans Révéler le féminin. Il donne au visiteur la preuve matérielle que la féminité mondaine du XVIIIe siècle n'est pas seulement une affaire d'iconographie, mais aussi de discipline du corps. Après l'avoir observé, les portraits paraissent différents : on y voit mieux comment la ligne du buste, l'ouverture des épaules ou la noblesse du port relèvent d'une construction très concrète, presque architecturale, de l'apparence.

FAQ

Combien de temps faut-il prévoir pour bien voir l exposition
Comme le parcours s'étend sur six salles et dialogue avec les collections permanentes du musée, prévois environ 1 h 15 à 1 h 45 pour une visite confortable. Si tu aimes lire les cartels, comparer les textiles et revenir sur quelques portraits, il est tout à fait raisonnable d'y consacrer près de deux heures.
Faut-il réserver son billet à l avance
Oui, la réservation en ligne est vivement conseillée par le musée pour les expositions temporaires. L'achat sur place reste possible seulement dans la limite des places disponibles et en cas de faible affluence, donc la réservation reste le moyen le plus sûr de garantir ton entrée.
Quels sont les horaires de visite du musée Cognacq-Jay
Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. La billetterie ferme à 17h15 et la librairie-boutique à 17h45 ; le musée est fermé le lundi, ainsi que le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier.
Quel est le prix pour visiter Révéler le féminin
Le billet unique pour l'exposition temporaire et les collections permanentes est affiché à 11 euros en plein tarif et 9 euros en tarif réduit. Le musée rappelle aussi qu'il existe des cas de gratuité, notamment pour les moins de 18 ans, les demandeurs d'emploi ou certains publics spécifiques sur justificatif.
Le billet donne-t-il aussi accès aux collections permanentes du musée
Oui. La page tarifs précise qu'il s'agit d'un billet unique couvrant l'exposition temporaire et les collections permanentes. C'est un vrai avantage ici, car le musée lui-même prolonge très bien les enjeux visuels du parcours sur le XVIIIe siècle.
Le musée est-il accessible aux personnes à mobilité réduite
Non. Le site du musée indique clairement que le musée Cognacq-Jay n'est pas accessible aux personnes à mobilité réduite. Si cette question est déterminante pour ta venue, mieux vaut appeler le musée avant de te déplacer pour vérifier les solutions d'accueil possibles selon ta situation.
Est-ce une exposition adaptée à une visite en famille
Oui, à condition d'y aller avec un rythme adapté. Le musée programme autour de l'exposition des activités dédiées aux enfants et aux familles, comme En mode 18e : jouons avec les apparences !, annoncée à partir de 5 ans, ce qui montre qu'une médiation familiale est bien pensée.
Peut-on boire un café ou faire une pause sur place
Oui, le musée dispose du café Au bonheur du jour. La page dédiée indique une ouverture du mardi au samedi de 12h à 18h, avec fermeture en cas d'intempéries et du 10 au 26 août ; c'est donc une bonne option pour prolonger la visite, mais il vaut mieux garder en tête cette saisonnalité.
Comment accéder facilement au musée depuis Paris
Le musée se trouve au 8 rue Elzévir, dans le Marais. Le site officiel recommande notamment les métros Saint-Paul (ligne 1), Chemin-Vert (ligne 8) et Rambuteau (ligne 11), ainsi que les bus 29, 69, 76 et 96 ; deux stations Vélib' sont aussi mentionnées à proximité.
Quel est le lien avec l'exposition du Palais Galliera sur la mode du XVIIIe siècle
Le lien est direct : l'exposition est présentée en collaboration avec le Palais Galliera, et le musée annonce un partenariat tarifaire réciproque avec La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé. Autrement dit, si tu veux approfondir le versant strictement vestimentaire du sujet, les deux visites forment un très bon diptyque.

Pour aller plus loin

Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle

Le catalogue le plus direct pour retrouver les œuvres, les salles et le dialogue avec les textiles.

Voir le livre

Women, Art and Society

Utile pour replacer le sujet dans une histoire plus large du regard porté sur les artistes et les modèles.

Voir le livre

The Superfluous Woman: Costume and Ornament in 18th-Century France

Éclaire finement le rôle du vêtement, de l'ornement et des normes de genre dans la France des Lumières.

Voir le livre

Dress in Eighteenth-Century Europe 1715-1789

Un très bon repère pour lire coupes, étoffes et usages sociaux sans rester au seul registre du portrait.

Voir le livre

Voir aussi