Exposition Paris

Exposition Amedeo Modigliani

Peintre et sculpteur italien né à Livourne en 1884, Amedeo Modigliani débarque à Paris en 1906 et n’en repartira plus: Montmartre d’abord, puis la cité Falguière et Montparnasse, où il meurt en janvier 1920 à trente-cinq ans.

Qui est Amedeo Modigliani ?

Né à Livourne en 1884 dans une famille juive italienne, Modigliani arrive à Paris en 1906 pour y poursuivre ses études artistiques. Il s’installe d’abord à Montmartre.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Amedeo Modigliani dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De Livourne à Montmartre (1884-1908)

Né à Livourne en 1884 dans une famille juive italienne, Modigliani arrive à Paris en 1906 pour y poursuivre ses études artistiques. Il s’installe d’abord à Montmartre. Ses premières toiles parisiennes ne ressemblent pas encore à ce qu’on appellera plus tard «  un Modigliani »: le musée de l’Orangerie les situe dans le sillage de Steinlen, de Toulouse-Lautrec et des Picasso de la période bleue. C’est le Paris de la bohème du Nord, celui des cabarets et des ateliers bon marché, qui accueille l’Italien de vingt-deux ans.

Le tournant de 1909: Brancusi, la cité Falguière et la pierre

L’année 1909 marque une rupture. Après un court séjour à Livourne où, note l’Orangerie, «  la ligne l’emporte déjà sur la touche et les couleurs », Modigliani fait la rencontre du sculpteur roumain Constantin Brancusi. Il quitte Montmartre pour la cité Falguière, à Montparnasse, et se consacre alors essentiellement à la sculpture, taillant des têtes de pierre. Le Salon d’automne de 1912 lui ouvre ses cimaises, distinction rare pour un artiste aussi jeune. Mais la dégradation de sa santé et le coût des matériaux le conduisent à abandonner vite la taille pour revenir exclusivement à la peinture.

Montparnasse et l’amitié de Zadkine

En 1913, Ossip Zadkine rencontre Modigliani: les deux hommes, fraîchement débarqués à Paris, rêvent alors tous deux de devenir sculpteurs et partagent, selon les souvenirs de Zadkine, «  le temps des vaches maigres ». Le musée Zadkine, qui a consacré à cette amitié la première exposition jamais montée sur le sujet, la replace dans le Montparnasse des années 1910-1920. Zadkine est aussi le témoin qui raconte la rencontre entre le peintre et son futur marchand, décrivant des séances de pose dans une cave éclairée à l’ampoule électrique, un litre de vin posé sur la table.

Trois marchands, une carrière: Alexandre, Guillaume, Zborowski

La carrière de Modigliani se lit à travers ceux qui l’ont soutenu. Son premier mécène, le docteur Paul Alexandre, part au front en 1914. C’est alors que le poète Max Jacob le présente à Paul Guillaume, marchand débutant qui lui loue un atelier à Montmartre et devient son galeriste vers la fin de 1915: Modigliani en peint quatre portraits en 1915 et 1916. Vient ensuite le poète d’origine polonaise Léopold Zborowski, qui organise pour lui l’exposition de 1917. En 1918, le collectionneur Roger Dutilleul croise à son tour sa route, moins de deux ans avant sa mort.

Décembre 1917: la seule exposition personnelle de son vivant

Le 3 décembre 1917, à l’instigation de Zborowski, Berthe Weill inaugure rue Taitbout la seule exposition personnelle consacrée à Modigliani de son vivant: trente-deux œuvres, surtout des peintures, préfacées par un poème de Blaise Cendrars. Quatre nus y sont montrés. Leurs poils pubiens apparents déclenchent le scandale; le commissaire du poste de police situé en face somme la marchande d’«  enlever toutes ces ordures », au motif d’outrage à la pudeur. L’échec commercial est cuisant, malgré les cinq œuvres que Weill achète elle-même pour soutenir le peintre.

Les dernières années et la légende posthume

Modigliani meurt à Paris en janvier 1920, à trente-cinq ans; sa jeune compagne Jeanne Hébuterne se suicide peu après. La Tate rappelle que cette fin a longtemps éclipsé l’œuvre elle-même, et cite l’aveu de son biographe Arthur Pfannstiel dès 1929: chez Modigliani, il est difficile de démêler le fait de la fiction. La postérité se met en place très vite — le Centre Pompidou conserve le masque mortuaire moulé par Jacques Lipchitz et les photographies qu’en a tirées Man Ray — tandis que Paul Guillaume continue d’acheter et de défendre sa peinture.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile sur toile, peinture à l’huile sur papier ou carton marouflé, sculpture sur pierre et sur marbre, dessin.

Techniques: taille directe de têtes en pierre calcaire, huile sur carton collé sur contre-plaqué parqueté, huile sur papier collé sur carton, dessin d’après modèle vivant, pratiqué de façon quasi quotidienne, analyses scientifiques modernes de sa matière picturale: radiographie et fluorescence des rayons X.

Motifs récurrents: le portrait, presque toujours d’après un modèle présent, le nu féminin, la caryatide et la tête frontale, les cercles littéraires et artistiques de Montparnasse, le dialogue avec la sculpture antique et extra-occidentale.

Montmartre, puis Montparnasse: la géographie parisienne de Modigliani

Modigliani arrive à Paris en 1906 et s’installe à Montmartre, où il peint ses premières toiles parisiennes. En 1909, après sa rencontre avec Brancusi, il gagne la cité Falguière, à Montparnasse, et se tourne vers la sculpture. C’est ce Montparnasse des années 1910-1920 — celui que le musée Zadkine a reconstitué en 2024-2025 autour de son amitié avec Ossip Zadkine — qui constitue le décor de la seconde moitié de sa vie. Son marchand Paul Guillaume lui loue par la suite un atelier à Montmartre: les deux rives de sa vie parisienne ne se referment jamais tout à fait.

Le Paris des marchands: Alexandre, Guillaume, Zborowski, Weill

Aucune carrière de Modigliani n’existe hors de Paris, parce que tous ses soutiens y travaillent. Le docteur Paul Alexandre le collectionne avant 1914; Max Jacob le présente cette année-là à Paul Guillaume, qui devient son galeriste vers la fin de 1915; Léopold Zborowski prend le relais et obtient de Berthe Weill l’exposition de décembre 1917, rue Taitbout. Berthe Weill, qui avait ouvert sa première galerie rue Victor-Massé en 1901, avait déjà accompagné Picasso, Matisse et Suzanne Valadon: c’est dans cette écologie de petites galeries que la peinture de Modigliani trouve ses premiers acheteurs.

Voir Modigliani à Paris aujourd’hui

Trois collections publiques parisiennes conservent des Modigliani. Le musée de l’Orangerie en présente cinq peintures, restées à la mort de Paul Guillaume dans la collection de sa veuve Domenica Walter, parmi lesquelles «  Paul Guillaume, Novo Pilota » et «  Femme au ruban de velours », exposées au niveau -2, salle 8, «  Les Arts à Paris ». Le musée d’Art moderne de Paris conserve notamment «  Femme aux yeux bleus », vers 1918, ainsi qu’un dessin représentant Zadkine. Le Centre Pompidou détient une douzaine de pièces, peintures, dessins et sculptures, ainsi que le masque mortuaire moulé par Jacques Lipchitz.

Où voir ses œuvres

Musée de l’Orangerie (Paris) — Conserve cinq peintures de Modigliani au sein de la collection Jean Walter et Paul Guillaume; lui a consacré l’exposition «  Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand » en 2023-2024.

Musée d’Art moderne de Paris (Paris) — Conserve «  Femme aux yeux bleus » (vers 1918) et d’autres peintures et dessins de l’artiste, dont un portrait de Zadkine.

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve un ensemble de peintures, dessins et sculptures de Modigliani, ainsi que le masque mortuaire moulé par Jacques Lipchitz et les photographies de Man Ray.

Musée Zadkine (Paris) — A présenté «  MODIGLIANI / ZADKINE. Une amitié interrompue » du 14 novembre 2024 au 30 mars 2025, première exposition consacrée à cette amitié.

LaM — Lille métropole musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (Villeneuve-d’Ascq) — Conserve six peintures, huit dessins et une rare sculpture en marbre réunis par Roger Dutilleul et Jean Masurel, et co-dirige avec le C2RMF le programme de recherche «  Les Secrets de Modigliani ».

Repères chronologiques

1884 — Naissance d’Amedeo Modigliani à Livourne, en Italie, dans une famille juive.

1906 — Arrivée à Paris pour y poursuivre ses études artistiques et installation à Montmartre.

1909 — Rencontre de Constantin Brancusi, installation cité Falguière et bascule vers la sculpture.

1912 — Ses sculptures sont retenues au Salon d’automne, distinction rare pour un artiste aussi jeune.

1913 — Rencontre du sculpteur Ossip Zadkine, début d’une amitié montparnassienne brève et intense.

1914 — Départ au front de son premier mécène Paul Alexandre; Max Jacob le présente à Paul Guillaume.

1915 — Paul Guillaume devient son galeriste et lui loue un atelier; il en peint le portrait «  Novo Pilota ».

1917-12-03 — Ouverture rue Taitbout, chez Berthe Weill, de la seule exposition personnelle de son vivant.

1918 — Le collectionneur Roger Dutilleul croise sa route et commence à réunir un ensemble d’œuvres.

1920 — Mort à Paris à trente-cinq ans; suicide de sa compagne Jeanne Hébuterne peu après.

2016 — Le LaM consacre à l’artiste la rétrospective «  Amedeo Modigliani, l’œil intérieur ».

2024-11-14 — Ouverture au musée Zadkine de «  MODIGLIANI / ZADKINE. Une amitié interrompue ».

Galerie

Amedeo Modigliani & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Amedeo Modigliani à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Où peut-on voir des tableaux de Modigliani à Paris ?

Le musée de l'Orangerie en conserve cinq peintures issues de la collection Jean Walter et Paul Guillaume, dont « Paul Guillaume, Novo Pilota » et « Femme au ruban de velours », présentées au niveau -2, salle 8. Le musée d'Art moderne de Paris possède « Femme aux yeux bleus » et le Centre Pompidou un ensemble de peintures, dessins et sculptures.

Pourquoi son exposition de 1917 a-t-elle été censurée ?

Inaugurée le 3 décembre 1917 rue Taitbout chez Berthe Weill, elle montrait trente-deux œuvres dont quatre nus. Ce sont les poils pubiens apparents, et non la nudité elle-même, qui ont provoqué l'attroupement puis l'intervention du commissaire du poste de police d'en face, lequel a ordonné le décrochage pour outrage à la pudeur.

Modigliani a-t-il vraiment été sculpteur ?

Oui. Après sa rencontre avec Brancusi en 1909, il s'installe cité Falguière et se consacre essentiellement à la taille de têtes en pierre ; il est retenu au Salon d'automne de 1912. La dégradation de sa santé et le prix des matériaux le ramènent ensuite à la peinture. La Tate conserve l'une de ces têtes et une caryatide.

Qui était Paul Guillaume pour Modigliani ?

Un jeune marchand parisien que Max Jacob lui présente en 1914 et qui devient son galeriste vers la fin de 1915. Guillaume lui loue un atelier à Montmartre et lui achète de nombreuses œuvres ; Modigliani réalise quatre portraits de lui en 1915 et 1916, dont celui, surnommé « Novo Pilota », conservé au musée de l'Orangerie.

Qui est la jeune femme des derniers portraits de Modigliani ?

Jeanne Hébuterne, sa compagne, qu'il a représentée plus d'une vingtaine de fois entre 1917 et 1919, en insistant sur son épaisse chevelure auburn et ses yeux bleus. Le Metropolitan Museum of Art conserve l'un de ces portraits, daté 1919. Elle se suicide peu après la mort du peintre en janvier 1920.

Que révèlent les analyses scientifiques récentes de ses œuvres ?

Le LaM co-dirige avec le Centre de recherche et de restauration des musées de France, Chimie ParisTech et le laboratoire MSAP un programme d'étude des Modigliani des collections publiques françaises : 25 peintures et 3 sculptures ont été soumises à la radiographie et à la fluorescence des rayons X pour comprendre sa matière et son processus de création.