Exposition Paris

Exposition Anri Sala

Né en 1974 à Tirana et de nationalité albanaise et française, Anri Sala construit des installations où l’image, l’architecture et le son se déforment mutuellement.

Qui est Anri Sala ?

Les premières vidéos de Sala, à la fin des années 1990, empruntent aux stratégies documentaires pour examiner la vie albanaise après le communisme, en observant le rôle du langage et de la mémoire dans le récit des histoires sociales et politiques.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Anri Sala dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Tirana, la mère et le film de propagande

Les premières vidéos de Sala, à la fin des années 1990, empruntent aux stratégies documentaires pour examiner la vie albanaise après le communisme, en observant le rôle du langage et de la mémoire dans le récit des histoires sociales et politiques. «  Intervista » (1998, 26 minutes, coproduction France-Albanie) met en scène l’artiste et sa mère, ancienne militante des Jeunesses communistes d’Albanie, à partir d’une bobine de propagande de 1977 retrouvée sans sa bande-son: le film ouvre une brèche entre mémoire personnelle et mémoire collective, et fait des variations de cadre et de point de vue le sujet même de l’œuvre.

Le son devient la matière du récit

À partir du début des années 2000, les vidéos de Sala sondent les effets psychologiques de l’expérience acoustique: musique et son y sont traités comme des langages capables de convoquer des images, de réveiller la nostalgie et de transmettre des émotions. Le Centre Pompidou décrit une œuvre bâtie sur «  une relation complexe entre l’image et le son », d’où le récit est souvent absent, où les actions sont répétées et dilatées pour tenir dans un temps réel dispensé de montage. «  Mixed Behaviour » (2003) en donne la formule: un plan fixe, un DJ de dos au-dessus de Tirana la nuit du Nouvel An, et des détonations dont on ne sait plus si elles fêtent ou si elles menacent.

Des musiciens dans le plan, des performances dans la salle

Depuis le milieu des années 2000, les musiciens entrent dans les films et dans les expositions. Dans «  Long Sorrow » (2005) et «  Answer Me » (2008), des instrumentistes jouent des requiems pour les histoires en échec qui dorment dans l’architecture qui les entoure; dans «  Le Clash » (2010) et «  Tlatelolco Clash » (2011), des joueurs d’orgue de Barbarie arpentent des rues désertes et amplifient l’incertitude par leurs versions inattendues d’une chanson familière. La performance «  3-2-1 » (2011/2016) prolonge ce dispositif: le saxophoniste André Vida improvise en duo avec la lamentation enregistrée de Jemeel Moondoc dans «  Long Sorrow », et le duo change à chaque exécution.

L’exposition tenue comme une partition

Sala refuse de concevoir une exposition comme une collection de pièces existantes: il la revendique comme une œuvre en soi. La démonstration a lieu au Centre Pompidou en 2012, où objets, photographies et quatre films récents sont activés selon un «  time code » préétabli et forment une boucle d’une heure, de Sarajevo assiégée à Berlin, de Bordeaux à Mexico. Cette logique de spatialisation sonore se retrouve à Bregenz en 2021, où le Kunsthaus décrit des œuvres temporelles nées d’un réseau dense de relations entre son, image et architecture, sans narration stricte ni acteurs: ce sont les pièces musicales qui portent la structure.

Une trajectoire institutionnelle continue

Distingué par le Young Artist Prize de la Biennale de Venise en 2001, puis par le Vincent Award à La Haye en 2014, Anri Sala enchaîne les monographies: Serpentine Gallery à Londres en 2011, Centre Pompidou en 2012, New Museum à New York en 2016, Kunsthaus Bregenz en 2021, Bourse de Commerce – Pinault Collection à Paris en 2022, avant une exposition personnelle annoncée au Musée de Serralves à Porto en novembre 2026. Il a participé à la documenta 13 de Cassel en 2012 et représenté la France à la 55e Biennale de Venise en 2013. Ses œuvres sont conservées notamment par le Musée national d’art moderne, la Tate et le Museum of Modern Art.

La pratique en bref

Médiums: installation audiovisuelle multicanal, film et vidéo HD, œuvre sonore sur disque vinyle, photographie noir et blanc sur papier baryté, sculpture cinétique, gravure et dessin, performance live avec musiciens.

Techniques: plan fixe long, sans montage, en temps réel dilaté, spatialisation sonore d’une salle à l’autre, activation de plusieurs films selon un «  time code » formant une boucle, désynchronisation puis resynchronisation de deux interprétations d’une même partition, captation d’interférences acoustiques réelles (radio, circulation, architecture).

Motifs récurrents: le son comme agent narratif à la place du récit, mémoire personnelle et mémoire collective de l’Albanie post-communiste, architecture, acoustique et histoires en échec, décalage et recalage du temps, traduction, langage et perte de la bande-son, musique savante et musique populaire confrontées.

Trois œuvres au Musée national d’art moderne

Paris conserve un échantillon cohérent de la pratique de Sala. «  Mixed Behaviour » (2003), installation audiovisuelle de 8 minutes 17 avec vidéoprojecteur, écran plasma et son stéréo, est entrée en 2005 par don de la Société des Amis du Musée national d’art moderne (inv. AM 2005-110). «  Title Suspended » (2008), pièce en trois dimensions en résine, nitrile et moteur électrique de 20 x 80 x 20 cm, a été achetée en 2009 (inv. AM 2009-200). «  Unravel » (2013), installation à deux vidéos HD présentées dans deux salles distinctes, est arrivée par don en 2014 (inv. AM 2014-349). Vidéo, objet et double projection: la collection parisienne couvre trois régimes de son travail.

La Galerie sud du Centre Pompidou, une heure en boucle

Du 3 mai au 6 août 2012, le Centre Pompidou consacre à Anri Sala une exposition monographique conçue spécialement pour sa Galerie sud. L’installation inédite y est présentée comme une œuvre en soi, une symphonie faite d’objets, de photographies et de quatre films récents activés selon un «  time code » préétabli, formant une boucle d’une heure: «  1395 Days without Red » pour Sarajevo assiégée, «  Answer Me » sous le dôme géodésique de Buckminster Fuller à Berlin, «  Le Clash » dans une salle des fêtes désertée de Bordeaux, «  Tlatelolco Clash » à Mexico. La galerie communiquant visuellement avec la rue, le visiteur se retrouvait face aux passants longeant le bâtiment.

La carte blanche de la Bourse de Commerce

Du 14 octobre 2022 au 16 janvier 2023, la Bourse de Commerce – Pinault Collection confie à Anri Sala l’épilogue de son accrochage «  Une seconde d’éternité ». «  Time No Longer » (2021), inédite en France, est projetée sur un immense écran courbe épousant le cylindre de la Rotonde, au cœur du musée. L’artiste investit d’autres espaces du bâtiment: les vitrines du Passage accueillent les diptyques de gravures et de dessins «  Untitled Maps / Species » (2018-2022) ainsi que «  Another Solo in the Doldrums (Extended Play) » (2012). C’est à ce jour sa dernière grande prise de parole dans un musée parisien.

Une représentation et des projections parisiennes

La Galerie Chantal Crousel, installée 10 rue Charlot dans le 3e arrondissement, compte Anri Sala parmi ses artistes et lui avait déjà consacré une exposition personnelle à Paris en 2001. Le Centre Pompidou, de son côté, n’a pas seulement exposé et acquis: il a programmé l’artiste en salle de cinéma, avec la projection d’«  Intervista » en novembre 2015 et le spectacle «  1395 Days without Red » les 7 et 8 octobre 2011, et l’a fait dialoguer publiquement avec le critique Michael Fried le 3 mai 2012 puis avec Edi Rama en avril 2010.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou – Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve trois œuvres de l’artiste (AM 2005-110, AM 2009-200, AM 2014-349) et lui a consacré une exposition monographique en Galerie sud du 3 mai au 6 août 2012. Le bâtiment de la place Georges-Pompidou est fermé au public de 2025 à 2030 pour travaux.

Bourse de Commerce – Pinault Collection (Paris) — A accueilli une carte blanche à Anri Sala du 14 octobre 2022 au 16 janvier 2023, avec «  Time No Longer » dans la Rotonde et des œuvres graphiques dans le Passage.

Galerie Chantal Crousel (Paris) — Galerie parisienne qui représente l’artiste et publie sa notice biographique; elle est située 10 rue Charlot, dans le 3e arrondissement.

Museu de Serralves (Porto) — Exposition personnelle d’ampleur annoncée pour novembre 2026 — hors de Paris, mais c’est l’échéance monographique à venir.

Repères chronologiques

1974 — Naissance à Tirana, en Albanie; il prendra plus tard aussi la nationalité française.

1998 — «  Intervista », premier film, tourné entre la France et l’Albanie, autour d’une bobine de propagande de 1977.

2001 — Young Artist Prize de la Biennale de Venise; première exposition personnelle à la Galerie Chantal Crousel, à Paris.

2003 — «  Mixed Behaviour » et «  Dammi i Colori », deux œuvres tournées à Tirana qui entreront en collections publiques.

2005 — «  Mixed Behaviour » entre au Musée national d’art moderne par don de la Société des Amis du Mnam (AM 2005-110).

2011-10 — Exposition personnelle à la Serpentine Gallery de Londres, du 1er octobre au 20 novembre, conçue comme une boucle avec performance.

2012-05-03 — Ouverture de l’exposition monographique «  Anri Sala » à la Galerie sud du Centre Pompidou, jusqu’au 6 août.

2013 — Il représente la France à la 55e Biennale de Venise; «  Unravel » date de cette même année.

2014 — Vincent Award, décerné à La Haye, après une participation à la documenta 13 de Cassel en 2012.

2016-02-03 — Ouverture d’«  Anri Sala: Answer Me » au New Museum de New York, jusqu’au 10 avril.

2021-07-17 — Exposition d’été au Kunsthaus Bregenz, reportée d’un an, jusqu’au 10 octobre.

2022-10-14 — Carte blanche à la Bourse de Commerce – Pinault Collection, à Paris, jusqu’au 16 janvier 2023.

2026-11 — Exposition personnelle d’ampleur annoncée au Museu de Serralves, à Porto.

Anri Sala & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Anri Sala à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi dit-on qu'Anri Sala fait des films « sans récit » ?

Le Centre Pompidou décrit une œuvre où le récit est souvent absent : les actions y sont répétées et dilatées pour s'inscrire dans un temps réel dispensé de montage. Ce qui progresse n'est pas une intrigue mais une matière sonore, qui redistribue le sens de l'image à mesure qu'elle se transforme.

Que montre « Intervista », son premier film ?

Réalisé en 1998 entre la France et l'Albanie et long de 26 minutes, « Intervista » met en scène l'artiste et sa mère, ancienne militante des Jeunesses communistes d'Albanie, à partir d'un film de propagande de 1977. Le dispositif ouvre une brèche entre histoire, mémoire personnelle et mémoire collective.

Quel est le rapport entre « Unravel » et Maurice Ravel ?

L'œuvre joue de la consonance entre le verbe anglais « to unravel », démêler, et le nom du compositeur du Concerto en ré pour la main gauche. Dans la première vidéo, une DJ écoute deux interprétations différentes du concerto ; dans la seconde, elle tente de les synchroniser. Sala parle d'« un projet sur le décalage et le recalage ».

Que voit-on dans « Mixed Behaviour » (2003) ?

Un plan fixe unique montre un DJ de dos, seul au-dessus de Tirana qui fête le Nouvel An. L'image sombre et immobile fait basculer l'attention vers le son : les feux d'artifice pourraient aussi bien évoquer la guerre, en écho à la violence qui a frappé l'Albanie dans les années 1990. Le titre nomme cette ambivalence entre joie et peur.

Anri Sala a-t-il représenté la France à la Biennale de Venise ?

Oui : en 2013, il a représenté la France à la 55e Biennale de Venise, avec l'ensemble « Ravel Ravel Unravel ». Il avait auparavant reçu à Venise le Young Artist Prize en 2001, puis a obtenu le Vincent Award à La Haye en 2014.

Où peut-on voir des œuvres d'Anri Sala à Paris ?

Le Musée national d'art moderne conserve trois pièces : « Mixed Behaviour » (AM 2005-110), « Title Suspended » (AM 2009-200) et « Unravel » (AM 2014-349). Leur présentation dépend des accrochages, et le Centre Pompidou est fermé au public de 2025 à 2030 pour travaux ; le musée propose entre-temps une programmation hors les murs.