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Exposition Artemisia Gentileschi

Fille et élève d’Orazio Gentileschi, Artemisia Gentileschi (Rome, 1593 - Naples, après 1654) est la peintre la plus célébrée du XVIIe siècle européen.

Qui est Artemisia Gentileschi ?

Née à Rome en 1593, Artemisia est l’aînée des cinq enfants d’Orazio Gentileschi et sa seule fille; c’est auprès de lui qu’elle apprend le métier.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Artemisia Gentileschi dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une formation romaine dans l’atelier du père

Née à Rome en 1593, Artemisia est l’aînée des cinq enfants d’Orazio Gentileschi et sa seule fille; c’est auprès de lui qu’elle apprend le métier. Orazio, peintre d’origine toscane, était un familier direct du Caravage, et l’atelier paternel transmet à sa fille un naturalisme déjà formé. La première peinture qu’elle signe et date, une Suzanne et les vieillards conservée dans la collection du Schloss Weissenstein à Pommersfelden, remonte à 1610: elle a alors dix-sept ans, et cette grande toile installe d’emblée deux motifs qui la suivront, l’héroïne mise en cause et le nu féminin.

Le procès de 1612, puis le départ de Rome

En 1611, Artemisia est violée par Agostino Tassi, peintre proche d’Orazio et son collaborateur. Le procès qui s’ouvre l’année suivante est minutieusement consigné, et ses pièces ont survécu; la National Gallery rappelle que Tassi fut reconnu coupable et banni de Rome sans que la sentence soit jamais exécutée, le musée Jacquemart-André précisant qu’il demeura dans la ville sous protection pontificale et qu’Artemisia fut soumise à la torture pour éprouver la véracité de son témoignage. Au lendemain du jugement, elle épouse un artiste florentin peu connu, Pierantonio di Vincenzo Stiattesi, et quitte Rome.

Florence: l’Académie du dessin et les commandes Médicis

À Florence, Artemisia met au monde cinq enfants et s’impose comme artiste indépendante: en 1616, elle devient l’une des premières femmes reçues à l’Académie du dessin. La ville lui vaut ses appuis les plus décisifs, jusqu’à la maison de Michel-Ange, où elle peint pour Michelangelo Buonarroti le Jeune une Allégorie de l’Inclination datée de 1616. C’est aussi la période où elle se met elle-même en scène: l’Autoportrait en sainte Catherine d’Alexandrie de la National Gallery, daté vers 1615-1617, a vraisemblablement été peint là, dans une ville qu’elle devait convaincre de son talent.

Rome, Venise, puis l’atelier napolitain

Rattrapée par ses dettes, Artemisia regagne Rome en 1620 et y demeure une dizaine d’années, avec un séjour vénitien en 1628; le Prado situe pour sa part cette phase romaine entre 1620 et 1627, ponctuée de brefs voyages à Gênes et à Venise. En 1630 elle est installée à Naples, où elle dirige un atelier florissant jusqu’à sa mort et devient une des figures majeures de la ville. Le Prado la place au cœur de la mutation de la peinture napolitaine des années 1630, entre naturalisme strict et goût nouveau pour les valeurs atmosphériques et colorées, en contact étroit avec Massimo Stanzione.

Londres, la commande espagnole et une mort mal datée

La séquence napolitaine est interrompue par un séjour anglais, que le Prado situe en 1638-1639 et la National Gallery en 1639: Artemisia y rejoint son père âgé, peut-être pour l’aider au plafond de la Queen’s House de Greenwich, aujourd’hui à Marlborough House, et continue d’y peindre pour la noblesse. Dès l’année suivante elle est de retour à Naples. C’est de cette période napolitaine que date la Naissance de saint Jean-Baptiste destinée au palais du Buen Retiro à Madrid. La date de sa mort reste ouverte: un document retrouvé récemment l’atteste vivante à Naples en août 1654.

La pratique en bref

Médiums: Huile sur toile, Peinture de plafond.

Techniques: Peinture directe d’après le modèle vivant, sans croquis préalable, Clair-obscur caravagesque hérité de l’atelier d’Orazio, poussé vers des tonalités plus dramatiques, Formats monumentaux destinés à des cycles décoratifs (jusqu’à 208 x 274 cm pour l’Esther du Metropolitan Museum).

Motifs récurrents: Héroïnes bibliques en action (Judith, Suzanne, Esther), Nu féminin, Autoportrait sous les traits d’une sainte ou d’une allégorie, Allégorie profane, Martyre et guérison.

La rétrospective de 2025 au musée Jacquemart-André

Du 19 mars au 3 août 2025, le musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, a consacré à Artemisia Gentileschi une exposition intitulée «  Artemisia, héroïne de l’art », réunissant des chefs-d’œuvre et des toiles rarement montrées à Paris. Le parti pris n’était pas monographique au sens strict: l’accrochage confrontait ses tableaux à ceux d’artistes avec lesquels elle avait des liens professionnels ou familiaux, au premier rang desquels son père Orazio Gentileschi et le peintre français Simon Vouet. C’est à ce jour le rendez-vous parisien de référence pour son œuvre.

Au Louvre, une seule notice - et le tableau n’est pas à Paris

Une recherche au nom d’Artemisia Gentileschi dans le catalogue en ligne du musée du Louvre ne renvoie qu’un seul tableau: Sainte Agathe guérie par saint Pierre, toile du XVIIe siècle de 0,73 x 1,03 m, département des Peintures, numéro principal INV 20245 et numéro Campana 554. Encore l’attribution y est-elle partagée entre Francesco Guarino, Bernardo Cavallino et Artemisia Gentileschi, l’œuvre ayant aussi été inventoriée sous le nom de Bartolomeo Faccini. La notice précise en outre que la toile est en dépôt au Musée de la Faïence et des Beaux-Arts de Nevers: aucune peinture certaine de l’artiste n’est donc visible en permanence à Paris.

Où voir ses œuvres

Musée Jacquemart-André (Paris) — A présenté «  Artemisia, héroïne de l’art » du 19 mars au 3 août 2025; programmation en cours au 1er août 2026: «  Splendeurs du Baroque, de Greco à Velázquez », à partir du 26 mars 2026, sans volet Artemisia annoncé sur la page.

Musée du Louvre (Paris) — Conserve sous INV 20245 une Sainte Agathe guérie par saint Pierre dont l’attribution inclut Artemisia Gentileschi; toile en dépôt à Nevers.

Galleria degli Uffizi (Florence) — Expose Judith décapitant Holopherne dans la salle D29, consacrée au Caravage et à Artemisia.

Museo di Casa Buonarroti (Florence) — Conserve l’Allégorie de l’Inclination peinte en 1616 pour Michelangelo Buonarroti le Jeune, restaurée sur place entre octobre 2022 et avril 2023.

The National Gallery (Londres) — Présente en salle 32 l’Autoportrait en sainte Catherine d’Alexandrie (NG6671).

Museo Nacional del Prado (Madrid) — Expose en salle 005 la Naissance de saint Jean-Baptiste, seule œuvre de l’artiste au musée, issue du cycle du Buen Retiro.

The Metropolitan Museum of Art (New York) — Conserve Esther devant Assuérus (69.281), don d’Elinor Dorrance Ingersoll en 1969.

Repères chronologiques

1593 — Naissance à Rome, aînée des cinq enfants du peintre Orazio Gentileschi et sa seule fille.

1610 — Première peinture signée et datée, Suzanne et les vieillards, réalisée à dix-sept ans.

1611 — Artemisia est violée par Agostino Tassi, peintre proche et collaborateur de son père.

1612 — Procès de Tassi à Rome, condamnation au bannissement jamais appliquée; mariage avec Pierantonio Stiattesi et départ pour Florence.

1616 — Admise à l’Académie du dessin de Florence et peint l’Allégorie de l’Inclination pour Michelangelo Buonarroti le Jeune.

1620 — Retour à Rome, poursuivie par ses créanciers; elle y restera une dizaine d’années.

1628 — Voyage à Venise, seule interruption documentée de la décennie romaine.

1630 — Installation à Naples, où elle dirige un atelier prospère jusqu’à sa mort.

1635 — Vers cette date, Naissance de saint Jean-Baptiste, peinte à Naples pour le palais du Buen Retiro à Madrid.

1638-1639 — Séjour à Londres auprès de son père Orazio, où elle continue de peindre pour la noblesse anglaise.

1654 — Un document retrouvé récemment l’atteste encore vivante à Naples au mois d’août.

2022-2023 — Restauration publique de l’Allégorie de l’Inclination à la Casa Buonarroti, d’octobre 2022 à avril 2023.

2025 — Exposition «  Artemisia, héroïne de l’art » au musée Jacquemart-André, du 19 mars au 3 août.

Galerie

Artemisia Gentileschi & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Artemisia Gentileschi à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Peut-on voir un tableau d'Artemisia Gentileschi à Paris aujourd'hui ?

Pas en permanence. Le catalogue en ligne du Louvre ne renvoie qu'une seule toile associée à son nom, Sainte Agathe guérie par saint Pierre (INV 20245), dont l'attribution est partagée avec Francesco Guarino et Bernardo Cavallino, et qui se trouve en dépôt au Musée de la Faïence et des Beaux-Arts de Nevers. Voir ses oeuvres à Paris suppose donc une exposition temporaire, comme celle du musée Jacquemart-André en 2025.

Que sait-on réellement du procès intenté à Agostino Tassi ?

Artemisia a été violée en 1611 par Agostino Tassi, collaborateur de son père. Le procès de 1612 a été consigné avec une minutie exceptionnelle et ses documents ont été conservés. Tassi fut jugé coupable et banni de Rome, mais la peine ne fut jamais appliquée : il resta dans la ville sous protection pontificale. Pendant l'instruction, Artemisia fut soumise à la torture destinée à éprouver son témoignage.

Pourquoi les musées ne donnent-ils pas la même date de mort ?

Parce qu'aucun acte n'a été retrouvé. La National Gallery écrit « 1654 ou plus tard », s'appuyant sur un document découvert récemment qui l'atteste vivante à Naples en août 1654. Le Prado et la Galerie des Offices retiennent 1652 ou 1652-1653, tandis que le dossier de presse de l'exposition parisienne et la notice du Louvre indiquent « vers 1656 ». L'écart tient à l'état de la documentation, pas à un désaccord d'attribution.

Quelle est son oeuvre la plus connue et où est-elle conservée ?

Judith décapitant Holopherne, peinte vers 1620, huile sur toile de 146,5 x 108 cm, conservée à la Galerie des Offices à Florence sous l'inventaire 1890 n. 1567. Elle est présentée dans la salle D29, que le musée intitule « Caravage et Artemisia ». La scène montre l'instant même de la mise à mort du général assyrien, saisi ivre et endormi après le banquet.

Qu'est-ce que l'Allégorie de l'Inclination de la Casa Buonarroti ?

Une figure féminine nue allongée sur des nuages, tenant un compas, peinte par Artemisia en 1616 pour Michelangelo Buonarroti le Jeune : elle personnifie la disposition naturelle de Michel-Ange à la création artistique. Vers 1680, un descendant fit ajouter par Baldassarre Franceschini un drapé bleu et des voiles masquant la nudité. Le chantier de restauration mené d'octobre 2022 à avril 2023 a porté le nom d'« Artemisia Svelata ».

Pour quels commanditaires étrangers Artemisia a-t-elle travaillé ?

Pour les plus hauts niveaux de la société européenne, du grand-duc de Toscane à Philippe IV d'Espagne. La Naissance de saint Jean-Baptiste du Prado, peinte vers 1635 à Naples, appartient à un cycle destiné à la chapelle de l'ermitage Saint-Jean dans les jardins du palais du Buen Retiro à Madrid. Elle avait rejoint Naples à l'invitation du vice-roi espagnol Fernando Afán de Ribera, duc d'Alcalá.