Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Baya Mahieddine dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Née Fatma Haddad près d’Alger en 1931 et morte à Blida en 1998, Baya peint dès l’adolescence des femmes-fleurs, des oiseaux et des poissons dans des gouaches d’une couleur franche.
Fatma Haddad naît en 1931 à Bordj el Kiffan, à l’est d’Alger, dans une famille pauvre. Elle perd son père très jeune, puis sa mère, et vit d’abord chez sa grand-mère, ouvrière agricole.
Cette page sert surtout à situer Baya Mahieddine dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Fatma Haddad naît en 1931 à Bordj el Kiffan, à l’est d’Alger, dans une famille pauvre. Elle perd son père très jeune, puis sa mère, et vit d’abord chez sa grand-mère, ouvrière agricole. À partir de 1942 elle est accueillie à Alger par Marguerite Caminat, peintre française qui prend en charge son éducation et l’introduit dans un milieu d’intellectuels et d’artistes. C’est là, vers treize ans, qu’elle peint sa première gouache, en profitant d’être seule à la maison, et qu’elle commence à modeler l’argile. Elle ne fréquentera jamais d’école d’art.
Le sculpteur Jean Peyrissac, à qui Marguerite Caminat avait confié quelques travaux de l’adolescente, les montre au galeriste Aimé Maeght de passage à Alger. Maeght expose Baya dans sa galerie parisienne en 1947: elle a seize ans, et le succès est immédiat. La livraison n° 6 de la revue de la galerie, « Derrière le miroir », lui est consacrée, avec des textes d’André Breton, de Jean Peyrissac et d’Émile Dermenghem, ce qui l’inscrit d’emblée dans l’orbite des surréalistes. L’Institut du monde arabe rappelle qu’elle n’a donc pas souffert du manque de visibilité qui a frappé tant d’autres femmes artistes.
En 1948, Baya réalise des poteries et des céramiques dans l’atelier Madoura, à Vallauris, où elle croise Picasso qui y travaille alors. Cet épisode confirme une pratique commencée dès l’enfance: le modelage de l’argile précède chez elle la peinture, et l’accompagne ensuite. Elle passe à cette période à la peinture à l’eau sur papier, qui restera son médium principal. La ville lui rendra hommage bien plus tard, le musée Magnelli — musée de la Céramique de Vallauris lui consacrant une exposition du 6 juillet au 18 novembre 2013.
En 1953, Baya épouse le musicien de style arabo-andalou Mahfoud Mahieddine, s’établit à Blida et interrompt tout travail artistique; le couple aura six enfants. Ce silence dure une décennie, dans le contexte de la guerre d’Algérie. En 1963, après l’indépendance, les conservateurs du musée des Beaux-Arts d’Alger acquièrent ses premières œuvres et l’incitent à reprendre le pinceau. Ses formats s’agrandissent alors et son répertoire s’enrichit d’instruments de musique, de vases, de paysages et de jardins.
La signature de Baya a longtemps été rabattue sur le « mystère » arabe, sur le « primitivisme » ou sur l’art brut. L’historienne Anissa Bouayed, co-commissaire de la rétrospective de l’Institut du monde arabe, souligne que ces mots sont piégés: l’un enferme sa trajectoire dans le récit d’un miracle initial, l’autre empêche de voir le raffinement de son art, ses évolutions et sa dimension spirituelle. La relecture engagée depuis 2022, appuyée sur des archives inédites, replace Baya dans l’histoire de l’art moderne arabe plutôt que dans la marge des autodidactes.
Baya meurt à Blida en 1998. Ses gouaches entrent dans des collections publiques françaises, notamment au LaM de Villeneuve-d’Ascq grâce à la donation de L’Aracine en 1999, et au musée d’Art naïf et d’Arts singuliers de Laval. Les rétrospectives se succèdent: musée Cantini à Marseille dès novembre 1982, musée Réattu à Arles du 5 avril au 22 juin 2003, musée Magnelli à Vallauris en 2013. Hors d’Europe, le Sharjah Art Museum lui consacre « Lasting Impressions » du 25 février au 31 juillet 2021, avec des prêts de la Barjeel Art Foundation.
Médiums: gouache sur papier, gouache sur carton, encre de Chine, céramique, terre modelée.
Techniques: gouache et crayon graphite sur papier marouflé sur carton, grands formats de gouache sur papier, modelage et cuisson en atelier de poterie (Madoura, Vallauris).
Motifs récurrents: figures féminines, oiseaux, poissons, végétal et jardins, instruments de musique, vie quotidienne, absence de la mère et maternité.
C’est à Paris, et non à Alger, que Baya devient une artiste publique. Aimé Maeght, à qui Jean Peyrissac a montré des gouaches rapportées d’Alger, l’expose dans sa galerie parisienne en novembre 1947. Elle a seize ans, ne parle pas d’école d’art, et le vernissage attire le milieu littéraire de l’après-guerre. La revue de la galerie, « Derrière le miroir », lui consacre son numéro 6, préfacé notamment par André Breton. C’est cette exposition parisienne, et non une reconnaissance algéroise, qui fixe pour des décennies la lecture de son œuvre.
Du 8 novembre 2022 au 26 mars 2023, l’Institut du monde arabe présente « Baya, icône de la peinture algérienne. Femmes en leur jardin », dans le cadre de sa saison consacrée à l’Algérie. Le commissariat est assuré par Anissa Bouayed, Djamila Chakour et le galeriste Claude Lemand. L’exposition, forte de plus d’une centaine d’œuvres, gagne ensuite le Centre de la Vieille Charité à Marseille du 13 mai au 24 septembre 2023 sous le titre « Baya, une héroïne algérienne de l’art moderne », augmentée d’œuvres et de documents.
Les catégories qui ont enfermé Baya — « art naïf », « art brut », « primitivisme », « mystère » oriental — se sont formées dans la réception parisienne de 1947 et ont circulé de là. La critique parisienne contemporaine, du Monde au Journal des Arts, a fait de la rétrospective de l’Institut du monde arabe l’occasion de défaire ce vocabulaire et de replacer Baya dans l’histoire de l’art moderne arabe, en s’appuyant sur des archives inédites exhumées par l’historienne Anissa Bouayed.
Institut du monde arabe (Paris) — A présenté la rétrospective « Baya, icône de la peinture algérienne. Femmes en leur jardin » du 8 novembre 2022 au 26 mars 2023; conserve des gouaches et des céramiques de l’artiste.
Centre de la Vieille Charité (Marseille) — Deuxième étape de la rétrospective, du 13 mai au 24 septembre 2023, augmentée d’œuvres et de documents.
LaM — Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (Villeneuve-d’Ascq) — Conserve plusieurs gouaches de vers 1947 entrées par la donation de L’Aracine en 1999.
Musée d’Art naïf et d’Arts singuliers (MANAS) (Laval) — Conserve une œuvre de Baya et publie une notice biographique sur l’artiste.
Sharjah Art Museum (Charjah (Émirats arabes unis)) — A présenté « Lasting Impressions: Baya Mahieddine » du 25 février au 31 juillet 2021, avec des prêts de la Barjeel Art Foundation.
1931 — Naissance de Fatma Haddad à Bordj el Kiffan, près d’Alger, dans une famille pauvre.
1942 — Accueillie à Alger par la peintre française Marguerite Caminat, qui prend en charge son éducation.
1947 — Première grande exposition de ses œuvres à Paris, dans la galerie d’Aimé Maeght: elle a seize ans.
1948 — Réalise poteries et céramiques à l’atelier Madoura de Vallauris, où elle croise Picasso.
1953 — Mariage avec le musicien Mahfoud Mahieddine et installation à Blida; arrêt du travail artistique.
1963 — Le musée des Beaux-Arts d’Alger acquiert ses premières œuvres et l’incite à reprendre le pinceau.
1982 — Première rétrospective hors d’Algérie, au musée Cantini de Marseille, de novembre 1982 à février 1983.
1998 — Mort de Baya à Blida, en Algérie, à l’âge de soixante-six ans.
1999 — Entrée de plusieurs gouaches de vers 1947 au LaM par la donation de L’Aracine.
2003 — Exposition monographique au musée Réattu d’Arles, du 5 avril au 22 juin 2003.
2013 — Exposition au musée Magnelli — musée de la Céramique de Vallauris, du 6 juillet au 18 novembre.
2021 — « Lasting Impressions: Baya Mahieddine » au Sharjah Art Museum, du 25 février au 31 juillet.
2022-11-08 — Ouverture de la rétrospective « Femmes en leur jardin » à l’Institut du monde arabe, à Paris.
2023 — Reprise augmentée de la rétrospective au Centre de la Vieille Charité, à Marseille, du 13 mai au 24 septembre.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Baya Mahieddine à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Son nom d'état civil est Fatma Haddad, devenue Fatma Haddad-Mahieddine par son mariage. Elle a choisi de signer ses œuvres « Baya », le prénom de sa mère, morte alors qu'elle avait environ cinq ans : c'est sous ce seul prénom qu'elle est connue et exposée par les musées.
Marguerite Caminat, la peintre qui l'accueille à Alger, confie quelques travaux de Baya au sculpteur Jean Peyrissac, lequel les montre à Aimé Maeght de passage à Alger. Le galeriste l'expose dans sa galerie parisienne en 1947, alors qu'elle a seize ans, et le succès est immédiat.
Oui, en 1948, à Vallauris : Baya réalise des poteries et des céramiques dans l'atelier Madoura, où Picasso travaille également à cette période. C'est un séjour de travail dans la terre, non un compagnonnage artistique, et il n'a pas donné lieu à une collaboration documentée entre les deux artistes.
En 1953, elle épouse le musicien arabo-andalou Mahfoud Mahieddine et s'installe à Blida, où elle interrompt tout travail artistique ; le couple aura six enfants. Elle ne reprend qu'au début des années 1960, après l'indépendance, quand le musée des Beaux-Arts d'Alger acquiert ses premières œuvres en 1963.
Anissa Bouayed, co-commissaire de la rétrospective de l'Institut du monde arabe, rappelle que ces mots sont piégés : ils ressassent l'idée d'un miracle initial et masquent le raffinement, les évolutions et la dimension spirituelle de son art. Son travail, qualifié à tort ainsi, a exercé une influence majeure, en particulier en Algérie.
Le LaM de Villeneuve-d'Ascq conserve plusieurs gouaches de vers 1947 entrées par la donation de L'Aracine en 1999, dont « Femme debout et femme couchée » et « Femme, papillon, cheval-oiseau ». Le musée d'Art naïf et d'Arts singuliers de Laval et l'Institut du monde arabe à Paris conservent également des œuvres.