Exposition Paris

Exposition Bertrand Lavier

Bertrand Lavier, né en 1949 à Châtillon-sur-Seine, recouvre depuis 1980 des objets manufacturés d’une épaisse couche de peinture posée «  à la Van Gogh », en respectant leurs couleurs d’origine: un réfrigérateur, une armoire, un extincteur deviennent alors à la fois l’objet et son image peinte.

Qui est Bertrand Lavier ?

Bertrand Lavier naît en 1949 à Châtillon-sur-Seine, en Côte-d’Or, et se destinait au métier d’horticulteur avant de bâtir, en un demi-siècle, une œuvre dont la Bourse de Commerce résume ainsi les ressorts poétiques: la greffe et l’hybridation.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Bertrand Lavier dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un Bourguignon qui se destinait à l’horticulture

Bertrand Lavier naît en 1949 à Châtillon-sur-Seine, en Côte-d’Or, et se destinait au métier d’horticulteur avant de bâtir, en un demi-siècle, une œuvre dont la Bourse de Commerce résume ainsi les ressorts poétiques: la greffe et l’hybridation. Cette formation détournée n’est pas anecdotique: elle éclaire une pratique qui procède par bouturage d’objets et de catégories plutôt que par invention de formes. L’artiste vit et travaille à Paris; il partage sa vie entre la capitale et Aignay-le-Duc, dans son département natal.

1975-1976: le texte et le protocole avant la peinture

Les premiers travaux entrés dans les collections publiques ne sont ni des peintures ni des objets, mais du texte. D’après Caton l’Ancien, daté de 1975, est un ensemble de vingt et une planches de texte réparties en trois séries de sept éléments sur trois rangées; l’œuvre relève du domaine du dessin et rejoint le Musée national d’art moderne dès 1976, sous le numéro d’inventaire AM 1976-275. Le musée la rattache à l’art conceptuel. Lavier entre donc dans l’institution par le protocole et l’énoncé, six ans avant que la «  touche Van Gogh » ne devienne sa signature visuelle.

À partir de 1980: le chantier des objets peints

Le Centre Pompidou date de 1980 le début du chantier le plus identifiable de Lavier: l’application d’une épaisse couche de peinture «  à la Van Gogh » sur des objets du quotidien, en respectant scrupuleusement leurs couleurs d’origine. Mademoiselle Gauducheau, placard métallique peint à l’acrylique de 195 x 91,5 x 50 cm, en donne la version la plus sèche; l’œuvre entre au musée en 1987 par don de la Société des Amis du Musée national d’art moderne. Le procédé se poursuit bien au-delà: en 2004, Melker II recouvre partiellement une pièce de tissu d’ameublement de la gamme Melker du fabricant Sandberg, de sorte que l’objet et sa reproduction peinte coexistent sur la même surface.

Superposer deux marques: Brandt / Haffner

En 1984, Lavier ouvre un second chantier avec Brandt / Haffner, première œuvre d’une série qui interroge l’héritage de Marcel Duchamp et l’usage devenu courant du ready-made. Un réfrigérateur de marque Brandt y est posé sur un coffre-fort de marque Haffner, l’ensemble culminant à 251 cm. L’artiste raconte au Centre Pompidou l’origine du geste: «  Je me suis rendu compte que ce modèle de coffre-fort ancien était dessiné comme certains socles classiques: il y a une corniche supérieure et une corniche inférieure. Voilà le déclic visuel: j’avais un socle sous les yeux. » Le musée acquiert la pièce en 1988 (AM 1988-5). Le titre lui-même, fait de deux noms de fabricants accolés, devient une forme.

Installations, cosignatures et moquette: l’élargissement des supports

Lavier ne s’en tient pas à l’objet peint. 3 + 1, réalisée pour la première fois à Gênes à la galerie Locus Solus en 1987 et achetée par le Musée national d’art moderne en 1991, associe projecteurs super 8, films, moniteur, magnétoscope, bande vidéo et magnétophone dans une installation aux dimensions variables. Lavier / Morellet, peinture acrylique sur toile menée de 1975 à 1995, est cosignée et datée au revers du châssis par les deux artistes, portant les trois millésimes 1975, 1985 et 1995. En 2011, Composition en quatre couleurs, détail passe à l’œuvre textile: une moquette imprimée de 15 mètrès de côté posée sur un podium, dont le motif abstrait évoque un plancher de basket-ball; l’artiste en fait don au musée en 2018.

Une reconnaissance institutionnelle continue

Le Centre Pompidou consacre à Lavier une première exposition monographique du 20 février au 14 avril 1991, où il décrit une position «  forte et singulière » et des démonstrations «  perturbatrices, pertinentes, efficaces ». En 1997, Le Consortium de Dijon lui confie l’intérieur et l’extérieur de l’Usine avec Pylône-Chat et Christmas-Griffet. En 2012, le même Centre Pompidou lui offre une rétrospective d’une cinquantaine d’œuvres choisies avec l’artiste, organisée par thèmes et non chronologiquement. En 2021, la Bourse de Commerce l’invite comme premier artiste à occuper ses vitrines.

La pratique en bref

Médiums: objets manufacturés, peinture acrylique, sculpture et assemblage, installation audiovisuelle, dessin et planches de texte, œuvre textile (moquette imprimée).

Techniques: recouvrement intégral ou partiel d’un objet à la «  touche Van Gogh », dans ses couleurs d’origine, superposition de deux objets de marques différentes, l’un servant de socle à l’autre, soclage d’un objet prosaïque pour lui conférer un statut sculptural, prélèvement d’un fragment de réalité (portion de pylône électrique grandeur nature), cosignature et reprise d’une même toile à plusieurs décennies d’intervalle.

Motifs récurrents: statut de l’œuvre d’art et conditions de sa reconnaissance, héritage du ready-made de Marcel Duchamp devenu catégorie artistique, frontière entre peinture et sculpture, figuration et abstraction, la marque industrielle comme matériau et comme titre, question de la signature et de l’original.

Le Centre Pompidou, cinquante ans de compagnonnage

C’est à Paris que l’œuvre de Lavier entre le plus tôt dans une collection publique: le Musée national d’art moderne acquiert D’après Caton l’Ancien dès 1976. Suivent Mademoiselle Gauducheau en 1987, Brandt / Haffner en 1988, 3 + 1 en 1991, Lavier / Morellet en 2001, puis un don de l’artiste en 2018 avec Composition en quatre couleurs, détail. Côté salles, le Centre Georges Pompidou lui consacre une exposition monographique du 20 février au 14 avril 1991, puis, du 26 septembre 2012 au 7 janvier 2013, la rétrospective «  Bertrand Lavier, depuis 1969 », d’une cinquantaine d’œuvres choisies en complicité avec l’artiste et construite par thème, sans chronologie.

La Bourse de Commerce et ses vingt-quatre vitrines

Du 22 mai 2021 au 12 septembre 2022, Bertrand Lavier est le premier artiste invité à habiter les vitrines de la Bourse de Commerce – Pinault Collection. Il y orchestre ce que l’institution décrit comme une «  rétrospective en vitrine » d’inspiration duchampienne, jouant de la mise en abîme entre le contenant historique — façade intérieure, grands décors, radicalité du béton — et un contenu contemporain. On y voit une armoire et un extincteur recouverts de sa «  touche Van Gogh », deux teintes industrielles de «  rouge géranium » étalées sur un verre scindé, et les néons Blue et Red brillant chacun de la couleur de l’autre.

Vivre et travailler à Paris

Bertrand Lavier vit et travaille à Paris, tout en conservant un ancrage en Côte-d’Or, à Aignay-le-Duc, non loin de son Châtillon-sur-Seine natal. Cette double implantation se lit dans son parcours d’expositions: les grandes étapes parisiennes du Centre Pompidou et de la Bourse de Commerce alternent avec les rendez-vous bourguignons, dont Le Consortium de Dijon, qui lui confie en 1997 les espaces intérieur et extérieur de l’Usine pour Pylône-Chat et Christmas-Griffet.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve au moins sept œuvres de Lavier, acquises entre 1976 et 2018, et lui a consacré deux expositions monographiques, en 1991 et en 2012.

Bourse de Commerce – Pinault Collection (Paris) — Premier artiste invité à occuper les vitrines du bâtiment, du 22 mai 2021 au 12 septembre 2022.

Le Consortium (Dijon) — Exposition personnelle du 23 octobre au 29 novembre 1997, avec deux pièces conçues pour l’intérieur et l’extérieur de l’Usine.

Centre Pompidou-Metz (Metz) — Présente Lavier / Morellet, prêtée par le Musée national d’art moderne, dans l’exposition «  François Morellet. 100 pour cent » du 3 avril au 28 septembre 2026.

Repères chronologiques

1949 — Naissance de Bertrand Lavier à Châtillon-sur-Seine, en Côte-d’Or.

1975 — Réalisation de D’après Caton l’Ancien, ensemble de vingt et une planches de texte.

1976 — Entrée de D’après Caton l’Ancien au Musée national d’art moderne (AM 1976-275).

1980 — Ouverture du chantier des objets recouverts de peinture «  à la Van Gogh », daté par le Centre Pompidou.

1984 — Brandt / Haffner inaugure la série des superpositions de marques.

1987 — Première réalisation de l’installation 3 + 1 à la galerie Locus Solus, à Gênes.

1991-02-20 — Ouverture de sa première exposition monographique au Centre Georges Pompidou, à Paris.

1997-10-23 — Exposition personnelle au Consortium à Dijon, avec Pylône-Chat et Christmas-Griffet.

2012-09-26 — Ouverture de la rétrospective «  Bertrand Lavier, depuis 1969 » au Centre Pompidou.

2021-05-22 — Investissement des vitrines de la Bourse de Commerce – Pinault Collection, à Paris.

Bertrand Lavier & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Bertrand Lavier à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Qu'est-ce que la « touche Van Gogh » de Bertrand Lavier ?

C'est le nom que l'artiste donne, avec ironie, à l'épaisse couche de peinture qu'il applique sur un objet du quotidien en respectant ses couleurs d'origine. Le Centre Pompidou date ce chantier de 1980. L'objet reste reconnaissable mais devient l'image peinte de lui-même : armoire, extincteur ou tissu d'ameublement passent ainsi du statut de marchandise à celui d'œuvre.

Pourquoi Bertrand Lavier parle-t-il de « chantiers » et non de séries ?

La Bourse de Commerce explique que les périodes de son corpus se nomment « chantiers » : des ensembles ouverts, jamais refermés, que l'artiste rouvre à volonté. Le Centre Pompidou emploie le même mot et note que la rétrospective de 2012 a été construite par thème et non chronologiquement, précisément parce que ces chantiers coexistent au lieu de se succéder.

Que voit-on exactement dans Brandt / Haffner ?

Un réfrigérateur de la marque Brandt posé sur un coffre-fort de la marque Haffner, soit 251 cm de haut pour 70 cm de large et 65 cm de profondeur. L'artiste raconte avoir reconnu dans le coffre-fort un socle classique, avec sa corniche supérieure et sa corniche inférieure. L'œuvre a été achetée par le Musée national d'art moderne en 1988.

Quelles œuvres de Bertrand Lavier peut-on voir au Centre Pompidou ?

La collection du Musée national d'art moderne comprend notamment D'après Caton l'Ancien (1975), Mademoiselle Gauducheau (vers 1981), Brandt / Haffner (1984), 3 + 1 (1987), Lavier / Morellet (1975-1995), Melker II (2004) et Composition en quatre couleurs, détail (2011). Leur présentation dépend de la programmation des salles et des prêts en cours.

Qu'a fait Bertrand Lavier à la Bourse de Commerce en 2021 ?

Il a été le premier artiste invité à occuper les vitrines du bâtiment, du 22 mai 2021 au 12 septembre 2022, avec une « rétrospective en vitrine » d'inspiration duchampienne. Vingt-quatre vitrines accueillaient objets peints, néons Blue et Red brillant chacun de la couleur de l'autre, et deux « rouge géranium » industriels étalés sur un verre scindé en deux.

Bertrand Lavier a-t-il suivi une formation artistique classique ?

Non : la Bourse de Commerce rappelle qu'il se destinait au métier d'horticulteur. Ce détour explique en partie une pratique décrite en termes végétaux — la greffe, l'hybridation — où l'artiste assemble des objets ou des images que la réalité quotidienne sépare, plutôt que d'inventer des formes nouvelles à partir d'un métier d'atelier.