Exposition Paris

Exposition Camille Pissarro

Né en 1830 à Saint-Thomas, alors possession danoise des Antilles, et mort à Paris en 1903, Camille Pissarro a fait sa carrière presque entière dans la région parisienne.

Qui est Camille Pissarro ?

La notice de la National Gallery de Londres résume l’anomalie de départ: Pissarro naît en 1830 à Saint-Thomas, alors possession danoise des Indes occidentales, mais vit et travaille principalement dans la région parisienne.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Camille Pissarro dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Des Antilles danoises à la région parisienne

La notice de la National Gallery de Londres résume l’anomalie de départ: Pissarro naît en 1830 à Saint-Thomas, alors possession danoise des Indes occidentales, mais vit et travaille principalement dans la région parisienne. Wikipédia précise son état civil complet, Jacob Abraham Camille Pissarro, né le 10 juillet 1830 à Charlotte-Amélie, et son passage par l’Académie Suisse entre 1859 et 1861, où il croise Monet, Guillaumin et Cézanne. Refusé au Salon officiel, il expose au Salon des refusés de 1863, puis se présente aux Salons de 1864 et 1865 comme élève d’Anton Melbye et de Corot — deux références que la National Gallery retrouve dans sa peinture, aux côtés de Millet.

Pontoise, laboratoire du paysage impressionniste

Pontoise est le motif matriciel de Pissarro. Le Metropolitan Museum conserve «  Jalais Hill, Pontoise », daté de 1867, et «  The Harvest, Pontoise » de 1881: entre les deux toiles se joue tout le passage du paysage construit à la touche impressionniste. L’Art Institute de Chicago documente la manière dont il exploite l’hiver: selon le musée, Pissarro poursuit le thème de la neige durant toute sa carrière et produit près de cent tableaux «  de neige », dont «  Rabbit Warren at Pontoise, Snow », peint en 1879 lors d’un hiver exceptionnellement rigoureux, depuis son domicile de Pontoise. La ville, aujourd’hui, lui consacre un musée municipal.

L’exil londonien de 1870-1871

La guerre franco-prussienne interrompt brutalement ce travail. L’Art Institute de Chicago rappelle que Pissarro et sa famille quittent la France en 1870-1871 pour fuir l’invasion prussienne puis le soulèvement de la Commune, et passent ces mois à Lower Norwood, dans la banlieue sud de Londres; il y peint le Crystal Palace, l’édifice de verre et de fer remonté à Sydenham. La National Gallery de Londres ajoute que «  Fox Hill, Upper Norwood » appartient à un ensemble de douze tableaux subsistants réalisés pendant cet exil volontaire, de la fin de 1870 au milieu de 1871. C’est aussi à Londres qu’il épouse Julie Vellay.

Éragny-sur-Epte, la maison achetée grâce à Monet

En 1884, Pissarro s’installe avec sa famille dans le village d’Éragny, comme l’indique la notice de la National Gallery pour «  Late Afternoon in our Meadow ». Le Musée du Luxembourg, qui a consacré une exposition entière à cette période, précise qu’il y devient propriétaire d’une belle maison grâce à un prêt octroyé par Claude Monet et qu’il y reste jusqu’à sa mort; l’exposition réunissait une centaine de tableaux, dessins et gravures créés à Éragny-sur-Epte entre 1884 et 1903, période alors la moins étudiée de sa carrière. Le Metropolitan conserve «  A Washerwoman at Eragny », daté de 1893, témoin de ces figures paysannes tardives.

La parenthèse néo-impressionniste et le retour à la touche libre

En octobre 1885, Guillaumin et Signac présentent Pissarro à Georges Seurat, qui vient d’achever «  Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte »; Pissarro abandonne alors la spontanéité intuitive pour appliquer les théories des couleurs d’Ogden Rood et d’Eugène Chevreul et la petite touche divisionniste de couleur pure. Cette période néo-impressionniste ne dure que quatre années, de 1884 à 1888. L’Art Institute de Chicago constate la sortie de crise: après cette expérimentation, Pissarro revient aux touches lâches et multidirectionnelles de ses premières œuvres impressionnistes, et reprend un sujet que ses collègues avaient presque abandonné dans les années 1890 — la ville moderne.

Une figure pivot, un maître et un point de passage

Pissarro est le seul artiste à avoir montré son travail dans les huit expositions impressionnistes parisiennes, de 1874 à 1886. L’Ashmolean Museum, qui détient les archives Pissarro — la plus vaste collection au monde consacrée à un artiste impressionniste —, formule la même idée en termes d’influence: considéré comme une figure paternelle au sein du mouvement, son travail a compté pour Monet comme pour Cézanne, et sans lui il n’y aurait pas eu d’impressionnisme. La National Gallery conserve d’ailleurs un «  Portrait de Cézanne » peint par Pissarro. Ses élèves parisiens comptent Cézanne, Gauguin et Guillaumin.

La pratique en bref

Médiums: Huile sur toile, Huile sur panneau, Huile sur ciment (support inhabituel relevé par la National Gallery pour «  A Wool-Carder »), Pastel, Estampe: aquatinte et pointe sèche, Projet d’éventail (gouache et dessin).

Techniques: Palette claircie et touche fragmentée de la période dite «  pontoise classique », Division de la touche, couleur pure et mélange optique d’après les théories de Rood et de Chevreul (1885-1888), Retour à une touche lâche et multidirectionnelle après l’épisode néo-impressionniste, Travail en séries d’un même motif selon l’heure, la saison et la météo, Peinture depuis une fenêtre, en surplomb, motivée en partie par une affection oculaire qui rendait le travail en plein air difficile.

Motifs récurrents: Paysage rural de la vallée de l’Oise et de l’Epte, Travaux des champs et figures paysannes, Neige et effets d’hiver, Ville moderne: boulevards, gares, foules et lumière artificielle, Jardin, verger et pré de la propriété d’Éragny, Portraits d’artistes proches, Nature morte.

Les boulevards peints depuis une chambre d’hôtel

L’attache parisienne la plus concrète de Pissarro tient à quelques fenêtrès louées. La National Gallery de Londres documente février 1897: le peintre, alors âgé de près de soixante-dix ans, prend une chambre au Grand Hôtel de Russie, rue Drouot, à l’angle du boulevard des Italiens; à l’est s’ouvre le boulevard Montmartre, dont il tire quatorze vues cette année-là, dont l’unique nocturne de toute son œuvre. Le musée relève qu’il y compare la blancheur froide des lampadaires électriques nouvellement installés, le jaune chaud du gaz des vitrines et les lampes à huile des fiacres. L’affection oculaire qui rendait le plein air difficile a pu peser dans ce choix de la fenêtre.

La place du Havre et la gare Saint-Lazare

Quatre ans plus tôt, le même dispositif produit un autre morceau parisien. L’Art Institute de Chicago indique que «  The Place du Havre, Paris », daté de 1893, correspond à la vue prise depuis sa fenêtre de l’Hôtel Garnier, où il séjourne quelques semaines au début de cette année-là, et que le bâtiment visible au bord gauche de la toile est la gare Saint-Lazare. Le musée souligne que Pissarro renoue alors avec un sujet impressionniste que ses camarades avaient pratiquement délaissé dans les années 1890: la ville moderne, son trafic, son bruit et ses passants. Le Metropolitan conserve pour sa part une vue matinale et hivernale du boulevard Montmartre, également de 1897.

Paris comme scène d’exposition, hier et aujourd’hui

Paris est aussi le lieu où son œuvre a été montrée et rejouée. Pissarro est le seul artiste présent aux huit expositions impressionnistes parisiennes échelonnées de 1874 à 1886; il meurt à Paris le 13 novembre 1903 et repose au cimetière du Père-Lachaise, division 7. Plus près de nous, le Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard dans le 6e arrondissement, a présenté du 16 mars au 9 juillet 2017 «  Pissarro à Éragny. La nature retrouvée », exposition organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, dont le commissariat était assuré par Richard Brettell et Joachim Pissarro.

Où voir ses œuvres

Musée du Luxembourg (Paris) — A présenté «  Pissarro à Éragny. La nature retrouvée » du 16 mars au 9 juillet 2017, exposition organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais.

Musée Camille Pissarro (Pontoise) — Musée municipal de Pontoise portant le nom du peintre, dans la ville où il a vécu et travaillé.

The National Gallery (Londres) — Conserve douze œuvres de Pissarro, dont «  The Boulevard Montmartre at Night » (NG4119) et «  Fox Hill, Upper Norwood ».

Ashmolean Museum (Oxford) — Détient les archives Pissarro, présentées par le musée comme la plus vaste collection au monde consacrée à un artiste impressionniste; a organisé «  Pissarro: Father of Impressionism » du 18 février au 12 juin 2022.

Art Institute of Chicago (Chicago) — Conserve un ensemble de peintures, pastels et estampes, dont «  The Place du Havre, Paris » et «  Rabbit Warren at Pontoise, Snow ».

The Metropolitan Museum of Art (New York) — Conserve «  Jalais Hill, Pontoise », «  The Harvest, Pontoise », «  A Washerwoman at Eragny » et «  The Boulevard Montmartre on a Winter Morning ».

Repères chronologiques

1830-07-10 — Naissance de Jacob Abraham Camille Pissarro à Charlotte-Amélie, île de Saint-Thomas, dans les Antilles danoises.

1863 — Refusé au Salon officiel, il expose au Salon des refusés à Paris.

1867 — Peint «  Jalais Hill, Pontoise », aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York.

1870-1871 — Exil à Lower Norwood, au sud de Londres, pour fuir l’invasion prussienne puis la Commune; douze tableaux subsistent de ce séjour.

1874-1886 — Participe aux huit expositions impressionnistes parisiennes, seul artiste du groupe à les avoir toutes faites.

1879 — Hiver exceptionnellement rigoureux en France: il peint «  Rabbit Warren at Pontoise, Snow » depuis son domicile de Pontoise.

1884 — S’installe avec sa famille à Éragny-sur-Epte, dans une maison achetée grâce à un prêt de Claude Monet.

1885-10 — Guillaumin et Signac le présentent à Georges Seurat: début de sa phase divisionniste.

1893 — Séjourne quelques semaines à l’Hôtel Garnier à Paris et peint «  The Place du Havre, Paris » depuis sa fenêtre.

1897-02 — Prend une chambre au Grand Hôtel de Russie, rue Drouot, et entreprend ses quatorze vues du boulevard Montmartre.

1903-11-13 — Mort à Paris; il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 7.

2017 — Le Musée du Luxembourg présente «  Pissarro à Éragny. La nature retrouvée » du 16 mars au 9 juillet.

2022 — L’Ashmolean Museum d’Oxford organise «  Pissarro: Father of Impressionism », 120 œuvres, du 18 février au 12 juin.

Galerie

Camille Pissarro & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Camille Pissarro à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Où Camille Pissarro est-il né, et pourquoi parle-t-on d'un peintre franco-danois ?

Il naît le 10 juillet 1830 à Charlotte-Amélie, sur l'île de Saint-Thomas, qui appartient alors aux Antilles danoises ; la National Gallery de Londres précise qu'il est né à Saint-Thomas, possession danoise des Indes occidentales, avant de vivre et travailler pour l'essentiel dans la région parisienne. Il meurt à Paris le 13 novembre 1903.

Pourquoi Pissarro est-il surnommé le « père de l'impressionnisme » ?

L'Ashmolean Museum le décrit comme une figure paternelle du mouvement, dont l'œuvre a énormément compté pour Monet et Cézanne, et sans qui l'impressionnisme n'aurait pas existé. À cela s'ajoute un fait de calendrier : il est le seul artiste à avoir exposé aux huit expositions impressionnistes parisiennes, de 1874 à 1886.

Qu'a peint Pissarro pendant son exil à Londres en 1870-1871 ?

Fuyant l'invasion prussienne puis la Commune, il s'installe à Lower Norwood, au sud de Londres, où il peint notamment le Crystal Palace remonté à Sydenham, selon l'Art Institute de Chicago. La National Gallery de Londres rattache « Fox Hill, Upper Norwood » à un ensemble de douze tableaux subsistants de cet exil, de la fin 1870 au milieu de 1871.

Pourquoi Pissarro peint-il les boulevards parisiens depuis des chambres d'hôtel ?

En février 1897, il prend une chambre au Grand Hôtel de Russie, rue Drouot, pour peindre le boulevard Montmartre ; la National Gallery indique que sa décision de revenir peindre la ville a pu être influencée par sa santé, en particulier l'état de ses yeux, qui rendait le travail en extérieur de plus en plus difficile. En 1893, la place du Havre était déjà la vue depuis sa fenêtre de l'Hôtel Garnier.

Combien de vues du boulevard Montmartre Pissarro a-t-il peintes ?

Quatorze, toutes en 1897 : la National Gallery de Londres décrit le boulevard sous la neige, la pluie, le brouillard, la brume et le soleil, le matin, l'après-midi, au coucher du soleil et la nuit. La version nocturne conservée à Londres, « The Boulevard Montmartre at Night », est le seul tableau de nuit de tout son œuvre.

Que représente Éragny-sur-Epte dans sa carrière ?

Il s'y installe en 1884 et y devient propriétaire d'une maison grâce à un prêt consenti par Claude Monet, avant d'y demeurer jusqu'à sa mort. Le Musée du Luxembourg, qui a réuni une centaine d'œuvres créées à Éragny entre 1884 et 1903, présente cette phase comme la période la moins étudiée de la carrière de l'artiste.