Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Le Caravage dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Michelangelo Merisi, dit le Caravage, est mort à trente-huit ans en laissant une peinture qui a fait basculer le XVIIe siècle: des saints aux pieds sales, des visages pris dans la rue, une lumière crue qui découpe les corps sur un fond de nuit.
Premier enfant de Fermo Merisi, tailleur de pierre, et de Lucia Aratori, il naît à l’automne 1571 et passe son enfance entre le bourg de Caravaggio, dans le diocèse de Crémone, et Milan.
Cette page sert surtout à situer Le Caravage dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Premier enfant de Fermo Merisi, tailleur de pierre, et de Lucia Aratori, il naît à l’automne 1571 et passe son enfance entre le bourg de Caravaggio, dans le diocèse de Crémone, et Milan. Le 6 avril 1584, à douze ans, il signe un contrat d’apprentissage avec un maître milanais secondaire, Simone Peterzano — dont la spécialité, la fresque, restera pourtant étrangère à sa pratique. En 1592, à vingt et un ans, il gagne Rome, capitale artistique qui aimante alors les jeunes peintres. Les premières années y sont difficiles: il se spécialise dans les fruits et les fleurs, puis dans les figures à mi-corps qu’il vend dans la rue.
En 1595, le cardinal Francesco Maria del Monte remarque le jeune Lombard et l’accueille dans sa maison; à partir de 1597, le peintre loge au palais Madame, actuel siège du Sénat italien. Ce protecteur érudit, passionné de musique et d’optique, lui procure les instruments, les modèles et le cercle de commanditaires dont il avait besoin. Grâce à lui, le Caravage reçoit dès 1599 des commandes publiques: La Vocation et Le Martyre de saint Matthieu pour la chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis-des-Français, puis La Conversion de saint Paul et Le Crucifiement de saint Pierre pour la chapelle Cerasi de Santa Maria del Popolo. Le succès est immédiat et fait de lui une célébrité.
Sa technique est aussi impulsive que son caractère: il attaque directement la toile avec une préparation minimale, et lorsqu’une composition le déçoit, il en repeint une autre par-dessus. Au grand scandale de ses détracteurs, il prend pour saints des gens du peuple, visages irréguliers et rudes, qu’il place dans des décors contemporains reconnaissables. Dans Le Souper à Emmaüs, conservé à Londres, il fait déborder la scène vers le spectateur pour lui donner l’impression d’être assis à la table: la nappe avance, la corbeille de fruits menace de basculer, et le Christ imberbe reste méconnaissable jusqu’au geste de bénédiction.
En mai 1606, alors qu’il travaille avec succès à Rome, une querelle décrite tantôt comme une affaire de femme, tantôt comme un différend de jeu de paume, dégénère en combat à l’épée. Le Caravage blesse mortellement Ranuccio Tomassoni. Les autorités romaines répondent par un bando capitale — une condamnation qui met sa tête à prix et autorise quiconque à l’exécuter. Il choisit de ne pas affronter la justice, persuadé d’obtenir rapidement une grâce, et quitte Rome pour Naples, hors de la juridiction pontificale. Il ne reverra jamais la ville qui l’avait fait roi de la peinture.
Arrivé à Malte en juillet 1607 à bord d’un vaisseau de l’Ordre, il y est reçu chevalier d’obédience le 14 juillet 1608 par le grand maître Alof de Wignacourt, qui avait obtenu du pape une dispense malgré le passé du peintre. Il y exécute La Décollation de saint Jean-Baptiste — 520 × 360 cm, sa plus grande toile, la seule qu’il ait signée — et Saint Jérôme écrivant, tous deux conservés à la co-cathédrale Saint-Jean de La Valette. Dès la fin août 1608, une rixe où plusieurs chevaliers sont blessés le mène en prison au fort Saint-Ange. Il s’évade; le 1er décembre 1608, devant sa propre Décollation, l’assemblée réunie à l’oratoire l’expulse de l’Ordre « comme un membre pourri et fétide ».
Après Malte, le peintre circule en Sicile puis revient à Naples, où une nouvelle bagarre de taverne le laisse le visage défiguré. Pendant ce temps, des appuis romains obtiennent du pape la grâce qu’il espérait: il peut rentrer. Il embarque ses biens sur un navire, mais est arrêté pour une raison restée obscure et doit payer sa sortie de prison; à sa libération, le bateau a appareillé avec toutes ses affaires. En remontant la côte, il tombe malade — la malaria est évoquée — et meurt seul, fiévreux, dans la nuit du 18 au 19 juillet 1610 à Porto Ercole, en Toscane.
Commandée en 1601 par le juriste Laerzio Cherubini pour l’église Santa Maria della Scala, au Trastevere, la grande toile est achevée fin 1605 ou début 1606 — puis refusée par le clergé de l’église. Le tableau ne reste pas longtemps sans acquéreur: dès 1607, il entre dans la collection de Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue, avant de passer en 1627 à Charles Ier d’Angleterre. C’est ce parcours de tableau scandaleux, écarté d’un autel romain puis disputé par les plus grandes collections princières d’Europe, qui l’a finalement conduit jusqu’à Paris.
Médiums: Peinture à l’huile sur toile.
Techniques: Clair-obscur poussé jusqu’au ténébrisme, Attaque directe de la toile avec une préparation minimale, Repentirs et compositions repeintes par-dessus une première version abandonnée, Travail d’après modèle vivant, sans idéalisation des visages, Absence de maîtrise de la fresque, malgré un apprentissage chez un fresquiste.
Motifs récurrents: Scènes religieuses en costume contemporain, Martyres, décollations et têtes coupées, Figures à mi-corps, Natures mortes de fruits, Musique et concerts, Scènes de genre: tricheurs, diseuse de bonne aventure, Portraits de commanditaires.
Les trois toiles autographes du peintre conservées au musée du Louvre sont présentées ensemble, aile Denon, salle 712 de la Grande Galerie: La Mort de la Vierge (INV 54, 3,69 × 2,45 m), La Diseuse de bonne aventure (INV 55, 0,99 × 1,31 m) et le portrait d’Alof de Wignacourt avec son page (INV 57, 1,94 × 1,34 m). L’écart d’échelle est frappant — un retable d’autel de près de quatre mètrès voisine avec une scène de genre de format horizontal et un portrait d’apparat en armure. Les deux dernières ont été transposées sur toile neuve, celle du Wignacourt en 1947.
Aucune des trois toiles n’a été peinte pour la France: elles sont arrivées entre 1665 et 1671, en une poignée d’années, par la collection royale. La Diseuse de bonne aventure est offerte à Louis XIV en 1665 par le prince Camillo Pamphilj. Le portrait de Wignacourt, passé par Roger du Plessis de Liancourt puis par le collectionneur Oursel, est vendu au roi en 1670. La Mort de la Vierge, acquise par le banquier et amateur Everhard Jabach, installé à Paris, lui est vendue en 1671. Les trois sont enregistrées à l’inventaire royal de 1683, sous les numéros 189, 328 et 193.
Les toiles du Louvre voyagent rarement, mais La Diseuse de bonne aventure a été prêtée à deux reprises en 1997: d’abord au musée des Beaux-Arts de Rennes, du 12 juin au 15 septembre 1997, pour une exposition consacrée au tableau lui-même, puis à Paris, aux Galeries nationales du Grand Palais, du 1er octobre 1997 au 26 janvier 1998, dans la rétrospective Georges de La Tour. Le rapprochement avec le peintre lorrain y désignait sans détour ce que la peinture française du XVIIe siècle devait au modèle romain.
Musée du Louvre (Paris) — Conserve et expose trois toiles autographes du Caravage, aile Denon, salle 712 (Grande Galerie): INV 54, INV 55 et INV 57.
Co-cathédrale Saint-Jean (La Valette) — Conserve La Décollation de saint Jean-Baptiste, dans l’oratoire même où le peintre fut expulsé de l’Ordre le 1er décembre 1608, et Saint Jérôme écrivant.
The National Gallery (Londres) — Conserve Le Souper à Emmaüs (NG172), peint en 1601 au sommet de la célébrité romaine du peintre.
Cleveland Museum of Art (Cleveland) — Conserve Le Crucifiement de saint André (1976.2), peint pendant le premier séjour napolitain de 1606-1607.
The Metropolitan Museum of Art (New York) — Conserve Le Reniement de saint Pierre, daté de 1610, dernière année du peintre.
1571 — Naissance de Michelangelo Merisi, fils de Fermo Merisi et de Lucia Aratori, en Lombardie
1584-04-06 — Contrat d’apprentissage signé à Milan avec le peintre Simone Peterzano, à l’âge de douze ans
1592 — Installation à Rome, où il vend des fruits peints et des figures à mi-corps dans la rue
1595 — Le cardinal Francesco Maria del Monte le prend dans sa maison et lui ouvre ses commanditaires
1599 — Première commande publique: le cycle de saint Matthieu pour la chapelle Contarelli, à Rome
1601 — Laerzio Cherubini lui commande La Mort de la Vierge pour Santa Maria della Scala, au Trastevere
1606 — Duel mortel avec Ranuccio Tomassoni: bando capitale et fuite de Rome vers Naples
1607 — Arrivée à Malte en juillet, à bord d’un vaisseau de l’ordre de Saint-Jean
1608-07-14 — Reçu chevalier d’obédience par le grand maître Alof de Wignacourt, grâce à une dispense papale
1608-12-01 — Expulsé de l’ordre de Saint-Jean à l’oratoire de La Valette, devant sa propre Décollation
1610 — Mort à Porto Ercole dans la nuit du 18 au 19 juillet, à trente-huit ans
1665 — Le prince Camillo Pamphilj offre La Diseuse de bonne aventure à Louis XIV
1671 — Everhard Jabach vend La Mort de la Vierge à Louis XIV, à Paris
1997 — La Diseuse de bonne aventure prêtée au Grand Palais pour la rétrospective Georges de La Tour




Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Le Caravage à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Au musée du Louvre uniquement : trois toiles autographes y sont présentées aile Denon, salle 712, dans la Grande Galerie — La Mort de la Vierge, La Diseuse de bonne aventure et le portrait d'Alof de Wignacourt avec son page. Aucune autre collection publique parisienne n'en conserve.
Commandée en 1601 par Laerzio Cherubini pour l'église Santa Maria della Scala au Trastevere, la toile est achevée fin 1605 ou début 1606 et le clergé de cette église la refuse. Elle trouve pourtant preneur dès 1607 auprès du duc de Mantoue Ferdinand de Gonzague.
Par la collection royale, en six ans : don du prince Camillo Pamphilj à Louis XIV en 1665 pour La Diseuse de bonne aventure, achat en 1670 du portrait de Wignacourt, achat à Everhard Jabach en 1671 de La Mort de la Vierge. Les trois figurent à l'inventaire royal de 1683.
Oui, brièvement. Le grand maître Alof de Wignacourt le reçoit chevalier d'obédience le 14 juillet 1608, après avoir obtenu une dispense papale malgré son passé judiciaire. Le 1er décembre de la même année, l'Ordre l'expulse « comme un membre pourri et fétide » après son évasion du fort Saint-Ange.
Il blesse mortellement Ranuccio Tomassoni au cours d'un duel à l'épée en mai 1606. Rome prononce contre lui un bando capitale, condamnation qui met sa tête à prix. Il fuit vers Naples, puis Malte et la Sicile, et ne rentrera jamais dans la ville.
Sur le chemin du retour vers Rome, après avoir obtenu sa grâce, il est arrêté puis libéré trop tard : le navire chargé de ses biens était parti. En remontant la côte il tombe malade, sans doute de la malaria, et meurt fiévreux dans la nuit du 18 au 19 juillet 1610 à Porto Ercole, en Toscane.