Exposition Paris

Exposition Carsten Höller

Docteur en sciences agronomiques avant d’être artiste, Carsten Höller (né à Bruxelles en 1961, de parents allemands) transpose le protocole scientifique dans l’espace d’exposition: toboggans praticables, champignons agrandis jusqu’au vertige, ampoules clignotantes, portes tournantes en miroir.

Qui est Carsten Höller ?

Carsten Höller naît en 1961 en Belgique, à Bruxelles, de parents allemands.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Carsten Höller dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De l’entomologie à l’art: une bifurcation documentée

Carsten Höller naît en 1961 en Belgique, à Bruxelles, de parents allemands. Il ne vient pas des beaux-arts mais des sciences du vivant: il obtient en 1988 un doctorat à la Christian-Albrechts-Universität zu Kiel, avec une thèse portant sur la communication olfactive des insectes, puis poursuit un travail de chercheur avant de se consacrer entièrement à sa pratique artistique au début des années 1990. Cette formation n’est pas une anecdote biographique: elle fournit à Höller sa méthode, celle du protocole, du dispositif expérimental et de l’hypothèse que l’on met à l’épreuve d’un public.

Le toboggan, sculpture praticable et «  chute contrôlée »

Les toboggans font partie de la production de Höller depuis 1998 et ont été installés, temporairement ou définitivement, dans de nombreux lieux d’Europe et des États-Unis. L’artiste décrit l’expérience de la glissade comme une chute contrôlée, reprenant au sociologue Roger Caillois la formule d’une «  panique voluptueuse sur un esprit par ailleurs lucide ». En 2006, la septième commande de The Unilever Series lui confie le Turbine Hall de la Tate Modern: Test Site déploie cinq toboggans tubulaires des étages supérieurs jusqu’au sol. Höller y assume deux spectacles simultanés, celui que l’on voit — les corps qui descendent — et le «  spectacle intérieur » vécu par le glisseur.

Le doute comme méthode d’exposition

Höller ne construit pas des parcours, il construit des bifurcations. Son exposition personnelle Doubt, présentée au Pirelli HangarBicocca de Milan du 7 avril au 31 juillet 2016 sous le commissariat de Vicente Todolí, se déployait selon deux itinéraires jumeaux et parallèles, laissant au visiteur le choix du chemin. Elle s’ouvrait sur Y (2003), structure praticable hérissée d’ampoules clignotantes qui pose d’emblée la question de la direction à prendre, et rassemblait plus de vingt œuvres de grand format alignées sur l’axe médian de la nef, formant un mur de partage. Le choix, chez lui, est un composant de l’œuvre au même titre que l’aluminium ou l’ampoule.

Champignons, doubles et hallucination

Les espèces fongiques et leurs effets hallucinogènes traversent l’œuvre de Höller. Le Centre Pompidou décrit ainsi sa sculpture géante conservée au Musée national d’art moderne: une hybridation de trois espèces, dont pour moitié l’amanite tue-mouches — capable de provoquer de graves troubles gastro-intestinaux et neurologiques — et pour l’autre moitié deux espèces plus inoffensives. L’échelle monumentale et la forme composite y sont explicitement rapportées à la perception hallucinée et au morcellement de la pensée. La logique du dédoublement se retrouve partout chez lui: deux chemins, deux toboggans en miroir, deux moitiés de champignon.

Stockholm, Biriwa, la Toscane: un atelier éclaté

Höller vit et travaille à Stockholm, mais aussi à Biriwa au Ghana et en Toscane. Sa production déborde largement le format de l’exposition: The Double Club (2008-2009) fut à Londres un bar, un restaurant et une boîte de nuit mettant en dialogue cultures congolaise et occidentale, et il a ouvert en 2022 à Stockholm le restaurant Brutalisten, où chaque plat repose sur un seul ingrédient. En 2025, il conçoit spécialement pour le Moderna Museet Stockholm Slides, deux toboggans spiralés parallèles de quelque 39 mètrès reliant le toit du musée à la rue, identiques mais inversés, l’un tournant dans le sens des aiguilles d’une montre et l’autre en sens inverse.

La pratique en bref

Médiums: installation praticable, sculpture de grand format, vidéo, environnement lumineux, œuvre sur certificat avec protocole, dispositif social (bar, restaurant, discothèque).

Techniques: toboggan tubulaire en acier et polycarbonate installé en façade ou en atrium, agrandissement mycologique en aluminium, acier inoxydable et peinture, ampoules clignotantes pilotées, portes tournantes en verre miroité, protocole écrit exécutable par le commissaire d’exposition, parcours dédoublés imposant un choix au visiteur.

Motifs récurrents: doute et incertitude, altération de la perception et de la conscience, transposition du protocole scientifique dans l’art, champignons, animaux et biologie, dédoublement, symétrie et choix binaire, participation physique du spectateur.

Trois œuvres au Musée national d’art moderne

Paris suit Carsten Höller depuis longtemps: le Musée national d’art moderne achète dès 1995 la vidéo Jenny (1992, 13 minutes, inv. AM 1995-349), soit avant la plupart des grandes commandes internationales de l’artiste. Deux entrées complètent l’ensemble en 2011: La Coupe (2007), œuvre sur certificat donnée par l’artiste lui-même (inv. AM 2011-153), et la sculpture Giant Triple Mushroom Amanita muscaria / Helvella crispa / Boletus badius (2010), don de la Société des Amis du Musée national d’art moderne (inv. AM 2011-106). Trois régimes d’œuvre — vidéo, protocole, sculpture monumentale — pour un seul artiste dans une même collection publique parisienne.

Airs de Paris, 2007: une œuvre née au Centre Pompidou

La Coupe n’est pas une pièce importée à Paris: le Centre Pompidou indique qu’elle a été réalisée pour la première fois dans le cadre de l’exposition Airs de Paris, présentée du 25 avril au 15 août 2007. Son protocole est éloquent sur la manière dont Höller travaille l’architecture d’exposition: la coupe part d’un point pouvant se situer hors de l’espace d’exposition, s’évase selon un angle d’un degré dans une direction laissée au commissaire, et doit traverser au moins un mur, l’angle de l’entaille étant dirigé vers le point de fuite. L’œuvre entre ensuite dans la collection nationale en 2011 par don de l’artiste.

Place Vendôme 2024 et la galerie Air de Paris

Le lien parisien s’est prolongé dans l’espace public: du 15 octobre au 24 novembre 2024, dans le cadre du programme public d’Art Basel Paris, une nouvelle version de Giant Triple Mushroom — trois mètrès de haut, hybridant amanite tue-mouches, phalle indusié et tricholome colombette — a été installée place Vendôme. Höller est par ailleurs représenté de longue date en France par la galerie Air de Paris, qui lui a consacré l’exposition personnelle Avec du 25 mai au 13 juillet 2013, entièrement composée de pièces réalisées avec des tiers: un artiste, un architecte, un photographe, un parfumeur, un maquettiste, un taxidermiste et des jumeaux non nommés.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve trois œuvres de l’artiste: Jenny (1992), La Coupe (2007) et Giant Triple Mushroom (2010). A présenté l’exposition Airs de Paris (25 avril – 15 août 2007) pour laquelle La Coupe a été réalisée.

Galerie Air de Paris (Romainville) — Galerie française représentant Carsten Höller; a montré l’exposition personnelle Avec du 25 mai au 13 juillet 2013.

Place Vendôme (Paris) — Site de l’installation temporaire Giant Triple Mushroom (2024), du 15 octobre au 24 novembre 2024, dans le programme public d’Art Basel Paris.

Moderna Museet (Stockholm) — Commande et présentation de Stockholm Slides (2025), deux toboggans spiralés en façade du musée.

Tate Modern (Londres) — A accueilli Test Site dans le Turbine Hall, septième commande de The Unilever Series, du 10 octobre 2006 au 15 avril 2007.

Repères chronologiques

1961 — Naissance à Bruxelles, de parents allemands; le Centre Pompidou lui reconnaît la nationalité allemande.

1988 — Doctorat à la Christian-Albrechts-Universität zu Kiel, thèse sur la communication olfactive des insectes.

1992 — Réalisation de Jenny, vidéo de 13 minutes qui entrera dans la collection du Musée national d’art moderne.

1995 — Le Musée national d’art moderne achète Jenny (inv. AM 1995-349), première entrée de l’artiste en collection publique parisienne.

1998 — Premiers toboggans: les Slides deviennent une composante permanente de sa production, en Europe puis aux États-Unis.

2000 — Installation majeure Synchro System à la Fondazione Prada, Milan, l’une de ses premières expositions personnelles d’ampleur.

2006-10-10 — Ouverture de Test Site dans le Turbine Hall de la Tate Modern, septième commande de The Unilever Series (jusqu’au 15 avril 2007).

2007 — La Coupe est réalisée pour la première fois dans l’exposition Airs de Paris au Centre Pompidou (25 avril – 15 août 2007).

2011 — Entrée au Musée national d’art moderne de La Coupe (don de l’artiste) et de Giant Triple Mushroom (don de la Société des Amis).

2013-05-25 — Ouverture de l’exposition personnelle Avec à la galerie Air de Paris, jusqu’au 13 juillet 2013.

2016-04-07 — Ouverture de Doubt au Pirelli HangarBicocca, Milan, commissariat de Vicente Todolí, jusqu’au 31 juillet 2016.

2022 — Ouverture à Stockholm du restaurant Brutalisten, où chaque plat repose sur un ingrédient unique.

2024-10-15 — Installation de Giant Triple Mushroom place Vendôme à Paris, programme public d’Art Basel Paris, jusqu’au 24 novembre 2024.

2025 — Stockholm Slides, deux toboggans spiralés d’environ 39 mètrès, conçus pour la façade du Moderna Museet de Stockholm.

Carsten Höller & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Carsten Höller à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Carsten Höller installe-t-il des toboggans dans les musées ?

Parce qu'il considère la glissade comme une chute contrôlée produisant, selon la formule de Roger Caillois qu'il reprend, une « panique voluptueuse sur un esprit par ailleurs lucide ». Deux spectacles coexistent alors : celui des corps que l'on regarde descendre et le spectacle intérieur vécu par le glisseur lui-même. Les toboggans font partie de sa production depuis 1998.

Carsten Höller est-il vraiment scientifique de formation ?

Oui. Il a obtenu en 1988 un doctorat à la Christian-Albrechts-Universität zu Kiel, en Allemagne, avec une thèse consacrée à la communication olfactive des insectes, et il a travaillé comme chercheur en sciences naturelles avant de se consacrer entièrement à l'art au début des années 1990.

Peut-on voir des œuvres de Carsten Höller à Paris ?

Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, conserve trois œuvres de l'artiste : la vidéo Jenny (1992, achetée en 1995), l'œuvre sur certificat La Coupe (2007, don de l'artiste en 2011) et la sculpture Giant Triple Mushroom (2010, don de la Société des Amis en 2011). Leur présence en collection ne garantit pas qu'elles soient exposées à un instant donné.

Que représentait le champignon géant de la place Vendôme en 2024 ?

Giant Triple Mushroom (2024) réunissait en une seule forme hybride les sections agrandies de trois espèces sauvages : le chapeau rouge vif de l'amanite tue-mouches, la « jupe » en résille du phalle indusié et les lames du tricholome colombette. Haute de trois mètrès, en aluminium, acier inoxydable et peinture, elle fut installée du 15 octobre au 24 novembre 2024.

Pourquoi les champignons reviennent-ils sans cesse dans son œuvre ?

Le Centre Pompidou relie explicitement ce motif aux effets hallucinatoires de certaines espèces : sa sculpture parisienne associe pour moitié l'amanite tue-mouches, susceptible de provoquer de graves troubles gastro-intestinaux et neurologiques, à deux espèces plus inoffensives, la taille monumentale et la forme hybride évoquant la perception hallucinée et le morcellement de la pensée.

Qu'est-ce que le « doute » chez Carsten Höller ?

C'est un principe de construction, pas une posture. Son exposition Doubt, au Pirelli HangarBicocca de Milan du 7 avril au 31 juillet 2016 sous le commissariat de Vicente Todolí, se déployait en deux parcours jumeaux et parallèles : le visiteur devait choisir son chemin, question posée dès l'entrée par l'œuvre praticable Y (2003) et ses ampoules clignotantes.