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Cette page sert surtout à situer Charles Ray dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Charles Ray, né à Chicago en 1953 et installé à Los Angeles, ramène toute son œuvre à une seule question, obstinément reposée: qu’est-ce qu’une sculpture?
Charles Ray naît à Chicago, dans l’Illinois, en 1953. Il obtient un BFA à l’université de l’Iowa en 1975, puis un MFA à la Mason Gross School of Art de l’université Rutgers en 1979.
Cette page sert surtout à situer Charles Ray dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Charles Ray naît à Chicago, dans l’Illinois, en 1953. Il obtient un BFA à l’université de l’Iowa en 1975, puis un MFA à la Mason Gross School of Art de l’université Rutgers en 1979. Ses débuts ne relèvent pas de l’objet mais de l’action: le musée Reina Sofía rappelle que, aux premiers temps de son parcours, Ray expérimente des pièces performatives où son propre corps fait partie de la sculpture, à l’exemple de Plank Piece I-II en 1973 — un dispositif de planche qui le maintient inconfortablement en suspens, connu par les photographies qu’il en a tirées. Cette entrée par le corps et l’équilibre restera le socle de tout ce qui suivra.
Installé en Californie, Ray enseigne à l’université de Californie à Los Angeles, dont il est aujourd’hui professeur émérite; il y vit et y travaille toujours. C’est là qu’il met au point le registre qui le rend identifiable: la figure humaine en fibre de verre peinte, réglée au millimètre puis dérangée par un écart d’échelle. Fall ’91, daté de 1992 et conservé à la fondation The Broad, en donne la formule: une femme en tailleur rose, jambe d’appui fléchie dans un contrapposto classique, modelée d’après un mannequin de vitrine mais portée à 2,44 mètrès de haut. La fondation décrit un résultat physiquement et psychologiquement intimidant.
La décennie 1990 installe Ray dans le circuit international: documenta IX à Cassel en 1992, la 9e Biennale de Sydney la même année, cinq Biennales du Whitney Museum à New York (1989, 1993, 1995, 1997 et 2010), la 4e Biennale de Lyon en 1997, puis les 50e et 55e Biennales de Venise en 2003 et 2013. Family Romance, en 1993, y condense sa méthode: une famille canonique — un couple hétérosexuel, un garçon, une fille, tous nus — dont les enfants sont ramenés à la taille des parents, ce que le Reina Sofía lit comme le renversement d’une normalité idéalisée. En 1996, il tourne Fashions, film 16 mm muet de douze minutes trente, entré dans les collections de l’Art Institute of Chicago.
En 2007, Ray livre Hinoki, taillé dans le cyprès japonais du même nom et conservé à l’Art Institute of Chicago. La pièce se déploie en trois éléments, le plus grand mesurant 172,7 sur 762 sur 233,7 centimètrès. Son principe est un détour: le moulage d’un arbre tombé sert de modèle à des sculpteurs sur bois qui en retaillent la forme dans une essence vivante et durable. Le musée l’a acquise grâce à des dons antérieurs de Mary et Leigh Block, de M. et Mme Joel Starrels, de Mme Gilbert W. Chapman et de M. et Mme Roy J. Friedman, avec des fonds fournis par Donna et Howard Stone. L’œuvre déplace la question de l’objet vers celle de sa durée.
Le sculpteur passe ensuite à l’usinage de l’acier inoxydable massif: Huck and Jim, daté de 2014, dresse les deux personnages de Mark Twain sur 283,3 centimètrès de hauteur pour l’ensemble, œuvre donnée par l’artiste à l’Art Institute of Chicago, sa fabrication ayant été soutenue par le Grant J. Pick Purchase Fund. Les monographies s’enchaînent alors: Kunstmuseum Basel puis Art Institute of Chicago en 2014, Fashions à Chicago en 2015, Athènes en 2017, Glenstone en 2018, 2020, 2021 et 2024, Four Patterns au Palacio de Cristal du Reina Sofía du 28 mars au 8 septembre 2019, enfin Paris et New York en 2022.
Médiums: fibre de verre peinte, acier inoxydable massif usiné, cyprès japonais (hinoki) sculpté, acier et tissu, film 16 mm couleur, dessin.
Techniques: modelage d’après mannequin de vitrine puis changement d’échelle, moulage d’un objet réel servant de modèle à une retaille manuelle, taille du bois confiée à des sculpteurs sur bois d’après moule, usinage de blocs d’acier inoxydable plein, projection de film sur socle avec assise, l’appareil faisant partie de l’œuvre.
Motifs récurrents: définition même de la sculpture, échelle et proportion du corps, réalisme et stylisation, figure humaine et nudité, cellule familiale et normalité idéalisée, modèles historiques: Grèce antique, Renaissance italienne, objets et scènes de la vie quotidienne, durée de l’œuvre et temps long, littérature américaine.
Du 16 février au 20 juin 2022, le Centre Pompidou consacre à Charles Ray une exposition en Galerie 2, au niveau 6; du 16 février au 6 juin, la Bourse de Commerce — Pinault Collection lui en consacre une seconde. Les deux institutions présentent la chose comme une carte blanche unique, dédoublée, sans équivalent en France ni en Europe par son ampleur, conçue depuis 2018 avec l’artiste. Le corpus de Ray comptant une centaine de sculptures, plus d’un tiers de son travail sculpté est alors montré à Paris pour la première fois, à raison d’une vingtaine d’œuvres de chaque côté. Deux pièces de la Collection Pinault sont prêtées au Centre Pompidou pour l’occasion.
À la Bourse de Commerce, l’accrochage court de l’avant-cour à la Rotonde, du Salon aux galeries du deuxième étage, soit les deux tiers de la surface d’exposition du musée: c’est la première grande monographie qu’il consacre à un artiste, après l’exposition collective inaugurale « Ouverture ». Le musée motive ce choix par une relation de plus de vingt ans entre le collectionneur et l’artiste — sept œuvres présentées dans onze expositions depuis 2006 —, dont Boy with frog, commandé par François Pinault pour l’ouverture de la Punta della Dogana et installé à la pointe du Grand Canal à Venise. L’accrochage parisien révèle six œuvres jusque-là inconnues.
La consécration de 2022 n’est pas la première rencontre de Ray avec Paris. Sa biographie officielle recense deux expositions personnelles à la Galerie Claire Burrus, à Paris, en 1990 puis en 1991 — soit trente ans avant la double monographie du Centre Pompidou et de la Bourse de Commerce, et à une période où il exposait encore principalement chez Feature à New York et chez Burnett Miller à Los Angeles. Cette antériorité française mérite d’être signalée: elle place les premières apparitions parisiennes de l’artiste au moment même où il élaborait les figures en fibre de verre qui allaient le rendre célèbre.
Les deux expositions ont laissé une trace éditoriale et publique. Le Centre Pompidou a édité un catalogue commun et détaillé de l’œuvre de Charles Ray, sous la direction de Jean-Pierre Criqui, conservateur au service des collections contemporaines du Musée national d’art moderne, et de Caroline Bourgeois, commissaire de la Collection Pinault. Le 20 mai 2022, l’artiste a donné une masterclasse au Centre Pompidou, dont la captation dure une heure vingt et une minutes. Le 23 mai, les deux institutions ont co-organisé une soirée d’étude réunissant Ray, les deux commissaires et les historiennes de l’art Penelope Curtis et Anne M. Wagner.
Centre Pompidou (Paris) — A présenté l’exposition monographique « Charles Ray » du 16 février au 20 juin 2022 en Galerie 2, niveau 6, et a édité le catalogue commun aux deux expositions parisiennes. Le bâtiment de Beaubourg est fermé depuis l’automne 2025 pour une rénovation dont la réouverture est annoncée en 2030.
Bourse de Commerce — Pinault Collection (Paris) — A présenté du 16 février au 6 juin 2022 sa première grande exposition monographique, consacrée à Charles Ray, sur les deux tiers de sa surface d’exposition; conserve des œuvres de l’artiste dans la Collection Pinault, dont Boy with frog.
Art Institute of Chicago (Chicago) — Conserve plusieurs œuvres majeures de l’artiste — Hinoki, Boy, Fashions, Huck and Jim — et a accueilli en 2014 l’étape américaine de la rétrospective « Sculpture: 1997-2014 ».
The Broad (Los Angeles) — Conserve un ensemble d’œuvres de Charles Ray couvrant ses débuts et sa maturité, dont Plank Piece I-II (1973) et Fall ’91 (1992).
1953 — Naissance de Charles Ray à Chicago, dans l’Illinois.
1973 — Plank Piece I-II: son propre corps devient partie de la sculpture.
1975 — Obtention du BFA à l’université de l’Iowa.
1979 — MFA à la Mason Gross School of Art, université Rutgers.
1990 — Première exposition personnelle à Paris, Galerie Claire Burrus.
1992 — Participation à documenta IX, à Cassel, et à la 9e Biennale de Sydney.
1993 — Figure au Whitney Biennial, du 4 mars au 20 juin 1993, à New York.
1998 — Exposition personnelle au Whitney Museum, itinérante au MOCA de Los Angeles et au MCA de Chicago.
2009 — Boy with frog, commande de François Pinault pour l’ouverture de la Punta della Dogana, à Venise.
2014 — Rétrospective « Sculpture: 1997-2014 » au Kunstmuseum Basel, puis à l’Art Institute of Chicago.
2019-03-28 — Ouverture de « Four Patterns » au Palacio de Cristal du musée Reina Sofía, à Madrid.
2022-02-16 — Ouverture simultanée des deux expositions parisiennes, au Centre Pompidou et à la Bourse de Commerce.
2022-05-20 — Masterclasse de Charles Ray au Centre Pompidou, captation d’une heure vingt et une minutes.
2024 — Expositions personnelles à Glenstone, à Potomac, et chez Matthew Marks à New York.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Charles Ray à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Les deux musées, distants de quelques centaines de mètrès, ont co-présenté une carte blanche unique dédoublée, conçue avec l'artiste depuis 2018 : une vingtaine d'œuvres de chaque côté, deux points de vue distincts nés de deux dialogues, l'un avec Jean-Pierre Criqui pour le Centre Pompidou, l'autre avec Caroline Bourgeois pour la Bourse de Commerce. Le sculpteur y jouait du thème du double, présent dans son travail depuis un demi-siècle.
Hinoki, daté de 2007 et conservé à l'Art Institute of Chicago, est une sculpture en cyprès japonais en trois éléments, le plus grand mesurant 172,7 × 762 × 233,7 centimètrès. Son principe est un détour par le moulage : la forme d'un arbre tombé est reprise puis retaillée dans une essence vivante. L'œuvre a rejoint le musée grâce à des dons antérieurs et à des fonds fournis par Donna et Howard Stone.
Son corpus est volontairement restreint : le Centre Pompidou l'évalue à une centaine d'objets à ce jour, la Bourse de Commerce parlant d'une centaine de sculptures et de bas-reliefs. C'est précisément cette rareté qui a rendu remarquable l'exposition parisienne de 2022, où plus d'un tiers de son travail sculpté était montré en France pour la première fois.
Family Romance, daté de 1993, met en scène une famille canonique — un couple hétérosexuel et ses deux enfants, un garçon et une fille, tous nus. Les enfants y sont portés à la hauteur des parents : selon la lecture du musée Reina Sofía, ce renversement d'échelle souligne une perception altérée de la normalité idéalisée, et conteste des formes et des discours stéréotypés.
Sa biographie officielle recense deux expositions personnelles à la Galerie Claire Burrus, à Paris, en 1990 puis en 1991, soit trois décennies avant la double monographie du Centre Pompidou et de la Bourse de Commerce. À cette date, il exposait par ailleurs chez Feature à New York, chez Burnett Miller à Los Angeles et à Interim Art à Londres.
Aucune exposition consacrée à Charles Ray n'est à l'affiche à Paris à la date de vérification. Le Centre Pompidou a fermé le bâtiment de Beaubourg à l'automne 2025 pour une rénovation jusqu'en 2030, et la Bourse de Commerce présente actuellement « Clair-obscur », Fujiko Nakaya dans la Rotonde et Laura Lamiel dans le Passage.