Exposition Paris

Exposition Chen Zhen

Sculpteur et créateur d’installations né à Shanghai en 1955 et mort à Paris le 13 décembre 2000, Chen Zhen a bâti en une quinzaine d’années seulement une œuvre qui assemble chaises, lits, bougies, perles de boulier et douilles d’obus.

Qui est Chen Zhen ?

Chen Zhen naît à Shanghai en 1955 et grandit dans une famille de médecins francophones, dans le quartier de l’ancienne concession française, pendant la Révolution culturelle.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Chen Zhen dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Shanghai, la concession française et la scénographie

Chen Zhen naît à Shanghai en 1955 et grandit dans une famille de médecins francophones, dans le quartier de l’ancienne concession française, pendant la Révolution culturelle. Très jeune, il s’intéresse aux liens entre philosophie chinoise traditionnelle et culture occidentale. Il étudie à l’École des arts et métiers de Shanghai à partir de 1973 et y enseigne dès 1976, avant d’intégrer en 1978 l’Institut d’art dramatique de Shanghai, où il se spécialise dans la scénographie et devient professeur en 1982. Cette formation de décorateur de théâtre explique la façon dont il pensera plus tard ses installations comme des espaces à traverser plutôt que comme des objets à contempler.

La maladie comme méthode

À vingt-cinq ans, Chen Zhen est frappé par une anémie hémolytique incurable. L’épreuve lui donne, selon son galeriste, une conscience aiguë de la valeur du temps et de l’espace, qu’il analysera sans relâche. Deux ans environ avant sa mort, il décide d’étudier la médecine traditionnelle chinoise, dont il juge la façon de penser et d’agir très proche de sa propre vision de l’art; il en distille les principes dans ses dernières pièces, consacrées au dialogue entre le corps et l’esprit, entre l’homme et l’univers. La Collection Pinault résume cette trajectoire en plaçant le corps, la maladie et la médecine chinoise au cœur de son travail, entre matière et esprit, collectif et individu, intériorité et extériorité.

1986: l’arrivée en France et l’invention de la «  transexpérience »

Profitant de l’ouverture de la Chine sous Deng Xiaoping, Chen Zhen émigre en 1986 et s’installe à Paris, où il intègre l’École nationale supérieure des beaux-arts. Le choc culturel le conduit à mettre la peinture de côté pour se consacrer entièrement à l’installation. En 1989, il rejoint l’Institut des hautes études en arts plastiques, dont il devient professeur assistant en 1993. Sa pensée s’organise alors autour d’un concept qu’il nomme lui-même «  transexpérience », fondé sur la relation entre l’homme, la société de consommation et la nature. Entre 1990 et 2000, il reçoit six bourses d’institutions artistiques françaises et américaines.

Une reconnaissance internationale, largement posthume

De son vivant, Chen Zhen participe à des manifestations de premier plan: «  Chen Zhen au Magasin » au CNAC de Grenoble en 1992, «  Light of Confession » au Centraal Museum d’Utrecht en 1994, «  Field of Waste » au New Museum of Contemporary Art de New York la même année, «  Dialogue de Paix » au Palais des Nations unies à Genève en 1995, «  The Quiet In The Land » à l’ICA de Boston en 1997. Après sa mort en décembre 2000, les rétrospectives s’enchaînent: Serpentine Gallery à Londres en 2001, Musée national d’art contemporain d’Athènes et ICA de Boston en 2002, P.S.1 à New York et Palais de Tokyo à Paris en 2003, Kunsthalle Wien en 2007, MART de Rovereto en 2008, Rockbund Art Museum de Shanghai en 2015 et Pirelli HangarBicocca à Milan en 2020.

Les dernières années: Dialogue et Cocon du Vide

Datées respectivement de 1999 et de 2000, les installations Dialogue et Cocon du Vide correspondent, selon le musée Cernuschi, à l’acmé de l’activité créatrice de Chen Zhen. Cocon du Vide assemble des perles de boulier chinois et de chapelet bouddhiste, une chaise d’enfant en bois, du métal, des cloches, des douilles d’obus et de projectiles, sur 240 centimètrès de haut. Le cocon jaillit de l’innocence d’une chaise de bébé, surmonté d’un jouet fait de clochettes frappant une douille d’obus: une métaphore des oppositions du monde, entre innocence et cruauté, spirituel et matériel, qui propose de méditer pour chasser les mauvais esprits. Des dessins préparatoires à l’encre de Chine, titrés et datés d’octobre 1998, sont conservés en collection particulière à Paris.

La pratique en bref

Médiums: installation, sculpture en trois dimensions, objets trouvés et mobilier détourné, bougies, dessin à l’encre de Chine, peinture à l’huile (avant 1986).

Techniques: assemblage de mobilier domestique (chaises, lits, tabourets) en structures suspendues, détournement d’objets rituels chinois: perles de boulier, chapelets bouddhistes, pots de chambre, recyclage de matériel militaire: douilles d’obus et de projectiles, installations sonores et percussives activables par le public, dessins préparatoires à l’encre de Chine sur papier.

Motifs récurrents: transexpérience: relation entre l’homme, la société de consommation et la nature, corps, maladie et médecine traditionnelle chinoise, dialogue entre modernité occidentale et traditions confucéenne et maoïste, exil et double appartenance, guerre, paix et négociation entre les peuples, précarité de l’habitat et inégalités sociales.

Paris comme seconde ville d’atelier

Paris n’est pas un décor dans la trajectoire de Chen Zhen: c’est la ville où sa pratique change de nature. Arrivé en France en 1986, il s’inscrit à l’École nationale supérieure des beaux-arts, met la peinture de côté et devient un artiste d’installation. En 1989, il entre à l’Institut des hautes études en arts plastiques, où il enseignera comme professeur assistant à partir de 1993. Il meurt à Paris le 13 décembre 2000, à quarante-cinq ans. Le musée national de l’histoire de l’immigration, qui l’a intégré à son parcours consacré aux artistes chinois de France, résume cette trajectoire en trois dates: né à Shanghai en 1955, arrivé en France en 1986, décédé à Paris en 2000.

Ses œuvres dans les collections publiques françaises

Le Centre Pompidou conserve plusieurs pièces majeures de l’artiste. Round Table, conçue en 1995 pour l’exposition «  Dialogue de Paix » au Palais des Nations unies, réunit vingt-neuf chaises venues des cinq continents et de différentes classes sociales, encastrées sur le pourtour d’une table circulaire de 550 centimètrès de diamètre suspendue au-dessus du sol, avec au centre un disque portant un texte transcrit en chinois; elle a été achetée en 2002 et déposée par le Centre national des arts plastiques la même année. Beyond the Vulnerability, de 1999, cité imaginaire faite de petites maisons en bougies multicolores, est entrée dans la collection par don de la Société des Amis du Musée national d’art moderne.

Une présence régulière dans les musées parisiens

Paris a montré Chen Zhen à intervalles réguliers après sa mort. Le Palais de Tokyo lui consacre en 2003 l’exposition «  Silence sonore », où Jue Chang — Fifty Strokes to Each transformait une dizaine de grands lits et une quarantaine de chaises suspendus à des portiques en bois en un espace rituel de percussions offert au visiteur. En 2010, le musée Guimet s’associe au Centre national des arts plastiques pour présenter dans ses galeries d’art chinois un ensemble de cinq œuvres de l’artiste issues des collections du Cnap. À l’automne 2022, le musée Cernuschi installe Dialogue et Cocon du Vide dans la salle du Bouddha, au premier étage, en accès libre dans les collections permanentes.

Galleria Continua et la rétrospective «  Double exil »

Du 29 septembre 2023 au 6 janvier 2024, Galleria Continua consacre à Chen Zhen l’intégralité de ses huit cents mètrès carrés parisiens de la rue du Temple, sur trois niveaux, pour une rétrospective d’ambition muséale intitulée «  Double exil ». Elle couvre toute la carrière de l’artiste, y compris la période où il vivait encore en Chine et travaillait la peinture, avec notamment les toiles de la série Qi flottant, autour de ce concept chinois de souffle vital, où se lit déjà son détachement à l’égard de l’imitation picturale du réel. La galerie précise avoir rencontré l’artiste en 1999, un an avant sa mort.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve Round Table (1995), Beyond the Vulnerability (1999) et Composition for Crystal Landscape of Inner Body (2000).

Musée Cernuschi (Paris) — A présenté Dialogue et Cocon du Vide dans la salle du Bouddha du 18 octobre au 4 décembre 2022 (exposition «  Résonances »).

Palais de Tokyo (Paris) — A consacré à l’artiste l’exposition «  Silence sonore » en 2003.

Musée Guimet (Paris) — A présenté en 2010, avec le Centre national des arts plastiques, un ensemble de cinq œuvres de Chen Zhen dans ses galeries d’art chinois.

Galleria Continua Paris (Paris) — Représente l’artiste et lui a consacré la rétrospective «  Double exil », rue du Temple, du 29 septembre 2023 au 6 janvier 2024.

MAC VAL (Vitry-sur-Seine) — A montré Round Table dans l’exposition «  Tous, des sang-mêlés ».

Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte Dorée (Paris) — L’inclut parmi les artistes chinois de France présentés dans son parcours «  J’ai une famille », avec un entretien filmé par Hans-Ulrich Obrist.

Repères chronologiques

1955 — Naissance à Shanghai, dans une famille de médecins francophones de l’ancienne concession française.

1973 — Entre à l’École des arts et métiers de Shanghai, où il commencera à enseigner en 1976.

1978 — Intègre l’Institut d’art dramatique de Shanghai et se spécialise dans la scénographie.

1982 — Devient professeur à l’Institut d’art dramatique de Shanghai.

1986 — Émigre en France et s’installe à Paris, où il intègre l’École nationale supérieure des beaux-arts.

1989 — Rejoint l’Institut des hautes études en arts plastiques à Paris; il y sera professeur assistant en 1993.

1992 — Exposition «  Chen Zhen au Magasin » au Centre national d’art contemporain de Grenoble.

1995 — Conçoit Round Table pour «  Dialogue de Paix », au Palais des Nations unies de Genève.

1999 — Réalise Beyond the Vulnerability avec les adolescents du Projeto Axé, à Salvador de Bahia.

2000-12-13 — Mort de Chen Zhen à Paris, à l’âge de quarante-cinq ans.

2002 — Round Table est achetée puis déposée au Centre Pompidou par le Centre national des arts plastiques.

2003 — Rétrospective «  Silence sonore » au Palais de Tokyo, à Paris, et exposition au P.S.1 à New York.

2010 — Le musée Guimet présente cinq œuvres de l’artiste issues des collections du Cnap.

2022-10-18 — Ouverture de «  Chen Zhen: Résonances » au musée Cernuschi, salle du Bouddha, jusqu’au 4 décembre.

2023-09-29 — Rétrospective «  Double exil » à Galleria Continua Paris, jusqu’au 6 janvier 2024.

Chen Zhen & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Chen Zhen à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Chen Zhen a-t-il quitté Shanghai pour Paris ?

Il profite de l'ouverture de la Chine sous Deng Xiaoping pour émigrer en 1986 et s'installer à Paris, où il intègre l'École nationale supérieure des beaux-arts. Le choc culturel qu'il y éprouve le conduit à mettre la peinture de côté et à se tourner définitivement vers l'installation.

Que désigne la « transexpérience » chez Chen Zhen ?

C'est le terme que l'artiste forge lui-même pour nommer sa pensée transculturelle, fondée sur la relation entre l'homme, la société de consommation et la nature. Elle lui sert à relier la modernité occidentale aux traditions d'une Chine à la fois confucéenne et maoïste, sans choisir entre les deux.

Quel rôle la maladie a-t-elle joué dans son travail ?

Atteint à vingt-cinq ans d'une anémie hémolytique incurable, Chen Zhen tire de cette épreuve une conscience aiguë du temps et de l'espace. Deux ans environ avant sa mort, il se met à étudier la médecine traditionnelle chinoise, dont il juge la pensée proche de sa vision de l'art, et en nourrit ses dernières installations.

Où voir des œuvres de Chen Zhen à Paris ?

Le Centre Pompidou conserve Round Table (1995), Beyond the Vulnerability (1999) et Composition for Crystal Landscape of Inner Body (2000). Le musée Cernuschi a montré Dialogue et Cocon du Vide en 2022, le musée Guimet cinq œuvres du Cnap en 2010, et Galleria Continua le représente rue du Temple.

Que représente l'installation Round Table ?

Conçue en 1995 pour « Dialogue de Paix », au Palais des Nations unies à Genève pour le cinquantenaire de l'ONU, elle réunit vingt-neuf chaises venues des cinq continents et de classes sociales différentes, encastrées sur le pourtour d'une table circulaire de 550 centimètrès de diamètre suspendue au-dessus du sol.

Comment est née l'œuvre Beyond the Vulnerability ?

Elle naît du désir de l'artiste d'éveiller la curiosité des adolescents sans-abri de l'association Projeto Axé, à Salvador de Bahia, en étudiant avec eux l'architecture de leur ville. Ensemble ils relèvent six catégories de constructions et bâtissent une cité imaginaire faite de petites maisons en bougies multicolores.