Exposition Paris

Exposition Chris Ofili

Né à Manchester en 1968 et installé à Trinité-et-Tobago depuis 2005, Chris Ofili s’est imposé dans les années 1990 avec des tableaux à strates où la résine, les paillettes, le collage, les punaises de carte et des galettes de bouse d’éléphant vernies tiennent lieu de socle autant que de matière.

Qui est Chris Ofili ?

Chris Ofili naît à Manchester en 1968.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Chris Ofili dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De Manchester aux écoles d’art londoniennes

Chris Ofili naît à Manchester en 1968. Il découvre l’œuvre de William Blake à la Tate vers 1987, l’année où il commence à étudier l’art, et en gardera durablement le goût de la ligne, du symbole et de la métamorphose des figures dans le paysage. Après un cursus préparatoire au Tameside College of Technology, il obtient une licence de beaux-arts à la Chelsea School of Art de Londres en 1991, puis un master au Royal College of Art en 1993.

Les tableaux à strates des années 1990 et le Turner Prize

La notoriété d’Ofili vient de toiles densément construites, où des myriades de points peints, des dérives de paillettes et des images collées cohabitent avec de la bouse d’éléphant vernie, piquée de punaises de carte, appliquée en surface autant que posée au sol pour soutenir le tableau. «  The Holy Virgin Mary » (1996), aujourd’hui au Museum of Modern Art de New York, en donne la formule la plus tendue: une Vierge noire sur fond de résine orange scintillante, entourée de chérubins découpés dans des magazines pornographiques. Il reçoit le Turner Prize en 1998, devenant selon l’University of the Arts London le premier artiste noir distingué par ce prix.

Venise 2003, puis le départ pour Trinidad

Au tournant des années 2000, la palette se resserre sur le rouge, le noir et le vert du drapeau panafricain de Marcus Garvey, portés par un couple qui habite un paradis à la fois lointain et accessible. Cet ensemble de peintures et de dessins forme le cœur du Pavillon britannique à la 50e Biennale de Venise en 2003, présenté dans un environnement saturé de couleur sous une verrière-sculpture kaléidoscopique. Deux ans plus tard, l’artiste quitte Londres pour Trinidad, où il vit et travaille depuis.

Ballet, tapisserie et retour aux commandes britanniques

En 2012, la National Gallery et le Royal Ballet invitent Ofili à répondre aux grandes toiles mythologiques du Titien: il peint une série nouvelle où le monde antique est transposé à Trinidad et dessine décors et costumes pour un ballet créé au Royal Opera House de Covent Garden. Il revient à la National Gallery en 2017 avec «  Weaving Magic » (Sunley Room, 26 avril – 28 août 2017), première incursion de l’artiste dans la tapisserie: «  The Caged Bird’s Song », tissée par le Dovecot Tapestry Studio d’Édimbourg pour The Clothworkers’ Company, y est présentée avec ses travaux préparatoires sur papier.

Requiem, la mémoire de Grenfell

Ofili rencontre l’artiste gambienne-britannique Khadija Saye en mai 2017, à Venise, où tous deux exposent; un mois plus tard, elle meurt dans l’incendie de la tour Grenfell. Dévoilée le 12 septembre 2023 sur l’escalier nord de la Tate Britain, la peinture murale «  Requiem » se déploie sur trois murs: un témoin agenouillé porte la tour en flammes et ses larmes tombent dans un océan de détresse; Khadija Saye occupe le centre, dans une pose reprise de son œuvre «  Andichurai » (2017), tenant un brûle-encens gambien; à droite s’ouvre un paysage de paix où deux êtrès mythiques font de la musique.

Le peintre relu par la Tate à travers Blake

Entre le 17 avril 2023 et le 2 juin 2024, la Tate Britain confie à Ofili le choix d’un accrochage de ses propres aquarelles et esquisses, installé salle 7B en regard des œuvres de William Blake. Le musée y résume une pratique qui mêle librement histoire de l’art européenne, culture populaire noire britannique et afro-américaine, récits bibliques, folklore caribéen et mythes grecs, et qui, après les surfaces chargées des années 1990, adopte des formes plus dépouillées sans rien perdre de leur ampleur dramatique.

La pratique en bref

Médiums: Huile et fusain sur lin, Acrylique et huile sur toile, Aquarelle, Estampe et gravure, Tapisserie, Peinture murale in situ, Décors et costumes de scène.

Techniques: Superposition de points peints, de paillettes et de collages sous résine polyester, Galettes de bouse d’éléphant vernies, piquées de punaises de carte, servant de socle au tableau, Feuille d’or et graphite sur lin, Cadres conçus par l’artiste en noyer noir américain sculpté et brûlé, cloués de fer, Sérigraphie sur soie de bambou intégrée au cadre, Tissage confié au Dovecot Tapestry Studio d’Édimbourg.

Motifs récurrents: Représentation et identité noires, Othello de Shakespeare et la figure du Maure, Mythologie classique et Métamorphoses d’Ovide, Récits bibliques et iconographie mariale, Folklore et paysage nocturne de Trinidad, Panafricanisme et drapeau de Marcus Garvey, Deuil, mémoire et injustice contemporaine.

Une première française rue Vieille du Temple

«  Joyful Sorrow », du 14 octobre au 30 novembre 2024 chez David Zwirner (108 rue Vieille du Temple, Paris 3e), est la première exposition personnelle de Chris Ofili en France. Elle inaugure le nouvel étage parisien de la galerie avec la série «  Othello — Shroud »: de petits panneaux d’huile et de fusain sur lin, enchâssés dans des cadres de noyer noir américain sculpté et brûlé, que le visiteur doit dévoiler en soulevant un voile de tissu noir. Le second volet du projet, «  Othello — Reflection », était présenté en parallèle chez Victoria Miro à Venise, du 26 octobre au 14 décembre 2024.

Une aquarelle devenue décor de scène à la Villette

Le premier passage parisien du travail d’Ofili n’a pas eu lieu dans un musée mais sur une scène. Après avoir vu l’aquarelle «  Harvester » (2021) dans l’accrochage Ofili-Blake de la Tate Britain, le producteur et DJ de techno de Detroit Jeff Mills en a fait une toile de fond imprimée sur environ huit mètrès de large pour les concerts de son groupe Tomorrow Comes the Harvest. Utilisée pour la première fois au Barbican de Londres en septembre 2023, cette toile a également accompagné le groupe à la Grande halle de la Villette, à Paris.

Où voir ses œuvres

David Zwirner Paris (Paris) — A présenté «  Joyful Sorrow » (14 octobre – 30 novembre 2024), première exposition personnelle de l’artiste en France, au 108 rue Vieille du Temple.

Grande halle de la Villette (Paris) — A accueilli les concerts de Tomorrow Comes the Harvest devant la toile de fond tirée de l’aquarelle «  Harvester » (2021) d’Ofili.

Tate Britain (Londres) — Conserve plusieurs œuvres de l’artiste et abrite la peinture murale «  Requiem » (2023) sur son escalier nord.

Museum of Modern Art (New York) — Conserve «  The Holy Virgin Mary » (1996), l’œuvre la plus discutée de l’artiste.

Repères chronologiques

1968 — Naissance de Chris Ofili à Manchester, en Angleterre.

1991 — Licence de beaux-arts obtenue à la Chelsea School of Art, à Londres.

1993 — Master de beaux-arts obtenu au Royal College of Art, à Londres.

1996 — Réalisation de «  The Holy Virgin Mary », aujourd’hui conservée au MoMA de New York.

1998 — Chris Ofili reçoit le Turner Prize, la plus visible des distinctions britanniques.

1999-2002 — Réalisation de «  The Upper Room », ensemble de treize peintures aujourd’hui à la Tate.

2003 — L’artiste représente la Grande-Bretagne au Pavillon britannique de la 50e Biennale de Venise.

2005 — Installation de l’artiste à Trinidad, où il vit et travaille depuis.

2012 — Commande de la National Gallery et du Royal Ballet: peintures d’après le Titien, décors et costumes.

2014-2015 — «  Night and Day », première grande exposition personnelle en musée aux États-Unis, au New Museum de New York.

2017 — «  Weaving Magic » à la National Gallery de Londres, du 26 avril au 28 août, et nomination comme CBE.

2023-04-17 — Ouverture de l’accrochage Chris Ofili et William Blake, salle 7B de la Tate Britain.

2023-09-12 — Dévoilement de «  Requiem » sur l’escalier nord de la Tate Britain, en hommage à Khadija Saye.

2024-10-14 — Ouverture de «  Joyful Sorrow » chez David Zwirner à Paris, première exposition personnelle en France.

Chris Ofili & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Chris Ofili à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Chris Ofili utilise-t-il de la bouse d'éléphant dans ses tableaux ?

Vernie et souvent piquée de punaises de carte, la bouse d'éléphant est à la fois appliquée sur la surface peinte et posée au sol en galettes qui soutiennent la toile : elle surélève physiquement le tableau tout en le rattachant symboliquement à la terre. Le MoMA rappelle qu'on lui prête aussi des vertus médicinales.

Qu'est-ce que « The Upper Room » et pourquoi treize tableaux ?

Réalisé entre 1999 et 2002 et conservé à la Tate, cet ensemble tire son titre du lieu biblique de la Cène. Treize peintures tapissent les murs d'un espace clos et faiblement éclairé, tenant de la chapelle ; chacune reprend le même sujet, un macaque rhésus, décliné sous une couleur dominante différente.

Chris Ofili a-t-il déjà exposé à Paris ?

Oui, mais tardivement. Sa première exposition personnelle en France, « Joyful Sorrow », s'est tenue du 14 octobre au 30 novembre 2024 chez David Zwirner, rue Vieille du Temple, et inaugurait le nouvel étage de la galerie. Auparavant, son aquarelle « Harvester » avait servi de décor de scène à la Grande halle de la Villette.

Que représente la peinture murale « Requiem » à la Tate Britain ?

Dévoilée le 12 septembre 2023 sur l'escalier nord du musée, elle rend hommage à l'artiste Khadija Saye, morte dans l'incendie de la tour Grenfell un mois après sa rencontre avec Ofili à Venise. Trois murs enchaînent un témoin portant la tour en flammes, la figure de Saye tenant un brûle-encens gambien, puis un paysage de paix.

Pourquoi Othello revient-il si souvent dans son travail récent ?

Ofili explique avoir lu la pièce de nombreuses fois, en avoir écouté des enregistrements, vu des mises en scène et des adaptations à l'écran, et continuer d'en discuter : « ça ne s'en va pas ». Le général maure, qui va de la joie la plus haute au chagrin le plus profond, incarne pour lui les dualités qui structurent l'existence.

Chris Ofili a-t-il travaillé pour la scène et pour la tapisserie ?

Oui. En 2012, la National Gallery et le Royal Ballet lui commandent une suite de peintures d'après le Titien ainsi que les décors et costumes d'un ballet créé à Covent Garden. En 2017, « Weaving Magic » présente « The Caged Bird's Song », sa première tapisserie, tissée à Édimbourg par le Dovecot Tapestry Studio.