Exposition Paris

Exposition Christian Boltanski

Né à Paris le 6 septembre 1944 et mort dans la même ville le 14 juillet 2021, Christian Boltanski a bâti, sans passer par une école d’art, une œuvre entièrement vouée à la trace: boîtes de biscuits en fer, portraits d’écoliers agrandis jusqu’à l’illisible, vêtements empilés sur des étagères, ampoules nues et battements de cœur enregistrés.

Qui est Christian Boltanski ?

Christian Boltanski naît à Paris le 6 septembre 1944.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Christian Boltanski dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une enfance atypique et une entrée en art sans école (1944-1968)

Christian Boltanski naît à Paris le 6 septembre 1944. Son père est un médecin juif d’origine russe converti au catholicisme, sa mère une écrivaine d’origine corse qui publie sous le pseudonyme d’Annie Lauran et garde des séquelles de la poliomyélite. Le récit familial du père caché sous le plancher, la peur qui oblige les proches à vivre, dormir et se déplacer ensemble, une scolarité très brève: ses vingt-quatre premières années se passent dans un grand isolement, occupées à peindre des centaines de toiles à l’huile et à la gouache sur isorel et à fabriquer de grandes poupées filmées dans de courts métrages d’inspiration expressionniste. Autodidacte, il ne suivra jamais de cursus artistique. Son premier film, «  La Vie impossible de Christian Boltanski » (1968), donne son titre à sa première exposition monographique, tenue au théâtre Le Ranelagh en mai de la même année.

Reconstituer une vie: albums, vitrines et objets de pâte à modeler (1969-1983)

À partir de 1969, l’artiste entreprend de reconstituer son enfance pièce à pièce, moins pour se raconter que pour éprouver ce que la mort emporte. Il fréquente la galerie Givaudan, où une machine offset est à sa disposition: il y produit «  Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance 1944-1950 », neuf pages photocopiées reliées par une baguette de plastique, expédiées par la poste en mai 1969 — premier d’une longue série de livres d’artiste. Suivent des reproductions en pâte à modeler d’objets lui ayant appartenu et les vitrines, dont «  Vitrine de référence » (1971), où ses effets personnels sont exposés comme des reliques ou des fouilles archéologiques, sur le modèle avoué des vitrines poussiéreuses du Musée de l’Homme. Il est alors associé au groupe d’artistes narratifs réunis autour de Jean Clair et de la revue «  L’Art vivant », et se lie avec Jean Le Gac puis, au Salon de Mai de 1970, avec Annette Messager.

Ombres, Monuments et Réserves: le tournant de l’installation (1984-1997)

La mort de son père, en 1984, ouvre une période sombre. Autour de son nouvel atelier de Malakoff, l’artiste ramasse brindilles, bouts de fil de fer et écorces pour fabriquer des figurines dont les silhouettes projetées donnent les «  Théâtrès d’ombres »: anges, squelettes, pendus, grande faucheuse en rondes macabres sur les murs. En 1986, en reprenant les portraits d’élèves photographiés à Dijon, il ajoute ampoules et câbles, compose en pyramides et en autels, et invente ses premiers «  Monuments ». La même année, «  Leçons de Ténèbres », à la chapelle de la Salpêtrière dans le cadre du Festival d’Automne, est sa première installation in situ et un tournant: désormais le public erre dans la pénombre, guidé par la faible lumière que les œuvres portent elles-mêmes. Papier, fer, ampoules, fil: la précarité des matériaux devient un argument. Les séries «  Le Lycée Chases » et «  La Fête de Pourim » élargissent ce dispositif commémoratif à l’Histoire.

Parcours, sons et projets à l’échelle du monde (1998-2021)

À partir de 1998, Boltanski conçoit ses expositions comme des processions: l’exposition «  Dernières années » au Musée d’art moderne de la Ville de Paris fait traverser au visiteur les salles, puis descendre au sous-sol vers «  La Réserve des Enfants » avant de finir cerné par cinq mille objets trouvés que personne n’a réclamés. Ses collaborations scéniques, avec Jean Kalman puis avec le compositeur Franck Krawczyk, lui apprennent à maîtriser la lumière, le son et le déplacement du spectateur dans de vastes espaces sombres et froids. À l’aube des années 2000, il vise l’humanité entière: «  Les Abonnés du téléphone », acquis par le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, recense les noms et adresses de tous les annuaires du monde. «  Les Archives du cœur », depuis 2008, conservent sur l’île japonaise de Teshima plus de cent mille battements de cœur recueillis à travers le monde, pensés comme un lieu de pèlerinage. Il représente la France à la Biennale de Venise en 2011 avec «  Chance » et meurt à Paris le 14 juillet 2021, à 76 ans.

La pratique en bref

Médiums: installation, photographie noir et blanc rephotographiée, film et vidéo, livre d’artiste et impression offset, vêtements et objets trouvés, son et enregistrement de voix ou de battements de cœur, lumière électrique (ampoules nues), peinture à l’huile et gouache sur isorel (période initiale).

Techniques: agrandissement et refloutage de portraits d’anonymes jusqu’à la perte des traits, empilement de boîtes de biscuits en fer-blanc formant socle ou colonne, silhouettes découpées en matériaux de rebut projetées en ombres portées, étagères métalliques chargées de vêtements, éclairées par de petites lampes de bureau, ampoules et câbles laissés apparents, l’œuvre portant son propre éclairage, photocopie et offset pour les albums et livres d’artiste, établissement de listes nominatives et de recensements, mise en scène de la déambulation du public dans la pénombre.

Motifs récurrents: mémoire individuelle et collective, disparition et lutte contre l’oubli, empreinte de la Shoah dans l’enfance de l’artiste, enfance et portraits d’écoliers, anonymat et destin quelconque, reliques, inventaire et archive, hasard et fatalité, rites et codes sociaux.

Paris, ville de naissance, d’atelier et de mort

Le lien avec Paris n’est pas un décor: c’est le cadre entier de la vie de l’artiste. Le Cnap rappelle qu’il naît le 6 septembre 1944 à Paris et meurt le 14 juillet 2021 dans cette même ville. Le fonds qui porte son nom documente un atelier rue de Grenelle dès 1967, la direction pendant quelques mois de la petite galerie du Tournesol, rue de Verneuil, et la première exposition personnelle au théâtre Le Ranelagh en mai 1968. À la fin de 1969, il réalise avec Jean Le Gac des installations dans un appartement de la rue Dumoncel, et avec Jean Le Gac et Paul-Armand Gette neuf promenades annoncées sur des cartes remises au public une fois la promenade achevée. C’est aussi à Paris qu’il participe à la 6e Biennale, où il réalise «  Concession à perpétuité » avec Jean Le Gac et Gina Pane, et qu’il rencontre Annette Messager au Salon de Mai de 1970. Son atelier des années 1980 est installé à Malakoff, aux portes sud de la capitale.

Les grands rendez-vous parisiens, de la Salpêtrière au Grand Palais

Quatre lieux parisiens ont fait date. La chapelle de la Salpêtrière, en 1986, accueille «  Leçons de Ténèbres » pour le Festival d’Automne, dans l’hôpital où son père était mort deux ans plus tôt. Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris présente «  Dernières années » en 1998, exposition conçue comme un parcours descendant jusqu’au sous-sol. Le Grand Palais lui confie la troisième édition de Monumenta, du 13 janvier au 21 février 2010: «  Personnes » occupe les 13 500 m² de la nef et attire plus de 149 000 visiteurs. Le Centre Pompidou, enfin, lui consacre du 13 novembre 2019 au 16 mars 2020 «  Faire son temps », une cinquantaine d’œuvres conçues par l’artiste lui-même comme une déambulation plutôt que comme une rétrospective — trente-cinq ans après sa première exposition dans l’institution.

Ce qui reste visible à Paris aujourd’hui

Deux œuvres permanentes sont installées dans des institutions parisiennes. Au Musée d’Art Moderne de Paris, «  Réserve du Musée des Enfants I et II », créée pour l’exposition «  Histoire de Musée » en 1989 et permanente depuis 2000, occupe un espace du sous-sol: des vêtements d’enfants s’accumulent sur des étagères métalliques, éclairés par de petites lampes fixées aux portants, complétés par des photographies en noir et blanc d’enfants anonymes découpées dans la presse. Le même musée conserve «  Les Abonnés du téléphone ». La Cité de la Musique abrite «  La Réserve du Conservatoire de Musique » depuis 1991. Le Musée national d’art moderne, au Centre Pompidou, possède notamment «  Vitrine de référence » (1971) et «  La Vie impossible » (2001), acquise en 2004. En proche banlieue, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine présente depuis 2016 l’ensemble «  Panorama, Bell Pavilion, Animitas ». La visibilité de ces œuvres dépend des accrochages et des travaux en cours dans chaque établissement: à vérifier auprès du musée avant de se déplacer.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Rétrospective «  Faire son temps » du 13 novembre 2019 au 16 mars 2020; œuvres en collection, dont «  Vitrine de référence » (1971) et «  La Vie impossible » (2001).

Musée d’Art Moderne de Paris (Paris) — Exposition «  Dernières années » en 1998; œuvres permanentes «  Réserve du Musée des Enfants I et II » et «  Les Abonnés du téléphone ».

Grand Palais (Paris) — Monumenta 2010: l’installation «  Personnes » occupe la nef du 13 janvier au 21 février 2010, plus de 149 000 visiteurs.

Cité de la Musique (Paris) — Œuvre permanente «  La Réserve du Conservatoire de Musique » depuis 1991.

Chapelle de la Salpêtrière (Paris) — «  Leçons de Ténèbres », première installation in situ de l’artiste, en 1986 dans le cadre du Festival d’Automne.

MAC VAL — Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (Vitry-sur-Seine) — Ensemble permanent «  Panorama, Bell Pavilion, Animitas » depuis 2016, conçu avec Mauricio Pezo et Sofia von Ellrichshausen.

Galerie Marian Goodman (Paris) — Galerie représentant l’artiste à Paris; dernière présentation en date, «  In Focus Presentation: Christian Boltanski », du 8 au 28 janvier 2026.

Repères chronologiques

1944-09-06 — Naissance à Paris, dans une famille marquée par la clandestinité du père pendant l’Occupation

1968 — Première exposition monographique au théâtre Le Ranelagh, à Paris, autour du film «  La Vie impossible de Christian Boltanski » et de marionnettes à taille humaine

1969 — Envoi postal de «  Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance 1944-1950 », premier de ses livres d’artiste

1984 — Premiers «  Théâtrès d’ombres », montrés à la galerie ’t Venster à Rotterdam, après la mort de son père et l’installation d’un atelier à Malakoff

1986 — «  Leçons de Ténèbres » à la chapelle de la Salpêtrière (Festival d’Automne), première installation in situ, et premiers «  Monuments »

1989 — Création de «  Réserve du Musée des Enfants I et II » pour l’exposition «  Histoire de Musée » au Musée d’Art Moderne de Paris

1998 — Exposition «  Dernières années » au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, conçue comme un parcours symbolique jusqu’au sous-sol

2010-01-13 — Ouverture de Monumenta 2010 au Grand Palais avec «  Personnes », jusqu’au 21 février: plus de 149 000 visiteurs

2011 — Représente la France à la 54e Biennale de Venise avec l’installation «  Chance », dont le Cnap conserve études et maquettes

2019-11-13 — Ouverture de la rétrospective «  Faire son temps » au Centre Pompidou, une cinquantaine d’œuvres, jusqu’au 16 mars 2020

2021-07-14 — Mort à Paris à l’âge de 76 ans; hommages du ministère de la Culture et du Cnap

2026 — «  In Focus Presentation: Christian Boltanski » à la galerie Marian Goodman, Paris, du 8 au 28 janvier

Christian Boltanski & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Christian Boltanski à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Où peut-on voir des œuvres de Christian Boltanski à Paris ?

Deux installations permanentes sont recensées à Paris par le fonds de dotation de l'artiste : « Réserve du Musée des Enfants I et II » et « Les Abonnés du téléphone » au Musée d'Art Moderne de Paris, et « La Réserve du Conservatoire de Musique » à la Cité de la Musique depuis 1991. Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, conserve par ailleurs « Vitrine de référence » et « La Vie impossible ». La présentation effective dépend des accrochages du moment.

Qu'était « Personnes », l'installation du Grand Palais en 2010 ?

« Personnes » était l'œuvre créée pour la troisième édition de Monumenta, présentée dans la nef du Grand Palais du 13 janvier au 21 février 2010, devant plus de 149 000 visiteurs. Le ministère de la Culture la décrit comme une installation géante composée d'habits entassés, évoquant le souvenir de l'Holocauste. Œuvre volontairement éphémère, ses composants ont tous été recyclés à la fin de l'exposition, conformément au souhait de l'artiste.

Christian Boltanski a-t-il suivi une formation artistique ?

Non. Le ministère de la Culture comme le fonds de dotation de l'artiste le décrivent comme autodidacte, avec une scolarité très brève. Avant 1968, il peint seul des centaines de toiles à l'huile et à la gouache sur isorel et fabrique de grandes poupées qu'il filme dans de courts métrages d'inspiration expressionniste. Il abandonnera ensuite la peinture pour l'écriture, la photographie, le film et l'installation.

Pourquoi utilise-t-il des vêtements et des photographies d'inconnus ?

Parce qu'il cherche, selon ses propres mots recueillis par Bernard Blistène, à montrer « une réalité collective » plutôt que la sienne. Le ministère de la Culture note qu'il s'approprie des objets qui ne lui ont pas appartenu pour restituer un instant de vie et témoigner des traces que chacun laisse après sa mort. Le vêtement empilé et le portrait d'anonyme agrandi jusqu'à l'illisible rendent l'individu à la fois irremplaçable et interchangeable.

Que sont « Les Archives du cœur » installées au Japon ?

C'est un catalogue mondial de battements de cœur, abrité depuis 2008 sur la petite île de Teshima, au Japon, dans un édifice simple inspiré des maisons de pêcheurs. Plus de cent mille pulsations y sont conservées, recueillies dans le monde entier. Chacun peut y enregistrer les siennes ou écouter celles d'un proche : l'artiste l'imaginait comme un lieu de pèlerinage dédié à la mémoire et à l'essence de la vie.

Quelle a été sa dernière grande exposition parisienne de son vivant ?

« Christian Boltanski. Faire son temps », au Centre Pompidou, du 13 novembre 2019 au 16 mars 2020. Une cinquantaine d'œuvres y étaient réunies, conçues par l'artiste lui-même comme une vaste déambulation au cœur de son travail, moins une rétrospective qu'une suite de séquences marquant les métamorphoses de son propos. Elle intervenait trente-cinq ans après sa première exposition dans cette institution.