Exposition Paris

Exposition Cildo Meireles

Né en 1948 à Rio de Janeiro, Cildo Meireles fait circuler l’art là où personne ne l’attend: sur des bouteilles de Coca-Cola consignées, sur des billets de banque, dans des salles entières saturées d’objets.

Qui est Cildo Meireles ?

Le père de Cildo Meireles travaillait pour le Service de protection des Indiens, ce qui conduisit la famille à voyager longuement à travers les campagnes brésiliennes.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Cildo Meireles dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une enfance itinérante dans le Brésil rural

Le père de Cildo Meireles travaillait pour le Service de protection des Indiens, ce qui conduisit la famille à voyager longuement à travers les campagnes brésiliennes. L’artiste raconte y avoir découvert, vers sept ou huit ans, la cabane parfaitement construite qu’un homme démuni avait laissée derrière lui après une nuit: «  la possibilité qu’on a de faire des choses et de les laisser à d’autres » lui apparaît alors comme décisive. De ces années datent aussi sa familiarité avec les croyances tupi, qu’il réinjectera plus tard dans des installations comme «  Cruzeiro do Sul » ou «  Olvido » pour rappeler l’effacement des peuples autochtones de la vie politique brésilienne.

Brasília, 1963: l’apprentissage

C’est à Brasília, en 1963, que Meireles commence à étudier l’art, à la Fundação Cultural do Distrito Federal, auprès du peintre et céramiste péruvien Felix Barrenechea. À la fin de la décennie, la découverte des travaux d’Hélio Oiticica et de Lygia Clark le met en contact avec le néo-concrétisme brésilien et avec l’idée qu’une œuvre puisse être manipulée, traversée, habitée par celui qui la regarde. Cet héritage explique la place centrale que prendra ensuite le corps du visiteur — sa marche, son ouïe, sa perception de l’espace — dans les dispositifs qu’il construit.

Faire de l’art sous la dictature

Après le coup d’État militaire de 1964, la censure frappe les médias comme la création. Meireles cherche alors une forme capable à la fois de dire l’expérience de la dictature et de lui échapper: ce sera, en 1970, le principe de l’insertion. Plus de mille bouteilles de Coca-Cola consignées reçoivent, dans une typographie blanche imitant la marque, des phrases invisibles tant que le contenant est vide et lisibles dès qu’il est rempli — «  Yankees go home! », un schéma de cocktail Molotov, ou la question «  Quel est le lieu de l’œuvre d’art ». Remises en circulation entre l’usine d’embouteillage et le commerce, elles atteignent un public inconnu sans jamais exposer leur auteur.

Organiser la scène brésilienne: l’Unidade Experimental et Malasartes

Meireles n’a pas seulement produit des œuvres: il a contribué à fabriquer les cadres qui les rendaient possibles. En 1969, il compte parmi les fondateurs de l’Unidade Experimental du Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro, structure ouverte aux pratiques que les salons ne savaient pas classer. En 1975, il participe à la revue d’artistes Malasartes, tribune critique où se discutent la circulation des œuvres, le marché et le rôle des institutions. Cette double activité — produire et structurer — éclaire la constance avec laquelle son travail interroge les circuits de diffusion plutôt que les seuls objets.

De la Villette à Tate Modern: une reconnaissance internationale

L’exposition «  Magiciens de la Terre », en 1989, l’installe durablement sur la scène internationale; il y montre «  Missão, Missões (Comment bâtir des cathédrales) », créé deux ans plus tôt. Suivent le Prince Claus Award en 1999 puis, en 2008, le prix Velázquez des arts plastiques décerné par le ministère espagnol de la Culture. La même année, Tate Modern lui consacre du 14 octobre 2008 au 11 janvier 2009 la première présentation d’ampleur de son travail au Royaume-Uni, avec des pièces allant d’un objet de la taille d’une bague à une installation de 225 mètrès carrés et deux œuvres créées à Londres pour l’occasion.

La pratique en bref

Médiums: installation, sculpture, objets manufacturés détournés, billets de banque, son, dessin.

Techniques: insertion de messages dans des circuits de circulation existants (consigne, monnaie), impression en typographie blanche imitant une charte de marque, lisible seulement une fois la bouteille remplie, tampon de messages anonymes sur des billets remis en circulation, dispositifs immersifs à l’échelle d’une salle, parcourus par le visiteur, écarts d’échelle extrêmes, du volume d’une bague à 225 mètrès carrés, bandes sonores multilingues chuchotées.

Motifs récurrents: résistance à la dictature militaire brésilienne, circulation des marchandises, de l’argent et de l’idéologie, anonymat et négation de l’auteur, participation physique du public, marginalisation des peuples autochtones, notamment tupi, langue, traduction et communication, l’eau comme bien commun.

1989: «  Magiciens de la Terre », l’entrée par la Grande Halle de la Villette

Du 18 mai au 14 août 1989, «  Magiciens de la Terre » occupe simultanément la Grande Galerie du Centre Pompidou et la Grande Halle de la Villette. Conçue par Jean-Hubert Martin, entouré d’Aline Luque et André Magnin, l’exposition réunit cent artistes selon un principe de parité entre scènes occidentales et non occidentales et attire 205 206 visiteurs. Cildo Meireles y présente, côté Villette, «  Missão, Missões (Comment bâtir des cathédrales) » de 1987. C’est par cette manifestation parisienne, aujourd’hui considérée comme un tournant historiographique, que son travail devient visible du public français.

Une œuvre de Meireles dans la collection du Centre Pompidou

Le Musée national d’art moderne conserve «  La Bruja I (La sorcière) », installation réalisée entre 1979 et 1981, acquise par achat en 2005 sous le numéro d’inventaire AM 2005-236 et rattachée au secteur Arts plastiques - Contemporain. La notice décrit un balai de bois fixé au mur, personnifiant la sorcière, dont la base percée laisse s’échapper des fils de coton déployés dans la salle selon un tracé redéfini par l’artiste à chaque présentation. Il s’agit de la version 1/3, signée et datée au dos avec la mention «  Beaubourg ».

2014: Paris revisite l’exposition qui l’avait révélé

Vingt-cinq ans après, le Centre Pompidou consacre du 2 juillet au 8 septembre 2014 une exposition-retour intitulée «  Magiciens de la terre. Retour sur une exposition légendaire », dans laquelle le nom de Cildo Meireles figure de nouveau à l’affiche parisienne. Cette reprise fait de Paris le lieu où sa participation de 1989 a été à la fois consacrée puis relue de façon critique, ce qui distingue nettement la capitale française des autres étapes de sa carrière européenne, essentiellement londoniennes et madrilènes.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve «  La Bruja I (La sorcière) », 1979-1981, achetée en 2005 (inv. AM 2005-236).

Grande Halle de la Villette (Paris) — A accueilli en 1989 «  Missão, Missões (Comment bâtir des cathédrales) » dans «  Magiciens de la Terre ».

Centre national des arts plastiques (Cnap) (Pantin) — Propriétaire de «  Marulho (La houle) », 1991-1997, prêtée dans le cadre du programme «  Biens venus! ».

Abbaye du Mont-Saint-Michel (Le Mont-Saint-Michel) — A présenté «  Marulho » dans le réfectoire des moines du 26 juin au 16 novembre 2025, pour la Saison Brésil-France.

Tate Modern (Londres) — Rétrospective du 14 octobre 2008 au 11 janvier 2009, première présentation d’ampleur de l’artiste au Royaume-Uni.

Repères chronologiques

1948 — Naissance de Cildo Meireles à Rio de Janeiro, au Brésil.

1963 — Commence l’étude de l’art à la Fundação Cultural do Distrito Federal, à Brasília, auprès de Felix Barrenechea.

1969 — Compte parmi les fondateurs de l’Unidade Experimental du Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro.

1970 — Conçoit les Inserções em Circuitos Ideológicos pour l’exposition «  Information » au MoMA de New York.

1975 — Participe à la revue d’artistes Malasartes, tribune critique de la scène brésilienne.

1989-05-18 — Expose «  Missão, Missões » à «  Magiciens de la Terre », Grande Halle de la Villette, jusqu’au 14 août.

1999 — Reçoit le Prince Claus Award pour l’ensemble de son travail.

2005 — Le Centre Pompidou acquiert par achat «  La Bruja I (La sorcière) », inv. AM 2005-236.

2008-10-14 — Ouverture de sa rétrospective à Tate Modern, présentée jusqu’au 11 janvier 2009.

2008 — Reçoit le prix Velázquez des arts plastiques du ministère de la Culture espagnol.

2014-07-02 — Figure dans «  Magiciens de la terre. Retour sur une exposition légendaire » au Centre Pompidou, jusqu’au 8 septembre.

2025-06-26 — «  Marulho » est installée à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, jusqu’au 16 novembre 2025.

Cildo Meireles & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Cildo Meireles à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Que sont les « Inserções em Circuitos Ideológicos » de Cildo Meireles ?

Ce sont deux projets conçus en 1970 pour l'exposition « Information » du Museum of Modern Art de New York : le Projeto Coca-Cola et le Projeto Cédula. Leur principe consiste à inscrire des messages sur des objets qui circulent déjà — bouteilles consignées, billets de banque — puis à les remettre dans le circuit économique, sans signature ni propriété.

Pourquoi Meireles a-t-il choisi la bouteille de Coca-Cola comme support ?

Parce que la bouteille consignée revenait sans cesse de l'usine d'embouteillage au commerce, offrant un vecteur de diffusion massif et anonyme. Meireles a modifié plus de mille bouteilles avec une typographie blanche imitant la marque : le texte reste presque invisible sur un contenant vide et devient lisible dès qu'il est rempli, ce qui limitait le risque d'être identifié.

Peut-on voir une œuvre de Cildo Meireles à Paris ?

Le Centre Pompidou conserve « La Bruja I (La sorcière) », installation de 1979-1981 achetée en 2005 sous le numéro d'inventaire AM 2005-236 : un balai mural dont s'échappent des fils de coton déployés dans la salle. Sa présentation dépend toutefois de la programmation des collections, elle n'est pas permanente.

Qu'est-ce que « Marulho », et où l'a-t-on vue en France ?

« Marulho (La houle) », créée entre 1991 et 1997, appartient à la collection du Centre national des arts plastiques. Elle prend la forme d'une mer de pages posées au sol, découverte depuis un ponton, accompagnée d'une bande sonore où le mot « eau » est chuchoté par 80 voix en 30 langues. Elle a été montrée à l'abbaye du Mont-Saint-Michel du 26 juin au 16 novembre 2025.

Quel rôle Cildo Meireles a-t-il joué dans « Magiciens de la Terre » en 1989 ?

Il figurait parmi les cent artistes réunis par Jean-Hubert Martin du 18 mai au 14 août 1989 entre le Centre Pompidou et la Grande Halle de la Villette, où il exposa « Missão, Missões (Comment bâtir des cathédrales) » de 1987. Cette manifestation, vue par 205 206 personnes, a fait connaître son travail au public français.

Quelles distinctions Cildo Meireles a-t-il reçues ?

Il a reçu le Prince Claus Award en 1999, puis en 2008 le prix Velázquez des arts plastiques, décerné par le ministère de la Culture d'Espagne. La même année, Tate Modern lui consacrait la première présentation d'ampleur de son travail au Royaume-Uni, du 14 octobre 2008 au 11 janvier 2009.