Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Claude Lévêque dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Claude Lévêque, né en 1953 à Nevers, construit depuis 1982 des installations qui transforment un lieu entier en état mental: néons manuscrits, lumière noire, objets de récupération et bandes-son saturées.
Le parcours de Claude Lévêque ne passe pas par les filières habituelles de l’art.
Cette page sert surtout à situer Claude Lévêque dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Le parcours de Claude Lévêque ne passe pas par les filières habituelles de l’art. Le MAC VAL rappelle qu’il obtient d’abord un CAP de menuisier en 1970, avant d’étudier à l’école des beaux-arts de Bourges, où ses premiers chocs esthétiques portent des noms précis: Christian Boltanski au Centre national d’art contemporain, Joseph Beuys. De retour à Nevers, sa ville natale, il ne se contente pas de produire: il programme. Il invite des figures du Body Art comme Michel Journiac et Gina Pane, organise des concerts et des séances de cinéma expérimental. Cette double casquette d’artiste et de passeur explique la théâtralité assumée de ses dispositifs ultérieurs.
Entre 1978 et 1982, l’artiste gagne sa vie en décorant des vitrines. Le MAC VAL cite la formule qu’il fait imprimer sur sa carte de visite: « Claude Lévêque, les vitrines les plus modernes de Paris ». Cette période commerciale n’est pas une parenthèse alimentaire: elle lui apprend l’éclairage, la mise en scène frontale, le rythme des matières brillantes, autant d’outils qu’il retournera contre le décor lui-même. Le vocabulaire du spectacle et de l’étalage devient chez lui un moyen de fabriquer de l’inquiétude plutôt que du désir, en gardant les mêmes ingrédients: lumière colorée, objets pauvres, surfaces réfléchissantes.
L’entrée dans le champ artistique se joue en banlieue parisienne. En 1982, Lévêque montre son travail à la Maison des Arts de Créteil, où le critique Michel Nuridsany le remarque; la même année, il figure à la 12e Biennale de Paris organisée au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Deux ans plus tard, il présente « La Nuit » aux Ateliers de l’ARC, dans ce même musée, et tient sa première exposition personnelle parisienne à la galerie Éric Fabre. En trois saisons, l’ancien décorateur de vitrines passe du statut d’outsider provincial à celui d’artiste suivi par les institutions de la capitale.
En 2006, le MAC VAL confie à Lévêque une carte blanche inaugurale et présente « Le Grand Sommeil, Episode 1 », du 19 mai au 10 septembre. Le titre emprunte au film noir de Howard Hawks. Dans la salle, des rangées de lits d’internat ou d’hôpital sont retournées à 180 degrés: sous lumière noire, elles deviennent des vaisseaux fantomatiques descendant du plafond, tandis que le sol se change en toit percé de demi-sphères où roulent des billes. Le commissaire Frank Lamy décrit une œuvre environnementale conçue pour le lieu, qui rêve à notre place un souvenir d’enfance en bouleversant les repères spatio-temporels.
En 2009, le Centre national des arts plastiques passe commande publique à Lévêque pour le pavillon français de la Biennale de Venise: « Le Grand Soir » est visible du 7 juin au 22 novembre, derrière une façade repeinte en noir décrite par le Cnap comme un « air de catafalque ». Le néon blanc « Drapeau noir » réalisé cette année-là entre dans la collection du Cnap. En avril 2014, un éclair de néon rouge traverse la pyramide du Louvre pour dix-huit mois, prolongé en 2015 par une intervention dans les fossés médiévaux sous le titre commun « Sous le plus grand chapiteau du monde ». En décembre 2018, l’Opéra national de Paris lui donne carte blanche sur ses deux salles.
Une plainte du sculpteur Laurent Foulon déclenche au printemps 2019 l’ouverture d’une instruction. Claude Lévêque est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire en 2023. Le 8 janvier 2026, le parquet de Bobigny requiert son renvoi devant la cour criminelle de Seine-Saint-Denis pour viols sur mineur de quinze ans, viols par personne ayant autorité et agressions sexuelles, faits qui se seraient produits entre 1989 et 2007; trois victimes sont retenues, les faits concernant cinq autres étant prescrits. L’affaire a des effets matériels sur les œuvres: à Montreuil, l’installation lumineuse « Modern Dance » avait été éteinte pendant un an avant que la municipalité annonce en mars 2022 son rallumage, assorti d’une campagne de sensibilisation aux violences faites aux enfants.
Médiums: néon et tubes lumineux, lumière noire et sources colorées, son et bandes-son créées pour le lieu, objets de récupération et mobilier (lits, cerceaux, pneus), installation in situ à l’échelle d’un bâtiment, tapisserie (manufacture de la Savonnerie).
Techniques: dispositif immersif conçu pour un lieu unique, non transposable tel quel, écriture manuscrite transposée en tube de verre courbé, renversement à 180 degrés de l’espace (sol devenu plafond), éclairage sous lumière noire pour dématérialiser des objets ordinaires, association d’un son spécifiquement composé à un environnement construit.
Motifs récurrents: enfance et adolescence comme états intermédiaires, mémoire familiale et biographie transposée, institutions collectives aliénantes (internat, hôpital, dortoir), critique du divertissement et de l’imagerie du spectacle, nuit, sommeil, disparition, violence sociale et politique.
Le lien de Claude Lévêque avec Paris commence par le commerce, pas par le musée. De 1978 à 1982 il décore des vitrines dans la capitale et fait imprimer sur sa carte de visite la mention « les vitrines les plus modernes de Paris », détail que le MAC VAL retient dans ses éléments biographiques. La reconnaissance institutionnelle suit immédiatement: la 12e Biennale de Paris de 1982 se tient au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, et en 1984 il expose « La Nuit » aux Ateliers de l’ARC, dans ce même musée, année où il montre également son travail à la galerie Éric Fabre. Paris est donc pour lui le lieu d’un basculement rapide entre décor marchand et scène artistique.
En avril 2014, un éclair de néon rouge conçu par Lévêque traverse la pyramide de Ieoh Ming Pei, installé pour dix-huit mois; l’intervention devait être complétée en 2015 par une exposition dans les fossés médiévaux du palais, l’ensemble portant le titre « Sous le plus grand chapiteau du monde ». Quatre ans plus tard, l’Opéra national de Paris lui donne carte blanche pour investir ses deux théâtrès à l’occasion des 350 ans de l’institution et des 30 ans de l’Opéra Bastille: « Saturnales » est dévoilé à Bastille le 20 décembre 2018, puis au Palais Garnier lors du gala du Nouvel An des 30 et 31 décembre.
Le Centre Pompidou répertorie Claude Lévêque comme sculpteur dont le lieu de résidence et d’activité est Montreuil, en Île-de-France, et conserve deux pièces de lui: l’installation « Valstar Barbie » de 2003, achetée en 2006 sous le numéro d’inventaire AM 2006-56, et une affiche de 1993. En proche banlieue, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine lui avait consacré en 2006 l’une de ses deux expositions inaugurales. Le fonds documentaire du musée signale par ailleurs le catalogue de « My Way », exposition tenue au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
L’installation lumineuse monumentale « Modern Dance », déployée autour des piliers d’un château d’eau sur la place centrale d’un quartier populaire de Montreuil, est le point où l’œuvre et l’affaire judiciaire se rencontrent dans l’espace public du Grand Paris. Éteinte après la révélation des accusations de viols sur mineurs, elle a fait l’objet d’une décision municipale annoncée par courrier aux habitants en mars 2022: la ville a choisi de la rallumer en accompagnant ce retour d’une action de sensibilisation aux violences faites aux enfants. La question posée localement — que faire d’une œuvre publique quand son auteur est mis en cause — reste ouverte.
Centre Pompidou (Paris) — Conserve deux œuvres de l’artiste, dont l’installation « Valstar Barbie » (1993 et 2003)
Musée du Louvre (Paris) — A accueilli en 2014-2015 l’intervention « Sous le plus grand chapiteau du monde » sous la pyramide et dans les fossés médiévaux
Opéra national de Paris (Paris) — Carte blanche en 2018 pour « Saturnales », à l’Opéra Bastille et au Palais Garnier
MAC VAL — Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (Vitry-sur-Seine) — Exposition monographique « Le Grand Sommeil, Episode 1 », 19 mai - 10 septembre 2006
Centre national des arts plastiques (Cnap) (Puteaux) — Commanditaire du pavillon français de Venise 2009 et détenteur du néon « Drapeau noir »
1970 — Obtention d’un CAP de menuisier, avant des études à l’école des beaux-arts de Bourges
1978-1982 — Décore des vitrines à Paris et se présente comme l’auteur des « vitrines les plus modernes de Paris »
1982 — Exposition à la Maison des Arts de Créteil remarquée par le critique Michel Nuridsany, et participation à la 12e Biennale de Paris au Musée d’art moderne de la Ville de Paris
1984 — Présente « La Nuit » aux Ateliers de l’ARC, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, et expose à la galerie Éric Fabre
2003 — Réalise « Valstar Barbie » à l’occasion de la Biennale de Lyon, acquise par le Centre Pompidou en 2006
2006 — Exposition inaugurale « Le Grand Sommeil, Episode 1 » au MAC VAL, du 19 mai au 10 septembre
2009 — Représente la France au pavillon français de la Biennale de Venise avec « Le Grand Soir », du 7 juin au 22 novembre
2014-04 — Un éclair de néon rouge traverse la pyramide du Louvre, installé pour dix-huit mois
2018-12 — Dévoilement de « Saturnales » à l’Opéra Bastille le 20 décembre, puis au Palais Garnier les 30 et 31 décembre
2019 — Ouverture au printemps d’une instruction judiciaire après la plainte du sculpteur Laurent Foulon
2022-03 — La ville de Montreuil annonce le rallumage de l’installation « Modern Dance », éteinte depuis un an
2023 — Mise en examen et placement sous contrôle judiciaire de l’artiste
2026-01-08 — Le parquet de Bobigny requiert un procès devant la cour criminelle de Seine-Saint-Denis
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Claude Lévêque à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Artiste plasticien français né en 1953 à Nevers, répertorié par le Centre Pompidou comme sculpteur travaillant à Montreuil et par le Getty Research Institute comme installation artist. Il conçoit depuis 1982 des environnements immersifs mêlant néon, lumière, son et objets de récupération.
Les premiers textes en néon reprenaient l'écriture de sa mère Gilberte, de plus en plus tremblante au fil des années. Après la disparition de ses parents au début des années 2000, l'artiste a fait écrire ces phrases par des adolescents, dont le tracé fragile renvoie à un état intermédiaire entre enfance et âge adulte.
« Le Grand Soir », une commande publique du Centre national des arts plastiques, visible du 7 juin au 22 novembre 2009. Le Cnap décrit une façade concave repeinte en noir et une paroi aveugle derrière le péristyle, donnant au pavillon un « air de catafalque ». Le néon blanc « Drapeau noir » date de cette production.
Un éclair de néon rouge traversant la pyramide de Ieoh Ming Pei, allumé début avril 2014 et prévu pour dix-huit mois. Une seconde partie devait suivre en 2015 dans les fossés du Louvre médiéval, les deux volets portant ensemble le titre « Sous le plus grand chapiteau du monde ».
Aucune exposition personnelle n'est à l'affiche à Paris à la date de vérification. Deux œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, dont « Valstar Barbie », mais leur présentation en salle dépend des accrochages ; l'installation « Modern Dance » se trouve dans l'espace public de Montreuil.
Une instruction ouverte au printemps 2019 après la plainte du sculpteur Laurent Foulon a conduit à sa mise en examen et à un contrôle judiciaire en 2023. Le 8 janvier 2026, le parquet de Bobigny a requis un procès devant la cour criminelle de Seine-Saint-Denis pour des faits de viols et agressions sexuelles sur trois mineurs, situés entre 1989 et 2007.