Exposition Paris

Exposition Cy Twombly

Né à Lexington en Virginie en 1928 et mort à Rome en 2011, Cy Twombly a fait de l’écriture griffonnée, du chiffre, du nom propre et de la tache de couleur une manière neuve d’écrire l’Histoire en peinture.

Qui est Cy Twombly ?

Edwin Parker Twombly Jr. naît le 25 avril 1928 à Lexington, en Virginie; il hérite du surnom «  Cy » de son père, lanceur professionnel de baseball devenu directeur sportif de Washington and Lee University.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Cy Twombly dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Lexington, Black Mountain College et la rencontre avec Rauschenberg

Edwin Parker Twombly Jr. naît le 25 avril 1928 à Lexington, en Virginie; il hérite du surnom «  Cy » de son père, lanceur professionnel de baseball devenu directeur sportif de Washington and Lee University. De quatorze à dix-huit ans, il suit les cours du peintre catalan Pierre Daura, réfugié à Lexington, qui l’initie à l’art européen contemporain. Après le Boston Museum School, il entre en 1950 à l’Art Students League de New York, où il rencontre Robert Rauschenberg. En 1951 il fréquente Black Mountain College, auprès de Ben Shahn, Robert Motherwell et du poète Charles Olson, y étudie la photographie au sténopé, et présente la même année sa première exposition personnelle à la Seven Stairs Gallery de Chicago.

1952: le voyage fondateur en Italie et en Afrique du Nord

En 1952, à vingt-quatre ans, Twombly obtient une bourse de voyage du Virginia Museum of Fine Arts. Dans sa demande, il déclare vouloir étudier les dessins des grottes préhistoriques de Lascaux, visiter les musées français, italiens et néerlandais, l’architecture gothique et baroque et les ruines romaines, et se dit attiré par «  le primitif, les éléments rituels et fétichistes ». Il embarque le 20 août 1952 avec Robert Rauschenberg, débarque à Palerme, gagne Rome en septembre puis passe l’hiver au Maroc, de Casablanca à Tanger, où il rend visite à Paul Bowles. De ce séjour naissent les «  North African Sketchbooks » (1953). La conviction qu’il en rapporte — «  l’art moderne n’est pas disloqué, il a des racines, une tradition et une continuité » — commande toute la suite de son œuvre.

L’installation italienne et la réinvention de la peinture d’Histoire

Twombly revient en Italie en 1957 et 1958 et y montre sa première exposition personnelle italienne à la Galleria La Tartaruga de Plinio De Martiis; il y peint «  Olympia », «  Arcadia », «  Blue Room » et «  Sunset ». En 1959, il épouse à New York Luisa Tatiana Franchetti, photographe, peintre et collectionneuse de textiles; leur fils Cyrus Alessandro naît en décembre de la même année. Dès 1961, la mort et l’épopée homérique entrent dans son travail: «  Achilles Mourning the Death of Patroclus » (1962), conservé au Musée national d’art moderne, ramène la fureur du deuil d’Achille à deux taches couleur de sang posées à la main au-dessus d’un vide blanc barré d’une mince ligne d’horizon à la mine de plomb. C’est cette économie de moyens, appliquée à des sujets d’histoire, qui fait de lui l’artiste qui «  réinvente la peinture d’Histoire ».

Bassano in Teverina, Gaeta: le temps des grands cycles

Dans les années 1970, Twombly se détache peu à peu de la vie romaine — son assistant et archiviste Nicola Del Roscio lie ce retrait au suicide de leur amie Nini Pirandello en 1971 — et travaille davantage à Bassano in Teverina, dans un palazzo restauré avec Giorgio Franchetti. Il y peint des sujets pastoraux, dont le grand triptyque «  Thyrsis » (1977), et y achève en 1978 son premier cycle monumental, «  Fifty Days at Iliam », aujourd’hui installé à demeure au Philadelphia Museum of Art. Dans les années 1980, après un voyage à Louxor, il s’établit à Gaeta, sur la côte tyrrhénienne, tout en gardant un atelier à Lexington. Les années 1990 sont celles des grands ensembles: «  Quattro Stagioni » (1993-1994) et «  Untitled (Say Goodbye, Catullus, to the Shores of Asia Minor) » (1994).

Dernière décennie: Lepanto, Bacchus et les fleurs

Le passage aux années 2000 prolonge cette échelle monumentale avec «  Coronation of Sesostris » (2000) puis «  Lepanto » (2001), présenté à la 49e Biennale de Venise, où Twombly reçoit le Lion d’or. La dernière décennie de sa pratique est dominée par les thèmes bacchiques et par de très grandes compositions florales sur lesquelles il inscrit des vers. Longtemps tenu à distance du milieu new-yorkais qu’il avait quitté, il refuse aussi bien le machisme universalisant de l’expressionnisme abstrait que la non-référentialité industrielle du minimalisme. Les distinctions arrivent tard: chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1988, doctorat honoris causa de Washington and Lee University en 1993, Praemium Imperiale en 1996. Il meurt à Rome le 5 juillet 2011.

La pratique en bref

Médiums: peinture, dessin, sculpture en bronze, photographie, collage sur papier.

Techniques: peinture industrielle (house paint) sur toile, crayon de cire et crayon de couleur, mine de plomb et graphite, écriture manuscrite, chiffres et noms propres inscrits dans la peinture, application directe à la main, sans pinceau, pour certaines taches, bronze patiné, tirages numérotés (fonte Clementi, Meudon), photographie au sténopé apprise à Black Mountain College.

Motifs récurrents: antiquité gréco-romaine, épopée homérique et guerre de Troie, deuil et mort héroïque, poésie (Homère, Ovide, Rilke, Keats, Sappho, Mallarmé, Catulle), Méditerranée et mythe des origines, thèmes bacchiques et compositions florales, graffiti, écriture et trace de la main.

«  The Ceiling »: un plafond de Twombly au Louvre

En 2010, le Louvre inaugure dans l’aile Sully un plafond peint par Cy Twombly pour l’ancienne salle des Bronzes. L’œuvre, inventoriée INV 20903 au département des Peintures, montre un ciel bleu animé de sphères que l’on peut lire comme des boucliers, des planètes ou des monnaies, rythmé par des cartouches blancs portant les noms des principaux sculpteurs de la Grèce antique: Céphisodote, Lysippe, Myron, Phidias, Polyclète, Praxitèle, Scopas. Elle a été commandée pour le décor de ce plafond et réalisée grâce à la générosité de la Fondation Janet Wolfson de Botton, avec le soutien de la Gagosian Gallery. La notice du musée la signale présentée dans la salle 663 (aile Sully, niveau 1), dite salle des Séances.

Le différend de 2021 entre la Fondation Cy Twombly et le Louvre

La rénovation des décors de la salle a fait naître un litige entre l’Établissement public du musée du Louvre et la Fondation Cy Twombly. Le 10 décembre 2021, les deux parties annoncent un accord: les coloris des murs, des boiseries et des cadres de vitrines de la salle évolueront vers des teintes plus claires, des travaux étant prévus pour procéder à ces modifications. La Fondation retire alors son action contentieuse. Le musée et la Fondation présentent cette issue comme permettant au public de redécouvrir le plafond tel que l’artiste l’avait conçu. C’est un épisode rare: un ayant droit obtenant du Louvre la modification d’un décor de salle au nom de l’intégrité d’une œuvre contemporaine in situ.

La rétrospective du Centre Pompidou, 2016-2017

Du 30 novembre 2016 au 24 avril 2017, le Centre Pompidou présente la première rétrospective complète de l’œuvre de Twombly en Europe, montrée uniquement à Paris. Construite autour de trois grands cycles — «  Nine Discourses on Commodus » (1963), «  Fifty Days at Iliam » (1978) et «  Coronation of Sesostris » (2000) —, elle réunit cent quarante peintures, sculptures, dessins et photographies, des premiers travaux marqués par le graffiti et l’écriture au début des années 1950 jusqu’aux dernières peintures, en passant par la réponse de l’artiste à l’art minimal et conceptuel des années 1970.

Twombly dans les collections publiques parisiennes

Le Musée national d’art moderne conserve plusieurs Twombly de premier plan: «  Achilles Mourning the Death of Patroclus » (1962), huile et mine de plomb sur toile de 259 × 302 cm; un «  Untitled » de 1969, peinture industrielle et crayon de cire sur toile de 202 × 264 cm, entré par don de Mme Pippa Scott en 1995 sous le numéro AM 1995-292; et la sculpture «  Thermopylae » (1992), bronze patiné de 135,5 × 75 × 70 cm, épreuve 1/3, fondue par la fonderie Clementi à Meudon, en région parisienne. Twombly a par ailleurs été fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1988.

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre — salle 663, aile Sully, niveau 1 (Paris) — Conserve et présente «  The Ceiling » (2010), plafond peint par Twombly pour l’ancienne salle des Bronzes, INV 20903, département des Peintures.

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve «  Achilles Mourning the Death of Patroclus » (1962), «  Untitled » (1969, AM 1995-292) et la sculpture «  Thermopylae » (1992); a produit la rétrospective de 2016-2017.

The Menil Collection — Cy Twombly Gallery (Houston) — Seule présentation rétrospective permanente de l’œuvre de Twombly: bâtiment de Renzo Piano ouvert en 1995, œuvres choisies et accrochées par l’artiste lui-même.

Museum Brandhorst (Munich) — Présentation permanente «  Cy Twombly im Museum Brandhorst », en place depuis le 1er juin 2009.

Philadelphia Museum of Art (Philadelphie) — Installation à demeure du cycle «  Fifty Days at Iliam » (1978).

Tate (Londres) — Conserve des œuvres de Twombly, dont «  Untitled II » (1967), «  No. I » (1974) et «  Souvenir de L’Île des Saintes » (1979).

Repères chronologiques

1928-04-25 — Naissance d’Edwin Parker Twombly Jr., dit Cy Twombly, à Lexington (Virginie).

1951 — Black Mountain College: cours auprès de Ben Shahn et Robert Motherwell, photographie au sténopé, et première exposition personnelle à la Seven Stairs Gallery de Chicago.

1952 — Voyage fondateur en Italie et en Afrique du Nord avec Robert Rauschenberg, grâce à une bourse du Virginia Museum of Fine Arts; embarquement le 20 août.

1957 — Retour en Italie et première exposition personnelle italienne à la Galleria La Tartaruga de Plinio De Martiis, à Rome.

1959 — Mariage à New York avec Luisa Tatiana Franchetti; naissance de leur fils Cyrus Alessandro en décembre.

1978 — Achèvement à Bassano in Teverina du premier cycle monumental, «  Fifty Days at Iliam », aujourd’hui installé à demeure au Philadelphia Museum of Art.

1988 — Cy Twombly est fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par la France.

1995 — Ouverture à Houston de la Cy Twombly Gallery de la Menil Collection, bâtiment de Renzo Piano conçu d’après les croquis de l’artiste.

2001 — Présentation du cycle «  Lepanto » à la 49e Biennale de Venise, où Twombly reçoit le Lion d’or.

2009-06-01 — Ouverture de la présentation permanente «  Cy Twombly im Museum Brandhorst », à Munich.

2010 — Inauguration au Louvre de «  The Ceiling », plafond peint pour l’ancienne salle des Bronzes, aile Sully (INV 20903).

2011-07-05 — Mort de Cy Twombly à Rome, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

2016-11-30 — Ouverture au Centre Pompidou de la première rétrospective complète de son œuvre en Europe, montrée uniquement à Paris jusqu’au 24 avril 2017.

2021-12-10 — Accord entre la Fondation Cy Twombly et le musée du Louvre sur les couleurs de la salle abritant «  The Ceiling »; retrait de l’action contentieuse.

Cy Twombly & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Cy Twombly à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Où peut-on voir une œuvre de Cy Twombly à Paris ?

Au Musée du Louvre : « The Ceiling », le plafond peint en 2010 pour l'ancienne salle des Bronzes, est inventorié INV 20903 au département des Peintures et signalé par le musée en salle 663, aile Sully, niveau 1. Le Musée national d'art moderne conserve par ailleurs « Achilles Mourning the Death of Patroclus » (1962), un « Untitled » de 1969 et la sculpture « Thermopylae » (1992).

Que représente « The Ceiling », le plafond de Twombly au Louvre ?

Un ciel bleu animé de sphères que le musée invite à lire comme des boucliers, des planètes ou des pièces de monnaie, rythmé par des cartouches blancs en réserve portant les noms des principaux sculpteurs de la Grèce antique : Céphisodote, Lysippe, Myron, Phidias, Polyclète, Praxitèle et Scopas. L'œuvre a été financée par la Fondation Janet Wolfson de Botton, avec le soutien de la Gagosian Gallery.

Pourquoi Cy Twombly a-t-il quitté les États-Unis pour l'Italie ?

Le déclencheur est le voyage de 1952 en Italie et en Afrique du Nord, financé par une bourse du Virginia Museum of Fine Arts et effectué avec Robert Rauschenberg. Twombly y cherchait, selon sa demande de bourse, la preuve que « l'art moderne n'est pas disloqué, mais quelque chose qui a des racines, une tradition et une continuité ». Il revient en Italie en 1957 et 1958 et y vivra une partie de chaque année jusqu'à sa mort.

Quels sont les grands cycles peints de Cy Twombly ?

Le Centre Pompidou a construit sa rétrospective autour de trois d'entre eux : « Nine Discourses on Commodus » (1963), « Fifty Days at Iliam » (1978) et « Coronation of Sesostris » (2000). S'y ajoutent « Ferragosto » et « The Italians » (1961), « Thyrsis » (1977), « Quattro Stagioni » (1993-1994) et « Lepanto » (2001), présenté à la 49e Biennale de Venise.

Cy Twombly a-t-il fait autre chose que de la peinture ?

Oui. Il a étudié la photographie au sténopé dès 1951 à Black Mountain College, aux côtés de Robert Rauschenberg et Dorothea Rockburne, et a pratiqué la sculpture : le Musée national d'art moderne conserve « Thermopylae » (1992), bronze patiné de 135,5 × 75 × 70 cm, épreuve 1/3, fondue par la fonderie Clementi à Meudon. La rétrospective parisienne de 2016 mêlait peintures, sculptures, dessins et photographies.

Pourquoi le plafond du Louvre a-t-il fait l'objet d'un litige ?

La rénovation des décors de la salle avait fait naître un différend entre l'Établissement public du musée du Louvre et la Fondation Cy Twombly. Le 10 décembre 2021, les deux parties ont annoncé un accord prévoyant le passage des murs, boiseries et cadres de vitrines à des couleurs plus claires ; la Fondation a alors retiré son action contentieuse, afin que le public retrouve le plafond tel que l'artiste l'avait conçu.