Exposition Paris

Exposition David Hammons

David Hammons, né le 24 juillet 1943 à Springfield dans l’Illinois, est un artiste américain qui a fait du rebut urbain une langue plastique: cheveux ramassés dans les salons de Harlem, os de poulet, bouchons, empreintes de son propre corps sur papier.

Qui est David Hammons ?

Dernier d’une fratrie de dix enfants élevés par une mère seule, David Hammons quitte Springfield pour Los Angeles en 1962.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer David Hammons dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Springfield, puis Los Angeles: une formation à contre-courant

Dernier d’une fratrie de dix enfants élevés par une mère seule, David Hammons quitte Springfield pour Los Angeles en 1962. Il y suit les cours du Los Angeles City College puis du Los Angeles Trade-Technical College, avant de fréquenter le Chouinard Art Institute de 1966 à 1968 et l’Otis Art Institute de 1968 à 1972. C’est le peintre et graveur Charles White qui lui ouvre les portes des cours du soir d’Otis, où il ne fut jamais formellement inscrit; il y croise l’entourage de Bruce Nauman, John Baldessari et Chris Burden. De cette période californienne datent ses premiers body prints, obtenus en enduisant son corps de graisse et en le pressant contre le papier avant de saupoudrer le tracé de pigment.

New York, Harlem et le réseau Just Above Midtown

Hammons gagne New York en 1974 selon sa galerie, la Bourse de Commerce datant plutôt son installation harlémite de 1975. Le quartier devient le terrain d’une pratique d’arpentage: il y glane les matériaux de ses assemblages et y observe la dépossession culturelle d’un territoire dont le jazz fut la langue. Il expose à Just Above Midtown, la galerie fondée par Linda Goode Bryant qui accueille alors Howardena Pindell, Lorraine O’Grady, Adrian Piper, Senga Nengudi ou Lorna Simpson. Le Studio Museum in Harlem l’accueille en résidence d’artiste en 1980-1981; l’institution conserve depuis plusieurs de ses pièces, dont «  Untitled (Mona Lisa) » de 1989, «  Money Tree » de 1992 et «  Too Obvious » de 1996.

Le rebut comme matériau, le calembour comme titre

La Bourse de Commerce résume ainsi sa manière: un «  nuancier de détournements, assemblages, performances, peintures faites d’empreintes de corps et d’objets ». Hammons prélève dans la rue des éléments à forte charge emblématique — bouteilles vides, capsules, os, cheveux — et les fait basculer dans le blanc conceptuel de la salle d’exposition, où leur sens s’éclaire par le titre, construit sur des glissements poétiques et des jeux de mots. Le MoMA range son travail sous les rubriques art conceptuel, objet trouvé, performance, estampe et sculpture, et met en ligne vingt et une de ses œuvres, de «  Pray for America » (1969) à «  Free Nelson Mandela » (1987).

Rome 1989, MacArthur 1991: la reconnaissance sans le marché

Le séjour de Hammons à l’Académie américaine de Rome en 1989 le met au contact de l’Arte povera, dont l’économie de moyens conforte son goût de l’assemblage précaire. Deux ans plus tard, la Fondation MacArthur le distingue dans sa promotion 1991 comme «  sculpteur et artiste d’installation », saluant des sculptures éphémères et des œuvres in situ qui fondent l’expérience urbaine américaine dans des pratiques culturelles africaines. Cette consécration ne le rapproche pas des institutions: il déclare que «  la Biennale du Whitney et la Documenta ont besoin de moi, mais moi je n’ai pas besoin d’elles ».

Day’s End: l’espace public comme atelier

En 2014, Hammons propose lui-même au Whitney Museum un projet pérenne pour la rive de l’Hudson. Achevée en 2021, «  Day’s End » est une structure ouverte en acier qui reprend exactement le tracé, les dimensions et l’emplacement du hangar du Pier 52, sur la pointe sud de la Gansevoort Peninsula, face au musée. L’œuvre cite le geste de Gordon Matta-Clark, qui avait découpé cinq ouvertures dans ce même hangar en 1975 sous le même titre. Le Whitney a accompagné la réalisation d’une exposition de collection, «  Around Day’s End: Downtown New York, 1970-1986 », et de sa première série de podcasts.

La pratique en bref

Médiums: sculpture d’assemblage à partir d’objets trouvés, installation in situ, performance de rue, body print (empreinte corporelle sur papier), estampe et œuvre sur papier, art public pérenne.

Techniques: empreinte du corps enduit de graisse puis saupoudrage de pigment, collecte et recontextualisation de rebuts urbains (cheveux, os de poulet, capsules, bouteilles), détournement d’emblèmes nationaux (drapeau), titre-calembour comme clé de lecture de l’objet, structure d’acier reprenant le gabarit d’un bâtiment disparu.

Motifs récurrents: expérience afro-américaine et racisme ordinaire, dépossession culturelle de Harlem et mémoire du jazz, pauvreté, précarité et liberté qu’elles autorisent, critique du marché de l’art et des institutions, héritage colonial et esclavagiste lu depuis l’architecture, improvisation comme modèle de composition.

2021-2022: la Bourse de Commerce lui consacre son premier grand accrochage européen

Du 22 mai 2021 au 14 mars 2022, la Bourse de Commerce – Pinault Collection réunit près de trente pièces de David Hammons, dont plus de la moitié n’avaient jamais été montrées dans les expositions de la collection. Le musée note que sa stratégie de critique et d’évitement du monde de l’art l’avait jusque-là tenu à l’écart de toute présentation significative en Europe. Le parcours s’ouvre sur «  Oh say can you see » (2017), drapeau américain lacéré et repeint aux couleurs panafricaines, placé en réponse au panorama peint de la coupole, où la partie consacrée à l’Amérique du Nord évoque l’esclavage sous un drapeau américain encore incomplet.

Une cage dans la salle des pas-perdus

L’accrochage parisien se referme sur «  Minimum Security » (2007), installation alors inédite déployée dans l’ancienne salle des pas-perdus de l’édifice. La cage de métal, aux proportions d’une cellule, y dialogue avec la carte du monde de la fin du XIXe siècle figurant les routes commerciales à l’apogée de l’expansion coloniale occidentale, restaurée avec le décor d’origine. La séquence était complétée par des pièces déjà présentées à Venise, au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana, comme «  High Level of Cats » (1998) et «  Central Park West » (1990). L’ensemble appartenait à la saison inaugurale du lieu, ouverte le 21 mai 2021 sous le titre «  Ouverture ».

Rien dans les collections publiques parisiennes

La recherche dans le moteur de collection du Centre Pompidou ne renvoie aucune œuvre de David Hammons; la base des collections de Paris Musées, qui couvre notamment le Musée d’Art moderne de Paris et le Petit Palais, n’en donne pas davantage. À Paris, son nom n’apparaît côté Pompidou que dans la programmation: le documentaire «  The Melt Goes on Forever: The Art & Times of David Hammons » y a été projeté le 27 juin 2024 dans le cadre de Prospectif cinéma, en présence de ses réalisateurs Judd Tully et Harold Crooks. Autrement dit, le seul accès parisien durable à son œuvre passe par une collection privée, celle de François Pinault.

Où voir ses œuvres

Bourse de Commerce – Pinault Collection (Paris) — a consacré à l’artiste un accrochage de près de trente pièces du 22 mai 2021 au 14 mars 2022; conserve plusieurs de ses œuvres, dont «  Oh say can you see » et «  Minimum Security »

Centre Pompidou (Paris) — aucune œuvre de l’artiste dans la collection au 1er août 2026; l’a programmé en 2024 sous la forme d’une projection documentaire

The Museum of Modern Art (New York) — conserve et met en ligne vingt et une œuvres, dont «  Free Nelson Mandela » (1987); un «  Untitled » de 1969 est exposé en galerie 420

The Studio Museum in Harlem (New York) — l’a accueilli en résidence d’artiste en 1980-1981 et conserve «  Untitled (Mona Lisa) », «  Money Tree » et «  Too Obvious »

Hudson River Park, Gansevoort Peninsula (New York) — accueille «  Day’s End » (2014-2021), œuvre publique pérenne réalisée avec le Whitney Museum, face au musée

Repères chronologiques

1943-07-24 — Naissance de David Raymond Hammons à Springfield, dans l’Illinois

1962 — Départ pour Los Angeles, où il entame des études d’art

1968 — Entrée à l’Otis Art Institute, fréquenté jusqu’en 1972 grâce à Charles White

1974 — Installation à New York, à Harlem selon la Bourse de Commerce qui la date de 1975

1980-1981 — Résidence d’artiste au Studio Museum in Harlem, à New York

1983 — Bliz-aard Ball Sale: vente de boules de neige dans la rue, à New York

1987 — Réalisation de «  Free Nelson Mandela », aujourd’hui conservée au MoMA

1989 — Séjour à l’Académie américaine de Rome, marqué par la découverte de l’Arte povera

1991 — Boursier de la Fondation MacArthur, promotion 1991, en arts visuels

2021-05-22 — Ouverture de son accrochage à la Bourse de Commerce – Pinault Collection, à Paris

2021 — Achèvement de «  Day’s End » dans Hudson River Park, face au Whitney Museum

2022-03-14 — Fin de la présentation David Hammons à la Bourse de Commerce, à Paris

2022-10-09 — Ouverture de «  Just Above Midtown: Changing Spaces » au MoMA, où il figure

2024-06-27 — Projection du documentaire qui lui est consacré au Centre Pompidou, à Paris

David Hammons & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier David Hammons à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Peut-on voir une œuvre de David Hammons à Paris aujourd'hui ?

Aucune œuvre de l'artiste n'apparaît dans le moteur de collection du Centre Pompidou ni dans la base de Paris Musées. Le seul ensemble parisien accessible relève de la Collection Pinault, montré à la Bourse de Commerce entre mai 2021 et mars 2022 ; rien n'indique qu'il soit accroché au moment de la rédaction de cette fiche.

Que montrait l'accrochage David Hammons de la Bourse de Commerce ?

Près de trente pièces, des œuvres sur papier de la fin des années 1960 aux installations récentes. Le parcours s'ouvrait sur « Oh say can you see » (2017), drapeau américain lacéré aux couleurs panafricaines, et se refermait sur « Minimum Security » (2007), cage de métal installée dans l'ancienne salle des pas-perdus.

Qu'est-ce qu'un body print chez David Hammons ?

C'est une empreinte obtenue en enduisant le corps de matière grasse puis en le pressant contre une feuille, avant de révéler le tracé par saupoudrage de pigment. Le MoMA conserve plusieurs de ces feuilles, dont un « Body Print » de 1975 et « Pray for America » de 1969, réalisées pendant ses années californiennes.

Pourquoi « Day's End » reprend-elle un titre de Gordon Matta-Clark ?

En 1975, Matta-Clark avait découpé cinq ouvertures dans le hangar du Pier 52, sur l'Hudson, sous le titre « Day's End ». Hammons a proposé au Whitney une structure ouverte qui suit exactement le tracé, les dimensions et l'emplacement de ce hangar disparu : une citation en creux, achevée en 2021, plutôt qu'une reconstruction.

Quelles distinctions David Hammons a-t-il reçues ?

La Fondation MacArthur l'a compté dans sa promotion 1991 de boursiers, au titre des arts visuels en trois dimensions. Il avait auparavant obtenu une bourse Guggenheim et le Prix de Rome, ce séjour romain de 1989 l'ayant mis au contact de l'Arte povera selon la Bourse de Commerce.

Quel rapport David Hammons entretient-il avec les institutions artistiques ?

Un rapport de distance revendiquée : il refuse de commenter sa vie personnelle pour ne pas voir son travail enfermé dans un cadre, et affirme que la Biennale du Whitney et la Documenta ont besoin de lui plus qu'il n'a besoin d'elles. La Bourse de Commerce parle d'une stratégie d'évitement du monde de l'art.