Exposition Paris

Exposition Diego Velázquez

Peintre du roi Philippe IV pendant près de quatre décennies, Diego Velázquez (Séville, 1599 - Madrid, 1660) a fait du portrait de cour un exercice de vérité plutôt que d’apparat.

Qui est Diego Velázquez ?

Velázquez naît à Séville en 1599, dans une ville alors dotée d’une communauté artistique active.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Diego Velázquez dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Séville, l’atelier de Pacheco et les bodegones

Velázquez naît à Séville en 1599, dans une ville alors dotée d’une communauté artistique active. À onze ans, il entre en apprentissage chez Francisco Pacheco, peintre et théoricien le plus considéré de la ville, dont il épouse la fille Juana en 1618; le couple a deux filles en 1621. Il y apprend le dessin, la nature morte et le portrait, et se montre plus réceptif que son maître aux innovations du Caravage. Ses premières années sévillanes mêlent commandes religieuses traditionnelles et bodegones, ces scènes de taverne ou de cuisine où il glisse parfois un épisode sacré à l’arrière-plan.

1623: le roi et le monopole du portrait

En 1623, par l’entremise des relations de son beau-père, Velázquez est appelé à portraiturer le jeune Philippe IV. Le souverain est si satisfait qu’il le nomme aussitôt parmi ses peintres et décide que nul autre ne le représentera désormais. L’installation à la cour de Madrid ouvre au peintre l’accès à la collection royale, où il étudie les Vénitiens, Titien au premier chef. La venue de Rubens à Madrid en 1628, pour une mission diplomatique, noue entre les deux hommes une fréquentation suivie et pèse sur la décision du voyage italien.

Deux voyages en Italie, 1629 et 1649

En 1629, Velázquez obtient l’autorisation de gagner l’Italie pour étudier la peinture italienne et acheter des tableaux pour le roi. La Forge de Vulcain, datée de 1630, appartient à ce séjour et transpose un épisode des Métamorphoses d’Ovide dans un atelier de forgerons interrompus par Apollon. De retour en 1631, il peint le Christ contemplé par l’âme chrétienne, dont la facture déliée trahit l’influence vénitienne. Le second départ, en 1649, est plus long: acquisitions pour la couronne, portraits romains dont celui du pape Innocent X, une liaison et un enfant naturel qui retardent son retour au grand agacement de Philippe IV.

Charges de cour et grands formats de la maturité

Le peintre gravit les échelons de la maison royale: promu gentilhomme de la chambre en 1643, il devient la même année surintendant des travaux du palais, puis se voit confier en 1647 la modernisation du vieil Alcázar. Cette charge administrative ne tarit pas la production: effigies du roi, de la reine, des enfants royaux, mais aussi des bouffons et des nains de la cour. Les Ménines, exécutées en 1656 dans le Cuarto del Príncipe de l’Alcázar, sont l’un de ses plus grands formats; Les Fileuses, entreprises entre 1655 et 1660, furent élargies au XVIIIe siècle par des bandes ajoutées qui ont longtemps brouillé la lecture du sujet.

Une postérité fixée par Palomino

La fortune critique de Velázquez doit beaucoup à Antonio Palomino, dont l’histoire des peintres espagnols publiée en 1724 consacre à Las Meninas une section entière, intitulée «  où l’on décrit l’ouvrage le plus illustre de don Diego Velázquez ». C’est de Palomino que l’on tient la date de 1656, le lieu d’exécution et l’identification de la plupart des figures: les meninas María Agustina Sarmiento et Isabel de Velasco autour de l’infante Marguerite, Mari Bárbola, Nicolasito Pertusato, la duègne Marcela de Ulloa et, dans l’embrasure du fond, le maréchal José Nieto. Depuis, le tableau n’a jamais perdu son statut de chef-d’œuvre.

Économie de moyens: le cas de Pablo de Valladolid

Le portrait de Pablo de Valladolid, peint vers 1635, illustre ce que le Prado décrit comme une restriction volontaire des ressources picturales. Le modèle servait la cour depuis les années 1630 jusqu’à sa mort en 1648 et appartenait aux «  gentes de placer », ces amuseurs qui tenaient un rôle réel dans la structure sociale du palais; sa pose déclamatoire l’a longtemps fait prendre pour un acteur. Velázquez le pose dans un espace indéterminé, sans accessoire ni ligne de sol lisible, avec une palette réduite mais très nuancée: la figure n’existe que par son expression et son geste.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile sur toile.

Techniques: facture déliée d’ascendance vénitienne, adoptée après le premier séjour italien, palette volontairement réduite mais fortement nuancée, figures détachées sur un espace indéterminé, sans accessoire ni ligne de sol lisible, grands formats de composition à figures multiples, reflet dans un miroir employé comme dispositif de composition.

Motifs récurrents: portrait de cour et effigie royale, bouffons et «  gentes de placer » du palais, mythologie ramenée à l’atelier et au travail manuel, bodegones sévillans et scènes de la vie ordinaire, sujets religieux des années sévillanes, nu féminin, resté exceptionnel dans son œuvre.

Un portrait commandé pour le palais du Louvre

Le lien le plus concret entre Velázquez et Paris n’est ni un voyage ni un atelier: c’est une commande. Le Portrait de l’infante Marguerite Thérèse conservé au Département des peintures sous le numéro INV 941 a été commandé en mars 1654 et expédié en octobre de la même année pour être placé dans le cabinet des bains d’Anne d’Autriche, au palais du Louvre. La notice du musée l’identifie très probablement à «  l’infante Marguerite » citée parmi les vingt-quatre tableaux en frise inventoriés par Nicolas Bailly en 1709-1710. L’ensemble resta en place jusqu’au démontage du décor intérieur, et cette toile figure parmi les rares rescapées d’une série dont beaucoup d’effigies furent vendues à la Révolution.

Cinq toiles au Louvre, aucune exposée

La base des collections du Louvre rattache cinq peintures au nom de Velázquez: l’infante Marguerite Thérèse (INV 941, 1654), l’infante Marie-Thérèse (MI 898, 1653-1654), la reine Marie-Anne d’Autriche (RF 1941 31, 1652, huile sur toile de 2,09 m sur 1,25 m), un portrait en buste de l’infante Marguerite associant Velázquez et Juan Carreño de Miranda (MI 900, 1660) et une version en buste de Marie-Anne d’Autriche (MI 1229, 1656-1657). L’honnêteté oblige à préciser deux choses: les attributions actuelles portent la mention «  et atelier de » ou «  atelier de », jamais celle d’une œuvre entièrement autographe, et la base indique pour chacune de ces cinq toiles la mention «  non exposé » à la date de vérification.

Ventes parisiennes, legs La Caze et échange de 1941

Deux de ces tableaux racontent le marché de l’art parisien du XIXe siècle. Le portrait de l’infante Marie-Thérèse quitte le Buen Retiro puis le Palais royal de Madrid, passe entre les mains de Marie-Antoine Didot à Paris, dont la vente après décès a lieu le 30 novembre 1835, puis entre dans le cabinet de Louis Viardot (1800-1883), écrivain et critique d’art, présenté à la vente en 1857 puis en 1863; il rejoint le Louvre par le legs du docteur Louis La Caze en 1869, comme la version en buste MI 1229. Le portrait de la reine Marie-Anne d’Autriche suit un tout autre chemin: conservé au Prado depuis 1827, il entre au Louvre en 1941 par voie d’échange avec les musées espagnols.

2015: la rétrospective des Galeries nationales du Grand Palais

La seule grande manifestation parisienne consacrée au peintre que documentent les notices du Louvre est l’exposition intitulée «  Diego Velázquez », tenue aux Galeries nationales du Grand Palais du 25 mars au 13 juillet 2015. L’historique d’exposition de trois toiles du Département des peintures - l’infante Marguerite Thérèse, l’infante Marie-Thérèse et la reine Marie-Anne d’Autriche - mentionne ce prêt, ce qui atteste à la fois la tenue de l’exposition et la participation du musée. Depuis, ces mêmes notices ne signalent que des prêts à d’autres institutions, à Lens, à Metz, à Athènes ou au Japon.

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre, Département des peintures (Paris) — Conserve cinq peintures rattachées à Velázquez ou à son atelier, dont un portrait d’infante commandé en 1654 pour le cabinet des bains d’Anne d’Autriche au palais du Louvre; toutes portent la mention «  non exposé » dans la base des collections à la date de vérification.

Galeries nationales du Grand Palais (Paris) — Ont accueilli l’exposition «  Diego Velázquez » du 25 mars au 13 juillet 2015, à laquelle le Louvre a prêté trois de ses toiles espagnoles.

Museo Nacional del Prado (Madrid) — Conserve les grandes œuvres de la maturité, dont Les Ménines (salle 012), Les Fileuses (salle 015A), La Forge de Vulcain (salle 011) et Pablo de Valladolid (salle 015).

The National Gallery (Londres) — Présente en salle 19 la Vénus au miroir, seul nu féminin subsistant du peintre, et le Philippe IV en brun et argent.

Repères chronologiques

1599 — Naissance à Séville, ville dotée alors d’une communauté artistique active.

1618 — Mariage avec Juana, fille de son maître Francisco Pacheco, à Séville.

1623 — Portrait du jeune Philippe IV: nomination parmi les peintres du roi et exclusivité de son effigie.

1629 — Premier voyage en Italie, pour étudier la peinture et acheter des tableaux pour la couronne.

1630 — La Forge de Vulcain, peinte pendant le séjour italien, aujourd’hui salle 011 du Prado.

1643 — Promotion comme gentilhomme de la chambre et surintendant des travaux du palais.

1647 — Mise en charge du chantier de modernisation du vieux palais de l’Alcázar de Madrid.

1649 — Second voyage en Italie, portrait du pape Innocent X et retour longtemps différé.

1654 — Portrait de l’infante Marguerite Thérèse commandé en mars et expédié en octobre vers le Louvre.

1656 — Les Ménines, peintes dans le Cuarto del Príncipe de l’Alcázar de Madrid.

1660 — Mort à Madrid, après trente-sept années passées au service de Philippe IV.

1724 — Palomino consacre à Las Meninas une section entière de son histoire des peintres espagnols.

1869 — Legs du docteur Louis La Caze: deux portraits espagnols entrent au musée du Louvre.

1941 — La reine Marie-Anne d’Autriche entre au Louvre par échange avec les musées espagnols.

2015 — Exposition «  Diego Velázquez » aux Galeries nationales du Grand Palais, du 25 mars au 13 juillet.

Galerie

Diego Velázquez & Paris

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Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Peut-on voir un tableau de Velázquez au Louvre aujourd'hui ?

La base des collections du Louvre rattache cinq peintures au nom de Velázquez, mais chacune porte la mention « non exposé » à la date de vérification. Une visite motivée par ces seules toiles risque donc d'être déçue : mieux vaut vérifier la notice de l'œuvre visée avant de se déplacer.

Le Louvre possède-t-il un Velázquez entièrement autographe ?

Les notices du musée sont prudentes : l'attribution actuelle des toiles INV 941 et MI 898 est « Velázquez et atelier de », celle de RF 1941 31 et MI 1229 « atelier de », et MI 900 associe Velázquez à Juan Carreño de Miranda. Aucune n'est donnée comme entièrement de sa main.

Pourquoi un portrait de Velázquez a-t-il été peint pour le palais du Louvre ?

Le Portrait de l'infante Marguerite Thérèse (INV 941) a été commandé en mars 1654 et expédié en octobre 1654 pour prendre place dans le cabinet des bains d'Anne d'Autriche, au palais du Louvre, au sein d'une frise de vingt-quatre tableaux inventoriée au début du XVIIIe siècle par Nicolas Bailly.

Y a-t-il déjà eu une grande exposition Velázquez à Paris ?

Oui. L'historique d'exposition des toiles du Louvre mentionne « Diego Velázquez » aux Galeries nationales du Grand Palais, du 25 mars au 13 juillet 2015, manifestation à laquelle le musée a prêté les portraits des deux infantes et celui de la reine Marie-Anne d'Autriche.

Que sait-on exactement des Ménines et de leur date ?

Le Prado situe l'exécution en 1656, dans le Cuarto del Príncipe de l'Alcázar de Madrid, pièce représentée dans le tableau. Ces informations proviennent d'Antonio Palomino, qui lui consacre en 1724 une section entière de son histoire des peintres espagnols et identifie la plupart des figures.

Velázquez a-t-il voyagé hors d'Espagne ?

Les biographies institutionnelles consultées ne documentent que deux déplacements, tous deux vers l'Italie : en 1629, pour étudier la peinture italienne et acheter des tableaux pour le roi, puis en 1649, séjour prolongé pendant lequel il portraiture le pape Innocent X. Aucune source consultée ne mentionne un voyage en France.