Exposition Paris

Exposition Donald Judd

Donald Judd (1928-1994) a cessé de peindre au début des années 1960 pour fabriquer des objets en trois dimensions en inox, en fer galvanisé, en laiton et en Plexiglas coloré, dont la forme ne renvoie à rien d’autre qu’à elle-même.

Qui est Donald Judd ?

Donald Clarence Judd naît le 3 juin 1928 à Excelsior Springs, dans le Missouri.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Donald Judd dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Du Missouri à Manhattan: philosophie, peinture, critique

Donald Clarence Judd naît le 3 juin 1928 à Excelsior Springs, dans le Missouri. Il sert dans l’armée américaine en Corée de juin 1946 à novembre 1947, puis, de retour aux États-Unis, étudie la philosophie et l’histoire de l’art à l’université Columbia et la peinture à l’Art Students League. Entre 1959 et 1965, il gagne sa vie comme critique d’art, signant souvent plus d’une douzaine de comptes rendus par mois. Cette période de travail alimentaire lui fait examiner en détail le travail de plus de cinq cents artistes exposant à New York, matière première de sa propre réflexion.

1965: les «  specific objects » et la sortie de la peinture

Judd reste peintre jusqu’au début des années 1960, moment où il commence à réaliser des travaux en trois dimensions qui déplacent l’idée même d’œuvre d’art. Son texte «  Specific Objects », publié en 1965 dans l’annuaire Arts Yearbook 8, sert de manifeste à ce basculement. C’est juste après sa parution, note le Centre Pompidou, que Judd réalise sa première «  pile »: des éléments identiques accrochés au mur à intervalles égaux, en nombre pair pour qu’aucun ne se trouve en position centrale. La forme est rudimentaire, mais l’expérience perceptive change selon l’angle de vision du spectateur.

Le 101 Spring Street et l’installation permanente

En 1968, le Whitney Museum of American Art consacre à Judd la première grande exposition muséale de ses travaux en trois dimensions. La même année, il achète le 101 Spring Street, un immeuble new-yorkais de cinq étages à ossature de fonte, où il élabore son idée d’installation permanente: la place assignée à une œuvre est aussi déterminante pour sa compréhension que l’œuvre elle-même. Le bâtiment devient une plateforme où ses pièces sont exposées à demeure aux côtés de celles de ses contemporains, et non accrochées le temps d’une exposition.

Marfa, la Chinati Foundation et l’échelle du désert

À partir de 1973, Judd achète des propriétés à Marfa, au Texas, où il continue d’installer durablement son travail et celui d’autres artistes jusqu’à sa mort en 1994. En 1986 il y fonde la Chinati Foundation, sur 340 acres de l’ancien fort D. A. Russell, pour réunir art, architecture et paysage en un ensemble cohérent et permettre à un petit groupe d’artistes de présenter leur travail selon leurs propres intentions; le musée indépendant ouvre au public en 1987. Il y installe notamment quinze œuvres en béton coulées sur place entre 1980 et 1984, puis cent œuvres en aluminium brut entre 1982 et 1986.

Écrire, meubler, bâtir: une pratique élargie

Interrogé en 1975 sur les raisons de son activité critique, Judd répondait avoir écrit «  comme un mercenaire » — un bon travail à temps partiel, sans horaires imposés. La formule masque un engagement continu: il n’a jamais cessé de formuler et de défendre des jugements sur l’art. Au début des années 1970 il dessine ses premiers meubles pour le 101 Spring Street, un lit en bois et des éviers en métal, puis reprend cette activité en 1977 par nécessité, pour sa résidence de Marfa. En 1984, il dispose d’un répertoire de meubles en bois et en métal et présente sa première exposition de mobilier métallique chez Max Protetch à New York.

La pratique en bref

Médiums: acier inoxydable, aluminium brut, fer galvanisé, laiton doré et poli, Plexiglas coloré (rouge, vert, rose orangé fluorescent), aluminium peint, béton coulé sur site, peinture (jusqu’au début des années 1960), estampe et gravure sur bois, mobilier en bois et en métal, architecture et aménagement de bâtiments.

Techniques: fabrication industrielle sous-traitée (la Lippincott Company, dans le Connecticut, réalise les cent pièces en aluminium de Marfa), sérialité: éléments de dimensions extérieures identiques dont l’intérieur seul varie, empilement mural en nombre pair, sans élément central, assemblage au sol d’éléments vissés, assemblage de plaques par câbles et tendeurs, installation permanente: adaptation du bâtiment à l’œuvre (murs de fenêtrès continues, voûte en fer galvanisé doublant la hauteur des hangars d’artillerie).

Motifs récurrents: le matériau, l’espace et la couleur comme aspects premiers de l’art visuel, le refus du sens symbolique et de l’étiquette «  minimaliste », l’intégration du spectateur et de sa position dans l’espace, l’installation permanente contre l’exposition temporaire, la préservation des terres, la connaissance empirique et la citoyenneté active.

Quatre œuvres au Musée national d’art moderne

Le Centre Pompidou conserve quatre pièces de Judd. Stack (Pile), 1972, en acier inoxydable et Plexiglas rouge (483 × 102 × 79 cm, chaque élément 23 × 102 × 79 cm), a été acheté par l’État en 1973 puis attribué au musée en 1980 (AM 1980-412). Deux acquisitions de 1987 complètent l’ensemble: un Sans titre de 1965, trois plaques de Plexiglas fluorescent rose orangé assemblées à deux plaques d’inox par câbles et tendeurs (AM 1987-939), et un Sans titre de 1974-1975 en fer galvanisé, huit éléments vissés posés au sol (AM 1987-940).

Un don de Leo Castelli à la collection parisienne

La quatrième pièce, un Sans titre de 1978 en laiton doré et poli avec Plexiglas vert sur plaque de fond en aluminium peint (91 × 152,5 × 152,3 cm), est entrée dans la collection en 1992 par un don de Leo Castelli — le galeriste new-yorkais qui exposa Judd dès les années 1960 — et de la Georges Pompidou Art and Culture Foundation (AM 1992-17). La notice du musée signale que cette œuvre se trouve actuellement en dépôt au Centre Pompidou Málaga, en Espagne: sa présence à Paris n’est donc pas acquise à la date de rédaction.

Voir Judd à Paris aujourd’hui: une fenêtre fermée

Le bâtiment du Centre Pompidou est fermé pour un chantier de rénovation: le musée annonce «  De 2025 à 2030, retrouvez-nous ici » et redirige son public vers des étapes hors les murs, à Toulon ou à Deauville notamment. Les quatre Judd de la collection nationale ne sont donc pas visibles à Paris pendant cette période. Côté galeries, la Galerie Thaddaeus Ropac, qui dispose de deux espaces parisiens au Marais et à Pantin, représente la Donald Judd Foundation, sans exposition consacrée à l’artiste à l’affiche à Paris à la date de vérification.

Antériorité parisienne: une rétrospective et une édition française

Selon la notice biographique publiée par la galerie David Zwirner, un panorama itinérant intitulé «  Donald Judd: Sculptures 1965-1987 » a été présenté en 1987-1988 au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris; cette information provient d’une source de galerie et mérite confirmation par les archives de l’institution. Paris est par ailleurs le lieu d’édition de ses écrits en français: Écrits 1963-1990 paraît chez Daniel Lelong Éditeur en 1991, du vivant de l’artiste.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve quatre œuvres de Judd (AM 1980-412, AM 1987-939, AM 1987-940, AM 1992-17); bâtiment fermé pour rénovation de 2025 à 2030.

The Chinati Foundation (Marfa, Texas) — Musée indépendant fondé par Judd en 1986 sur l’ancien fort D. A. Russell, ouvert au public en 1987; abrite ses cent œuvres en aluminium brut et ses quinze œuvres en béton.

Judd Foundation — 101 Spring Street (New York) — Immeuble de cinq étages à ossature de fonte acheté par Judd en 1968, laboratoire de son idée d’installation permanente, préservé par la fondation dont il pose les principes en 1977.

Walker Art Center (Minneapolis) — A présenté la rétrospective «  The Essential Donald Judd » du 12 août 2001 au 31 mars 2002.

Galerie Thaddaeus Ropac (Paris (Marais et Pantin)) — Représente la Donald Judd Foundation et dispose de deux espaces parisiens; aucune exposition Judd à l’affiche à Paris à la date de vérification.

Repères chronologiques

1928-06-03 — Naissance de Donald Clarence Judd à Excelsior Springs, dans le Missouri.

1946-1947 — Service dans l’armée américaine en Corée, de juin 1946 à novembre 1947.

1959-1965 — Travaille comme critique d’art, avec souvent plus d’une douzaine de comptes rendus par mois.

1964 — Premières expositions personnelles marquantes à la Green Gallery, à New York.

1965 — Publication de «  Specific Objects » dans Arts Yearbook 8 et réalisation de la première «  pile ».

1968 — Première grande exposition muséale au Whitney Museum et achat du 101 Spring Street à New York.

1973 — Début des achats de propriétés à Marfa; l’État français acquiert Stack (Pile) de 1972.

1975 — Catalogue raisonné des peintures, objets et gravures 1960-1974 publié par la National Gallery of Canada.

1977 — Judd formule les principes fondateurs de la Judd Foundation, vouée à préserver ses espaces.

1980-1984 — Coulage et assemblage sur site des quinze œuvres en béton, le long de la limite du terrain de Chinati.

1982-1986 — Installation des cent œuvres en aluminium brut dans les deux hangars d’artillerie de Marfa.

1986 — Fondation de la Chinati Foundation sur 340 acres de l’ancien fort D. A. Russell, à Marfa.

1987 — Ouverture au public de la Chinati Foundation comme musée indépendant à but non lucratif.

1987 — Le Musée national d’art moderne acquiert deux pièces, AM 1987-939 et AM 1987-940.

1991 — Parution à Paris de Écrits 1963-1990 chez Daniel Lelong Éditeur, du vivant de l’artiste.

1992 — Don par Leo Castelli d’un Sans titre de 1978 au Musée national d’art moderne (AM 1992-17).

1994-02-12 — Mort de Donald Judd à Manhattan, d’un lymphome, selon la notice encyclopédique de référence.

2001-2002 — Rétrospective «  The Essential Donald Judd » au Walker Art Center, de août 2001 à mars 2002.

Donald Judd & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Donald Judd à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Donald Judd refusait-il d'être appelé « minimaliste » ?

Parce que la catégorie « art minimal » charge son travail d'un sens symbolique dont il cherchait précisément à se défaire. Sa galerie rappelle qu'il s'opposait fermement à cette étiquette : pour lui, l'investigation des configurations spatiales et des formes géométriques n'était pas un style, mais un moyen d'écarter la signification au profit des qualités du matériau lui-même.

Qu'appelle-t-on les « specific objects » de Donald Judd ?

Le terme vient de son texte « Specific Objects », publié en 1965 dans Arts Yearbook 8, qui tient lieu de manifeste au moment où il abandonne la peinture pour la troisième dimension. Le Centre Pompidou situe juste après cette parution la réalisation de sa première « pile » : des éléments identiques accrochés au mur à égale distance, en nombre pair, pour qu'aucun n'occupe la position centrale.

Peut-on voir une œuvre de Donald Judd à Paris ?

Le Musée national d'art moderne en conserve quatre : Stack (Pile) de 1972, un Sans titre de 1965, un Sans titre de 1974-1975 et un Sans titre de 1978. Mais le bâtiment du Centre Pompidou est fermé pour rénovation de 2025 à 2030, et la pièce de 1978 est signalée en dépôt au Centre Pompidou Málaga : aucune de ces œuvres n'est actuellement accessible à Paris.

Pourquoi Donald Judd s'est-il installé à Marfa, au Texas ?

Il y achète des propriétés à partir de 1973 pour y installer durablement son travail et celui d'autres artistes, prolongeant ce qu'il avait engagé au 101 Spring Street. En 1986 il y fonde la Chinati Foundation sur 340 acres de l'ancien fort D. A. Russell, avec l'ambition affichée de réunir art, architecture et paysage en un tout cohérent ; le musée ouvre au public en 1987.

Donald Judd fabriquait-il ses œuvres de ses mains ?

Non : la production était confiée à l'industrie, ce qui ne retirait rien à son attention aux matériaux. Les cent œuvres en aluminium brut de Marfa ont été fabriquées par la Lippincott Company, dans le Connecticut, et installées sur quatre ans, de 1982 à 1986, avec un financement de la Dia Art Foundation ; les quinze œuvres en béton, elles, ont été coulées et assemblées sur place.

Que représentent les hangars d'artillerie de la Chinati Foundation ?

Ce sont deux anciens bâtiments militaires que Judd a réaménagés pour accueillir ses cent œuvres en aluminium : il a remplacé les portes de garage délabrées par de longs murs de fenêtrès continues qui inondent les salles de lumière, et ajouté une voûte en fer galvanisé au-dessus du toit plat d'origine, doublant ainsi la hauteur des espaces.