Exposition Paris

Exposition Dora Maar

Dora Maar (1907-1997), de son vrai nom Henriette Théodora Markovitch, est l’une des très rares femmes photographes à avoir participé activement au surréalisme, par ses photographies pures comme «  Portrait d’Ubu » et ses photomontages comme «  Le Simulateur ».

Qui est Dora Maar ?

Née en 1907 à Paris dans un milieu bourgeois, d’un père croate architecte et d’une mère française, Henriette Théodora Markovitch passe son enfance entre la France et l’Argentine, où son père travaille.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Dora Maar dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une enfance entre deux continents, une formation parisienne

Née en 1907 à Paris dans un milieu bourgeois, d’un père croate architecte et d’une mère française, Henriette Théodora Markovitch passe son enfance entre la France et l’Argentine, où son père travaille. Elle s’installe définitivement en France en 1920 et s’inscrit en 1923 à l’École des arts appliqués pour femmes, dite «  Comité des dames », dépendant de l’Union centrale des arts décoratifs. Elle suit des cours de peinture à l’Académie Julian puis auprès d’André Lhote, avant de compléter sa formation à l’École photographique de la ville de Paris. Cette double éducation — le pinceau et la chambre — explique la circulation constante, tout au long de sa vie, entre les deux médiums.

Le studio Kéfer-Dora Maar: la commande comme laboratoire

En 1931, elle reçoit ses premières commandes et ouvre un studio photographique avec le décorateur de cinéma Pierre Kéfer, à Neuilly-sur-Seine. Portraits, images publicitaires et photographies de mode y sont signés «  Kéfer-Dora Maar », alors qu’elle en est le plus souvent la seule autrice; la collaboration dure quatre ans et les deux associés publient dans de nombreux magazines. C’est dans ce studio de mode, à la chambre photographique, qu’elle réalise en 1934 le photomontage «  Main-coquillage ». Le travail commercial pour la mode et l’industrie de la beauté lui donne l’occasion de se familiariser avec le photomontage traditionnel de la presse illustrée, notamment pour «  Bravo: Le mensuel de Paris » ou «  Le Figaro illustré ».

Le 29, rue d’Astorg et le cercle surréaliste

En 1935, elle ouvre son propre studio au 29, rue d’Astorg, à Paris. Elle poursuit ses travaux de commande tout en se rapprochant du groupe surréaliste, qu’elle a rejoint en 1933 et dont elle partage l’engagement. À côté du studio, elle pratique la photographie de rue et photographie les laissés-pour-compte à Barcelone, à Paris et à Londres. Dans une veine chère aux surréalistes, elle se livre au hasard objectif et explore l’étrangeté du quotidien — la rue, les vitrines, les foires. Elle est l’une des seules photographes à participer aux expositions surréalistes, et l’une des rares femmes du groupe à y garder son indépendance, liée d’amitié avec Paul et Nusch Éluard, André Breton et Jacqueline Lamba, Georges Hugnet, Lise Deharme et Léonor Fini, dont elle fait plusieurs portraits.

Une photographe engagée dans les années 1930

Dans un climat politique européen de plus en plus tendu, Dora Maar signe de son nom de nombreux manifestes de gauche — un geste radical pour une femme à cette date, souligne la Tate Modern. Son antifascisme n’est pas une note biographique annexe: le Musée national Picasso-Paris rappelle que son engagement fut déterminant dans la naissance de «  Guernica », œuvre politique dont elle documenta la genèse. Ses projets documentaires sociaux, menés en parallèle de ses commandes de mode et de publicité, tiennent d’ailleurs la même ligne: regarder ceux que la ville laisse de côté, à Barcelone comme à Londres.

Printemps 1937: la photographe des «  métamorphoses » de Guernica

À l’hiver 1935-1936, Dora Maar rencontre Pablo Picasso; c’est elle qui, la première, fait son portrait dans son studio et l’initie à des expérimentations en chambre noire. Au printemps 1937, elle documente le processus de création de «  Guernica » dans l’atelier des Grands-Augustins. Elle signe en exclusivité, pour le compte de Christian Zervos, les clichés des différents états successifs de la toile. De cette relation, qui dure près de huit ans, naît aussi une œuvre à quatre mains: la série des plaques de verre peintes tirées sur papier photosensible. Devenue le sujet de plusieurs dizaines de toiles de Picasso, elle le peint à son tour, opérant ainsi son virage vers la peinture.

Après-guerre: la peinture, Ménerbes et le retrait

À partir de 1945, Dora Maar partage sa vie entre Paris et Ménerbes, village du Luberon. Le délitement de sa relation avec Picasso, la mort de sa mère puis celle de son amie intime Nusch Éluard l’entraînent dans une grave dépression, dont la religion catholique lui offre un apaisement durable. Sur le plan artistique, elle travaille le paysage puis se tourne vers une abstraction gestuelle dans la seconde moitié des années 1950. Retirée de la photographie pendant ses années de maturité, elle trouve un aliment dans la poésie, la religion et la philosophie, et ne revient à sa chambre noire qu’une fois septuagénaire.

2019: la plus grande rétrospective jamais organisée

Il faut attendre 2019 pour qu’un musée français consacre à Dora Maar une rétrospective d’ensemble. Du 5 juin au 29 juillet 2019, le Centre Pompidou réunit plus de cinq cents œuvres et documents, sous le commissariat de Karolina Ziębińska-Lewandowska et Damarice Amao. L’exposition est coproduite avec le J. Paul Getty Museum de Los Angeles et présentée en collaboration avec la Tate Modern, où elle est reprise du 20 novembre 2019 au 15 mars 2020 comme «  la rétrospective la plus complète jamais consacrée à Dora Maar ». Le parti pris est explicite: montrer une artiste accomplie et une intellectuelle libre, bien au-delà du rôle de modèle auquel sa liaison avec Picasso la réduit trop souvent.

La pratique en bref

Médiums: photographie argentique (chambre photographique), photomontage, tirage et expérimentations de chambre noire, peinture à l’huile, photogramme (retour tardif à la chambre noire).

Techniques: photomontage sans raccord, composé en studio, surexposition et jeux de lumière contrastée, photographie de commande en studio (mode, publicité, nu), prise de vue documentaire dans la rue, plaques de verre peintes tirées sur papier photosensible (avec Picasso), peinture de paysage puis abstraction gestuelle.

Motifs récurrents: étrangeté du quotidien et hasard objectif, vitrines, foires et rues de la ville, corps et mains isolés, mannequins, portrait des pairs surréalistes, documentation du travail de l’atelier, paysage et introspection d’après-guerre.

Paris, ville natale et ville d’apprentissage

Le Centre Pompidou situe à Paris la naissance de Dora Maar en 1907 comme sa mort en 1997. Entre les deux, sa formation est entièrement parisienne: École des arts appliqués pour femmes dépendant de l’Union centrale des arts décoratifs à partir de 1923, cours de peinture à l’Académie Julian puis chez André Lhote, enfin École photographique de la ville de Paris. Le Musée national Picasso-Paris ajoute qu’elle fait ses débuts expérimentaux en 1930 dans le même laboratoire que Brassaï, à Montparnasse: c’est bien dans les ateliers, écoles et laboratoires parisiens que se construit sa double compétence de peintre et de photographe.

Deux adresses de travail: Neuilly-sur-Seine, puis le 29, rue d’Astorg

Sa géographie professionnelle tient à deux studios. Le premier, ouvert en 1931 avec le décorateur de cinéma Pierre Kéfer, est installé à Neuilly-sur-Seine; on y croise, selon le Centre Pompidou, les plus grands mannequins parisiens de l’époque, et les images qui en sortent sont signées «  Kéfer-Dora Maar ». Le second, ouvert en 1935, est le sien: 29, rue d’Astorg, à Paris. L’adresse a donné son titre à l’un de ses photomontages les plus énigmatiques, «  29 rue d’Astorg », conservé au Musée national Picasso-Paris sous le numéro MP3623.

L’atelier des Grands-Augustins, printemps 1937

L’épisode parisien le plus décisif de sa carrière se joue dans l’atelier de la rue des Grands-Augustins, où Picasso peint «  Guernica » entre avril et juin 1937. Dora Maar y photographie les états successifs de la toile pour Christian Zervos; le Musée national Picasso-Paris conserve plusieurs de ces clichés, dont l’«  état II » (APPH1368) et une vue de Picasso sur un escabeau devant la toile (MP1998-269). Le musée désigne cet atelier parisien comme le lieu de création de l’œuvre et fait de Dora Maar l’un des deux témoins dont la voix porte aujourd’hui le récit de «  Guernica ».

Paris comme sujet, et où voir ses œuvres aujourd’hui

Paris n’est pas seulement son lieu de vie: c’est un motif. Elle y pratique la photographie de rue et photographie les laissés-pour-compte, les vitrines et les foires; le Musée national Picasso-Paris conserve d’elle une vue du Bateau-Lavoir, rue Ravignan, prise vers 1935 (APPH2857). Ses œuvres sont aujourd’hui réparties entre deux collections publiques parisiennes: le Centre Pompidou, qui possède notamment «  Picasso en Minotaure, Mougins » (1937) et «  Portrait de Jacqueline Lamba avec chandelier » (vers 1934), et le Musée national Picasso-Paris, installé à l’hôtel Salé et ouvert du mardi au dimanche.

Où voir ses œuvres

Musée national Picasso-Paris (hôtel Salé) (Paris) — Conserve ses photographies des états successifs de «  Guernica » (APPH1368, MP1998-269), le photomontage «  29 rue d’Astorg » (MP3623) et une vue du Bateau-Lavoir (APPH2857); présente jusqu’au 6 septembre 2026 l’expérience «  Les métamorphoses de Guernica » où sa voix est l’un des deux fils du récit.

Centre Pompidou (Paris) — Conserve un ensemble de ses photographies («  Picasso en Minotaure, Mougins », 1937; «  Portrait de Jacqueline Lamba avec chandelier », vers 1934; «  À Ménerbes, en Provence », vers 1939) et lui a consacré en 2019 la plus grande rétrospective jamais organisée en France.

Tate Modern (Londres) — A repris la rétrospective du 20 novembre 2019 au 15 mars 2020, en collaboration avec le Centre Pompidou.

The Museum of Modern Art (New York) — Conserve onze œuvres en ligne de Dora Maar, dont «  Mannequin in Window » et des planches de «  Sol de la Montagne » (1956).

J. Paul Getty Museum (Los Angeles) — Coproducteur de la rétrospective de 2019 organisée par le Centre Pompidou.

Repères chronologiques

1907 — Naissance à Paris d’Henriette Théodora Markovitch, d’un père croate architecte et d’une mère française.

1920 — Installation définitive en France après une enfance partagée entre la France et l’Argentine.

1923 — Inscription à l’École des arts appliqués pour femmes, dite «  Comité des dames », à Paris.

1931 — Premières commandes et ouverture d’un studio photographique avec Pierre Kéfer à Neuilly-sur-Seine.

1933 — Elle rejoint le groupe surréaliste, dont elle partage l’engagement politique et artistique.

1934 — Réalisation du photomontage «  Main-coquillage » à la chambre, dans le studio de mode partagé avec Kéfer.

1935 — Ouverture de son propre studio au 29, rue d’Astorg, à Paris.

1935-1936 — Rencontre avec Pablo Picasso; elle réalise son portrait et l’initie aux expérimentations de chambre noire.

1937 — Au printemps, elle photographie les états successifs de «  Guernica » dans l’atelier des Grands-Augustins.

1945 — Elle partage désormais sa vie entre Paris et Ménerbes, dans le Luberon, et se consacre à la peinture.

1997 — Mort à Paris, après une vie entière consacrée à la peinture depuis son virage des années 1940.

2019-06-05 — Ouverture au Centre Pompidou de la plus grande rétrospective Dora Maar jamais organisée en France.

2019-11-20 — Reprise de la rétrospective à la Tate Modern de Londres, jusqu’au 15 mars 2020.

2026-04-08 — Le Musée national Picasso-Paris présente «  Les métamorphoses de Guernica », dont elle est l’une des deux voix.

Dora Maar & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Dora Maar à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Quel est le vrai nom de Dora Maar ?

Dora Maar est le nom d'artiste d'Henriette Théodora Markovitch, née à Paris en 1907 d'un père croate architecte et d'une mère française. Le Centre Pompidou l'identifie sous cette double appellation dans sa notice de collection, et une partie de sa production commerciale des années 1931-1935 est signée « Kéfer-Dora Maar », du nom du studio partagé avec Pierre Kéfer.

Pourquoi Dora Maar a-t-elle photographié « Guernica » ?

Au printemps 1937, elle documente dans l'atelier des Grands-Augustins le processus de création de la toile, et signe en exclusivité les clichés de ses différents états pour le compte de Christian Zervos. Le Musée national Picasso-Paris conserve plusieurs de ces photographies et rappelle qu'elle fut le témoin privilégié de ce processus, son propre engagement antifasciste ayant été déterminant dans la naissance de l'œuvre.

Où se trouvait le studio parisien de Dora Maar ?

Elle ouvre d'abord en 1931 un studio à Neuilly-sur-Seine avec le décorateur de cinéma Pierre Kéfer, où sont réalisées ses photographies de mode et de publicité pendant quatre ans. En 1935, elle ouvre son propre studio au 29, rue d'Astorg, à Paris — adresse qui donnera son titre à l'un de ses photomontages les plus énigmatiques, conservé au Musée national Picasso-Paris.

Dora Maar était-elle vraiment une artiste surréaliste, ou seulement la compagne de Picasso ?

Le Centre Pompidou la décrit comme l'une des rares femmes et l'une des seules photographes à participer activement au surréalisme, par ses photographies pures comme « Portrait d'Ubu » et ses photomontages comme « Le Simulateur ». Elle rejoint le groupe en 1933, soit avant sa rencontre avec Picasso, située à l'hiver 1935-1936, et expose dans plusieurs galeries parisiennes et étrangères.

Pourquoi Dora Maar a-t-elle abandonné la photographie pour la peinture ?

Sa rencontre avec Picasso, qui l'encourage à peindre, la conduit progressivement vers ce médium qu'elle ne quittera plus jusqu'à sa mort en 1997. Après 1945, elle travaille le paysage puis une abstraction gestuelle dans la seconde moitié des années 1950. La Tate Modern précise qu'elle se retire de la photographie durant ses années de maturité et ne revient à sa chambre noire qu'une fois septuagénaire.

Quelle est l'œuvre la plus emblématique de Dora Maar ?

Le Centre Pompidou désigne « Main-coquillage », photomontage sans titre de 1934, comme l'un de ses plus emblématiques : une main gauche de mannequin, surexposée, sort d'une conque enroulée et s'enfonce dans le sable, sur fond de ciel d'orage. Réalisé à la chambre dans le studio de mode partagé avec Pierre Kéfer, il mesure 40,1 × 28,9 cm.