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Cette page sert surtout à situer Dorothea Lange dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Dorothea Lange (Hoboken, 1895 – San Francisco, 1965) a fait de l’appareil photographique un instrument d’enquête sociale.
Née Dorothea Nutzhorn à Hoboken, dans le New Jersey, le 26 mai 1895, elle est marquée dans l’enfance par deux événements: une poliomyélite qui lui laisse une claudication définitive et la séparation de ses parents.
Cette page sert surtout à situer Dorothea Lange dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Née Dorothea Nutzhorn à Hoboken, dans le New Jersey, le 26 mai 1895, elle est marquée dans l’enfance par deux événements: une poliomyélite qui lui laisse une claudication définitive et la séparation de ses parents. Elle abandonne l’école normale et apprend la photographie auprès de praticiens new-yorkais, notamment Arnold Genthe et Clarence H. White, ce dernier enseignant à l’université Columbia et membre du groupe Photo-Secession animé par Alfred Stieglitz. En 1918, un tour du monde interrompu la fixe à San Francisco: elle prend le nom de jeune fille de sa mère, Lange, entre au San Francisco Camera Club et ouvre bientôt son propre studio, qu’elle transforme en salon et qui fait d’elle la portraitiste la plus recherchée de la ville.
Au début des années 1930, la misère qui gagne San Francisco entre dans le champ de vision de Lange depuis les fenêtrès de son studio de portraitiste. Elle sort dans la rue avec son appareil et photographie les victimes de la crise: « White Angel Breadline », réalisée en 1933 devant une soupe populaire, est reconnue immédiatement et bascule sa carrière du côté documentaire. Ce sont ces images qui lui valent en 1935 une commande de la Resettlement Administration, alors dirigée par Roy Stryker pour sa section historique. Elle abandonne dès lors la clientèle fortunée pour les dépossédés, et son travail contribue à faire connaître les conditions de vie des ruraux pauvres américains.
Le programme photographique fédéral auquel Lange contribue constitue, entre 1935 et 1944, un vaste relevé de la vie américaine. Piloté pour l’essentiel par Roy E. Stryker, il passe successivement sous la tutelle de la Resettlement Administration (1935-1937), de la Farm Security Administration (1937-1942) puis de l’Office of War Information (1942-1944); les négatifs noir et blanc sont aujourd’hui conservés à la Library of Congress. C’est dans ce cadre que Lange sillonne la Californie et le Sud-Ouest, accompagnée de notes de terrain et de légendes détaillées qui font partie intégrante de sa méthode. Avec l’économiste Paul Schuster Taylor, qu’elle épouse après sa séparation d’avec le peintre Maynard Dixon, elle cosigne en 1939 « An American Exodus: A Record of Human Erosion ».
Au printemps 1942, alors que les Américains d’origine japonaise sont contraints de quitter maisons et commerces, Lange photographie le processus d’exclusion en circulant entre Fresno et Sacramento. Elle travaille comme « photographe » pour la War Relocation Authority, parcourt le nord de la Californie, documente des quartiers à la veille des départs, plusieurs centres de rassemblement et le camp d’incarcération de Manzanar. Ces images, longtemps peu diffusées, sont désormais largement accessibles via les archives nationales américaines et ont fait l’objet de nombreuses analyses savantes. Elles constituent, avec le reportage de la Dépression, l’un des deux grands corpus politiques de son œuvre.
Après 1945, Lange élargit son territoire: ses projets tardifs portent sur le déplacement de communautés entières, sur la justice pénale urbaine et sur la vie rurale en Europe, en Asie et en Afrique — le fonds du MoMA conserve par exemple « Hand, Indonesian Dancer, Java » (1958). En 1952 est fondée Aperture, publication à but non lucratif créée pour porter une « pensée créative, exprimée de façon significative par les mots et les photographies ». Atteinte d’un cancer, Lange meurt à San Francisco le 11 octobre 1965, à soixante-dix ans, quelques mois avant la rétrospective que lui consacre le Museum of Modern Art de New York en 1966, organisée par le jeune conservateur John Szarkowski.
Médiums: photographie argentique noir et blanc, tirage gélatino-argentique, livre photographique.
Techniques: chambre Graflex sur film 4 × 5 pouces pour les prises de vue de terrain de 1936, série d’expositions successives sur un même sujet, en se rapprochant progressivement, notes de terrain et légendes documentaires associées aux négatifs, planches contact et sélection en collaboration avec l’agence commanditaire.
Motifs récurrents: pauvreté rurale et migrations intérieures pendant la Grande Dépression, travail agricole et érosion humaine, exclusion et incarcération des Américains d’origine japonaise, déplacement de communautés et disparition de villages, dignité des personnes photographiées face à la détresse.
Du 16 octobre 2018 au 27 janvier 2019, le Jeu de Paume consacre à Dorothea Lange l’exposition « Politiques du visible », articulée en cinq ensembles distincts et réunissant plus d’une centaine de tirages vintage réalisés entre 1933 et 1957, dont certains n’avaient jamais été montrés en France. Les tirages proviennent pour l’essentiel de l’Oakland Museum of California, où sont conservées les archives léguées par Paul Schuster Taylor et sa famille. Le parcours, complété de souvenirs personnels, de planches contact inédites, de notes de terrain, d’objets historiques et de vidéos, aborde son travail sous l’angle du militantisme social et politique, de la Grande Dépression à l’Amérique de l’après-guerre. Pia Viewing, commissaire, en assurait la visite le 18 décembre 2018 dans le cadre des mardis jeunes.
Dorothea Lange est de nouveau visible à Paris dans l’exposition collective « L’Espace entre nous. Dans la collection du Wilson Centre for Photography », présentée par LE BAL du 19 juin 2026 au 3 janvier 2027 à l’occasion du bicentenaire de la naissance de la photographie. Le dossier de l’exposition reproduit une image de Lange datée de 1938, sans titre, montrant la main et le chapeau d’un travailleur, créditée « The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California, City of Oakland. Gift of Paul S. Taylor », en provenance du Wilson Centre for Photography. Le voisinage y est celui d’auteurs comme John Gutmann, Shōji Ueda ou Tomoko Sawada, dans un ensemble consacré aux représentations photographiques du genre humain.
LE BAL (Paris) — Présente actuellement un tirage de Dorothea Lange dans l’exposition collective « L’Espace entre nous » (19 juin 2026 – 3 janvier 2027).
Jeu de Paume (Paris) — A consacré à Dorothea Lange la rétrospective « Politiques du visible » du 16 octobre 2018 au 27 janvier 2019, avec plus d’une centaine de tirages vintage.
Oakland Museum of California (Oakland) — Conserve l’archive personnelle de Lange donnée par Paul S. Taylor: plus de 40 000 négatifs originaux, 6 000 tirages vintage, notes de terrain et correspondance.
Library of Congress, Prints & Photographs Division (Washington) — Conserve les négatifs noir et blanc du programme fédéral FSA/OWI (1935-1944), dont la série de Nipomo de mars 1936.
The Museum of Modern Art (New York) — Conserve 470 œuvres de Lange en ligne et lui a consacré une rétrospective en 1966 puis « Words & Pictures » du 9 février au 19 septembre 2020.
1895-05-26 — Naissance de Dorothea Nutzhorn à Hoboken, dans le New Jersey.
1918 — Installation à San Francisco: elle prend le nom de Lange et ouvre bientôt son studio de portrait.
1933 — « White Angel Breadline »: la misère de la Grande Dépression fait basculer sa pratique vers le documentaire.
1935 — Commande de la Resettlement Administration: elle rejoint le programme photographique dirigé par Roy Stryker.
1936-03 — Série de Nipomo, en Californie: cinq expositions de Florence Owens Thompson, dont « Migrant Mother ».
1939 — Publication d’« An American Exodus: A Record of Human Erosion », cosigné avec Paul Schuster Taylor.
1942 — Elle photographie pour la War Relocation Authority l’exclusion des Américains d’origine japonaise.
1952 — Fondation d’Aperture, publication non lucrative consacrée aux mots et aux photographies.
1965-10-11 — Mort de Dorothea Lange à San Francisco, à l’âge de soixante-dix ans, des suites d’un cancer.
1966 — Rétrospective au Museum of Modern Art de New York, organisée par John Szarkowski.
2018-10-16 — Ouverture au Jeu de Paume, à Paris, de l’exposition « Politiques du visible » (jusqu’au 27 janvier 2019).
2026-06-19 — Un tirage de 1938 entre dans « L’Espace entre nous », au BAL, à Paris, jusqu’au 3 janvier 2027.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Dorothea Lange à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Il s'agit de Florence Owens Thompson, photographiée avec ses enfants en mars 1936 à Nipomo, en Californie, dans un campement de cueilleurs de pois. Lange achevait un mois de reportage sur la main-d'œuvre agricole migrante pour la Resettlement Administration ; elle a déclaré en 1960 n'avoir demandé ni son nom ni son histoire, seulement retenu qu'elle avait trente-deux ans.
Selon le récit qu'elle en a donné en 1960 et que reprend la Library of Congress, elle a réalisé cinq expositions, en se rapprochant progressivement du sujet et toujours depuis la même direction. L'image devenue célèbre n'est donc qu'un élément d'une série courte, dont les autres vues sont consultables dans le fonds FSA/OWI de la Library of Congress.
À l'Oakland Museum of California, en Californie. À la mort de la photographe en 1965, son mari Paul S. Taylor y a déposé son archive personnelle : plus de 40 000 négatifs originaux, plus de 6 000 tirages vintage, mais aussi des notes de terrain, de la correspondance, des planches contact et des enregistrements sonores. Le musée présente ce fonds comme la collection la plus complète de son travail.
Oui. Le Jeu de Paume lui a consacré « Politiques du visible » du 16 octobre 2018 au 27 janvier 2019, avec plus d'une centaine de tirages vintage de 1933 à 1957 empruntés pour l'essentiel à l'Oakland Museum of California. En 2026, un tirage de 1938 figure dans l'exposition collective « L'Espace entre nous » présentée par LE BAL jusqu'au 3 janvier 2027.
Au printemps 1942, elle occupe un poste de photographe pour la War Relocation Authority et documente le processus d'exclusion des Américains d'origine japonaise entre Fresno et Sacramento : les quartiers à la veille des départs, plusieurs centres de rassemblement et le camp de Manzanar. Ce corpus, longtemps peu montré, est aujourd'hui accessible via les archives nationales américaines.
« An American Exodus: A Record of Human Erosion », paru en 1939, cosigné avec l'économiste Paul Schuster Taylor, qu'elle avait rencontré alors qu'il utilisait lui-même la photographie dans ses travaux et qui devint son second mari après sa séparation d'avec le peintre Maynard Dixon. Le livre associe images de terrain, légendes et analyse économique du déracinement rural.