Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Ed Ruscha dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né en 1937 à Omaha, dans le Nebraska, et installé à Los Angeles depuis 1956, Ed Ruscha a bâti une œuvre qui fait tenir l’Amérique dans quelques mots peints à plat: stations-service, enseignes de studios, formules ramassées d’une langue parlée.
L’enfance de Ruscha se passe à Oklahoma City. En 1956, il quitte la ville et rejoint Los Angeles par l’autoroute 66 pour y étudier l’art commercial: le trajet lui-même deviendra une matière.
Cette page sert surtout à situer Ed Ruscha dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
L’enfance de Ruscha se passe à Oklahoma City. En 1956, il quitte la ville et rejoint Los Angeles par l’autoroute 66 pour y étudier l’art commercial: le trajet lui-même deviendra une matière. « Je n’ai pas de Seine comme Monet, j’ai juste l’US 66 entre l’Oklahoma et Los Angeles », résumera-t-il, formule que le MoMA a placée en tête de sa rétrospective. À Los Angeles, il puise dans l’architecture de la ville, ses parkings, ses rues et ses immeubles d’habitation, ainsi que dans la langue parlée et la culture populaire locales. Il s’installe durablement en Californie et travaille depuis Venice.
Ruscha est d’abord graphiste — c’est le métier auquel le forme le Chouinard Art Institute, où il entre en 1956 pour étudier le design. Il se tourne vers la peinture au début des années 1960, après avoir découvert les œuvres de Kurt Schwitters et de Marcel Duchamp, puis celles de Jasper Johns et de Robert Rauschenberg. Naissent alors des tableaux extrêmement simples, où un mot ou une image du quotidien se superpose à un fond monochrome. Les grandes toiles reprenant les sigles et les génériques des studios hollywoodiens le font un temps assimiler au Pop art; mais son refus des effets de matière, de la composition et sa banalisation typographique volontaire l’en éloignent.
La date fait charnière: en 1963 paraît « Twentysix Gasoline Stations », premier des volumes minces et de format de poche que l’artiste publie lui-même. Le Centre Pompidou y voit l’invention d’un genre de publication qui transforme radicalement la notion de livre d’artiste. Ruscha poursuit la série jusqu’en 1978, en établissant sur un mode quasi documentaire des relevés thématiques et séquentiels — un sujet, une méthode, une séquence — ensuite agencés en volumes. « Every Building on the Sunset Strip », publié en 1966, en est le titre le plus commenté. De nombreux artistes revendiqueront l’influence de ces livres.
La photographie n’est pas chez lui un à-côté: elle sert à sélectionner les sujets et fournit le modèle de la facture anonyme de ses tableaux, du cadrage au changement d’échelle. « Voir les choses photographiquement a influencé ma manière de penser et de voir », déclare-t-il. À partir de 1965, il entreprend de photographier systématiquement les artères de Los Angeles, en commençant par Sunset Boulevard. Le Getty Research Institute conserve cette archive, qui couvre Sunset et Hollywood Boulevard de 1965 à 2010, et l’a numérisée pour la rendre publiquement accessible aux historiens de l’art comme de l’architecture.
La reconnaissance institutionnelle est précoce en France: le Centre Pompidou lui consacre une exposition monographique du 6 décembre 1989 au 11 février 1990, et le fait figurer ensuite dans « Les Années Pop » (2001), « Los Angeles 1955-1985 » (2006) et « Dreamlands » (2010). Le Jeu de Paume isole en 2006 le versant photographique. Aux États-Unis, le MoMA et le LACMA co-organisent « ED RUSCHA / NOW THEN », présentée à New York du 10 septembre 2023 au 13 janvier 2024: plus de deux cents œuvres, de la peinture au film, employant des matériaux allant de la poudre à canon au chocolat, et la première rétrospective transmédia complète depuis plus de vingt ans.
Médiums: peinture, photographie argentique, livre d’artiste auto-publié, estampe et sérigraphie, dessin et pastel, film.
Techniques: mot ou image du quotidien posé sur un fond monochrome, facture anonyme, sans effet de matière ni composition, typographie volontairement banalisée, relevé photographique séquentiel d’un même type de sujet, montage d’un panoramique continu par collage de vues prises depuis une voiture, matériaux non conventionnels employés comme médiums (poudre à canon, chocolat).
Motifs récurrents: le mot traité comme objet peint, la vernaculaire architecture routière et commerciale de Los Angeles, les emblèmes de l’industrie du cinéma, la langue parlée et les formules toutes faites, la mutation de la ville observée sur la longue durée, la tension entre lisibilité et abstraction.
Le lien le plus concret n’est pas une exposition mais un séjour. Le Centre Pompidou établit que trois des tableaux fondateurs de Ruscha — « Boulangerie », « Métropolitain » et « Annie » — ont tous été peints à Paris lors d’un séjour en 1961. Ce sont précisément les toiles où un mot du quotidien vient se superposer à un fond monochrome, avant l’émergence de l’art conceptuel. Autrement dit, la formule qui fera sa signature a été mise au point dans la capitale française, avec deux mots empruntés à la rue parisienne, la boulangerie et le métropolitain, avant d’être appliquée aux enseignes californiennes.
Le Centre Pompidou lui offre sa première grande monographie parisienne du 6 décembre 1989 au 11 février 1990, alors même qu’il n’a pas encore été relu par une rétrospective américaine d’ampleur comparable. Le Jeu de Paume prend le relais avec « Ed Ruscha, photographe », du 31 janvier au 30 avril 2006, une exposition confiée à Margit Rowell et centrée sur les relevés séquentiels de 1963 à 1978. En mars 2015, le Centre Pompidou organise enfin le premier colloque international consacré à Ruscha en France, en présence de l’artiste, venu à Paris pour l’occasion.
Le Musée national d’art moderne conserve plusieurs pièces de l’artiste, parmi lesquelles l’estampe « L.C. » de 1997, entrée par don en 2001, ainsi que « Miracle » (1975), « Industrial Strength Sleep » (1989) et « Premium » (1970). Une sélection de ses livres des années 1960 et 1970 est conservée à la Bibliothèque Kandinsky. Hors les murs, une reproduction monumentale de « Level as a Level » (2002), issue de la Collection Carmignac, a habillé un angle du boulevard Haussmann du 10 avril au 10 juin 2026 dans le cadre de L’art dans la Ville. Le marché parisien l’accompagne également: la Zander Galerie a montré cinq Cityscapes rue Jacob en 2025.
Centre Pompidou (Paris) — Exposition monographique « Edward Ruscha » (1989-1990), colloque international en 2015, œuvres et livres en collection.
Jeu de Paume (Paris) — Exposition « Ed Ruscha, photographe », 31 janvier - 30 avril 2006, commissariat de Margit Rowell.
Zander Galerie Paris (Paris) — Exposition « Cityscapes », cinq tableaux de 1994-1997, 23 mai - 28 juin 2025, rue Jacob.
Boulevard Haussmann (Paris) — Installation publique d’une reproduction monumentale de « Level as a Level », 10 avril - 10 juin 2026, L’art dans la Ville avec Carmignac.
The Museum of Modern Art (New York) — Rétrospective « ED RUSCHA / NOW THEN », 10 septembre 2023 - 13 janvier 2024, co-organisée avec le LACMA.
Getty Research Institute (Los Angeles) — Conservation et numérisation de l’archive photographique des rues de Los Angeles, 1965-2010.
1937 — Naissance à Omaha, dans le Nebraska; il grandit ensuite à Oklahoma City.
1956 — Il quitte Oklahoma City par l’autoroute 66 et s’installe à Los Angeles pour étudier le design au Chouinard Art Institute.
1961 — Séjour à Paris, où il peint « Boulangerie », « Métropolitain » et « Annie ».
1963 — Parution de « Twentysix Gasoline Stations », premier de ses livres photographiques auto-publiés.
1965 — Il engage la documentation photographique systématique des artères de Los Angeles, à commencer par Sunset Boulevard.
1966 — Publication de « Every Building on the Sunset Strip », le plus commenté de ses livres.
1989-12 — Ouverture de sa première exposition monographique au Centre Pompidou, présentée jusqu’en février 1990.
2006-01-31 — Ouverture de « Ed Ruscha, photographe » au Jeu de Paume, sous le commissariat de Margit Rowell.
2015-03-11 — Premier colloque international consacré à Ruscha en France, au Centre Pompidou, en sa présence.
2023-09-10 — Ouverture au MoMA de la rétrospective « ED RUSCHA / NOW THEN », co-organisée avec le LACMA.
2025-05-23 — Exposition « Cityscapes » à la Zander Galerie Paris, cinq tableaux de 1994-1997.
2026-04-10 — Installation d’une reproduction monumentale de « Level as a Level » boulevard Haussmann, à Paris.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Ed Ruscha à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Selon le Centre Pompidou, trois des toiles fondatrices de cette formule — « Boulangerie », « Métropolitain » et « Annie » — ont été peintes à Paris pendant un séjour de 1961. Le principe, un mot du quotidien posé sur un fond monochrome, y est déjà entièrement en place.
Parce qu'à partir de 1963, avec « Twentysix Gasoline Stations », il auto-publie des volumes minces et de format de poche dont le Centre Pompidou dit qu'ils ont radicalement transformé la notion de livre d'artiste. Il poursuit ces relevés séquentiels jusqu'en 1978.
Le Getty Research Institute conserve son projet photographique sur les rues de Los Angeles : les vues de Sunset Boulevard et de Hollywood Boulevard réalisées de 1965 à 2010. L'institution a numérisé ces cinq décennies pour les rendre accessibles aux chercheurs en histoire de l'art et en architecture.
Partiellement seulement. Ses grandes toiles reprenant les sigles et génériques hollywoodiens l'ont fait assimiler un temps au Pop art, mais le Centre Pompidou souligne que son refus des effets plastiques, de toute composition et sa banalisation typographique volontaire l'ont irrévocablement éloigné de ce courant.
Le Musée national d'art moderne conserve notamment l'estampe « L.C. » de 1997, entrée par don en 2001, ainsi que « Miracle » (1975), « Industrial Strength Sleep » (1989) et « Premium » (1970). Une sélection de ses livres des années 1960 et 1970 se trouve à la Bibliothèque Kandinsky.
Peinte entre 1994 et 1997, elle joue la tension entre lisibilité et abstraction : chaque toile présente un fond minimaliste, souvent monochrome, ponctué de rectangles vides évoquant des bandeaux de censure ou des recouvrements de graffitis, sous lesquels s'inscrivent des messages énigmatiques.