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Cette page sert surtout à situer Édouard Vuillard dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né à Cuiseaux le 11 novembre 1868 et mort à La Baule-Escoublac le 21 juin 1940, Édouard Vuillard rejoint début 1889 le groupe des Nabis, qui le surnomme « le Nabi zouave ».
Vuillard naît à Cuiseaux, en Saône-et-Loire, le 11 novembre 1868.
Cette page sert surtout à situer Édouard Vuillard dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Vuillard naît à Cuiseaux, en Saône-et-Loire, le 11 novembre 1868. Son père est un officier en retraite et sa mère tient un atelier de corsetière: c’est de ce milieu modeste que sortira toute une peinture d’appartement, d’étoffes et de travail féminin. La famille s’installe à Paris en 1877. Le futur peintre entre à l’École des beaux-arts en 1886 avant de rejoindre l’Académie Julian. Au lycée Condorcet, où enseignent alors Bergson et Mallarmé, il rencontre Ker-Xavier Roussel — qui deviendra son beau-frère — et Aurélien Lugné-Poe, par qui il entrera dans le cercle des Nabis.
Début 1889, Vuillard se joint au groupe des Nabis aux côtés de Ranson, Sérusier, Denis et Bonnard; ses camarades le surnomment « le Nabi zouave ». Le musée d’Orsay décrit un style bâti sur un paradoxe fécond: passionné par la peinture de musée — Le Sueur, Chardin —, il adhère pourtant au synthétisme de l’avant-garde menée par Émile Bernard et Gauguin. En résultent des cadrages entièrement neufs et un usage radical de la couleur, jusqu’à des compositions où quelques lignes suffisent à contenir des figures traitées en teintes violentes, comme « Les Lilas » ou l’« Autoportrait octogonal ». Aucun autre Nabi n’a poussé aussi loin la tentation de l’indéchiffrable.
En 1894, la commande d’Alexandre Natanson — frère de Thadée Natanson, directeur de La Revue blanche — donne « Jardins publics », neuf panneaux qui propulsent Vuillard au premier plan. Le musée d’Orsay conserve l’ensemble « La conversation, les nourrices, l’ombrelle rouge », peinture à la colle sur toile acquise en vente publique en 1929, dont le panneau central mesure 213,5 sur 154 centimètrès. Deux ans plus tard, quatre panneaux sont peints pour l’appartement parisien du docteur Henri Vaquez (1860-1936), jeune cardiologue amateur d’art moderne: le Petit Palais, qui les tient de la donation de Madame Vaquez en 1936, souligne l’effet mat obtenu par une technique venue du décor de théâtre, la peinture à la colle, qui préserve toute l’intensité du pigment brut.
Le théâtre d’avant-garde occupe Vuillard près de cinq années. Cofondateur du Théâtre de l’Œuvre, il travaille comme décorateur et scénographe pour Ibsen, Strindberg et Maeterlinck, à un moment où l’idée de faire appel aux peintres ouvre une ère nouvelle dans l’histoire de la scène. Pour « Solness le constructeur » d’Ibsen, joué en avril 1894, il conçoit un plateau incliné révolutionnaire dont on retrouve la trace dans son tableau « L’Oie ». Il donne parallèlement des illustrations à La Revue blanche, des programmes de théâtre, et grave en 1899 pour l’éditeur Ambroise Vollard l’album lithographié « Paysages et intérieurs », imprimé sur papier de Chine.
Après l’arrêt de La Revue blanche, Vuillard fréquente les galeries en vue, Bernheim-Jeune au premier chef, et le monde léger du théâtre de boulevard: Sacha Guitry, Yvonne Printemps, Tristan Bernard, Henry Bernstein. Il choisit pour marchand exclusif Jos Hessel, cousin des Bernheim; l’épouse de celui-ci, Lucy, sera durant quarante ans sa muse et sa protectrice. Chaque année, les vacances en Normandie ou en Bretagne avec les Hessel rapportent paysages, intérieurs et photographies. La guerre de 1914-1918 rompt cette trajectoire: engagé un temps comme peintre aux armées, il donne « Interrogatoire du prisonnier » (1917), conservé au musée d’Histoire contemporaine à Paris.
« Je ne fais pas de portraits, je peins des gens chez eux »: la formule que rapporte le musée d’Orsay résume l’ambition du dernier Vuillard, nourrie de son expérience de décorateur — modèle et décor placés sur un même plan, sans hiérarchie, du charme retors d’Yvonne Printemps aux rigueurs Art déco du portrait de Jeanne Lanvin (1933). Les vingt dernières années sont l’apothéose de la carrière: le décorateur revient une dernière fois avec les peintures murales du Théâtre de Chaillot à Paris et de la Société des Nations à Genève (1938). Le 5 février 1938, il est élu à l’Académie des beaux-arts au fauteuil I de la section de peinture, succédant à Paul Chabas.
Médiums: peinture à la colle (détrempe) sur toile et sur carton, huile sur toile, pastel sur papier marouflé, lithographie en couleurs, décor et scénographie de théâtre, photographie.
Techniques: peinture à la colle transposée du décor de théâtre, dont l’effet mat préserve l’intensité du pigment brut, composition en plans parallèles à la manière de l’estampe japonaise, saturation de l’espace par les motifs — robes, tapis, coussins, papiers peints — où les figures se fondent, cadrages inédits et aplats de couleur violente issus du synthétisme nabi, album lithographié édité par Ambroise Vollard, imprimé sur papier de Chine.
Motifs récurrents: l’intérieur domestique et l’atelier de couture maternel, les jardins publics parisiens et l’enfance, le théâtre d’avant-garde et le théâtre de boulevard, le portrait de la société parisienne de l’entre-deux-guerres, les villégiatures de Normandie et de Bretagne avec les Hessel, les jardins et parcs de l’Île-de-France, dont celui du château des Clayes.
Vuillard n’est parisien ni par la naissance ni par le milieu: la famille quitte Cuiseaux pour Paris en 1877, il a neuf ans. Tout le reste se joue dans la capitale. Il entre à l’École des beaux-arts en 1886, passe à l’Académie Julian, et c’est au lycée Condorcet — où enseignent alors Bergson et Mallarmé — qu’il croise Ker-Xavier Roussel et Aurélien Lugné-Poe. Ce sont eux qui, début 1889, l’entraînent vers les Nabis, aux côtés de Ranson, Sérusier, Denis et Bonnard. Le réseau parisien précède donc l’œuvre: la bande de Condorcet devient le premier atelier collectif du peintre.
Les grandes commandes décoratives de Vuillard sont d’abord des commandes d’appartements parisiens. En 1894, Alexandre Natanson, frère du directeur de La Revue blanche, lui commande les neuf panneaux de « Jardins publics ». En 1896, c’est le docteur Henri Vaquez, cardiologue et amateur d’art moderne, qui lui confie quatre grands panneaux pour son appartement: le Petit Palais les conserve depuis la donation de Madame Vaquez en 1936, sous les numéros PPP2439 à PPP2442. À la fin de sa vie, la commande devient publique et monumentale avec les peintures murales du Théâtre de Chaillot.
Pendant près de cinq ans, Vuillard travaille pour la scène parisienne d’avant-garde. Cofondateur du Théâtre de l’Œuvre, il conçoit décors et programmes pour Ibsen, Strindberg et Maeterlinck, dans une période où la dramaturgie française se réinvente et où faire appel à des peintres ouvre une ère nouvelle. Le plateau incliné imaginé pour « Solness le constructeur », joué en avril 1894, est le geste le plus radical de cette séquence, et il déteint sur la peinture. Plus tard, c’est le théâtre de boulevard — Sacha Guitry, Yvonne Printemps, Tristan Bernard, Henry Bernstein — qui lui fournit ses modèles.
Deux musées parisiens portent l’essentiel. Le musée d’Orsay conserve « Au lit » (1891), entré par le legs Vuillard de 1941 via les Roussel, l’ensemble « Jardins publics: la conversation, les nourrices, l’ombrelle rouge » acquis en vente publique en 1929, et le portrait de Jeanne Lanvin (1933), legs de la comtesse Jean de Polignac en 1958. Le Petit Palais expose les panneaux Vaquez au rez-de-chaussée, salle 21. En Île-de-France, le musée départemental Maurice Denis de Saint-Germain-en-Laye présente « Jardin à L’Étang-la-Ville » et « Le Réservoir d’eau », ce dernier en dépôt du musée d’Orsay.
Musée d’Orsay (Paris) — Conserve « Au lit » (1891, legs Vuillard 1941), l’ensemble « Jardins publics » acquis en 1929 et le portrait de Jeanne Lanvin (1933); a présenté en 2003-2004 la plus grande rétrospective jamais consacrée à l’artiste.
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Paris) — Conserve et expose salle 21 les quatre panneaux peints en 1896 pour l’appartement du docteur Vaquez, donation de Madame Vaquez en 1936 (PPP2439 à PPP2442).
Musée départemental Maurice Denis (Saint-Germain-en-Laye) — Présente « Jardin à L’Étang-la-Ville » (vers 1908) et « Le Réservoir d’eau » (1932-1938), ce dernier en dépôt du musée d’Orsay, dans son parcours consacré aux Nabis.
Académie des beaux-arts (Paris) — Vuillard y est élu au fauteuil I de la section de peinture le 5 février 1938, en succession de Paul Chabas.
1868-11-11 — Naissance d’Édouard Vuillard à Cuiseaux, en Saône-et-Loire
1877 — La famille Vuillard quitte la Saône-et-Loire et s’installe à Paris
1886 — Entrée à l’École des beaux-arts, avant un passage à l’Académie Julian
1889 — Il rejoint le groupe des Nabis, qui le surnomme « le Nabi zouave »
1894-04 — Décors du plateau incliné de « Solness le constructeur » d’Ibsen au Théâtre de l’Œuvre
1894 — Réalisation des neuf panneaux « Jardins publics » commandés par Alexandre Natanson
1896 — Quatre panneaux décoratifs peints pour l’appartement du docteur Henri Vaquez
1899 — Publication de l’album lithographié « Paysages et intérieurs » par Ambroise Vollard
1917 — Peintre aux armées: réalisation de « Interrogatoire du prisonnier »
1929 — Le musée d’Orsay acquiert en vente publique trois panneaux de « Jardins publics »
1933 — Portrait de Jeanne Lanvin, aujourd’hui conservé au musée d’Orsay
1936 — Donation par Madame Vaquez des quatre panneaux de 1896 au Petit Palais
1938-02-05 — Élection à l’Académie des beaux-arts, fauteuil I de peinture, après Paul Chabas
1938 — Peintures murales pour le Théâtre de Chaillot à Paris et la Société des Nations à Genève
1940-06-21 — Mort d’Édouard Vuillard à La Baule-Escoublac, à l’âge de 71 ans
1941 — Legs Édouard Vuillard au musée d’Orsay par l’intermédiaire des Roussel
2003-2004 — Le musée d’Orsay présente hors les murs la plus vaste rétrospective consacrée à Vuillard



Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Édouard Vuillard à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Ce sont ses camarades du groupe des Nabis, qu'il rejoint en 1889 aux côtés de Ranson, Sérusier, Denis et Bonnard, qui lui donnent ce surnom. Le musée départemental Maurice Denis, qui le rapporte dans sa notice consacrée à l'artiste, n'en explicite pas l'origine ; aucune source institutionnelle consultée ne la documente.
C'est une technique venue du décor de théâtre, que le Petit Palais présente comme la clé de l'effet mat des panneaux Vaquez : elle préserve toute l'intensité du pigment brut. Vuillard l'utilise aussi bien sur toile — les panneaux « Jardins publics » de 1894 — que sur carton, comme « Jardin à L'Étang-la-Ville ».
L'ensemble commandé en 1894 par Alexandre Natanson comptait neuf panneaux aujourd'hui dispersés dans le monde ; huit avaient été réunis pour la rétrospective de 2003. Le musée d'Orsay conserve « La conversation, les nourrices, l'ombrelle rouge », acquis en vente publique en 1929, dont la partie centrale mesure 213,5 sur 154 centimètrès.
Il en est cofondateur et y travaille près de cinq ans comme décorateur et scénographe pour des pièces d'Ibsen, de Strindberg et de Maeterlinck. Pour « Solness le constructeur », donné en avril 1894, il conçoit un plateau incliné alors révolutionnaire, dont son tableau « L'Oie » garde la trace.
Oui. La rétrospective du musée d'Orsay a présenté pour la première fois au public un ensemble de photographies prises par Vuillard pendant ses séjours avec les Hessel en Normandie et en Bretagne. Le musée conserve par ailleurs un négatif de Pierre Bonnard de 1900 intitulé « Vuillard tenant son appareil Kodak ».
Il est élu le 5 février 1938 au fauteuil I de la section de peinture, où il succède à Paul Chabas. La National Gallery de Londres rappelle que cette entrée à l'Institut, deux ans avant sa mort, vient couronner une carrière commencée près de cinquante ans plus tôt.