Exposition Paris

Exposition François Morellet

Autodidacte qui dirigea l’usine de jouets familiale jusqu’en 1975, François Morellet (Cholet, 1926 - Cholet, 2016) a fondé une œuvre entière sur des règles annoncées d’avance: trames de lignes droites, répartitions tirées des chiffres pairs et impairs d’un annuaire téléphonique ou des décimales de pi, tubes de néon qui s’allument et s’éteignent sans transition.

Qui est François Morellet ?

Né à Cholet en 1926, Morellet y vécut et travailla toute sa vie. Il apprit le russe à l’École des langues orientales à Paris avant de revenir diriger l’usine de jouets familiale, qu’il quitta seulement en 1975.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer François Morellet dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un industriel du jouet devenu artiste

Né à Cholet en 1926, Morellet y vécut et travailla toute sa vie. Il apprit le russe à l’École des langues orientales à Paris avant de revenir diriger l’usine de jouets familiale, qu’il quitta seulement en 1975. Cette double vie lui donna l’indépendance financière qui le dispensa de plaire au marché, et surtout une familiarité concrète avec les outils et les procédés de fabrication industrielle qui irrigueront ensuite sa pratique. Autodidacte revendiqué, il n’est jamais passé par une école d’art.

Brésil, Alhambra, Mondrian: la sortie de la figuration

Après une brève période figurative dans les années 1940, un voyage au Brésil en 1950 lui fait découvrir l’art concret et l’œuvre de Max Bill. En 1951, il découvre Mondrian dans «  Peinture du XXe siècle » de Maurice Raynal, l’un des rares ouvrages français à en parler alors; ce qu’il y admire n’est pas un enrichissement du tableau mais l’inverse, la rationalisation du geste. En 1952, la visite de l’Alhambra lui révèle l’esthétique anonyme et la précision des motifs géométriques islamiques. Dès 1953, avec «  16 Carrés », le titre contient déjà tout le programme du tableau.

Le hasard comme règle du jeu

À la fin des années 1950, son ami Ellsworth Kelly lui fait connaître les «  Duo-collages » de Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp. Morellet en tire un principe: puisqu’il veut réduire au maximum ses interventions subjectives, il confiera certaines décisions à des séries de chiffres qui ne sont pas les siennes. Les répartitions se règlent alors sur les chiffres pairs et impairs de l’annuaire téléphonique local ou sur les décimales infinies du nombre pi. Le Centre Pompidou conserve ainsi «  6 répartitions aléatoires de 4 carrés noirs et blancs d’après les chiffres pairs et impairs du nombre pi », six panneaux à l’huile sur bois de 1958.

GRAV, néons et sortie du tableau

Membre fondateur en 1960 du Groupe de recherche d’art visuel avec Francisco Sobrino, Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Yvaral et Joël Stein, Morellet participe aussi à la Nouvelle Tendance, qui veut fonder un art expérimental sur les connaissances scientifiques de la perception. Le collectif juge le règne du tableau et de la sculpture terminé et se passionne pour les matériaux industriels non encore «  pollués » par l’art. Le tube de néon s’impose: droit d’origine, il s’allume et s’éteint brutalement, ce qui convient à un artiste qui, depuis 1952, ne s’intéresse presque qu’aux lignes droites.

Les «  désintégrations »: chatouiller l’architecture

À partir du début des années 1970, Morellet réalise près de 140 œuvres monumentales intégrées à des bâtiments, qu’il nomme ses «  désintégrations »: elles ne se fondent pas dans le décor mais perturbent les perspectives et bousculent la rationalité des lignes. Il revendique de ne pas fabriquer lui-même ces pièces et travaille sur esquisses avec des artisans spécialisés, ce qui lui permet de passer du néon au grillage, de l’adhésif au métal, puis au verre. Le vocabulaire reste minimal; le résultat, lui, déplace le regard sur des lieux ordinaires — façades, jardins, gares, places.

Reconnaissance internationale et postérité

Sa première exposition personnelle en musée est organisée en 1971 par le Stedelijk Van Abbemuseum d’Eindhoven, puis circule en Europe. Il participe à la Documenta de Cassel en 1964 avec le GRAV, puis en 1968 et 1977, et à la Biennale de Venise en 1970 et 1990. Les rétrospectives se succèdent: Nationalgalerie de Berlin en 1977, tournée nord-américaine en 1984-1985 (Albright-Knox de Buffalo, Musée d’art contemporain de Montréal, Brooklyn Museum, Center for the Fine Arts de Miami). Ses œuvres figurent notamment au Centre Pompidou, à la Dia Art Foundation, au LACMA, au MoMA, à la Tate Britain et au Kunsthaus de Zurich.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile sur bois et sur toile, tubes de néon, acier et tubes d’aluminium, grillage métallique, ruban adhésif, bois, vitrail (plomb et verre), photogravure.

Techniques: trames de lignes parallèles superposées selon un ordre déterminé, systèmes d’arrangement: superposition, fragmentation, juxtaposition, interférences, tirage de décisions plastiques sur des séries de chiffres extérieures (annuaire téléphonique, décimales de pi), délégation de la fabrication à des artisans d’art travaillant d’après esquisses, intégration architecturale in situ dite «  désintégration », titres à calembours et mots-valises.

Motifs récurrents: réduction de la part subjective de l’artiste, hasard encadré par un principe préétabli, ligne droite et quadrillage, lumière artificielle et allumage-extinction, démystification de l’artiste «  inspiré », humour et jeu de mots, art hors du musée, dans la rue et les bâtiments publics.

L’escalier Lefuel du Louvre, une œuvre permanente et gratuite d’accès

En 2010, le musée du Louvre confie à Morellet une intervention pérenne pour l’escalier Lefuel, dans l’aile Richelieu. Il y installe sept vitraux rétroéclairés en noir et blanc, redessinant deux baies et cinq oculi: le motif des grilles existantes est dupliqué puis très légèrement décalé, ce qui produit une instabilité visuelle discrète. L’artiste espérait «  un désordre discret et absurde » capable de faire sourire certains visiteurs sans faire trébucher les autres. L’escalier, aménagé par Hector Lefuel entre 1852 et 1858, lui semblait assez peu orné pour accueillir son geste sans le rendre déplacé. La réalisation fut confiée à l’Atelier Loire, à Lèves. Il avait d’abord envisagé de titrer l’ensemble «  Des plombs pas d’aplomb ».

Des Tuileries au plateau Beaubourg: Paris comme terrain d’essai

Sa toute première intervention monumentale a lieu à Paris en 1971, sur le plateau de la Reynie, à l’emplacement de l’actuel Centre Pompidou. En 1999, il répond à une commande pour installer ses «  Arcs de cercles complémentaires », six éléments en marbre de Carrare posés sur les contreforts de l’entrée Concorde du jardin des Tuileries, œuvre impossible à embrasser d’un seul regard. En 2006, la Chalcographie du Louvre lui commande la photogravure «  Bandes à part ». Le Louvre l’invite régulièrement depuis les années 1990, de l’exposition «  Polyptiques » en 1990 à «  Mille e Tre » d’Umberto Eco en 2009.

Les grands rendez-vous parisiens: Pompidou, Jeu de Paume, Grand Palais

Paris a scandé sa reconnaissance institutionnelle. Le Centre Pompidou lui a consacré deux rétrospectives, en 1986 puis en 2011 avec «  Réinstallations », où l’artiste choisit avec les commissaires Alfred Pacquement et Serge Lemoine vingt-six installations conçues à l’origine in situ, couvrant ses recherches depuis 1963. La Galerie nationale du Jeu de Paume l’avait exposé en 2000. Le Grand Palais a montré ses œuvres en 2013 dans «  Dynamo », exposition consacrée à l’art cinétique. Le musée conserve par ailleurs plusieurs de ses pièces au Musée national d’art moderne, dont des peintures des années 1950.

2026: un centenaire dont Paris est un foyer

Le programme «  100 x Morellet », lancé à l’initiative du Centre Pompidou pour le centenaire de la naissance de l’artiste, court du 3 avril 2026 au 27 septembre 2027 et associe une vingtaine d’institutions. Plusieurs étapes sont parisiennes: la galerie Mennour, 47 rue Saint-André-des-Arts, a réuni Morellet et Sophie Taeuber-Arp dans «  Au hasard »; le Grand Palais accueille «  Emplacements »; la Cité de l’architecture et du patrimoine présente «  François Morellet, traits d’esprit » du 16 octobre 2026 au 3 janvier 2027, en partenariat avec le Centre Pompidou et le Cnap; le musée du Louvre est programmé en décembre 2026.

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre (Paris) — Conserve «  L’Esprit d’escalier » (2010), installation pérenne de sept vitraux dans l’escalier Lefuel, aile Richelieu; une programmation Morellet y est annoncée pour décembre 2026.

Jardin des Tuileries (Paris) — Accueille «  Arcs de cercles complémentaires », six arcs en marbre de Carrare installés en 1999 sur les contreforts de l’entrée Concorde.

Centre Pompidou (Paris) — Conserve un ensemble d’œuvres au Musée national d’art moderne et a organisé les rétrospectives de 1986 et de 2011 («  Réinstallations »); initiateur du centenaire «  100 x Morellet ».

Cité de l’architecture et du patrimoine (Paris) — Présente «  François Morellet, traits d’esprit » du 16 octobre 2026 au 3 janvier 2027, en partenariat avec le Centre Pompidou et le Cnap.

Grand Palais (Paris) — A montré ses œuvres en 2013 dans «  Dynamo » et accueille en 2026 l’accrochage «  Emplacements » dans le cadre du centenaire.

Centre Pompidou-Metz (Metz) — Présente la rétrospective «  François Morellet. 100 pour cent » du 3 avril au 28 septembre 2026, à laquelle le Centre Pompidou prête notamment les six panneaux de 1958.

MAC VAL (Vitry-sur-Seine) — Programme «  François Morellet, à juste titre » du 12 novembre 2026 au 7 février 2027 dans le cadre du centenaire.

Repères chronologiques

1926 — Naissance à Cholet, dans le Maine-et-Loire, ville où il vivra et travaillera toute sa vie.

1950 — Voyage au Brésil: découverte de l’art concret et de l’œuvre de Max Bill, sortie de la figuration.

1952 — Visite de l’Alhambra en Espagne; il ne s’intéressera plus guère qu’aux lignes droites.

1958 — Réalisation des «  6 répartitions aléatoires de 4 carrés noirs et blancs » d’après les décimales de pi.

1960 — Membre fondateur du Groupe de recherche d’art visuel (GRAV) avec Le Parc, Sobrino, Garcia Rossi, Yvaral et Stein.

1971 — Première intervention monumentale, sur le plateau de la Reynie à Paris, et première exposition personnelle en musée à Eindhoven.

1975 — Il cesse de diriger l’usine de jouets familiale et se consacre entièrement à son travail d’artiste.

1986 — Première rétrospective au Centre Pompidou, après celle de la Nationalgalerie de Berlin en 1977.

1999 — Installation des «  Arcs de cercles complémentaires » à l’entrée Concorde du jardin des Tuileries, à Paris.

2010 — Inauguration de «  L’Esprit d’escalier », vitraux pérennes de l’escalier Lefuel au musée du Louvre.

2011 — Exposition «  Réinstallations » au Centre Pompidou: vingt-six installations choisies avec Pacquement et Lemoine.

2016-05-11 — Mort de François Morellet à l’âge de 90 ans, dans sa ville natale de Cholet.

2026 — Centenaire de sa naissance: le programme «  100 x Morellet » réunit une vingtaine d’institutions françaises.

François Morellet & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier François Morellet à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi François Morellet tirait-il ses compositions d'un annuaire téléphonique ?

Parce qu'il cherchait à réduire au minimum sa part subjective. Après avoir découvert les « Duo-collages » d'Arp et Taeuber-Arp par Ellsworth Kelly à la fin des années 1950, il confie certaines décisions à des séries de chiffres extérieures : les chiffres pairs et impairs de l'annuaire de sa région, ou les décimales du nombre pi.

Où voir une œuvre de François Morellet à Paris gratuitement ?

Ses « Arcs de cercles complémentaires », six éléments en marbre de Carrare installés en 1999 sur les contreforts de l'entrée Concorde du jardin des Tuileries, sont visibles depuis l'espace public. Au Louvre, « L'Esprit d'escalier » est en revanche à l'intérieur du musée, dans l'escalier Lefuel de l'aile Richelieu.

Que représente « L'Esprit d'escalier » au musée du Louvre ?

Sept vitraux rétroéclairés en noir et blanc, commandés en 2010 pour l'escalier Lefuel. Morellet y redessine deux baies et cinq oculi en dupliquant le motif des grilles existantes puis en le décalant très légèrement, ce qui crée une instabilité visuelle discrète. Le titre est un jeu de mots, comme souvent chez lui.

Morellet fabriquait-il lui-même ses œuvres monumentales ?

Non, et il le revendiquait. Il travaillait à partir d'esquisses préparatoires confiées à des artisans d'art spécialisés, ce qui lui a permis d'employer une gamme très large de matériaux — néon, métal, grillage, adhésif — puis le vitrail, entré dans sa panoplie à l'occasion de la commande du Louvre en 2010 avec l'Atelier Loire.

Qu'appelait-il ses « désintégrations » ?

Ses œuvres monumentales intégrées à l'architecture, dont il a réalisé près de 140 depuis le début des années 1970. Elles ne se fondent pas dans le décor : elles perturbent les perspectives, jouent avec la lumière et bousculent la rationalité des lignes des façades, jardins, gares et places qu'elles investissent.

Pourquoi Morellet a-t-il choisi le néon dès les années 1960 ?

Parce que le tube est droit à l'origine, avant d'être plié par la publicité, et qu'il s'allume et s'éteint brutalement. Depuis 1952, l'artiste ne s'intéressait presque qu'aux lignes droites ; avec ses amis du GRAV, il tenait les matériaux industriels pour moins « pollués » par la tradition artistique que la peinture.