Exposition Paris

Exposition Georg Baselitz

Georg Baselitz (1938-2026) est le peintre qui a mis l’image sur la tête.

Qui est Georg Baselitz ?

Hans-Georg Kern naît le 23 janvier 1938 à Deutschbaselitz, aujourd’hui quartier de Kamenz en Saxe.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Georg Baselitz dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un enfant de Deutschbaselitz, entre deux Allemagnes

Hans-Georg Kern naît le 23 janvier 1938 à Deutschbaselitz, aujourd’hui quartier de Kamenz en Saxe. Refusé en 1955 par l’Académie des beaux-arts de Dresde, il entre en 1956 à la Hochschule für bildende und angewandte Kunst de Berlin-Weißensee, à Berlin-Est, où il a notamment Ralf Winkler — le futur A. R. Penck — parmi ses camarades; il en est exclu au bout de deux semestres pour «  immaturité socio-politique ». Admis en 1957 à l’école des Beaux-Arts de Charlottenburg, à Berlin-Ouest, il travaille dans la classe de Hann Trier et s’installe définitivement à l’Ouest en 1958, l’année où il rencontre Elke Kretzschmar, qui deviendra sa femme et le motif récurrent de ses portraits.

Pandémonium et le scandale berlinois de 1963

En 1961, l’artiste adopte le pseudonyme de Georg Baselitz, formé sur le nom de son village natal, et rédige avec Eugen Schönebeck le premier manifeste Pandämonium, suivi d’un second en 1962. Sa première exposition personnelle, en 1963 à la galerie Werner & Katz de Berlin, tourne à l’affaire judiciaire: deux toiles, «  Die große Nacht im Eimer » et «  Der nackte Mann », sont saisies pour atteinte à l’ordre public, et la procédure ne s’achève qu’en 1965 par leur restitution. La peinture de ces années montre des corps en morceaux, des pieds et des mains déchiquetés, des figures masculines en haillons militaires: un vocabulaire volontairement grossier, hérité du désastre allemand. Le MoMA conserve dans ses collections en ligne une œuvre de 1963 portant ce titre devenu emblématique, «  Big Night Down the Drain ».

Les Héros, Florence, puis le motif retourné

Après la série des Idoles et ses premières eaux-fortes en 1964, Baselitz obtient en 1965 une bourse de six mois à la Villa Romana de Florence, où il étudie le dessin maniériste et réalise la série Tierstücke. De retour en Allemagne, il engage jusqu’en 1966 la série des Héros, dont la grande composition «  Die großen Freunde »: des figures monumentales, comme recollées et assemblées en désordre. Le tournant décisif intervient en 1969, lorsqu’il commence à peindre ses compositions la tête en bas. Le procédé n’est pas une facétie: il s’agit, pour lui, de vider la forme de son contenu narratif et de naviguer entre abstraction et figuration, en révolutionnant un médium alors jugé irrémédiablement conventionnel.

1980, Venise et l’entrée en sculpture

La décennie 1980 s’ouvre pour Baselitz par sa sélection pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise, aux côtés d’Anselm Kiefer: c’est à cette occasion qu’il aborde pour la première fois la sculpture, qu’il pratiquera surtout dans le bois taillé, à la tronçonneuse. Sa manière de peindre directement avec les doigts au cours des années 1970 avait déjà libéré l’usage de la couleur et de la matière; elle culmine dans les grands champs colorés expressionnistes des années 1980. C’est de cette période que date «  Die Mädchen von Olmo II » (1981), conservé au Musée national d’art moderne et retenu comme image de la rétrospective parisienne de 2021.

Dernières séries et disparition en 2026

Les dix dernières années de l’atelier sont dominées par des peintures monotypées où la figure s’efface: la série Darkness Goldness en 2019, puis Schatten en 2020, exposées notamment au Sakıp Sabancı Museum d’Istanbul en 2024 et au Museo de Bellas Artes de Bilbao en 2025. La galerie Thaddaeus Ropac, qui le représentait, décrit un engagement soutenu et sensible avec la mortalité. Georg Baselitz meurt le 30 avril 2026, à 88 ans; le Centre Pompidou et le MoMA ont depuis actualisé leurs notices d’artiste. L’exposition «  Per Mano », conçue avec lui avant sa disparition, lui rend hommage à Séoul du 1er septembre au 14 novembre 2026.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile sur toile, sculpture sur bois, eau-forte et gravure sur bois, dessin, peinture monotypée.

Techniques: motif peint la tête en bas, systématiquement depuis 1969, peinture appliquée directement au doigt au cours des années 1970, taille directe du bois, notamment à la tronçonneuse, eau-forte tirée sur papier vergé de Rives, superposition de motifs abstraits et figuratifs dans la série Bildübereins.

Motifs récurrents: la mémoire de la guerre et le désastre allemand d’après-guerre, la figure héroïque dégradée, en morceaux ou en haillons, le portrait d’Elke, sa femme, comme motif récurrent, la relecture de l’histoire de l’art et de son propre œuvre (Remix), la mortalité et l’effacement de la figure dans les séries tardives.

Paris, 1961: la rencontre avec la peinture d’Eugène Leroy

Le premier lien de Baselitz avec Paris n’est pas une exposition mais un voyage de jeunesse. Selon la notice encyclopédique de référence, c’est en 1961 — l’année même où il adopte son pseudonyme et cosigne le premier manifeste Pandämonium — qu’il vient pour la première fois à Paris et y découvre la peinture d’Eugène Leroy à la galerie Claude Bernard. La matière épaisse et la figure enfouie du peintre du Nord entrent en résonance directe avec ce que le jeune Berlinois cherche alors. Cette information n’est portée par aucune notice de musée consultée: elle est signalée ici comme piste éditoriale à confirmer par un catalogue ou des archives de galerie.

Le Centre Pompidou, d’une exposition de groupe en 1987 à la rétrospective de 2021

Baselitz figure dès 1987 dans «  L’époque, la mode, la morale, la passion — Aspects de l’art d’aujourd’hui, 1977-1987 », présentée à la Galerie de la Tour du Centre Pompidou du 21 mai au 17 août 1987, aux côtés notamment de Gérard Garouste et d’Anselm Kiefer. Le musée lui consacre ensuite une exposition monographique de travaux sur papier, «  Georg Baselitz. Dessins 1962-1992 », du 13 octobre 1993 au 3 janvier 1994. Le point d’orgue reste «  Baselitz — La rétrospective », du 20 octobre 2021 au 7 mars 2022: présentée par l’institution comme la première exposition exhaustive consacrée à l’artiste, conçue avec sa complicité, elle parcourt chronologiquement six décennies de création.

Ses œuvres dans la collection publique parisienne

Le Musée national d’art moderne conserve un ensemble qui couvre plusieurs états de l’œuvre. La peinture «  Ralf III » (1965), huile sur toile de 100,5 × 80 cm, y est entrée par achat en 1994 sous le numéro d’inventaire AM 1994-103. «  Bildübereins » (1991), premier tableau d’une série de trente-neuf menée jusqu’en 1995, y voisine avec «  Die Mädchen von Olmo II » (1981) et «  Knabe Christian » (1999). Le fonds d’estampes s’est enrichi en 2012 de la donation de la collection Florence et Daniel Guerlain, qui a fait entrer plusieurs eaux-fortes des Compositions de 1970-1972, dont «  Composition VII » (inv. AM 2012-344).

Une présence continue dans les galeries parisiennes

La galerie Thaddaeus Ropac, qui représentait l’artiste, a fait de Paris l’un de ses points d’ancrage. Elle a montré «  Remix » dans son espace du Marais du 20 février au 29 mars 2008 — occasion pour Baselitz d’expliquer qu’il empruntait le mot au vocabulaire de la culture jeune, en soulignant que les «  anciens » ignorent en général ce qu’il signifie. Elle lui a ensuite consacré «  Le Côté Sombre » du 8 septembre au 2 novembre 2013 dans l’espace de Pantin inauguré en octobre 2012: une exposition d’ampleur réunissant des sculptures et des peintures monumentales inédites.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve plusieurs peintures et estampes de l’artiste et lui a consacré «  Baselitz — La rétrospective » (20 octobre 2021 - 7 mars 2022) ainsi que «  Dessins 1962-1992 » (1993-1994).

Galerie Thaddaeus Ropac — Paris Marais (Paris) — A présenté l’exposition «  Remix » du 20 février au 29 mars 2008.

Galerie Thaddaeus Ropac — Paris Pantin (Pantin) — A présenté «  Le Côté Sombre » du 8 septembre au 2 novembre 2013, dans l’espace inauguré en octobre 2012.

Repères chronologiques

1938-01-23 — Naissance de Hans-Georg Kern à Deutschbaselitz, aujourd’hui quartier de Kamenz, en Saxe.

1956 — Admis à la Hochschule de Berlin-Weißensee, à Berlin-Est, il en est exclu après deux semestres pour «  immaturité socio-politique ».

1961 — Il adopte le pseudonyme Georg Baselitz, d’après son village natal, et cosigne le premier manifeste Pandämonium avec Eugen Schönebeck.

1963 — Première exposition personnelle à la galerie Werner & Katz de Berlin: deux toiles sont saisies pour atteinte à l’ordre public.

1965 — Bourse de six mois à la Villa Romana de Florence, où il étudie le dessin maniériste et réalise la série Tierstücke.

1969 — Il commence à peindre ses compositions la tête en bas, geste qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin de son œuvre.

1980 — Il représente l’Allemagne à la Biennale de Venise avec Anselm Kiefer et aborde la sculpture pour la première fois.

1987-05-21 — Ouverture au Centre Pompidou de «  L’époque, la mode, la morale, la passion », exposition de groupe où il figure.

1993-10-13 — Ouverture au Centre Pompidou de «  Georg Baselitz. Dessins 1962-1992 », jusqu’au 3 janvier 1994.

1994 — Le Musée national d’art moderne acquiert la peinture «  Ralf III » (1965), inventoriée AM 1994-103.

2021-10-20 — Ouverture de «  Baselitz — La rétrospective » au Centre Pompidou, présentée jusqu’au 7 mars 2022.

2026-04-30 — Mort de Georg Baselitz à 88 ans; les notices du Centre Pompidou et du MoMA portent désormais 2026.

Georg Baselitz & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Georg Baselitz à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Georg Baselitz peignait-il ses tableaux à l'envers ?

Depuis 1969, il peignait systématiquement ses compositions la tête en bas. Le renversement n'était pas une provocation gratuite : il servait à vider la forme de son contenu narratif, à tenir la toile entre abstraction et figuration, et à bousculer un médium alors tenu pour irrémédiablement conventionnel.

Georg Baselitz est-il encore vivant ?

Non : il est mort le 30 avril 2026, à 88 ans. Le Centre Pompidou et le Museum of Modern Art portent désormais l'année 2026 dans leurs notices d'artiste, et la galerie qui le représentait évoque une disparition survenue en avril 2026 à propos de l'exposition hommage « Per Mano ».

Que s'est-il passé lors de sa première exposition personnelle en 1963 ?

À la galerie Werner & Katz de Berlin, deux toiles — « Die große Nacht im Eimer » et « Der nackte Mann » — ont été saisies pour atteinte à l'ordre public. La procédure judiciaire s'est prolongée jusqu'en 1965, année où les peintures lui ont été restituées.

Où voir des œuvres de Georg Baselitz à Paris ?

Dans la collection du Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, qui conserve notamment « Ralf III » (1965), « Die Mädchen von Olmo II » (1981), « Bildübereins » (1991) et un ensemble d'eaux-fortes entrées en 2012 par la donation de la collection Florence et Daniel Guerlain.

Que désigne la série Remix chez Baselitz ?

Une reprise de ses propres motifs anciens. Lors de l'exposition parisienne de 2008 chez Thaddaeus Ropac, l'artiste expliquait avoir choisi ce mot venu de la culture jeune parce qu'il désignait chez lui tout autre chose qu'un simple changement de rythme ou de son, et que les « anciens » en ignoraient généralement le sens.

Georg Baselitz était-il aussi sculpteur ?

Oui. C'est sa sélection pour représenter l'Allemagne à la Biennale de Venise de 1980, aux côtés d'Anselm Kiefer, qui marque sa première incursion dans la sculpture. Il a ensuite travaillé principalement le bois, taillé de façon directe, souvent à la tronçonneuse.