Exposition Paris

Exposition Georgia O’Keeffe

Née dans une ferme du Wisconsin en 1887 et morte à Santa Fe en 1986 à quatre-vingt-dix-huit ans, Georgia O’Keeffe à traversé presque tout le XXe siècle en refusant de copier ce qu’elle regardait: «  J’ai dû créer un équivalent de ce que je ressentais devant ce que je regardais — pas le copier.

Qui est Georgia O'Keeffe ?

Deuxième des sept enfants de Francis Calyxtus O’Keeffe et d’Ida Totto, Georgia Totto O’Keeffe reçoit ses premières leçons de dessin à domicile puis auprès de l’aquarelliste Sarah Mann.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Georgia O’Keeffe dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une formation nomade, du Wisconsin à New York

Deuxième des sept enfants de Francis Calyxtus O’Keeffe et d’Ida Totto, Georgia Totto O’Keeffe reçoit ses premières leçons de dessin à domicile puis auprès de l’aquarelliste Sarah Mann. Après le lycée de Chatham en Virginie, dont elle sort diplômée en 1905, elle s’inscrit à la School of the Art Institute of Chicago auprès de John Vanderpoel, puis à l’Art Students League de New York en 1907-1908, où elle travaille avec William Merritt Chase, F. Luis Mora et Kenyon Cox et remporte la bourse de nature morte de la League. Elle y apprend la peinture académique — un savoir-faire dont elle se détournera bientôt entièrement.

1915-1917: les fusains abstraits et la galerie 291

L’été 1912, à l’université de Virginie, Alon Bement lui transmet les idées d’Arthur Wesley Dow, qui privilégient la composition et la simplification des formes sur l’imitation. En octobre 1915, installée à Columbia en Caroline du Sud, elle décide de changer radicalement de direction et exécute une série décisive de fusains abstraits qu’elle envoie à son amie Anita Pollitzer. Le 1er janvier 1916, Pollitzer porte ces feuilles à Alfred Stieglitz, à la galerie 291. Il les expose la même année dans un accrochage collectif, puis lui offre le 3 avril 1917 sa première exposition personnelle.

Les années new-yorkaises: gratte-ciel et fleurs agrandies

Stieglitz organise ses expositions chaque année jusqu’à sa mort en 1946, aux Anderson Galleries puis à l’Intimate Gallery et à An American Place. En novembre 1924, le couple emménage au Shelton Hotel, sur Lexington Avenue, d’où elle observe la ville verticale: l’exposition de février 1926 montre les premières de ces architectures peintes entre 1925 et 1932. Parallèlement, ses fleurs cadrées de très près font scandale et se vendent: en avril 1928, Stieglitz annonce la cession de six toiles d’arums pour vingt-cinq mille dollars. Au milieu des années 1920, elle est reconnue comme l’une des artistes américaines les plus importantes.

Le Nouveau-Mexique, du premier été aux ossements

Le 27 avril 1929, O’Keeffe part pour Santa Fe avec l’artiste Rebecca Strand, puis gagne Taos. Le paysage aride et les cultures amérindienne et hispanique du nord du Nouveau-Mexique réorientent durablement son travail. Le 27 décembre 1931, An American Place inaugure «  Georgia O’Keeffe: 33 New Paintings (New Mexico) », première exposition où apparaissent les os. Elle achète en 1940 la maison de Ghost Ranch, Rancho de los Burros, où elle passait déjà ses étés depuis 1934, puis acquiert en 1945 une propriété à Abiquiú auprès de l’archidiocèse catholique de Santa Fe. En juin 1949, trois ans après la mort de Stieglitz, elle quitte New York définitivement.

Voyages tardifs, ciels d’avion et dernières décennies

Veuve, O’Keeffe voyage: Mexique en 1951, Espagne et France en 1953, tour du monde par l’Asie du Sud-Est, l’Inde, le Proche-Orient et l’Italie en 1959. Le musée qui conserve son fonds recense plus de quarante-neuf pays visités au cours de sa vie, jusqu’au Costa Rica à quatre-vingt-seize ans. Les sommets du Pérou et le mont Fuji nourrissent ses toiles; à soixante-treize ans, elle adopte un sujet neuf, les nappes de nuages vues d’avion. En 1971, elle perd la vision centrale; elle achève sa dernière huile sans assistance en 1972 et dessine encore au graphite jusqu’en 1984. Elle reçoit la Médaille de la Liberté en janvier 1977 et la National Medal of Arts en 1985.

La pratique en bref

Médiums: Huile sur toile, Huile sur panneau de fibres de bois, Fusain sur papier, Aquarelle, Pastel, Graphite.

Techniques: Cadrage rapproché et changement d’échelle radical du motif, Simplification des formes héritée de l’enseignement d’Arthur Wesley Dow, Aplats de couleur à contours nets, annonciateurs du hard edge des années 1960, Déclinaison d’un même motif en séries numérotées, Très grands formats panoramiques dans les années 1960.

Motifs récurrents: Fleurs agrandies, Crânes et ossements du désert, Gratte-ciel et nuits new-yorkaises, Mesas, canyons et terres noires du Nouveau-Mexique, Nuages et ciels vus d’avion, Abstraction organique.

2021: la première rétrospective française, au Centre Pompidou

Du 8 septembre au 6 décembre 2021, le Centre Pompidou a présenté la première rétrospective consacrée en France à Georgia O’Keeffe. Riche d’une centaine de peintures, dessins et photographies, le parcours suivait chronologiquement sa trajectoire, des premiers vertiges «  cosmiques » nés des plaines texanes vers 1910 aux métropoles et paysages ruraux de l’État de New York des années 1920-1930, jusqu’au Nouveau-Mexique. Ce rassemblement exceptionnel a été rendu possible par les prêts du Georgia O’Keeffe Museum de Santa Fe, du MoMA, du Metropolitan Museum, du Whitney Museum, de l’Art Institute de Chicago et du musée Thyssen-Bornemisza de Madrid. Le commissariat était assuré par Didier Ottinger.

L’avant-garde parisienne rencontrée à la galerie 291

Le parcours du Centre Pompidou s’ouvrait sur un espace consacré à la galerie 291, lieu déterminant de sa carrière: c’est là qu’elle découvre les artistes et les mouvements novateurs de l’art moderne européen. Cofondée par Alfred Stieglitz, la galerie avait organisé les premières expositions américaines d’Auguste Rodin, d’Henri Matisse, de Francis Picabia et de Paul Cézanne. La chronologie du Georgia O’Keeffe Museum atteste qu’en janvier 1908, encore étudiante à l’Art Students League, elle visite l’accrochage Rodin à 291, qu’elle voit peut-être Matisse en avril de la même année, puis Braque et Picasso entre décembre 1914 et mars 1915.

Mai 1953: dix semaines en Espagne et en France

La chronologie publiée par le Georgia O’Keeffe Museum sur sa plateforme de recherche Access O’Keeffe situe précisément son premier séjour européen: en mai 1953, à soixante-cinq ans passés, elle entreprend un voyage de dix semaines en Espagne et en France, et parcourt la France en voiture avec la sculptrice Mary Callery. Elle regagne New York en juin, puis Ghost Ranch en juillet. L’année suivante, en mars-mai 1954, elle repart pour trois mois en Espagne. Ces séjours tardifs, postérieurs de plus de trente ans à ses premières expositions, marquent sa seule confrontation directe avec les musées européens.

Où voir ses œuvres

Georgia O’Keeffe Museum (Santa Fe) — Institution dédiée à l’héritage artistique de l’artiste; plus grand dépôt de ses œuvres, de ses effets personnels et de ses archives, ainsi que de deux maisons historiques.

Centre Pompidou (Paris) — A présenté du 8 septembre au 6 décembre 2021 la première rétrospective française de l’artiste; le bâtiment de Beaubourg est fermé pour rénovation jusqu’en 2030.

The Metropolitan Museum of Art (New York) — Conserve plusieurs peintures majeures entrées par la collection Alfred Stieglitz, dont «  Black Iris » (1926) et «  Black Place II » (1944).

Art Institute of Chicago (Chicago) — École où elle étudie en 1905-1906 et musée qui conserve «  Sky above Clouds IV » (1965), donné par l’artiste, ainsi que «  The Shelton with Sunspots, N.Y. » (1926).

Repères chronologiques

1887-11-15 — Naissance de Georgia Totto O’Keeffe dans la ferme laitière familiale, près de Sun Prairie (Wisconsin).

1905-1906 — Études à la School of the Art Institute of Chicago, dans l’atelier de John Vanderpoel.

1915-10 — Décision de rompre avec sa formation: série de fusains abstraits envoyée à Anita Pollitzer.

1916-01 — Anita Pollitzer porte les fusains à Alfred Stieglitz, à la galerie 291, le jour de l’An.

1917-04-03 — Ouverture de «  Georgia O’Keeffe », sa première exposition personnelle, à la galerie 291.

1924-11 — Installation avec Stieglitz au Shelton Hotel, d’où naîtront ses vues de gratte-ciel new-yorkais.

1929-04-27 — Départ pour Santa Fe avec Rebecca Strand, puis Taos: premier long séjour au Nouveau-Mexique.

1931-12-27 — «  Georgia O’Keeffe: 33 New Paintings (New Mexico) » à An American Place, première exposition d’ossements.

1946-07-13 — Mort d’Alfred Stieglitz, l’année où s’ouvre au Museum of Modern Art la rétrospective qu’elle a organisée.

1949-06 — Départ définitif de New York pour le Nouveau-Mexique, entre Abiquiú et Ghost Ranch.

1953-05 — Voyage de dix semaines en Espagne et en France, dont un périple en voiture à travers la France.

1970-10 — Elle installe elle-même sa rétrospective au Whitney Museum of American Art, à New York.

1972 — Achèvement de sa dernière peinture à l’huile réalisée sans assistance, après la perte de la vision centrale.

1977-01 — Remise de la Médaille de la Liberté par le président Gerald Ford.

1986-03-06 — Mort à Santa Fe, au St. Vincent’s Hospital, à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans.

2021-09-08 — Ouverture au Centre Pompidou de la première rétrospective française, jusqu’au 6 décembre 2021.

Georgia O'Keeffe & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Georgia O’Keeffe à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Quel rôle Alfred Stieglitz a-t-il joué dans la carrière de Georgia O'Keeffe ?

Marchand et photographe, il est le premier à exposer son travail, en 1916, après qu'Anita Pollitzer lui eut porté ses fusains à la galerie 291 le 1er janvier de cette année-là. Il lui offre une exposition personnelle le 3 avril 1917 puis en organise une chaque année jusqu'à sa mort, le 13 juillet 1946. Il devient son mari, son divorce ayant été prononcé le 9 septembre 1924.

Pourquoi Georgia O'Keeffe s'est-elle installée au Nouveau-Mexique ?

Elle découvre Santa Fe en 1917 lors d'un retour du Colorado, puis effectue en avril 1929 le premier de nombreux séjours dans le nord de l'État. Le paysage dépouillé et les cultures amérindienne et hispanique de la région donnent une direction nouvelle à sa peinture ; elle y passe la plupart de ses étés pendant deux décennies avant de s'y établir définitivement en juin 1949.

Georgia O'Keeffe a-t-elle été exposée à Paris ?

Oui, mais tardivement : le Centre Pompidou lui a consacré du 8 septembre au 6 décembre 2021 la première rétrospective organisée en France, réunissant une centaine de peintures, dessins et photographies sous le commissariat de Didier Ottinger, grâce aux prêts du Georgia O'Keeffe Museum, du MoMA, du Metropolitan Museum, du Whitney, de l'Art Institute de Chicago et du musée Thyssen-Bornemisza.

A-t-elle continué à créer après la perte de sa vue ?

Atteinte de dégénérescence maculaire, elle perd la vision centrale en 1971 et achève en 1972 sa dernière huile réalisée sans aide. Elle travaille encore à l'huile avec assistance jusqu'en 1977, sans assistance à l'aquarelle et au fusain jusqu'en 1978, et au graphite jusqu'en 1984, puisant dans ses motifs favoris de mémoire. En 1977, à quatre-vingt-dix ans, elle déclare voir encore ce qu'elle veut peindre.

Quelles distinctions Georgia O'Keeffe a-t-elle reçues ?

En janvier 1977, le président Gerald Ford lui remet la Médaille de la Liberté. En 1985, le président Ronald Reagan lui décerne la National Medal of Arts. Sa reconnaissance institutionnelle était déjà ancienne : elle organise elle-même sa rétrospective au Museum of Modern Art ouverte en mai 1946, puis installe celle du Whitney Museum of American Art en octobre 1970.

Où voir aujourd'hui les œuvres de Georgia O'Keeffe ?

Le Georgia O'Keeffe Museum de Santa Fe détient le plus grand ensemble de ses œuvres, de ses effets personnels et de ses archives, ainsi que deux maisons historiques. Le Metropolitan Museum of Art conserve notamment « Black Iris » (1926), « Grey Line with Lavender and Yellow » (vers 1923) et « Black Place II » (1944) ; l'Art Institute of Chicago présente « Sky above Clouds IV » (1965).