Exposition Paris

Exposition Gerhard Richter

Né à Dresde en 1932 et installé à Cologne depuis les années 1980, Gerhard Richter a construit une œuvre qui refuse de choisir: la même main peint des portraits flous copiés sur des photographies d’album, des monochromes gris, des nuanciers de couleurs tirées au sort et de vastes abstractions.

Qui est Gerhard Richter ?

Gerhard Richter naît à Dresde en 1932.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Gerhard Richter dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De Dresde au passage à l’Ouest

Gerhard Richter naît à Dresde en 1932. Diplômé de l’École des beaux-arts de la ville, où il s’était spécialisé dans la fresque, il exécute d’importantes commandes en République démocratique allemande et connaît une relative sécurité matérielle. En 1961, peu avant la construction du mur, il quitte Dresde avec sa femme Marianne, dite Ema, en empruntant le métro berlinois. Le couple passe par le camp de transit de Göttingen, séjourne à Oldenburg, puis s’établit à Düsseldorf. Richter a alors une trentaine d’années et renonce sciemment à une carrière déjà lancée à l’Est.

Peindre d’après la photographie

À partir de 1963, Richter fonde sa peinture sur des images empruntées: coupures de presse, clichés amateurs, photographies de famille emportées lors du départ pour l’Ouest. Entre 1964 et 1966, il peint des portraits d’anonymes et de proches — «  Tante Marianne », «  Oncle Rudi », «  Famille au bord de la mer » — en noir et blanc, parfois teintés de brun pour évoquer le sépia. Le floutage varie selon le sujet: pour «  Tante Marianne », il passe une brosse à poils durs sur l’huile encore souple afin que les éléments s’interpénètrent. Cette mise à distance brouille délibérément la frontière entre peinture et photographie.

La volte-face de 1968: gris, nuanciers et verres

En 1968, Richter rompt avec les portraits, natures mortes et paysages qui l’occupaient. Il engage la série des monochromes gris, peints au rouleau, à l’éponge ou au pinceau pour faire ressortir la diversité des gris, développe les Nuanciers — élaborés dès le milieu des années soixante selon un principe aléatoire — et réalise ses premiers Verres. Il confie plus tard que ses tableaux étaient devenus si impersonnels qu’il n’y restait qu’un camaïeu de gris ou de couleurs juxtaposées, et qu’il ne se sentait pas bien ainsi: il décide alors de peindre précisément le contraire.

1988: la peinture d’histoire à contretemps

Plus de dix ans après les faits, Richter peint en 1988 les quinze toiles de «  18 octobre 1977 », d’après des photographies de presse et de police liées à la Fraction armée rouge. Le titre reprend la date à laquelle Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe furent trouvés morts dans leurs cellules d’une prison de Stuttgart, morts officiellement tenues pour des suicides mais largement soupçonnées d’être des meurtres. La même année, il peint «  Betty », portrait de sa fille aujourd’hui conservé au Saint-Louis Art Museum: intimité et tragédie collective sortent du même atelier.

Le hasard organisé, du verre au vitrail de Cologne

En 2002, le Chapitre de la cathédrale de Cologne commande à Richter un vitrail pour le transept sud, détruit pendant la guerre; le programme imposé prévoyait six martyrs du XXe siècle. Le peintre choisit une tout autre voie: répartir sur les 113 mètrès carrés de la baie des carrés de verre teinté d’environ dix centimètrès de côté, selon des configurations tirées par ordinateur. L’œuvre, inaugurée en 2007, provoque des réactions hostiles d’une partie du clergé. Elle prolonge pourtant la logique des Panneaux de verre et des 1 024 Couleurs: une trame abstraite et cloisonnée, proche de la mosaïque.

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, émail sur toile, verre et miroir, vitrail, dessin et aquarelle, photographie peinte, sculpture en verre et acier.

Techniques: peinture d’après photographie de presse ou cliché amateur, floutage de la surface peinte (brosse à poils durs sur l’huile fraîche), monochrome gris au rouleau, à l’éponge ou au pinceau, répartition aléatoire des couleurs, y compris par tirage informatique, abstraction gestuelle et raclée de matière.

Motifs récurrents: mémoire familiale et album de photographies, histoire allemande: nazisme, guerre, partition, terrorisme et Fraction armée rouge, portrait intime, paysage, marine et paysage urbain, couleur, hasard et indétermination, réalités invisibles à l’œil (structures moléculaires).

1977: la découverte française passe par le Centre Pompidou

Le grand public français découvre le travail de Gerhard Richter lors de la rétrospective qu’organise le tout nouveau Centre Georges Pompidou, présentée du 2 février au 2 mars 1977 — quelques semaines seulement après l’ouverture de l’institution. Il le retrouve en 1981 dans «  Art Allemagne Aujourd’hui », exposition conçue par Suzanne Pagé au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Le peintre appartient donc au paysage parisien depuis près d’un demi-siècle, bien avant la reconnaissance internationale que lui vaudra la rétrospective du MoMA en 2002.

Richter dans les collections publiques parisiennes

Le Musée national d’art moderne conserve un ensemble significatif d’œuvres de Richter: «  Stadtbild Paris » (175) de 1968, «  Grau » (349) et «  1 024 Farben » (350-3) de 1973, «  Abstraktes Bild » (444) de 1979 — huile sur toile de 300 sur 250 centimètrès, achetée en 1980 sous le numéro d’inventaire AM 1980-530 —, «  Chinon » (645) de 1987, «  Juni » (527), plusieurs peintures datées de 1999 et «  6 stehende Scheiben » (879-5). Un tableau de Paris, peint d’après photographie, figure ainsi dans la collection parisienne elle-même.

2012 et 2025: deux rétrospectives parisiennes

En 2012, le Centre Pompidou accueille «  Gerhard Richter. Panorama » du 6 juin au 24 septembre, volet parisien d’un projet mené avec la Tate Modern de Londres et la Nationalgalerie de Berlin pour les quatre-vingts ans du peintre; Camille Morineau en assure le commissariat côté français, avec un espace central consacré aux verres, miroirs et monochromes gris. Treize ans plus tard, la Fondation Louis Vuitton lui consacre une nouvelle rétrospective, du 17 octobre 2025 au 2 mars 2026.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve plusieurs œuvres de Richter et a organisé ses deux rétrospectives parisiennes majeures, en 1977 puis en 2012.

Fondation Louis Vuitton (Paris) — A présenté une rétrospective Gerhard Richter du 17 octobre 2025 au 2 mars 2026, désormais terminée.

Musée d’Art moderne de Paris (Paris) — A montré Richter en 1981 dans l’exposition «  Art Allemagne Aujourd’hui » conçue par Suzanne Pagé.

Repères chronologiques

1932 — Naissance de Gerhard Richter à Dresde, en Allemagne.

1961 — Départ de Dresde par le métro berlinois et installation à Düsseldorf, après un passage par le camp de transit de Göttingen.

1963 — Il commence à peindre d’après des photographies de presse et des clichés amateurs, volontairement floutés.

1968 — Volte-face picturale: premiers monochromes gris, Nuanciers et Verres; peint «  Stadtbild Paris ».

1973 — Réalise «  Grau » (349) et «  1 024 Farben » (350-3), aujourd’hui au Musée national d’art moderne à Paris.

1977-02 — Première rétrospective parisienne au Centre Georges Pompidou, du 2 février au 2 mars 1977.

1988 — Peint le cycle «  18 octobre 1977 », quinze tableaux sur la Fraction armée rouge, ainsi que le portrait «  Betty ».

1997 — Lion d’or de la 47e Biennale de Venise et présentation d’«  Atlas » à la documenta X.

1999 — Inauguration de «  Noir, Rouge, Or » dans le hall du Reichstag, à Berlin.

2007 — Inauguration du vitrail du transept sud de la cathédrale de Cologne, commandé en 2002.

2011-2012 — Rétrospective «  Panorama » à la Tate Modern (6 octobre 2011 - 8 janvier 2012), puis à Berlin et Paris.

2012 — «  Gerhard Richter. Panorama » au Centre Pompidou, du 6 juin au 24 septembre 2012.

2025-2026 — Rétrospective à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, du 17 octobre 2025 au 2 mars 2026.

Gerhard Richter & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Gerhard Richter à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi les tableaux de Gerhard Richter peints d'après photographie sont-ils flous ?

Le flou est un geste appliqué sur la peinture encore fraîche : pour « Tante Marianne », en 1965, Richter passe une brosse à poils durs sur l'huile souple afin que tous les éléments s'interpénètrent. L'effet crée une distance physique, temporelle et affective vis-à-vis d'images d'album ou de presse, et brouille la frontière entre peinture et photographie.

Que représente le cycle « 18 octobre 1977 » ?

Ce sont quinze tableaux peints en 1988 d'après des photographies de presse et de police liées à la Fraction armée rouge. Le titre est la date à laquelle Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe furent trouvés morts dans leurs cellules d'une prison de Stuttgart. L'ensemble est conservé au Museum of Modern Art de New York.

Quand le public parisien a-t-il vu Gerhard Richter pour la première fois ?

En 1977 : le Centre Georges Pompidou, tout juste ouvert, lui consacre une rétrospective présentée du 2 février au 2 mars. Le peintre revient à Paris en 1981 dans « Art Allemagne Aujourd'hui », exposition conçue par Suzanne Pagé au Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Gerhard Richter est-il un peintre figuratif ou abstrait ?

Les deux, simultanément. Sa particularité est de pratiquer plusieurs langages plastiques en parallèle plutôt que de passer de l'un à l'autre : la même période produit des photos-peintures, des monochromes gris, des nuanciers et des abstractions gestuelles. C'est précisément ce que la rétrospective « Panorama » cherchait à rendre visible.

Que sont les Nuanciers et « 1 024 Farben » ?

Ce sont des tableaux composés de carrés de couleur juxtaposés, élaborés dès le milieu des années soixante selon un principe aléatoire, à la manière des nuanciers industriels. « 1 024 Farben » (350-3), de 1973, est un émail sur toile de 254 sur 478 centimètrès conservé au Musée national d'art moderne, à Paris.

Pourquoi le vitrail de la cathédrale de Cologne a-t-il fait polémique ?

Le Chapitre attendait en 2002 une représentation de six martyrs du XXe siècle. Richter a préféré répartir sur les 113 mètrès carrés du transept sud des carrés de verre teinté d'environ dix centimètrès, disposés par tirage informatique. Certains membres du clergé jugèrent l'œuvre, inaugurée en 2007, mieux adaptée à un autre lieu de culte.