Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Gustave Courbet dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Fils d’un exploitant agricole de Flagey, Gustave Courbet (Ornans, 1819 - La Tour-de-Peilz, 1877) monte à Paris en 1839 et impose en une décennie une peinture qui donne aux gens d’un village comtois les dimensions réservées à l’histoire sainte.
Gustave Courbet naît à Ornans en 1819, unique garçon d’une fratrie de cinq.
Cette page sert surtout à situer Gustave Courbet dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Gustave Courbet naît à Ornans en 1819, unique garçon d’une fratrie de cinq. Son père Régis Courbet (1798-1882) est un riche exploitant agricole de Flagey et électeur censitaire, sa mère Sylvie Oudot (1794-1871) la fille de vignerons républicains d’Ornans. L’enfance se partage entre la ferme des hauts plateaux et la vallée de la Loue. Destiné au droit, il reçoit l’enseignement artistique de Claude-Antoine Beau au petit séminaire d’Ornans, puis celui de Charles-Antoine Flajoulot au collège royal de Besançon, foyer des philosophes utopistes.
En 1839, le jeune homme gagne Paris pour y poursuivre sa formation. Comme beaucoup de débutants sans atelier célèbre, il travaille au musée du Louvre et au musée du Luxembourg, où il copie les maîtrès anciens italiens, flamands et espagnols: de cette pratique subsiste un « Réveil de saint Jérôme » d’après le Guerchin, peint vers 1840 et conservé au musée départemental Gustave Courbet. La capitale lui donne surtout des interlocuteurs: Charles Baudelaire, Champfleury, et à partir de 1848 les idées de Pierre-Joseph Proudhon.
Après plusieurs refus, Courbet est admis au Salon en 1844 avec l’« Autoportrait au chien noir », aujourd’hui au Petit Palais. Il y présente une dizaine de toiles en 1848, puis obtient en 1849 une médaille pour « L’Après-dînée à Ornans », entrée au Palais des Beaux-Arts de Lille: cette distinction le dispense du jury de sélection et lui ouvre une liberté rare. La reconnaissance ne désarme pas l’hostilité, que « Les Casseurs de pierre » de 1849, œuvre aujourd’hui détruite, puis « Un enterrement à Ornans » exposé en 1850-1851 portent à son comble.
Le réalisme naît au milieu du siècle contre le classicisme et le romantisme, et Courbet en devient le chef de file autant par son aura que par sa stratégie de promotion. Le musée départemental qui porte son nom insiste sur un point souvent renversé: il ne s’agit pas d’imiter le réel, mais de prendre pour sujet la réalité environnante, ses mœurs et ses idées, en y faisant ressortir l’individualité du peintre. Le geste décisif est un choix d’échelle, le grand format réservé jusque-là au sacré et à l’histoire appliqué au quotidien des campagnes.
Sa rencontre avec Alfred Bruyas (1821-1877), collectionneur montpelliérain, lui procure dès les années 1850 les moyens de peindre en toute indépendance. Les expositions s’enchaînent hors de France, à Bruxelles, à Berlin et à Vienne, tandis que sa réputation de paysagiste s’élargit aux scènes de chasse, tel l’« Hallali du cerf » de 1867 conservé à Besançon, et aux grands nus féminins comme « Le Sommeil » de 1866. Champfleury résumait dès 1872 la brutalité de cette ascension: « Personne hier ne savait son nom: aujourd’hui il est dans toutes les bouches. »
Républicain de longue date, Courbet s’engage pleinement en 1871: élu conseiller municipal de la Commune de Paris, il préside la Fédération des artistes, chargée de protéger monuments et œuvres menacés. Une accusation infondée de participation à la destruction de la colonne Vendôme le conduit en prison la même année; il y peint des natures mortes, dont les « Fleurs » de 1871. Rejugé en 1873 et condamné à financer la reconstruction de la colonne, insolvable, il choisit l’exil suisse, peint pour rembourser ses dettes et meurt à La Tour-de-Peilz le 31 décembre 1877.
Médiums: huile sur toile, huile sur bois, dessin, sculpture, estampe d’après ses œuvres.
Techniques: grand format appliqué à des sujets de la vie quotidienne, copie d’après les maîtrès anciens au Louvre et au musée du Luxembourg, peinture de paysage d’après la vallée de la Loue et le littoral normand, autopromotion par l’exposition personnelle payante et la diffusion gravée.
Motifs récurrents: vie rurale et enterrements comtois, paysages de la Loue et marines, nu féminin et sensualité, chasse et scènes animalières, autoportrait et fabrique de l’image publique, engagement politique républicain.
L’arrivée de Courbet dans la capitale en 1839 ne passe par aucun atelier prestigieux: sa formation se fait dans les salles du musée du Louvre et du musée du Luxembourg, devant les Italiens, les Flamands et les Espagnols qu’il copie. Le « Réveil de saint Jérôme » d’après le Guerchin, peint vers 1840, témoigne de cet apprentissage par la main. Paris lui apporte simultanément un milieu intellectuel, celui de Baudelaire et de Champfleury, puis les thèses de Proudhon découvertes dans les journées révolutionnaires de 1848.
Toute la trajectoire publique de Courbet se joue au Salon, l’exposition annuelle de l’Académie des beaux-arts. Refusé à plusieurs reprises, admis en 1844, médaillé en 1849 et donc affranchi du jury, il se sert ensuite de cette dispense pour imposer des toiles que le public parisien juge insupportables. L’accrochage d’« Un enterrement à Ornans » en 1850-1851 cristallise le rejet: un cortège villageois traité au format d’un grand sujet d’histoire est reçu comme une provocation contre la hiérarchie des genres.
À l’occasion de l’Exposition universelle de 1855, plus d’une dizaine de toiles de Courbet sont acceptées, mais « L’Atelier du peintre » est écarté en raison de ses dimensions hors normes, 3,61 mètrès sur 5,98. Le peintre riposte en finançant lui-même sa propre exposition personnelle, qu’il baptise « le pavillon du Réalisme ». Le geste, très commenté, invente à Paris un précédent durable: l’artiste qui court-circuite l’institution officielle et organise sa visibilité par ses propres moyens.
Après la défaite de 1870 face à la Prusse, les Parisiens instaurent une Commune indépendante du gouvernement français. Courbet y est élu conseiller municipal et prend la présidence de la Fédération des artistes, organisation chargée de protéger les monuments et les œuvres menacés. Une accusation infondée de participation à la destruction de la colonne Vendôme lui vaut la prison en 1871, puis en 1873 une condamnation à financer la reconstruction du monument, dette qui le pousse à l’exil et achève de le ruiner.
Le Petit Palais conserve trois jalons de sa carrière: l’« Autoportrait dit Courbet au chien noir » peint entre 1842 et 1844, « Les Demoiselles des bords de la Seine (été) » de 1857, entrée en 1906 par un don d’Étienne Baudry transmis par la sœur du peintre Juliette Courbet, et « Le Sommeil » de 1866, acquis par la Ville en 1953 et signé « G. Courbet 66 ». Les deux toiles de la rupture, « Un enterrement à Ornans » et « L’Atelier du peintre », sont pour leur part conservées au musée d’Orsay.
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Paris) — Conserve et expose « Le Sommeil » (1866, salle 5 du rez-de-jardin), « Les Demoiselles des bords de la Seine (été) » (1857, galerie des grands formats) et l’« Autoportrait dit Courbet au chien noir ».
Musée d’Orsay (Paris) — Conserve « Un enterrement à Ornans » et « L’Atelier du peintre », les deux toiles qui ont fait la rupture réaliste.
Musée départemental Gustave Courbet (Ornans) — Maison natale devenue musée: environ 400 œuvres dont une soixantaine de Courbet, de « Le pont de Nahin » vers 1837 au « Château de Chillon » de 1874.
Palais des Beaux-Arts de Lille (Lille) — Conserve « L’Après-dînée à Ornans », toile médaillée au Salon de 1849.
The Metropolitan Museum of Art (New York) — Conserve un ensemble de peintures de Courbet, dont « Woman with a Parrot » (1866), « Jo, La Belle Irlandaise » (1865-1866) et « Marine: The Waterspout » (1870).
1819-06-10 — Naissance à Ornans, dans le Doubs, unique fils de Régis Courbet et de Sylvie Oudot
1839 — Installation à Paris, formation par la copie au musée du Louvre et au musée du Luxembourg
1844 — Première admission au Salon avec l’« Autoportrait au chien noir », aujourd’hui au Petit Palais
1849 — Médaille au Salon pour « L’Après-dînée à Ornans », qui l’exempte désormais du jury de sélection
1850-1851 — Exposition d’« Un enterrement à Ornans », reçue avec hostilité par le public et les pairs
1855 — Refus de « L’Atelier du peintre » à l’Exposition universelle et ouverture du pavillon du Réalisme
1857 — « Les Demoiselles des bords de la Seine (été) », toile aujourd’hui conservée au Petit Palais
1866 — Peinture du « Sommeil », grand nu signé et daté « G. Courbet 66 », acquis par la Ville de Paris en 1953
1871 — Élu conseiller municipal de la Commune de Paris et président de la Fédération des artistes, puis emprisonné
1873 — Condamnation à financer la reconstruction de la colonne Vendôme, puis départ en exil pour la Suisse
1877-12-31 — Mort à La Tour-de-Peilz, en Suisse, sans avoir obtenu l’amnistie qu’il espérait




Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Gustave Courbet à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Parce que Courbet y applique à un cortège funèbre villageois le très grand format habituellement réservé aux sujets religieux, mythologiques ou historiques. Exposée en 1850-1851, la toile est reçue comme un renversement de la hiérarchie des genres et suscite l'incompréhension, voire l'hostilité, du public comme de ses pairs.
Une exposition personnelle que Courbet a financée lui-même en marge de l'Exposition universelle de 1855, après le refus de « L'Atelier du peintre » motivé par ses dimensions hors normes de 3,61 mètrès sur 5,98. Ce contournement de l'institution officielle a fait polémique et reste un précédent dans l'histoire des expositions d'artiste.
Au Petit Palais, qui conserve « Le Sommeil » de 1866 dans la salle 5 du rez-de-jardin, « Les Demoiselles des bords de la Seine (été) » de 1857 dans la galerie des grands formats et l'« Autoportrait dit Courbet au chien noir » ; et au musée d'Orsay, qui détient « Un enterrement à Ornans » et « L'Atelier du peintre ».
Élu conseiller municipal de la Commune en 1871, il a présidé la Fédération des artistes, organisation chargée de protéger les monuments et les œuvres menacés. Une accusation infondée de participation à la destruction de la colonne Vendôme lui a valu la prison, puis en 1873 une condamnation à en financer la reconstruction.
Incapable d'acquitter l'amende prononcée en 1873 pour la reconstruction de la colonne Vendôme et menacé d'un nouvel emprisonnement, il choisit l'exil. Ses biens sont saisis en France ; il peint des paysages pour rembourser ses dettes et s'éteint le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz, sans avoir obtenu l'amnistie qu'il espérait.
Oui : le musée départemental qui lui est consacré présente un dessinateur dont la pratique a été récemment réhabilitée et un sculpteur occasionnel, auteur notamment de « La Dame à la Mouette » réalisée en 1876 pendant l'exil suisse. Sa collection réunit peintures, sculptures et œuvres graphiques.