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Cette page sert surtout à situer Hans Hartung dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né à Leipzig en 1904 et mort à Antibes en 1989, Hans Hartung couvre de taches d’encre ses premières feuilles dès 1922, alors qu’il est encore lycéen: l’abstraction naît chez lui avant qu’il n’en connaisse le nom.
Fils d’un médecin, Hans Hartung grandit à Leipzig dans un milieu bourgeois ouvert à la musique, que sa mère lui transmet.
Cette page sert surtout à situer Hans Hartung dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Fils d’un médecin, Hans Hartung grandit à Leipzig dans un milieu bourgeois ouvert à la musique, que sa mère lui transmet. Enfant, il fabrique lui-même un télescope et un appareil photographique, et se passionne pour le ciel et les éclairs; dès douze ans il signe des scènes de soldats au front, marqué par la Première Guerre mondiale. Un séjour à Bâle entre 1912 et 1914 lui fait découvrir l’astronomie et la photographie. En 1922, encore lycéen, il réalise à l’encre et à l’aquarelle des taches informelles et aléatoires: c’est, chez lui, la naissance de l’abstraction, deux ans avant son baccalauréat.
Après des études de philosophie et d’histoire de l’art à Leipzig, Hartung passe par l’Akademie für graphische Künste de Leipzig, la Hochschule de Dresde puis l’Akademie der bildenden Künste de Munich. Arrivé à Paris en 1927, il s’inscrit à l’académie André Lhote. Il épouse en 1929 la peintre norvégienne Anna-Eva Bergman, expose à la galerie Kunstausstellung Kühl de Dresde en 1931, puis s’installe avec elle à Minorque. Inquiété par la Gestapo à Berlin en 1935, ami de juifs et de communistes, peintre abstrait donc suspect, il se réfugie à Paris et loge rue Daguerre, où il fréquente Jean Hélion, Alexander Calder et les Delaunay.
Refusant de servir sous le drapeau allemand, Hartung s’engage à deux reprises dans la Légion étrangère. Envoyé en Algérie en 1940 puis démobilisé, il se cache dans le Lot, franchit clandestinement la frontière espagnole où il est emprisonné de longs mois, avant de se réengager. Blessé au combat en 1944, il est amputé de la jambe droite. Naturalisé français au sortir de la guerre, décoré de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre, il reprend la peinture là où il l’avait laissée et montre en 1947, à la galerie Lydia Conti à Paris, ses toiles anciennes et récentes.
Hartung emploie dans ses mémoires la formule « reconnecter les circuits détruits » pour désigner ces années de reconstruction. La critique l’érige en maître de l’« abstraction lyrique » et le rattache à l’École de Paris; le psychiatre Ottomar Domnick édite en 1949 la première monographie trilingue qui lui est consacrée. Il retrouve Anna-Eva Bergman en 1952 et l’épouse une seconde fois en 1957, l’année où il s’entoure d’assistants et d’une documentaliste pour engager l’archivage systématique de son œuvre. En 1959, il fait bâtir sur ses propres plans un atelier rue Gauguet, près du parc Montsouris.
Le Grand Prix de peinture de la Biennale de Venise 1960, partagé avec Jean Fautrier, coïncide avec l’abandon définitif du report au carreau: Hartung passe à la pulvérisation et aux peintures industrielles. Après des années de chantier, la villa-atelier d’Antibes est réceptionnée le 19 décembre 1973; il y organise ses archives, y reçoit et y publie ses mémoires, Autoportrait, chez Grasset en 1976. La mort d’Anna-Eva Bergman en 1987 le laisse à la seule création: projections de peinture, très grands formats, travail en fauteuil roulant. Sa dernière toile est achevée le 16 novembre 1989, une semaine après la chute du mur de Berlin; il meurt le 7 décembre.
Médiums: huile sur toile, acrylique sur toile, aquarelle et encre sur papier, pastel, fusain et sanguine, estampe (lithographie, eau-forte, xylogravure, monotype), photographie, céramique, galets peints.
Techniques: taches fluides à l’encre et à l’aquarelle (à partir de 1922), mise au carreau et report d’un dessin ou d’un pastel sur la toile, pratiqué des années 1930 à 1960, grattage: retrait de matière dans des couches superposées, en écho à la xylogravure et à la lithographie, lacération au stylet, au râteau et au peigne métallique, pulvérisation à l’aérosol, au spray et au pistolet de carrossier à air comprimé, aspirateur inversé, tyrolienne à crépi empruntée au bâtiment, sulfateuse à vigne, balai de genêts trempé dans la peinture et frappé sur la toile, serpette, préparation des toiles et manipulation par une équipe d’assistants à partir de 1957.
Motifs récurrents: le geste comme prolongement du corps et exutoire à la souffrance, la ligne, le faisceau et la griffure, le travail en série et la répétition comme condition de la liberté, le ciel, l’éclair et les phénomènes lumineux, l’archive: classer, numéroter et documenter sa propre production, la musique, passion transmise par sa mère.
Paris est d’abord pour Hartung une salle de cours: arrivé en 1927, il s’inscrit à l’académie André Lhote, à Montparnasse, après ses écoles allemandes. La ville redevient dix ans plus tard un refuge. Inquiété par la Gestapo à Berlin en 1935 — son art étant tenu pour dégénéré —, il fuit et s’installe rue Daguerre, tandis qu’Anna-Eva Bergman reste hospitalisée à Berlin. Il y fréquente Jean Hélion, Alexander Calder et les époux Delaunay, et rencontre le sculpteur républicain espagnol Julio González, dont il épousera la fille Roberta en juillet 1939.
En 1947, quelques mois après avoir obtenu la nationalité française, Hartung accroche ses toiles anciennes et récentes à la galerie Lydia Conti; il se lie la même année d’amitié avec Pierre Soulages, et le cinéaste Alain Resnais, rencontré par l’historienne d’art Madeleine Rousseau, tourne un court métrage intitulé Visite à Hans Hartung. En 1959, il aménage rue Gauguet, dans le quartier du parc Montsouris, un atelier construit d’après ses propres plans — un banc d’essai avant la villa d’Antibes. En 1977, il entre à l’Académie des beaux-arts, quai de Conti.
Deux musées parisiens portent l’œuvre. Le Centre Pompidou conserve un ensemble qui va de T 1935-2 aux papiers des années 1960, dont T 1967-H25, huile de 154 × 250 cm achetée par l’État en 1968 et attribuée au musée en 1976; il lui avait consacré une exposition du 25 février au 25 avril 1982. Le Musée d’Art Moderne de Paris possède un fonds d’une dizaine d’œuvres, entré en partie par le legs Girardin en 1953, complété en 2017 par l’acquisition de quatre grandes peintures de la dernière période. Entre les deux, la rétrospective de 1969 au Musée national d’art moderne, l’exposition de 1980 consacrée aux années 1922-1939 et celle de 2019-2020 jalonnent la réception parisienne du peintre.
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve plusieurs œuvres de Hartung, dont T 1967-H25 (achat de l’État 1968, inv. AM 1976-976), et lui a consacré une exposition du 25 février au 25 avril 1982.
Musée d’Art Moderne de Paris (Paris) — Détient un fonds Hartung enrichi par le legs Girardin (1953) puis par l’acquisition de quatre peintures tardives en 2017; a organisé la rétrospective « Hans Hartung. La fabrique du geste » du 11 octobre 2019 au 1er mars 2020, sous le commissariat d’Odile Burluraux.
Académie des beaux-arts, Institut de France (Paris) — Hartung y est élu le 30 mars 1977 au fauteuil XIII de la section Peinture, à la succession de Lucien Fontanarosa.
Fondation Hartung-Bergman (Antibes) — Créée en 1994 dans la villa-atelier construite par le couple sur une oliveraie des hauteurs d’Antibes; conserve les œuvres et les archives et présente « Les voix de leurs œuvres » du 4 mai au 25 septembre 2026.
1904-09-21 — Naissance de Hans Hartung à Leipzig, dans une famille bourgeoise ouverte à la musique.
1922 — Premières taches abstraites à l’encre et à l’aquarelle, réalisées alors qu’il est encore lycéen.
1927 — Arrivée à Paris et inscription à l’académie André Lhote.
1935 — Inquiété par la Gestapo à Berlin, il se réfugie à Paris et s’installe rue Daguerre.
1944 — Blessé au combat sous l’uniforme de la Légion étrangère, il est amputé de la jambe droite.
1947 — Première exposition parisienne de ses toiles à la galerie Lydia Conti; amitié avec Pierre Soulages.
1959 — Aménagement d’un atelier rue Gauguet, près du parc Montsouris, d’après ses propres plans.
1960 — Grand Prix de peinture de la Biennale de Venise, ex aequo avec Jean Fautrier; abandon du report.
1973-12-19 — Réception des travaux de la villa-atelier d’Antibes, conçue avec l’architecte Mario Jossa.
1977-03-30 — Élection à l’Académie des beaux-arts, section Peinture, fauteuil XIII.
1982 — Exposition Hans Hartung au Centre Pompidou, du 25 février au 25 avril.
1989-12-07 — Mort de Hans Hartung à Antibes, trois semaines après l’achèvement de sa dernière toile.
2019 — Rétrospective « La fabrique du geste » au Musée d’Art Moderne de Paris, jusqu’au 1er mars 2020.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Hans Hartung à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
À partir de 1960, il cherche des instruments qui amplifient le geste et prolongent son corps. Entrent alors à l'atelier l'aérosol, le spray, le pistolet à air comprimé de carrossier, l'aspirateur inversé, la tyrolienne à crépi empruntée au bâtiment, la sulfateuse à vigne, mais aussi le balai de genêts trempé dans la peinture et frappé sur la toile, et la serpette.
Ce sont des codes d'inventaire, non des titres poétiques : dès 1957 Hartung s'entoure d'une documentaliste et engage l'archivage systématique de sa production, classée par année et par numéro. Les notices du Centre Pompidou reprennent tels quels ces identifiants, qui distinguent notamment T 1935-2, L 1966-6 ou P 1967-122.
Né à Leipzig le 21 septembre 1904, il quitte l'Allemagne après avoir été inquiété par la Gestapo en 1935. Refusant de porter l'uniforme allemand, il s'engage dans la Légion étrangère et obtient la nationalité française au sortir de la guerre ; il est décoré de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.
Deux collections publiques parisiennes en conservent : le Centre Pompidou, avec notamment T 1967-H25 (huile sur toile, 154 × 250 cm, inv. AM 1976-976), et le Musée d'Art Moderne de Paris, dont le fonds compte le legs Girardin de 1953 et quatre peintures tardives acquises en 2017. L'accrochage dépend de la programmation de chaque musée.
Blessé au combat en 1944, Hartung est amputé de la jambe droite. Après une longue convalescence il reprend son travail au point où il l'avait laissé, mais le geste devient chez lui un exutoire à la souffrance et une quête de liberté ; dans les années 1980, il peint en fauteuil roulant, à la sulfateuse, des toiles de très grand format.
Son apparente improvisation est le fruit d'une élaboration lente. Dès 1932-1933 il agrandit sur la toile, par mise au carreau et report, des pastels ou des dessins préparatoires ; il ne renonce définitivement à ce procédé qu'en 1960, après le Grand Prix de la Biennale de Venise. La série et la répétition restent le socle de sa liberté.