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Cette page sert surtout à situer Hélio Oiticica dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Hélio Oiticica (1937-1980) est l’artiste brésilien qui a fait sortir la couleur du tableau pour la déposer sur le corps du spectateur.
Fils d’un entomologiste également photographe et peintre, petit-fils d’un philologue et dirigeant anarchiste, Hélio Oiticica naît à Rio de Janeiro en 1937.
Cette page sert surtout à situer Hélio Oiticica dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Fils d’un entomologiste également photographe et peintre, petit-fils d’un philologue et dirigeant anarchiste, Hélio Oiticica naît à Rio de Janeiro en 1937. Avant même ses vingt ans, il est un membre actif du Grupo Frente, collectif carioca actif de 1954 à 1956, où il travaille la forme géométrique et la couleur vive. Les gouaches de ces années — série Grupo Frente, puis Metaesquemas à partir de 1956 — poussent la grille constructiviste européenne vers un rythme instable, décalé, que les musées américains conservent aujourd’hui en nombre: le Museum of Modern Art de New York et l’Art Institute of Chicago en possèdent plusieurs feuilles datées de 1955 à 1958.
Le manifeste néo-concret est publié en 1959 par des artistes brésiliens — Lygia Clark, Lygia Pape, Amílcar de Castro, Franz Weissmann, Sergio de Camargo, le poète Ferreira Gullar — lassés du dogmatisme du groupe concret. Oiticica rejoint le mouvement en 1960; ses constructions de bois peint en rouge et en jaune, suspendues, font littéralement passer la couleur dans les trois dimensions. Le Relevo neoconcreto de 1960 conservé au MoMA n’est plus un tableau rectangulaire: il s’avance dans la salle, et l’artiste écrit que le mur n’y sert pas de fond mais d’espace étranger et illimité, pourtant nécessaire à la vision de l’œuvre.
En 1964, Oiticica passe du temps dans les favelas de Rio et oriente son travail vers l’action participative. De cette immersion à Mangueira naissent les Parangolés, capes de jute, de tissu et de plastique que le spectateur revêt: « la cape non seulement habille le corps, mais l’incite à bouger, à danser », résume l’artiste. Pour les inaugurer, il demande à ses amis de Mangueira de les porter jusqu’au Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro — l’entrée leur est refusée. L’épisode déplace la question: ce n’est plus seulement le musée qui décide ce qui est de l’art, ce sont aussi les frontières de classe et de couleur d’une société très inégalitaire.
À partir de 1963, la série des Bólides — le mot signifie « boule de feu » en portugais — assemble des structures de bois ou de verre remplies de pigment brut, de pierres, de terre et de tissus. Viennent ensuite les Penetráveis, petits labyrinthes de bois peint dans lesquels on entre. En 1966-1967, Tropicália réunit ces éléments en un environnement complet, avec les pénétrables PN 2 « Purity is a myth » et PN 3 « Imagetical » aujourd’hui à la Tate. Le titre échappera à son auteur: il deviendra le nom d’un mouvement culturel brésilien, le Tropicalismo, porté par des musiciens qu’Oiticica fréquentait, Caetano Veloso et Torquato Neto parmi eux.
En 1969, Oiticica séjourne à Londres, où il est photographié devant la Whitechapel Art Gallery; Caetano Veloso, exilé par la dictature militaire, l’y retrouve la même année. Une bannière d’Oiticica portant la formule « Seja marginal, seja herói » (« Sois marginal, sois héros »), montrée sur scène par Veloso, Gilberto Gil et Os Mutantes, avait contribué à leur mise en cause par les autorités. Les années 1970 se jouent à New York, période décisive au contact des scènes artistiques, musicales, poétiques et théâtrales, avant qu’il ne s’installe dans un isolement choisi. Il rentre au Brésil et meurt à Rio de Janeiro en 1980, à quarante-deux ans.
Médiums: gouache et détrempe sur carton, huile et résine sur panneau de fibres, bois peint, verre, pigment brut, terre et pierres, jute, tissu, plastique, carton ondulé et cellophane, environnement architecturé, écrit théorique.
Techniques: abstraction géométrique à la gouache sur carton teinté, relief mural sortant du plan pictural, suspension de plans de bois peint dans l’espace, assemblage de conteneurs remplis de matériaux bruts, confection de vêtements-œuvres destinés à être portés et dansés, construction d’environnements praticables faits de cabines et de couloirs.
Motifs récurrents: libération de la couleur hors du tableau, participation active du spectateur, transformé de regardeur en acteur, culture populaire carioca, samba et carnaval, inégalité sociale et raciale au Brésil, anti-art et critique de l’institution muséale, corps comme support et comme lieu de l’œuvre.
Le lien le mieux établi entre Hélio Oiticica et Paris est institutionnel: la Galerie nationale du Jeu de Paume a coproduit, avec le Witte de With de Rotterdam et en association avec le Projeto Hélio Oiticica de Rio de Janeiro, la rétrospective itinérante qui a fait connaître l’artiste hors du Brésil. L’étape parisienne s’est tenue du 10 juin au 23 août 1992, entre Rotterdam (22 février - 26 avril) et Barcelone à la Fundació Antoni Tàpies (2 octobre - 8 décembre). Paris n’a donc pas seulement accueilli l’exposition: le Jeu de Paume figure parmi ses deux organisateurs.
Le projet de 1992 a été porté par une équipe réunissant le critique britannique Guy Brett, Catherine David, Chris Dercon, Luciano Figueiredo et l’artiste Lygia Pape, compagne de route d’Oiticica au sein du néo-concrétisme. Catherine David était alors conservatrice à la Galerie nationale du Jeu de Paume, dont les éditions ont publié le catalogue de l’exposition. Après Paris et Barcelone, la tournée s’est prolongée au Centro de Arte Moderna de la Fundação Calouste Gulbenkian à Lisbonne (20 janvier - 20 mars 1993) puis au Walker Art Center de Minneapolis (31 octobre 1993 - 20 février 1994).
La notice de l’Art Institute of Chicago consacrée aux Subterranean Tropicália Projects (PN10, PN11, PN12 et PN13, 1971) confirme que cette maquette d’environnements souterrains figurait bien dans les étapes de Rotterdam, Paris, Barcelone, Lisbonne et Minneapolis. Le public parisien de 1992 a donc découvert non pas une sélection de tableaux, mais le versant environnemental et projectuel de l’œuvre, celui des pénétrables et des projets d’espaces praticables conçus pendant les années new-yorkaises de l’artiste.
Galerie nationale du Jeu de Paume (Paris) — Coproductrice et étape parisienne de la rétrospective Hélio Oiticica, du 10 juin au 23 août 1992.
Tate Modern (Londres) — Conserve plusieurs œuvres (Metaesquemas, Bólides, Tropicália PN 2 et PN 3) et a présenté « Hélio Oiticica: The Body of Colour » du 6 juin au 23 septembre 2007.
Museum of Modern Art (New York) — Dix-sept œuvres en ligne, dont le Relevo neoconcreto de 1960 et la Parangolé Cape 12 de 1965 reconstituée en 1992.
Whitney Museum of American Art (New York) — A présenté « Hélio Oiticica: To Organize Delirium » du 14 juillet au 1er octobre 2017, première rétrospective américaine de grande ampleur depuis vingt ans.
Art Institute of Chicago (Chicago) — Conserve des Metaesquemas, le Núcleo NC3 et les Subterranean Tropicália Projects; coorganisateur de la rétrospective de 2016-2017.
1937 — Naissance à Rio de Janeiro, dans une famille d’un entomologiste photographe et peintre.
1955-1956 — Membre du Grupo Frente à Rio de Janeiro, premières gouaches géométriques.
1956 — Début de la série des Metaesquemas, gouaches sur carton conservées au MoMA.
1959 — Publication du manifeste néo-concret par Lygia Clark, Lygia Pape et Ferreira Gullar.
1960 — Oiticica rejoint le mouvement néo-concret et fait passer la couleur dans l’espace.
1963 — Premiers Bólides, conteneurs de bois et de verre chargés de pigment brut.
1964 — Séjours dans les favelas de Rio; l’œuvre bascule vers l’action participative.
1965 — Parangolés portées par les amis de Mangueira, refoulés du musée d’art moderne de Rio.
1966-1967 — Tropicália, environnement avec les pénétrables PN 2 et PN 3, aujourd’hui à la Tate.
1969 — Séjour à Londres, photographié devant la Whitechapel Art Gallery.
1971 — Subterranean Tropicália Projects PN10 à PN13, réalisés pendant les années new-yorkaises.
1980 — Mort à Rio de Janeiro à l’âge de quarante-deux ans, après le retour du Brésil.
1992 — Rétrospective à la Galerie nationale du Jeu de Paume, à Paris, du 10 juin au 23 août.
2007 — Exposition « Hélio Oiticica: The Body of Colour » à la Tate Modern, plus de 150 œuvres.
2017 — « To Organize Delirium » au Whitney Museum, première grande rétrospective américaine depuis vingt ans.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Hélio Oiticica à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Ce sont des capes de jute, de tissu et de plastique conçues pour être portées. L'artiste les décrit comme une manifestation de la couleur dans l'espace environnant : le spectateur revêt la cape, dont les couches colorées se révèlent quand il bouge, court ou danse. L'œuvre exige donc l'engagement direct du corps.
Bólide veut dire « boule de feu » en portugais. La série, commencée vers 1963, réunit des structures de bois ou de verre contenant du pigment brut, des pierres, de la terre et des textiles. Le MoMA y voit l'une des conceptions les plus inventives de la sculpture apparues dans les Amériques dans la seconde moitié du XXe siècle.
Oui. La Galerie nationale du Jeu de Paume a coproduit avec le Witte de With de Rotterdam la rétrospective itinérante consacrée à l'artiste, présentée à Paris du 10 juin au 23 août 1992, puis à Barcelone, Lisbonne et Minneapolis. C'est l'étape française la mieux documentée de sa réception.
Le mot vient de lui : Tropicália est d'abord le titre d'une de ses œuvres, un environnement de 1966-1967. Il est ensuite devenu le nom d'un mouvement culturel brésilien porté par des musiciens qu'il fréquentait, notamment Caetano Veloso et Torquato Neto, jusqu'à désigner tout le Tropicalismo.
Pour inaugurer la série, Oiticica avait demandé à ses amis de la favela de Mangueira de porter les capes jusqu'au Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro. L'accès leur a été interdit. L'épisode a rendu visibles les tensions raciales et sociales que le musée reconduisait, autant que ses critères esthétiques.
Principalement hors de France : la Tate conserve des Metaesquemas, des Bólides et l'ensemble Tropicália PN 2 et PN 3 ; le MoMA en présente dix-sept en ligne ; l'Art Institute of Chicago détient le Núcleo NC3 et les Subterranean Tropicália Projects de 1971.