Exposition Paris

Exposition Huang Yong Ping

Venu de Xiamen pour installer une œuvre dans «  Les Magiciens de la Terre » en 1989, Huang Yong Ping n’est jamais reparti: les événements de la place Tiananmen éclatent pendant le montage et l’artiste choisit Paris.

Qui est Huang Yong Ping ?

Né en 1954 à Xiamen, dans le Fujian, Huang Yong Ping étudie de 1978 à 1982 — juste après la Révolution culturelle — à l’Académie des Beaux-Arts du Zhejiang, à Hangzhou.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Huang Yong Ping dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Xiamen Dada, l’avant-garde par le paradoxe

Né en 1954 à Xiamen, dans le Fujian, Huang Yong Ping étudie de 1978 à 1982 — juste après la Révolution culturelle — à l’Académie des Beaux-Arts du Zhejiang, à Hangzhou. Il enseigne ensuite dans le Fujian et prend, de 1985 à 1987, la tête du mouvement Xiamen Dada, dont le mot d’ordre tient en une formule: «  Le zen est Dada, Dada est le zen. » Ce groupe fondateur de l’avant-garde chinoise multiplie les actions radicales, cultivant le goût du paradoxe et de l’absurde et cherchant des correspondances entre l’art, la vie et le politique.

1989: «  Les Magiciens de la Terre » et l’exil

En 1989, Jean-Hubert Martin l’invite à participer à l’exposition séminale «  Les Magiciens de la Terre », déployée entre le Centre Pompidou et la Grande Halle de la Villette. Alors qu’il installe son œuvre, les événements de la place Tiananmen éclatent à Pékin. Huang Yong Ping décide de rester et de s’établir à Paris. Jean de Loisy, alors conservateur à la Fondation Cartier, lui procure un logement et un espace de travail pendant ses premiers mois en France — un soutien qui scelle une relation longue avec l’institution.

La Fondation Cartier, premier atelier français

La Fondation Cartier joue un rôle décisif dans son intégration à la scène européenne. En 1994, l’exposition personnelle «  Devons-nous encore construire une grande cathédrale » explore la mémoire écrite et la liberté de connaissance à travers livres et journaux. En 1997, il conçoit spécialement pour la Fondation «  Péril de mouton », installation qui bâtit une mythologie contemporaine à partir de l’affaire dite de la «  vache folle ». Il participe ensuite aux expositions collectives «  Être Nature » en 1998 et «  Mémoires Vives » en 2014, où «  La Maison d’augures » (1989-1992) entre dans la collection.

Représenter la France à Venise, revenir en Chine

En 1999, l’année où il obtient la nationalité française, Huang Yong Ping représente la France à la 48ᵉ Biennale de Venise aux côtés de Jean-Pierre Bertrand: il transperce le toit du Pavillon français de neuf colonnes figurant des animaux fantastiques, mise en acte de sa stratégie déclarée — «  Frapper l’Orient avec l’Occident, frapper l’Occident avec l’Orient ». En 2000, la première Biennale de Shanghai le ramène en Chine pour la première fois depuis onze ans; de 2001 à 2003, son «  Bat Project », reproduction d’un avion à taille réelle menée à Shenzhen, Shanghai puis Pékin, confirme son goût du monumental.

Bestiaires monumentaux et reconnaissance internationale

En 2005, le Walker Art Center de Minneapolis conçoit la rétrospective «  The House of Oracles », qui circule ensuite au MASS MoCA, à la Vancouver Art Gallery et s’achève en 2008 au Ullens Center for Contemporary Art de Pékin. Suivent des personnelles au CIAP de Vassivière et à l’Astrup Fearnley d’Oslo en 2006, au Barbican de Londres en 2008. En 2010, il suspend le poulpe géant «  Wu Zei » au lustre du Musée océanographique de Monaco; en 2013, «  Amoy/Xiamen » au Musée d’art contemporain de Lyon confronte ses œuvres à des sculptures bouddhiques du Musée des Confluences; de 2015 à 2016, «  Bâton Serpent » se déploie en trois volets au MAXXI de Rome, au Red Brick Museum de Pékin puis à la Power Station of Art de Shanghai.

Disparition en 2019 et postérité de l’œuvre

Huang Yong Ping meurt en octobre 2019, à soixante-cinq ans. Le Centre Pompidou situe son décès à Ivry-sur-Seine, la Fondation Cartier à Paris. La ville de Saint-Brevin-les-Pins, dont il était citoyen d’honneur pour avoir créé le «  Serpent d’océan », lui rend hommage dès le 21 octobre 2019 en reprenant les mots de la galerie kamel mennour, qui le représentait. En décembre 2021, la galerie et les Beaux-Arts de Paris organisent une table ronde d’hommage à l’Amphithéâtre d’Honneur, animée par Jean de Loisy, en parallèle de l’exposition «  Is Paris Burning 2019 » conçue avec Shen Yuan, sa compagne et complice de travail depuis plus de quarante ans.

La pratique en bref

Médiums: installation in situ, sculpture en aluminium et en métal, animaux naturalisés (taxidermie), bambou, corde, textile, conteneurs maritimes, dessin.

Techniques: taxidermie intégrée à de vastes reconstitutions mythologiques, squelettes de serpent en métal de grande échelle, détournement d’objets coloniaux (chapeau colonial, palanquin), empilements et assemblages de matériaux industriels à l’échelle architecturale, recours au hasard et aux procédures divinatoires comme protocole de création.

Motifs récurrents: collision de l’Orient et de l’Occident comme méthode, bouddhisme, divination et sacré revisités, critique du colonialisme et des empires, actualité politique et économique (mondialisation, faits divers, crises sanitaires), bestiaire fantastique, serpents et créatures hybrides, mémoire écrite, savoir et censure.

Paris, ville d’adoption par accident de l’Histoire

Le lien de Huang Yong Ping avec Paris ne relève pas du choix de carrière mais d’un basculement politique. Invité en 1989 par Jean-Hubert Martin pour «  Les Magiciens de la Terre », partagée entre le Centre Pompidou et la Grande Halle de la Villette, il est en plein montage lorsque éclatent les événements de la place Tiananmen. Il reste, s’installe et fera de la capitale sa base pendant trois décennies, jusqu’à sa naturalisation française en 1999. Ses premiers mois français doivent beaucoup à Jean de Loisy, alors conservateur à la Fondation Cartier, qui lui trouve un logement et un lieu de travail.

Des institutions parisiennes qui l’ont exposé et collectionné

Paris a accueilli ses projets les plus visibles. En 2009, l’année de sa première exposition à la galerie kamel mennour, il installe «  Arche 2009 » et ses dizaines d’animaux naturalisés dans la chapelle des Petits-Augustins de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts. En 2016, la nef du Grand Palais lui est confiée pour Monumenta avec «  Empires », du 8 mai au 18 juin. Le Musée national d’art moderne conserve plusieurs de ses œuvres, dont «  Intestins de Bouddha » (2006), entrée en 2007 par don de la Société des Amis du musée, et «  Palanquin » (1997), entrée en 2023 avec la collection Jean Chatelus.

«  Is Paris Burning »: Paris comme sujet, pas seulement comme décor

Le rapport de l’artiste à la ville devient explicitement un sujet d’œuvre à la fin de sa vie. Début 2019, il montre à Shen Yuan le livre «  Paris brûle-t-il » de Dominique Lapierre et Larry Collins, alors qu’elle travaille sur les affrontements des Champs-Élysées. Après trente ans passés dans la capitale, tous deux constatent que Paris n’est pas seulement la ville de l’amour et de la beauté, mais aussi un foyer de révolutions et de violences. Le projet devient l’exposition posthume à deux «  Is Paris Burning 2019 », présentée du 9 décembre 2021 au 29 janvier 2022 rue du Pont de Lodi.

Où voir ses œuvres

Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris) — Institution qui l’a accueilli dès son arrivée en France, lui a consacré des personnelles en 1994 et 1997 et conserve «  La Maison d’augures » dans sa collection.

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Lieu de sa première exposition parisienne en 1989 («  Les Magiciens de la Terre ») et conservateur de plusieurs de ses œuvres, dont «  Intestins de Bouddha » et «  Palanquin ».

Grand Palais (Paris) — Nef confiée à l’artiste pour Monumenta 2016 avec l’installation «  Empires », du 8 mai au 18 juin 2016.

Beaux-Arts de Paris (Paris) — Chapelle des Petits-Augustins investie par «  Arche 2009 »; table ronde d’hommage à l’artiste organisée à l’Amphithéâtre d’Honneur le 10 décembre 2021.

Mennour (Paris) — Galerie qui le représente depuis 2009 et assure aujourd’hui la représentation de sa succession.

Estran de Saint-Brevin-les-Pins (Saint-Brevin-les-Pins) — Site du «  Serpent d’océan » (2012), œuvre permanente du parcours Estuaire; l’artiste y était citoyen d’honneur.

Repères chronologiques

1954 — Naissance à Xiamen, dans la province du Fujian, au sud-est de la Chine.

1978-1982 — Études à l’Académie des Beaux-Arts du Zhejiang, à Hangzhou, au sortir de la Révolution culturelle.

1985-1987 — Chef de file du mouvement Xiamen Dada, sous le mot d’ordre «  Le zen est Dada, Dada est le zen ».

1989 — Invité aux «  Magiciens de la Terre » à Paris, il s’installe en France au moment de Tiananmen.

1994 — Exposition personnelle «  Devons-nous encore construire une grande cathédrale » à la Fondation Cartier.

1999 — Naturalisé français, il représente la France à la 48ᵉ Biennale de Venise avec Jean-Pierre Bertrand.

2005 — Rétrospective «  The House of Oracles » conçue par le Walker Art Center de Minneapolis, en tournée jusqu’en 2008.

2009 — «  Arche 2009 » dans la chapelle des Petits-Augustins des Beaux-Arts de Paris, année de sa première exposition chez kamel mennour.

2012 — Le «  Serpent d’océan » rejoint le parcours Estuaire sur l’estran de Saint-Brevin-les-Pins.

2016 — Monumenta: carte blanche dans la nef du Grand Palais avec «  Empires », du 8 mai au 18 juin.

2019 — Mort de l’artiste en octobre; hommage de la ville de Saint-Brevin, dont il était citoyen d’honneur.

2021-12-09 — Ouverture d’«  Is Paris Burning 2019 », exposition posthume à deux avec Shen Yuan, chez Mennour.

Huang Yong Ping & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Huang Yong Ping à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Huang Yong Ping s'est-il installé à Paris ?

Il n'avait pas prévu d'y rester. Invité par Jean-Hubert Martin à participer aux « Magiciens de la Terre » en 1989, entre le Centre Pompidou et la Grande Halle de la Villette, il installait son œuvre lorsque les événements de la place Tiananmen ont éclaté à Pékin. Il a alors décidé de s'établir à Paris, où il vivra jusqu'à sa mort en 2019.

Qu'était Xiamen Dada, le mouvement qu'il a fondé ?

Xiamen Dada est un groupe fondateur de l'avant-garde chinoise dont Huang Yong Ping fut le chef de file de 1985 à 1987, sous le mot d'ordre « Le zen est Dada, Dada est le zen ». Ses actions radicales cultivaient le paradoxe et l'absurde et cherchaient des correspondances entre l'art, la vie et le politique.

En quoi consistait « Empires », son projet Monumenta au Grand Palais ?

Du 8 mai au 18 juin 2016, Huang Yong Ping a reçu carte blanche pour Monumenta dans la nef du Grand Palais et y a déployé « Empires ». C'est la consécration parisienne d'un artiste dont le travail était devenu, depuis les années 2000, celui d'installations toujours plus monumentales bouleversant le rapport au réel.

Où voir une œuvre de Huang Yong Ping en accès permanent ?

Le « Serpent d'océan » (2012) est installé de façon permanente sur l'estran de Saint-Brevin-les-Pins, dans le parcours Estuaire Nantes <> Saint-Nazaire : son squelette semble issu d'une fouille archéologique, la ligne de ses vertèbres jouant avec la courbe du pont de Saint-Nazaire. Une webcam municipale permet de le suivre à distance.

Quelles œuvres de l'artiste le Centre Pompidou conserve-t-il ?

Le Musée national d'art moderne conserve notamment « Intestins de Bouddha » (2006), pièce unique en bois, soie et cinq vautours naturalisés de 168 × 400 × 780 cm entrée par don en 2007, et « Palanquin » (1997), en bambou, corde, peau de serpent, textile et chapeau colonial, entré en 2023 avec la collection Jean Chatelus.

A-t-il représenté la France dans une biennale internationale ?

Oui. En 1999, l'année où il devient citoyen français, il représente la France à la 48ᵉ Biennale de Venise avec Jean-Pierre Bertrand. Il transperce le toit du Pavillon français de neuf colonnes figurant des animaux fantastiques, illustration de sa formule « Frapper l'Orient avec l'Occident, frapper l'Occident avec l'Orient ».