Exposition Paris

Exposition Ibrahim Mahama

Né en 1987 à Tamale, dans le nord du Ghana, Ibrahim Mahama emballe des bâtiments entiers sous des sacs de jute cousus bout à bout, ces toiles qui ont transporté le cacao, le riz et le charbon avant d’échouer sur les marchés d’Accra et de Kumasi.

Qui est Ibrahim Mahama ?

Ibrahim Mahama naît en 1987 à Tamale, capitale de la Région du Nord du Ghana.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Ibrahim Mahama dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Tamale, Kumasi, Accra: un ancrage ghanéen assumé

Ibrahim Mahama naît en 1987 à Tamale, capitale de la Région du Nord du Ghana. Il se forme à la Kwame Nkrumah University of Science and Technology de Kumasi, dont il sort diplômé, et partage depuis son activité entre trois villes du pays: Accra, Kumasi et Tamale. Le Centre Pompidou, qui l’a fait entrer dans sa collection, le répertorie comme plasticien et sculpteur de nationalité ghanéenne. Ce refus de quitter le Ghana pour une capitale du marché de l’art n’est pas anecdotique: la matière première de son travail, les sacs usagés, ne se ramasse que là.

Le sac de jute, pièce à conviction du commerce mondial

La toile de jute est le matériau qui l’a fait connaître. Fabriqués en Asie du Sud-Est, importés par le Ghana Cocoa Board pour convoyer les fèves de cacao, ces sacs finissent leur vie à transporter riz, haricots ou charbon de bois avant d’être troqués contre des neufs auprès des commerçants. Mahama les récupère, les fait assembler en immenses courtepointes par des équipes et les tend sur des théâtrès, des musées, des ministères ou des ponts. La documenta 14 y voit une pièce à conviction dans son enquête sur les formes prises par l’économie capitaliste; l’artiste, lui, parle du point exact où la relation entre un matériau et sa société se rompt.

Venise, Athènes, Kassel: le passage à l’échelle internationale

En 2015, à la 56e Biennale de Venise, «  Out of Bounds » habille les murs de l’Arsenale d’une gaine de jute que le public traverse comme un couloir. Deux ans plus tard, la documenta 14 lui commande deux volets: une performance avec des sacs de charbon place Syntagma à Athènes, et une intervention de 1 729 m² sur la Torwache de Cassel, faite de sacs, de ferraille, de bâches et du cuir prélevé dans un train Henschel. Suivront le pavillon inaugural du Ghana à Venise en 2019, la Biennale de Sydney en 2020 et celle de São Paulo en 2023.

Bâtir des institutions à Tamale plutôt que des ateliers

À partir de 2019, Mahama consacre une part de ses revenus d’artiste à doter sa ville d’infrastructures dont elle était dépourvue. Le Savannah Centre for Contemporary Art (SCCA) ouvre cette année-là: espace de projet autogéré par des artistes, il cumule salles d’exposition, pôle de recherche, dépôt patrimonial et résidence. Un vaste complexe d’ateliers, Red Clay, suit en septembre 2020, puis un silo réhabilité, Nkrumah Volini, en avril 2021. Ces trois lieux fonctionnent comme des plateformes d’exposition, de recherche et d’apprentissage ouvertes aux communautés du Nord ghanéen.

«  Purple Hibiscus »: le vêtement collecté comme matière

En 2024, le Barbican de Londres lui commande une œuvre pour sa terrasse: environ 2 000 mètrès carrés d’étoffe rose et violette, tissée puis cousue à la main par des centaines d’artisans ghanéens, viennent épouser les plans brutalistes de la façade. Y sont brodés une centaine de «  batakaris », ces amples robes portées aussi bien par les dignitaires que par les habitants ordinaires du Nord ghanéen, obtenues par échange et troc auprès des familles. Le titre emprunte au roman de Chimamanda Ngozi Adichie paru en 2003.

Première place mondiale au Power 100 en 2025

Le classement annuel du magazine ArtReview place Ibrahim Mahama en tête de son Power 100 pour l’année 2025, sous l’intitulé «  artiste totémique et bâtisseur d’institutions »; il occupait la 14e place en 2024 et la 6e en 2023. Il est le premier artiste africain à décrocher cette première position. La revue s’arrête notamment sur «  The Physical Impossibility of Debt in the Mind of Something Living » (2025), locomotive diesel évidée posée sur plusieurs milliers de cuvettes de portage, montrée lors de son exposition personnelle à la Kunsthalle de Vienne.

La pratique en bref

Médiums: sacs de jute usagés, textiles et vêtements collectés, bois de récupération, archives et documents administratifs, matériel ferroviaire et infrastructures désaffectées, mobilier scolaire, ardoises et portes anciennes.

Techniques: assemblage et couture collective de sacs en courtepointes monumentales, recouvrement de façades et de structures architecturales, troc et échange des matériaux auprès des commerçants et des familles, performance publique avec les sacs de charbon, réemploi d’objets ferroviaires et industriels en éléments sculpturaux.

Motifs récurrents: commerce mondial et circulation des marchandises, travail, migration et main-d’œuvre, héritages coloniaux et postcoloniaux du Ghana, crise, échec et dette comme matières, mémoire inscrite dans les objets usagés, politique des espaces publics et de leur architecture.

Une œuvre dans la collection du Centre Pompidou

Le Centre Pompidou consacre à Ibrahim Mahama une notice d’artiste dans ses ressources en ligne, où il est décrit comme plasticien et sculpteur de nationalité ghanéenne, né en 1987 à Tamale et actif à Accra. La notice signale une pièce conservée par l’institution parisienne, «  Kae Dabi », datée de 2013-2018. C’est à ce jour le point d’ancrage le plus durable de l’artiste dans une collection publique parisienne: une entrée en collection engage l’institution bien au-delà du temps d’une exposition.

Palais de Tokyo, l’exposition «  Ubuntu, un rêve lucide »

Du 26 novembre 2021 au 20 février 2022, le Palais de Tokyo réunit une vingtaine d’artistes autour de la notion bantoue d’ubuntu, sous le commissariat de Marie-Ann Yemsi. Ibrahim Mahama figure dans cette sélection, aux côtés notamment de Joël Andrianomearisoa, Michael Armitage, Grada Kilomba ou Meleko Mokgosi. L’exposition se propose d’explorer une pensée de l’action et de la relation — «  je suis parce que nous sommes » — que le propos institutionnel rattache aux philosophies africaines longtemps tenues à l’écart.

Fondation Cartier: «  Le Temps des récoltes », automne 2026

La Fondation Cartier pour l’art contemporain, installée place du Palais-Royal, annonce «  Le Temps des récoltes » du jeudi 22 octobre 2026 au dimanche 28 février 2027. Ibrahim Mahama y est accompagné de neuf artistes et collectifs invités, parmi lesquels le photographe James Barnor, Dorothy Akpene Amenuke, Gideon Appah, Zohra Opoku, le CATPC et Feda Wardak. Le projet mêle des pièces conçues spécialement pour le bâtiment et des reprises d’installations emblématiques, dans le prolongement des dynamiques de ses lieux de Tamale.

Où voir ses œuvres

Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris) — Accueille «  Le Temps des récoltes », exposition personnelle annoncée du 22 octobre 2026 au 28 février 2027, place du Palais-Royal.

Centre Pompidou (Paris) — Conserve «  Kae Dabi » (2013-2018) et tient une notice d’artiste consacrée à Ibrahim Mahama.

Palais de Tokyo (Paris) — L’a présenté dans l’exposition collective «  Ubuntu, un rêve lucide » du 26 novembre 2021 au 20 février 2022.

Savannah Centre for Contemporary Art (SCCA) (Tamale) — Espace autogéré fondé par l’artiste: exposition, recherche, dépôt patrimonial et résidence.

Barbican Centre (Londres) — Commanditaire de «  Purple Hibiscus » sur la façade de la terrasse Lakeside en 2024.

Repères chronologiques

1987 — Naissance à Tamale, capitale de la Région du Nord du Ghana.

2015 — «  Out of Bounds » habille les murs de l’Arsenale à la 56e Biennale de Venise.

2017 — Double intervention à la documenta 14: performance place Syntagma à Athènes, Torwache à Cassel.

2019 — Ouverture du Savannah Centre for Contemporary Art (SCCA) à Tamale.

2019 — «  Parliament of Ghosts », création mondiale au Whitworth pour le Manchester International Festival.

2020-09 — Inauguration du vaste complexe d’ateliers Red Clay, à Tamale.

2021-04 — Ouverture de Nkrumah Volini, silo industriel réhabilité en lieu d’art.

2021-11-26 — Entrée dans l’exposition «  Ubuntu, un rêve lucide » au Palais de Tokyo, à Paris.

2024 — «  Purple Hibiscus » recouvre la terrasse Lakeside du Barbican, à Londres.

2025 — Première place du Power 100 d’ArtReview, une première pour un artiste africain.

2026-10-22 — Ouverture annoncée de «  Le Temps des récoltes » à la Fondation Cartier, à Paris.

Ibrahim Mahama & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Ibrahim Mahama à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Ibrahim Mahama travaille-t-il avec des sacs de jute ?

Parce que ces sacs racontent une chaîne commerciale entière : tissés en Asie du Sud-Est, importés par le Ghana Cocoa Board pour le cacao, puis recyclés pour le riz, les haricots et le charbon. L'artiste les obtient des commerçants en échange de sacs neufs — la monnaie de l'échange, dit la documenta 14, étant la mémoire.

Peut-on voir une de ses œuvres dans une collection publique parisienne ?

Oui : la notice que le Centre Pompidou consacre à l'artiste mentionne « Kae Dabi », pièce datée de 2013-2018. Le musée le référence comme plasticien et sculpteur de nationalité ghanéenne, né en 1987 à Tamale et travaillant à Accra.

Quand aura lieu son exposition à la Fondation Cartier ?

« Le Temps des récoltes » est annoncée par l'institution du jeudi 22 octobre 2026 au dimanche 28 février 2027, dans son bâtiment de la place du Palais-Royal. Neuf artistes et collectifs invités y accompagnent Ibrahim Mahama, dont James Barnor, Gideon Appah, Zohra Opoku et le CATPC.

Que sont le SCCA, Red Clay et Nkrumah Volini ?

Ce sont les trois lieux qu'il a ouverts dans sa ville natale : le Savannah Centre for Contemporary Art en 2019, espace de projet, de recherche et de résidence tenu par des artistes ; le complexe d'ateliers Red Clay en septembre 2020 ; et un silo réhabilité, Nkrumah Volini, en avril 2021.

En quoi consiste « Purple Hibiscus », son intervention au Barbican ?

Environ 2 000 mètrès carrés d'étoffe rose et violette tissée et cousue à la main par des centaines d'artisans ghanéens, ajustés sur la façade brutaliste de la terrasse Lakeside en 2024. Une centaine de robes « batakaris » collectées dans le Nord du Ghana y sont brodées.

Pourquoi ArtReview l'a-t-il classé numéro un en 2025 ?

Le Power 100 le distingue à la fois comme artiste et comme bâtisseur d'institutions, sous l'intitulé « totemic artist and institution maker ». Il devient ainsi le premier artiste du continent africain à occuper la première place du classement, après une 14e position en 2024 et une 6e en 2023.