Exposition Paris

Exposition Invader

Invader a fait du pixel un matériau de construction et de la rue sa surface d’exposition. Depuis 1998, cet artiste français qui n’apparaît que masqué scelle sur les murs des villes des mosaïques de carrelage inspirées du jeu d’arcade Space Invaders.

Qui est Invader ?

Invader ne se présente jamais autrement que masqué et se définit lui-même comme un «  UFA », pour Unidentified Free Artist.

Repères biographiques

Invader a fait du pixel un matériau de construction et de la rue sa surface d’exposition.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Invader dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un artiste sans visage, un projet à nom de code

Invader ne se présente jamais autrement que masqué et se définit lui-même comme un «  UFA », pour Unidentified Free Artist. Ce dispositif n’est pas un simple jeu de scène: il lui permet, dit-il, de circuler dans ses propres expositions au milieu de visiteurs qui ne le reconnaissent pas. Le projet qu’il conduit depuis 1998 porte un nom de code, Space Invaders, et vise selon ses termes à libérer l’art des «  aliénateurs » que peuvent être les musées et les institutions, autant qu’à faire sortir les envahisseurs des écrans de télévision pour les installer dans le monde physique. Il revendique un travail d’auteur unique, entouré d’une petite équipe d’atelier.

La mosaïque comme protocole

Le carrelage n’est pas un décor mais une décision technique: la tesselle carrée cite littéralement le pixel, et la mosaïque résiste aux intempéries des façades. Les modèles sont préparés en atelier, puis scellés à la colle et au ciment professionnels, le plus souvent entre trois et quatre mètrès du sol pour échapper aux dégradations. Chaque pièce reçoit un identifiant, entre dans une base de données qui enregistre sa date, sa localisation et les points qui lui sont attribués, et fait l’objet de deux photographies, un gros plan et un plan large, auxquelles l’artiste accorde une valeur d’œuvre plus que de document. Une fois la ville jugée investie, un plan topographique est dessiné et imprimé avec un partenaire local; à Montpellier, les emplacements ont été choisis pour que leur report sur la carte dessine lui-même un Space Invader.

Le Rubikcubisme, un second atelier

En 2005, Invader prolonge sa réflexion sur le rapport entre pixel et mosaïque en remplaçant la tesselle par le Rubik’s Cube. Il baptise ce courant le Rubikcubisme et le définit lui-même comme une école née à Paris au début du XXIe siècle, caractérisée par l’usage du célèbre casse-tête comme médium. La première pièce rubikcubiste, une œuvre sans titre de 16,5 × 16,5 cm, ouvre une production de tableaux-objets et de sculptures. La palette limitée à six couleurs et la taille du cube conduisent à des images quasi abstraites de près, qui ne se recomposent qu’en reculant de quelques pas. Le musée MIMA de Bruxelles a consacré à ce seul versant de l’œuvre une exposition monographique du 24 juin 2022 au 8 janvier 2023, avec plus d’une centaine de pièces réparties sur quatre étages.

Envoyer un envahisseur dans l’espace

Le 20 août 2012, Invader fait décoller la mosaïque SpaceOne sous un ballon gonflé à l’hélium équipé d’une caméra; l’engin franchit les couches hautes de l’atmosphère et redescend avec plusieurs heures d’images. De cette mission naît un film de vingt-cinq minutes, projeté notamment au FILAF de Perpignan et à Lo Schermo dell’Arte à Florence. C’est lors d’une de ces projections que des membres de l’Agence spatiale européenne découvrent l’opération et lui proposent d’aller plus loin. Le feu vert est donné le 29 juillet 2014, et la mosaïque Space2 est installée début 2015 dans le laboratoire européen Columbus de la Station spatiale internationale par l’astronaute Samantha Cristoforetti. L’opération se prolonge au sol par l’invasion des établissements de l’ESA, du centre des astronautes de Cologne au centre de contrôle de Darmstadt et à la station de Redu, dans les Ardennes belges.

Le score, le jeu et ses joueurs

Invader n’a jamais séparé l’œuvre du jeu qui l’accompagne. Depuis 2003, il publie des guides d’invasion, une collection de livres dont chaque volume raconte la conquête d’une ville, de L’Invasion de Paris (1.0) au recueil 4000 paru en 2022, les exemplaires de tête étant recouverts d’une mosaïque de carreaux réels et donc tous différents. En 2014, il complète le dispositif avec FlashInvaders, application gratuite pour iOS et Android qui permet de photographier les mosaïques rencontrées, de remplir une galerie et de marquer des points face aux autres joueurs. Ce système de score a produit une communauté de chasseurs, mais aussi des imitations: des admirateurs ont collé de fausses mosaïques dans des villes où l’artiste n’est jamais intervenu.

La pratique en bref

Médiums: mosaïque de carreaux de céramique et de tesselles, Rubik’s Cube (tableaux-objets et sculptures), installation in situ sur façade, film et vidéo documentaire, édition imprimée (guides d’invasion, cartes), application mobile.

Techniques: préparation des modèles en atelier puis scellement à la colle et au ciment professionnels, pose en hauteur, généralement entre trois et quatre mètrès du sol, indexation systématique de chaque pièce (identifiant, date, localisation, points), double prise de vue documentaire, gros plan et plan large, cartographie d’invasion imprimée avec un partenaire local, composition par contrainte de palette (six couleurs pour le Rubikcubisme).

Motifs récurrents: iconographie du jeu vidéo d’arcade et de la culture pop, pixellisation et matérialisation du numérique, espace public comme support et comme enjeu, anonymat et figure de l’artiste masqué, jeu, score et compétition, conquête spatiale.

Paris, berceau et capitale de l’invasion

Paris n’est pas une ville parmi d’autres dans le dispositif d’Invader: c’est le point de départ et le territoire le plus densément couvert. La première pièce a été posée aux abords de la place de la Bastille, aujourd’hui recouverte d’une couche d’enduit, ce que l’artiste décrit comme un envahisseur fossilisé pris dans les sédiments de la ville. Le compteur officiel du site de l’artiste attribue à Paris 1 597 mosaïques réparties en 136 vagues d’invasion, très loin devant toutes les autres villes recensées. La capitale a aussi son propre corpus éditorial: le guide L’Invasion de Paris (1.0) inaugure en 2003 la collection de livres d’invasion, complété par une version 2.0 publiée en 2012.

Du Louvre au 11 rue Béranger

Le 30 décembre 1998, accompagné d’un photographe, Invader installe dix de ses mosaïques à l’intérieur du musée du Louvre, opération qu’il documente sous le titre «  Invasion du Louvre »; certaines pièces y sont restées plusieurs années avant d’être retirées. Le 7 juin 2011, il pose à Paris son millième envahisseur, à l’occasion de l’exposition intitulée «  1000 » présentée à La Générale. En 2024, il revient dans sa ville d’origine pour l’exposition Invader Space Station, ouverte du 17 février au 5 mai au 11 rue Béranger, dans le 3e arrondissement: 3 500 m² sur neuf étages, une scénographie conçue par l’artiste et un billet à 10 euros, gratuit pour les moins de douze ans.

Commandes, façades et litiges parisiens

Le rapport d’Invader à Paris oscille entre clandestinité et commande assumée. En avril 2013, un Spider-Man apparaît très haut sur un mur pignon à l’angle des rues Saint-Roch et d’Argenteuil, dans le 1er arrondissement. Le 22 juin 2016, dans le cadre de l’opération Street Art 13 menée avec la galerie Itinerrance et la mairie du 13e arrondissement, il réalise sur une façade de l’hôpital de la Salpêtrière une mosaïque de dix mètrès sur cinq, alors la plus grande de sa production. L’espace public parisien est aussi un terrain de conflit: à l’été 2017, deux hommes déguisés en agents de la Direction de la propreté et de l’eau ont décollé en plein jour plus d’une vingtaine de mosaïques, conduisant l’Hôtel de Ville à porter plainte contre X pour usurpation de fonction. Enfin, le siège parisien de l’Agence spatiale européenne a lui aussi reçu une mosaïque en 2015, au retour du projet Space2ISS.

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre (Paris) — Lieu de l’«  Invasion du Louvre » du 30 décembre 1998, où dix mosaïques ont été installées sans autorisation.

Hôpital de la Salpêtrière (Paris) — Façade recevant en juin 2016 une mosaïque monumentale commandée dans le cadre de l’opération Street Art 13.

11 rue Béranger (Paris) — Bâtiment du 3e arrondissement accueillant l’exposition Invader Space Station, du 17 février au 5 mai 2024.

Siège de l’Agence spatiale européenne (Paris) — Établissement parisien de l’ESA investi par une mosaïque en 2015, dans le prolongement du projet Space2ISS.

MIMA (Bruxelles) — Musée ayant présenté l’exposition monographique Invader Rubikcubist du 24 juin 2022 au 8 janvier 2023.

Newport Street Gallery (Londres) — Lieu de l’exposition collective Triple Trouble avec Damien Hirst et Shepard Fairey, du 10 octobre 2025 au 29 mars 2026.

Repères chronologiques

1969 — Naissance en France de l’artiste qui signera Invader; sa galerie le dit né à Paris.

1998 — Lancement du projet Space Invaders et pose des premières mosaïques dans les rues de Paris.

1998-12-30 — Invasion du musée du Louvre: dix mosaïques installées clandestinement dans le musée.

2003 — Publication de L’Invasion de Paris (1.0), premier volume de la collection des guides d’invasion.

2005 — Naissance du Rubikcubisme avec une première œuvre sans titre de 16,5 × 16,5 cm en Rubik’s Cubes.

2011-06-07 — Pose à Paris du millième Space Invader, pendant l’exposition «  1000 » à La Générale.

2012-08-20 — Envol de la mosaïque SpaceOne sous un ballon à hélium, projet Art4Space.

2015 — Installation de la mosaïque Space2 dans le laboratoire Columbus de la Station spatiale internationale.

2016-06-22 — Mosaïque monumentale sur une façade de l’hôpital de la Salpêtrière, opération Street Art 13 à Paris.

2017-08 — Vols de mosaïques à Paris par de faux agents municipaux; plainte de la Ville de Paris.

2022-06-24 — Ouverture au MIMA de Bruxelles de l’exposition monographique Invader Rubikcubist.

2024-02-17 — Ouverture à Paris d’Invader Space Station, 3 500 m² d’exposition sur neuf étages.

2025-10-10 — Ouverture de Triple Trouble à Londres avec Damien Hirst et Shepard Fairey.

Invader & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Invader à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Invader n'apparaît-il jamais à visage découvert ?

L'artiste se définit comme un « UFA », Unidentified Free Artist, et n'apparaît qu'en portant un masque. Il explique que cet anonymat lui permet de visiter ses propres expositions à quelques pas des visiteurs sans être reconnu, et il donne ses entretiens dans les mêmes conditions.

Combien de mosaïques Invader a-t-il posées à Paris ?

Le compteur officiel du site de l'artiste attribue à Paris 1 597 mosaïques posées au fil de 136 vagues d'invasion, le total mondial s'établissant à 4 411 pièces sur 87 territoires à la date du 2 août 2026. Paris est de très loin la ville la plus densément couverte.

Qu'appelle-t-on le Rubikcubisme ?

C'est le terme forgé par Invader en 2005 pour désigner son travail d'atelier au Rubik's Cube, qu'il définit comme un courant né à Paris au début du XXIe siècle et caractérisé par l'usage du casse-tête comme médium. La palette de six couleurs produit des images lisibles seulement avec du recul.

Invader a-t-il vraiment envoyé une œuvre dans l'espace ?

Oui, à deux reprises. En août 2012, la mosaïque SpaceOne s'est élevée sous un ballon à hélium équipé d'une caméra avant de retomber sur Terre. Puis, avec l'appui de l'Agence spatiale européenne, la mosaïque Space2 a été installée début 2015 dans le laboratoire Columbus de la Station spatiale internationale par l'astronaute Samantha Cristoforetti.

Comment fonctionne l'application FlashInvaders ?

FlashInvaders est une application gratuite pour iOS et Android conçue par l'artiste : elle permet de photographier, ou « flasher », les mosaïques repérées dans la rue, de les collectionner dans une galerie personnelle et de marquer les points attribués à chaque pièce, avec un classement entre joueurs.

Que s'est-il passé lors de l'invasion du Louvre en 1998 ?

Le 30 décembre 1998, Invader est entré au musée du Louvre accompagné d'un photographe et y a installé dix de ses mosaïques, dont les pièces référencées PA_136 à PA_139. Certaines ont été retirées rapidement, d'autres sont restées en place plusieurs années ; l'artiste affirme avoir constaté lors d'une visite ultérieure que quelques carreaux subsistaient.