Exposition Paris

Exposition J. M. W. Turner

Joseph Mallord William Turner (1775-1851) est le peintre qui a fait basculer le paysage britannique de la topographie vers la lumière pure.

Qui est J. M. W. Turner ?

Turner naît en 1775 à Londres, dans le quartier de Covent Garden, d’un père barbier qui expose et vend ses premiers dessins dans sa boutique.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer J. M. W. Turner dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un fils de barbier formé à la Royal Academy

Turner naît en 1775 à Londres, dans le quartier de Covent Garden, d’un père barbier qui expose et vend ses premiers dessins dans sa boutique. Il entre aux Royal Academy Schools en 1789, envoie des aquarelles à l’exposition annuelle de la Royal Academy dès 1790, puis des peintures à l’huile à partir de 1796. Sa progression est fulgurante: il devient en 1802 le plus jeune membre de plein droit que l’institution ait jamais élu.

Les maîtrès anciens comme point de départ

Ses premières œuvres appartiennent encore à la tradition topographique du XVIIIe siècle. Turner s’en éloigne en s’appropriant les marinistes hollandais du XVIIe siècle, au premier rang desquels Willem van de Velde, puis les paysages italianisants de Claude Lorrain et de Richard Wilson. Cette admiration pour Claude, que les institutions britanniques désignent comme la référence dominante de sa formation, structure durablement sa composition: lumière frontale, échappée vers l’horizon, architecture repoussée sur les bords.

Le peintre de la lumière et ses détracteurs

La National Gallery rappelle que Turner fut surnommé «  le peintre de la lumière » parce que la couleur brillante devient chez lui le principal constituant du paysage et de la marine, au détriment du dessin des formes. Son traitement libre et expressif fut critiqué de son vivant avant d’être largement admiré. Des toiles comme «  Snow Storm - Steam-Boat off a Harbour’s Mouth », exposée en 1842, poussent ce parti pris jusqu’à la dissolution du motif dans un tourbillon de neige et d’écume.

Vapeur, vitesse et fin d’un monde

Turner s’intéresse aux techniques de son temps. «  The Fighting Temeraire » (1839) montre le remorquage du vaisseau vétéran de Trafalgar depuis Sheerness, dans le Kent, jusqu’à Rotherhithe où il doit être démoli: l’âge de la voile cède devant la vapeur. Cinq ans plus tard, «  Rain, Steam, and Speed - The Great Western Railway » (1844) lance une locomotive sur le pont ferroviaire de Maidenhead conçu par Isambard Kingdom Brunel, avec un lièvre esquissé le long de la voie pour opposer la vitesse du vivant à celle de la machine.

Un legs à la nation et des toiles laissées ouvertes

Turner meurt à Chelsea en 1851 après avoir légué à la nation la plus grande part de son œuvre: la majorité des peintures est aujourd’hui conservée à la Tate Britain, tandis que plusieurs milliers d’œuvres sur papier issues de ce legs font l’objet d’un catalogue de recherche en ligne de la Tate, organisé en cinq phases de carrière. Ce fonds contient des toiles restées inachevées, comme «  Norham Castle, Sunrise » (vers 1845), longtemps lues comme l’aboutissement de sa recherche sur la lumière.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile, aquarelle, dessin sur carnet, gravure et estampe.

Techniques: carnets de croquis pris sur le motif, en voyage puis exploités en atelier, copies d’après les maîtrès anciens réalisées directement en musée, toiles laissées à l’état d’ébauche, sans reprise du dessin des formes, couleur brillante employée comme constituant principal du paysage.

Motifs récurrents: paysage et sublime, marine et tempête, lumière et atmosphère, ruines et châteaux britanniques, technique moderne: vapeur, remorqueur, chemin de fer.

Le Louvre comme salle d’étude

Le lien de Turner avec Paris passe d’abord par le musée. La Tate conserve un carnet intitulé «  Studies in the Louvre Sketchbook », daté de 1802, puis un ensemble de 1821 réunissant des «  Studies from Claude in the Louvre » et des copies d’après Poussin et Claude Lorrain identifiées par le musée. Les campagnes suivantes prolongent l’exercice: des feuilles de 1826 représentent la Grande Galerie du Louvre, le Pont-au-Change et la Conciergerie, le Louvre et le pont du Carrousel, les ponts des Invalides et de Passy; une vue du palais du Louvre est datée de 1832.

Turner dans les collections publiques parisiennes

Le musée du Louvre conserve plusieurs Turner. «  Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain », tableau inachevé situé vers 1845 et acquis par achat en 1967 sous le numéro RF 1967 2, est exposé salle 713 de l’aile Denon, niveau 1; la notice identifie le motif comme le confluent de la Wye et de l’estuaire de la Severn, par comparaison avec une gravure de l’artiste de 1811. S’y ajoutent «  L’estuaire de la Tamise et de la Medway », entré par legs en 1915 (RF 2166), et, au département des Arts graphiques, une «  Vue du château de Saint-Germain-en-Laye » située vers 1829-1830 (RF 36057).

Une vue du Pont-Neuf à l’attribution discutée

Le Louvre conserve aussi une «  Vue du Pont-Neuf à Paris » (RF 1578), entrée par don en 1905 et datée du XIXe siècle. Le musée signale lui-même qu’une polémique sur son authenticité a éclaté peu après son entrée dans les collections: l’œuvre a parfois été rendue à James Webb (1825-1895) ou à un imitateur de Turner désigné sous l’appellation «  Hand B ». Cette réserve, portée par la notice du musée, mérite d’être citée telle quelle plutôt que présentée comme un Turner parisien de plus.

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre (Paris) — Conserve «  Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain » (RF 1967 2), exposé salle 713, aile Denon, niveau 1, ainsi que d’autres Turner en peinture et en arts graphiques.

Tate Britain (Londres) — Détient la majorité des peintures léguées par Turner à la nation, ainsi que le fonds d’œuvres sur papier catalogué par la recherche de la Tate.

National Gallery (Londres) — Conserve «  The Fighting Temeraire » (NG524) et «  Rain, Steam, and Speed » (NG538), présentés en salle 40.

Repères chronologiques

1775 — Naissance à Londres, dans le quartier de Covent Garden, fils d’un barbier qui montre ses premiers dessins en boutique.

1789 — Entrée aux Royal Academy Schools, à Londres, au terme d’une formation très précoce.

1790 — Premiers envois d’aquarelles à l’exposition annuelle de la Royal Academy.

1796 — Premiers envois de peintures à l’huile à la Royal Academy, après six ans d’aquarelles.

1802 — Élu plus jeune membre de plein droit de la Royal Academy; carnet «  Studies in the Louvre Sketchbook ».

1805 — Achat d’une part de cent livres dans le Dry Sugar Work Pen, en Jamaïque, investissement perdu dès la première année.

1821 — Études et copies d’après Claude Lorrain et Poussin réalisées dans les salles du Louvre.

1826 — Série de feuilles parisiennes: Grande Galerie du Louvre, Pont-au-Change, pont du Carrousel, ponts des Invalides et de Passy.

1839 — Exposition de «  The Fighting Temeraire » à la Royal Academy, accompagnée de vers adaptés de Thomas Campbell.

1840 — Rencontre avec le critique John Ruskin, qui devient le grand défenseur de son œuvre.

1842 — Exposition de «  Snow Storm - Steam-Boat off a Harbour’s Mouth », aujourd’hui à la Tate.

1844 — «  Rain, Steam, and Speed - The Great Western Railway »: la locomotive entre dans le paysage.

1851 — Mort à Chelsea, à Londres; l’essentiel de l’œuvre revient à la nation britannique.

1967 — Le musée du Louvre acquiert par achat «  Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain » (RF 1967 2).

Galerie

J. M. W. Turner & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier J. M. W. Turner à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Où voir une peinture de Turner à Paris ?

Au musée du Louvre : « Paysage avec une rivière et une baie dans le lointain », dit aussi « Confluent de la Severn et de la Wye » (RF 1967 2), est signalé par le musée comme exposé salle 713, aile Denon, niveau 1. Le Louvre indique par ailleurs que ce tableau, situé vers 1845, est resté inachevé.

Pourquoi Turner venait-il à Paris ?

Pour étudier et copier les maîtrès anciens au Louvre. La Tate conserve un carnet « Studies in the Louvre Sketchbook » daté de 1802 et, pour 1821, des études d'après Claude Lorrain faites au Louvre ainsi que des copies d'après un paysage de Poussin et deux tableaux de Claude appartenant aux collections du musée.

Turner a-t-il dessiné Paris elle-même ?

Oui. Parmi les feuilles conservées à la Tate figurent, pour la seule année 1826, une vue de la Grande Galerie du Louvre, le Pont-au-Change et la Conciergerie, le Louvre et le pont du Carrousel, ainsi que les ponts des Invalides et de Passy ; une vue du palais du Louvre est datée de 1832.

Le Louvre possède-t-il d'autres Turner que le tableau exposé ?

Oui, mais avec des statuts très différents. « L'estuaire de la Tamise et de la Medway » (RF 2166) est entré par legs en 1915 ; le département des Arts graphiques conserve une « Vue du château de Saint-Germain-en-Laye » située vers 1829-1830 (RF 36057) ; une « Vue du Pont-Neuf à Paris » (RF 1578), donnée en 1905, a vu son authenticité contestée peu après son entrée.

Que représente « The Fighting Temeraire » ?

Le dernier voyage du Temeraire, vaisseau qui s'était distingué à la bataille de Trafalgar en 1805 : remorqué depuis Sheerness, dans le Kent, jusqu'à Rotherhithe pour y être démoli. La National Gallery précise qu'il est peu probable que Turner ait assisté à la scène et qu'il l'a recomposée à partir de récits de l'époque.

Pourquoi « Rain, Steam, and Speed » est-il resté célèbre ?

Parce que Turner y fait surgir une locomotive du Great Western Railway sur le pont ferroviaire de Maidenhead, conçu par Isambard Kingdom Brunel et achevé en 1838. La National Gallery signale un lièvre brossé le long de la voie, aujourd'hui presque invisible, qui oppose la vitesse animale à la vitesse mécanique.