Exposition Paris

Exposition Jackson Pollock

Cinquième fils d’une famille de l’Ouest américain, Jackson Pollock (Cody, 1912 – Springs, 1956) apprend le dessin auprès du régionaliste Thomas Hart Benton avant de retourner l’atelier contre lui-même: à partir de 1947, dans une grange d’East Hampton transformée en atelier, il pose la toile à même le sol et y verse, égoutte et projette de la peinture émail industrielle.

Qui est Jackson Pollock ?

Paul Jackson Pollock naît le 28 janvier 1912 à Cody, dans le Wyoming, cinquième et dernier fils de LeRoy McCoy Pollock et de Stella McClure Pollock.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Jackson Pollock dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De Cody aux classes de Thomas Hart Benton

Paul Jackson Pollock naît le 28 janvier 1912 à Cody, dans le Wyoming, cinquième et dernier fils de LeRoy McCoy Pollock et de Stella McClure Pollock. La famille quitte Cody avant son premier anniversaire; il grandit en Arizona puis en Californie, accompagnant parfois son père arpenteur sur les chantiers routiers du Grand Canyon — souvenirs de panoramas dont il dira plus tard qu’ils ont nourri sa vision. Encouragé au dessin au Manual Arts High School de Los Angeles, il rejoint en 1930 son frère aîné Charles à New York et s’inscrit dans la classe de Thomas Hart Benton à l’Art Students League. C’est à cette période qu’il abandonne son prénom Paul pour son deuxième prénom. Sous la conduite de Benton, il décortique les maîtrès anciens et pose pour les panneaux muraux que son professeur peint en 1930-1931 à la New School for Social Research.

L’atelier de Siqueiros et les années du Federal Art Project

Le chantier de la New School, où le muraliste mexicain José Clemente Orozco travaille en même temps que Benton, donne à Pollock le goût du grand format — une ambition qu’il ne réalisera que douze ans plus tard. Un second Mexicain compte davantage encore: David Alfaro Siqueiros, dont l’atelier expérimental new-yorkais, ouvert brièvement en 1936, lui fait découvrir la peinture émail et l’encourage à verser et projeter la matière liquide. Parallèlement, les programmes du New Deal lui offrent un revenu: engagé dans la division chevalet du Federal Art Project de la Works Progress Administration, il y est rémunéré près de huit ans et peut se consacrer à sa recherche. Une partie de ces toiles a disparu; celles qui subsistent montrent l’assimilation de Picasso, de Miró et des surréalistes, et l’émergence de motifs pictographiques d’inspiration amérindienne.

Springs, la grange et le tournant de 1947

Le 5 novembre 1945, deux semaines après leur mariage, Pollock et Lee Krasner s’installent dans une ferme du XIXe siècle au 830 Springs-Fireplace Road, à Springs, dans la commune d’East Hampton. Peggy Guggenheim, sa marchande, leur prête les 2 000 dollars d’apport qui permettent d’obtenir un prêt bancaire; l’acte est transféré au couple le 15 avril 1946. Krasner travaille d’abord dans l’arrière-salon, Pollock dans une chambre non chauffée à l’étage. En juin 1946, il fait déplacer la grange derrière la maison vers le côté nord de la parcelle et la convertit en atelier. Avant Springs, ses images étaient congestionnées, ses couleurs sombres; c’est là, sur un sol de planches, que naît en 1947 la composition all-over qui va lui donner sa forme définitive.

1947-1950: les toiles versées et la consécration

«  Alchemy », l’une des premières toiles versées, date de 1947: Pollock y engage le corps entier dans un geste que la Peggy Guggenheim Collection décrit comme un dessin fait de peinture, la ligne cessant de décrire une forme pour devenir un événement autonome. Suivent trois toiles murales exécutées coup sur coup à l’été et à l’automne 1950, dont «  One: Number 31, 1950 » (huile et peinture émail sur toile, 269,5 × 530,8 cm) et «  Number 1, 1950 (Lavender Mist) » (huile, émail et peinture aluminium, 221 × 299,7 cm). Le peintre travaille sans chevalet, versant l’émail depuis la boîte, avec des bâtons, des brosses raidies, parfois une poire à jus. Un reportage paru dans le numéro de Life du 8 août 1949 avait déjà porté cette peinture devant le grand public américain; ces années coïncident avec une période de sobriété de deux ans, 1948-1950.

1951-1956: retour de la figure, silence et accident

En 1951, Pollock infléchit sa manière: il délaisse le non-objectif pour des références abstraites à des formes humaines et animales — «  quand on travaille depuis l’inconscient, expliquait-il, les figures finissent par apparaître ». Le Musée national d’art moderne conserve l’aboutissement de cette dernière période avec «  The Deep » (1953), nuage blanc épais posé sur un fond noir qu’une longue fente laisse entrevoir, obtenu à la peinture très liquide. La production se raréfie, puis cesse. À l’été 1956, Krasner part en Europe pour prendre du recul sur leur couple; c’est à Paris, le matin du 12 août, qu’un appel téléphonique lui apprend la mort de son mari la veille au soir, dans l’accident de sa décapotable, qui coûte aussi la vie à Edith Metzger.

La pratique en bref

Médiums: peinture émail industrielle (glycérophtalique) sur toile, huile sur toile, peinture aluminium, huile et caséine sur toile, peinture sur papier marouflé sur toile, dessin.

Techniques: toile posée à même le sol de l’atelier, abordée depuis ses quatre côtés, versement et égouttage de peinture liquide depuis la boîte ou un bâton («  dripping »), projection et fouettage de l’émail depuis une brosse raidie, coulures obtenues en perçant le fond des boîtes de peinture, en pressant le tube directement, ou à la poire à jus, composition all-over, sans centre ni hiérarchie, répartie uniformément sur toute la surface, impacts de peinture aluminium soulignant l’acte physique de fabrication.

Motifs récurrents: l’automatisme et le hasard hérités du surréalisme, la trace du corps du peintre comme sujet du tableau, la ligne autonome, qui ne cerne plus aucune forme, l’imagerie pictographique et les motifs mythiques des années 1940, le rapport du fond et de la figure dans les toiles noires de 1951-1953, l’échelle murale et l’immersion du spectateur.

1952, rue de Lille: Paris expose Pollock avant l’Europe

La Bibliothèque Kandinsky, qui conserve le fonds du photographe et galeriste Paul Facchetti (1912-2010), rappelle que la galerie ouverte au début des années 1950 à côté de son studio photographique de la rue de Lille «  est notamment connue pour avoir organisé en 1952 la première exposition en Europe du peintre new-yorkais Jackson Pollock ». Facchetti animait ce lieu avec son épouse Jeanne jusqu’en 1979, en collaboration constante avec le critique Michel Tapié: c’est par là que passent aussi Jean Dubuffet, Jean Fautrier, Georges Mathieu, Henri Michaux, Sam Francis ou Jean-Paul Riopelle, ce qui place résolument la galerie sous le signe de l’abstraction gestuelle et de l’art informel. Les archives des galeries Facchetti de Paris, Zurich, New York et Athènes, couvrant 1951 à 1980, sont désormais décrites en ligne par la bibliothèque du Centre Pompidou.

Sept œuvres de Pollock dans la collection nationale

Le Musée national d’art moderne recense sept œuvres de Pollock, qui couvrent trois moments de son parcours: «  Studies, Number 11 » (vers 1939-1940), les feuilles «  Untitled (M 28) » et «  Untitled (M 69) » (vers 1943-1944) et «  The Moon-Woman Cuts the Circle » (vers 1943) pour la veine pictographique; «  Number 26 A, Black and White » et «  Painting (Silver over Black, White, Yellow and Red) » pour l’année charnière 1948; «  The Deep » pour la dernière période. Les modes d’entrée diffèrent: achat en 1972 pour la «  Painting » de 1948, don de la Menil Foundation et des enfants de Jean de Menil en 1976 pour «  The Deep », dation en 1984 pour «  Number 26 A ». Le musée conserve par ailleurs des portraits photographiques de Pollock pris par Hans Namuth en 1950 et 1951.

Où ces tableaux se trouvent aujourd’hui

Voir un Pollock à Paris n’est pas possible en ce moment. À l’automne 2025, le bâtiment de Beaubourg a fermé ses portes pour une rénovation lourde — désamiantage total de la façade, traitement des corrosions de la structure, optimisation énergétique — dont le chantier a été lancé début 2026 et qui doit rendre le Centre au public en 2030. Pendant la fermeture, la collection circule: la notice de «  Painting (Silver over Black, White, Yellow and Red) » indique un prêt à l’exposition «  Le Geste et la Matière » du 13 mai au 8 septembre 2026, et celle de «  Number 26 A, Black and White » un séjour au Centre Pompidou Málaga jusqu’au 18 janvier 2027. Un nouveau pôle, le Centre Pompidou Francilien à Massy, doit ouvrir au printemps 2027.

Paris, 12 août 1956: la nouvelle arrive à Lee Krasner

Le lien parisien le plus personnel est aussi le plus sombre. À l’été 1956, Lee Krasner, de plus en plus éloignée d’un mari alcoolique qui avait cessé de peindre, saisit l’occasion d’un voyage en Europe pour réévaluer leur couple; Pollock reste à Springs. C’est à Paris, au matin du 12 août 1956, que le Pollock-Krasner House and Study Center situe l’appel téléphonique qui apprend à Krasner la mort de son mari la veille au soir: au volant et ivre, il avait retourné sa décapotable, se tuant avec une passagère, Edith Metzger, et blessant grièvement Ruth Kligman. Krasner rentrera peindre dans la grange-atelier de Springs, où elle exécutera l’essentiel de ses grandes toiles entre 1957 et 1982.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve sept œuvres de Pollock, dont «  The Deep » (1953), «  Number 26 A, Black and White » (1948) et «  Painting (Silver over Black, White, Yellow and Red) » (1948). Bâtiment fermé au public depuis l’automne 2025 pour une rénovation jusqu’en 2030.

Bibliothèque Kandinsky, Centre Pompidou (Paris) — Conserve le fonds Paul Facchetti, qui documente la galerie de la rue de Lille où fut organisée en 1952 la première exposition européenne de Pollock; les notices des archives des galeries Facchetti (1951-1980) sont consultables en ligne.

Pollock-Krasner House and Study Center (Springs, East Hampton (États-Unis)) — Maison et grange-atelier du couple depuis le 5 novembre 1945, gérées par la Stony Brook Foundation; c’est le lieu où Pollock a produit ses œuvres versées.

The Museum of Modern Art (New York (États-Unis)) — Conserve «  One: Number 31, 1950 » et a présenté la rétrospective Jackson Pollock du 19 décembre 1956 au 3 février 1957, quelques mois après la mort du peintre.

National Gallery of Art (Washington (États-Unis)) — Conserve «  Number 1, 1950 (Lavender Mist) », acquise en 1976 sur le Ailsa Mellon Bruce Fund.

Repères chronologiques

1912-01-28 — Naissance de Paul Jackson Pollock à Cody, dans le Wyoming, cinquième fils de LeRoy et Stella Pollock.

1930 — Départ pour New York et inscription dans la classe de Thomas Hart Benton à l’Art Students League.

1936 — Passage par l’atelier expérimental de David Alfaro Siqueiros à New York: découverte de la peinture émail et des techniques de versement.

1943 — Peggy Guggenheim lui commande «  Mural », huile et caséine sur toile de 242 × 604 cm, aujourd’hui au Stanley Museum of Art.

1945-11-05 — Installation avec Lee Krasner au 830 Springs-Fireplace Road, à Springs (East Hampton), deux semaines après leur mariage.

1946-06 — La grange est déplacée sur le côté nord de la propriété et transformée en atelier; Pollock y travaillera jusqu’à sa mort.

1947 — Premières toiles versées, dont «  Alchemy »: la ligne cesse de cerner une forme pour devenir un événement autonome.

1949-08-08 — Un reportage du magazine Life fait connaître sa peinture au grand public américain.

1950 — Exécution de trois toiles murales, dont «  One: Number 31, 1950 » et «  Number 1, 1950 (Lavender Mist) ».

1952 — Première exposition européenne au Studio Paul Facchetti, rue de Lille à Paris, dans l’orbite du critique Michel Tapié.

1953 — «  The Deep », l’une de ses dernières toiles, ouvre un fond noir sous un nuage blanc très liquide.

1956-08-11 — Mort de Jackson Pollock dans l’accident de sa décapotable près de Springs; Lee Krasner l’apprend à Paris le lendemain.

1956-12-19 — Ouverture au MoMA de la rétrospective «  Jackson Pollock », présentée jusqu’au 3 février 1957.

1976 — «  The Deep » entre au Musée national d’art moderne par don de la Menil Foundation et des enfants de Jean de Menil.

1984 — «  Number 26 A, Black and White » rejoint le Musée national d’art moderne par dation.

Jackson Pollock & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Jackson Pollock à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Peut-on voir des tableaux de Jackson Pollock à Paris ?

Le Musée national d'art moderne en conserve sept, dont « The Deep » (1953), mais le bâtiment de Beaubourg est fermé depuis l'automne 2025 pour une rénovation qui doit s'achever en 2030. Deux des toiles de 1948 sont d'ailleurs prêtées au Centre Pompidou Málaga, l'une jusqu'au 8 septembre 2026, l'autre jusqu'au 18 janvier 2027.

Où a eu lieu la première exposition de Pollock en Europe ?

À Paris, en 1952, au Studio Paul Facchetti, rue de Lille : la Bibliothèque Kandinsky, dépositaire du fonds du galeriste, indique que sa galerie « est notamment connue pour avoir organisé en 1952 la première exposition en Europe du peintre new-yorkais Jackson Pollock ». Facchetti travaillait alors avec le critique Michel Tapié.

En quoi consiste exactement la technique du « dripping » ?

Pollock étendait la toile au sol et y déposait de la peinture émail par versement, égouttage et projection, directement depuis la boîte, avec des bâtons ou des brosses raidies. Il perçait aussi le fond des pots, pressait le tube sur la surface et se servait à l'occasion d'une poire à jus de cuisine.

Pourquoi Jackson Pollock peignait-il par terre ?

Pour pouvoir tourner autour de l'œuvre et l'attaquer depuis ses quatre côtés. Le Centre Pompidou cite sa formule : « Au sol, je me sens plus à l'aise. Je me sens plus proche, davantage partie prenante du tableau, puisque je peux marcher autour de lui. » La National Gallery of Art rapporte la même déclaration à propos de « Lavender Mist ».

Quel rôle Peggy Guggenheim a-t-elle joué auprès de Pollock ?

Elle fut sa marchande et son mécène à travers sa galerie Art of This Century. Elle lui commanda « Mural » en 1943, œuvre qu'elle offrit ensuite à l'université de l'Iowa, et prêta au couple les 2 000 dollars d'apport qui leur permirent d'acheter la maison de Springs en 1945-1946.

Qu'est-ce qui change dans la peinture de Pollock après 1951 ?

Il abandonne le non-objectif pour des références abstraites à des formes humaines et animales, expliquant que « quand on travaille depuis l'inconscient, les figures finissent par apparaître ». Le Centre Pompidou décrit « The Deep » (1953) comme un nuage blanc épais, exécuté à la peinture très liquide, ouvert par une longue fente sur un fond noir.