Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Jasper Johns dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Drapeaux, cibles, chiffres, cartes: à partir de 1954, Jasper Johns choisit des motifs « que l’esprit connaît déjà » et les repeint à l’encaustique, une pâte de pigment et de cire qui fige chaque coup de pinceau.
Jasper Johns naît le 15 mai 1930 à Augusta, en Géorgie, et grandit en Caroline du Sud auprès de sa famille paternelle après la séparation de ses parents.
Cette page sert surtout à situer Jasper Johns dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Jasper Johns naît le 15 mai 1930 à Augusta, en Géorgie, et grandit en Caroline du Sud auprès de sa famille paternelle après la séparation de ses parents. Il étudie brièvement à l’université de Caroline du Sud, gagne New York à la fin des années 1940, puis est incorporé dans l’armée américaine pendant la guerre de Corée, entre 1951 et 1953, avec une affectation à Sendai, au Japon. Il revient s’installer à New York en 1953: c’est là qu’il rencontre Robert Rauschenberg, John Cage et Merce Cunningham, le cercle qui accompagnera durablement son travail.
« Tout a commencé avec le fait de peindre l’image d’un drapeau américain », déclare Johns en 1959 à propos de l’œuvre conservée au MoMA. Le tableau est fabriqué avec un drap découpé, de l’huile et de l’encaustique — un pigment mêlé de cire fondue. L’artiste trempe des bandes de tissu et de papier journal dans la cire brûlante, puis les applique sur le drap pour remplir un contour de drapeau tracé au crayon. La toile enregistre ainsi son propre mode de fabrication à sa surface. Ce protocole, Johns le réemploiera pendant des décennies pour les cibles, les chiffres, les lettres et les cartes.
L’installation de 1958 à la Leo Castelli Gallery, où sont réunies les cibles et les drapeaux, change le cours de la peinture new-yorkaise et exerce une influence considérable sur l’art contemporain qui suit. Ce que Johns y montre relève moins de la représentation que de l’objet: selon la formule du critique Leo Steinberg, cibles et drapeaux sont « co-extensifs » à leurs toiles, tenant à la fois du symbole et de la chose du monde. Ces tableaux ouvrent le terrain sur lequel toute une génération de peintres et de sculpteurs viendra travailler.
La carrière de Johns se déploie ensuite par déplacements successifs: après les drapeaux viennent le motif du dispositif au début des années 1960, les peintures à hachures croisées des années 1970, puis des œuvres récentes complexes et densément stratifiées. Watchman, réalisé en 1964 alors que l’artiste séjournait à Tokyo, condense cette méthode: un moulage de cire de la jambe d’un ami, deux panneaux de toile et la moitié d’une chaise de salle à manger. Les mots « red », « yellow » et « blue » y semblent en cours d’effacement pendant que leurs équivalents colorés surgissent, tout aussi perturbés, de l’autre côté du tableau.
Johns aborde la gravure et la lithographie en 1960 auprès de Tatyana Grosman, chez Universal Limited Art Editions; il y produira plus de cent quatre-vingts éditions. Le Musée national d’art moderne conserve précisément un témoin de ce travail: Zero, feuille de 1960-1971, lithographie découpée et contrecollée sur papier, reprise à l’acrylique et à l’huile, avec collage de fibres et de papier Japon déchiré. Elle est entrée dans la collection par legs de Madame Tatyana Grosman en 1983. La reprise, le remaniement, l’état successif: l’estampe est chez lui un laboratoire, pas une reproduction.
Médiums: peinture à l’encaustique, huile sur toile, collage de papier journal, lithographie, gravure, dessin, sculpture (bronze, cire).
Techniques: encaustique: pigment mêlé de cire fondue, chaque touche fige en se déposant et compose une surface presque sculpturale, trempage de bandes de tissu et de papier journal dans la cire chaude, appliquées sur un drap tendu, collage de papier journal laissé visible sous la matière peinte, assemblage d’objets réels et de moulages en cire dans le champ du tableau, lithographie découpée, contrecollée et retravaillée à la peinture.
Motifs récurrents: les images « que l’esprit connaît déjà »: drapeau, cible, chiffre, lettre, carte, la tension entre le signe et l’objet — une image « vue et non regardée, non examinée », l’enregistrement du processus de fabrication à la surface de l’œuvre, l’ambiguïté du fond et de la forme, jusqu’au camouflage du motif, la nomination des couleurs contre leur apparition (« red », « yellow », « blue »).
Le Centre Pompidou conserve Figure 5, peinture de 1960 à l’encaustique et papier journal collé sur toile, 183 × 137,5 cm, entrée par don de la Scaler Foundation. La notice du musée décrit un chiffre brossé de blanc et de noir, traité en larges touches qui laissent affleurer le journal collé: le 5 devient objet de peinture, puis disparaît presque, absorbé par un traitement en camouflage qui bascule le tableau du côté du geste abstrait. À cette peinture s’ajoute Zero, feuille de 1960-1971 léguée par Tatyana Grosman en 1983.
Du 19 avril au 4 juin 1978, le Centre Georges Pompidou présente la première grande exposition rétrospective de Jasper Johns en France: 168 œuvres réalisées entre 1955 et 1976, soit 59 peintures, 42 dessins, 52 estampes et 15 sculptures. Drapeaux, cibles et chiffres y voisinent, pour la première fois réunis, avec les grands tableaux postérieurs à 1962 — Diver (1963), According to What (1964) — et des pièces plus récentes comme Harlem Light (1967) ou Scent (1975-1976). L’exposition avait été organisée par le Whitney Museum of American Art.
Le lien parisien de Johns passe d’abord par le papier. Le MoMA conserve la lithographie d’affiche « Peintures & Sculptures & Dessins & Lithos, Jasper Johns, Galerie Rive Droite », datée 1960 par le musée, témoin de la présence précoce de l’artiste sur la scène parisienne. Plus tard, il rejoint les artistes venus travailler auprès de l’imprimeur Aldo Crommelynck, l’homme des gravures de Picasso: la Bibliothèque nationale de France lui a consacré en 2014 l’exposition « De Picasso à Jasper Johns. L’atelier d’Aldo Crommelynck ».
Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve Figure 5 (1960) et la feuille Zero (1960-1971); a présenté du 19 avril au 4 juin 1978 la première rétrospective française de l’artiste. Le bâtiment parisien est fermé pour travaux, la programmation étant redéployée hors les murs de 2025 à 2030.
Bibliothèque nationale de France — site François-Mitterrand (Paris) — A présenté en 2014 l’exposition « De Picasso à Jasper Johns. L’atelier d’Aldo Crommelynck », consacrée aux estampes nées de cet atelier parisien.
Whitney Museum of American Art (New York) — Conserve Three Flags (1958), a organisé la rétrospective montrée à Paris en 1978 et a coproduit en 2021-2022 la rétrospective « Mind/Mirror » avec le Philadelphia Museum of Art.
1930-05-15 — Naissance de Jasper Johns à Augusta, en Géorgie; il grandira en Caroline du Sud.
1951-1953 — Service dans l’armée américaine pendant la guerre de Corée, avec une affectation à Sendai, au Japon.
1954 — Johns commence à peindre le drapeau américain, motif qui deviendra son emblème.
1958 — Accrochage des cibles et des drapeaux à la Leo Castelli Gallery: la peinture new-yorkaise en est durablement déplacée.
1960 — Affiche lithographiée pour l’exposition de la Galerie Rive Droite à Paris, conservée au MoMA; même année, Figure 5 est peinte.
1964 — Watchman est réalisé pendant un séjour de l’artiste à Tokyo, avec moulage de cire et demi-chaise.
1978-04-19 — Ouverture au Centre Georges Pompidou de la première grande rétrospective de Johns en France, 168 œuvres.
1983 — La feuille Zero entre au Musée national d’art moderne par legs de Madame Tatyana Grosman.
2014 — La BnF consacre l’exposition « De Picasso à Jasper Johns » à l’atelier parisien d’Aldo Crommelynck.
2021-09-29 — Ouverture de « Jasper Johns: Mind/Mirror », rétrospective simultanée au Whitney et au Philadelphia Museum of Art.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Jasper Johns à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Johns déclare en 1959 que tout a commencé avec le fait de peindre l'image d'un drapeau. Le Whitney rappelle sa formule : le drapeau est une image « vue et non regardée, non examinée ». Le peindre revenait donc à obliger le spectateur à examiner ce qu'il croyait déjà connaître, pas à trancher entre patriotisme et critique.
C'est un pigment mélangé à de la cire fondue. Johns trempait des bandes de tissu et de papier journal dans la cire chaude avant de les appliquer sur un drap. La cire fige à mesure que la touche se dépose : l'accumulation de marques distinctes produit une surface sensuelle, presque sculpturale, où le processus de fabrication reste lisible.
Le Musée national d'art moderne possède la peinture Figure 5 (1960) et la feuille Zero (1960-1971), mais le bâtiment du Centre Pompidou est fermé pour travaux : de 2025 à 2030, l'institution redéploie sa programmation hors les murs, notamment au Grand Palais. La présentation de ces pièces n'est donc pas garantie.
Sa première grande rétrospective française s'est tenue au Centre Georges Pompidou du 19 avril au 4 juin 1978, avec 168 œuvres datées de 1955 à 1976. Sa présence parisienne est antérieure : le MoMA conserve une affiche lithographiée pour une exposition à la Galerie Rive Droite, que le musée date de 1960.
Trois drapeaux peints à l'encaustique sont empilés, chacun réduit d'environ vingt-cinq pour cent par rapport au précédent. L'ensemble avance vers le spectateur au lieu de fuir vers le fond, contredisant la perspective classique et déplaçant l'attention du sens emblématique vers la géométrie et la texture de la surface.
Le Whitney le situe en amont : son usage précoce d'objets communs, du langage et de matériaux inventifs a contribué à faire naître plusieurs mouvements, dont le pop art, le minimalisme et l'art conceptuel. Il est donc un déclencheur plutôt qu'un membre, et son travail échappe aux étiquettes de mouvement.