Exposition Paris

Exposition Jean Fautrier

Peintre et sculpteur né à Paris en 1898, Jean Fautrier a fait de l’épaisseur du pigment un sujet à part entière. Le Musée d’Art moderne de Paris le tient pour le plus important précurseur de l’art informel dès 1928 et pour l’inventeur des hautes pâtes en 1940.

Qui est Jean Fautrier ?

Né à Paris le 16 mai 1898, Fautrier part se former très jeune de l’autre côté de la Manche: il entre à treize ans à la Royal Academy, puis fréquente la Slade School, où la découverte de Turner à la Tate Gallery marque durablement son regard.

Repères biographiques

Peintre et sculpteur né à Paris en 1898, Jean Fautrier a fait de l’épaisseur du pigment un sujet à part entière.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Jean Fautrier dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un Parisien formé à Londres

Né à Paris le 16 mai 1898, Fautrier part se former très jeune de l’autre côté de la Manche: il entre à treize ans à la Royal Academy, puis fréquente la Slade School, où la découverte de Turner à la Tate Gallery marque durablement son regard. Rentré en France après la Première Guerre mondiale, il expose ses premières toiles en 1923 et se retrouve défendu par le marchand Léopold Zborowski, aux côtés de Modigliani et de Soutine; en 1926, la critique comme le marché lui sont acquis. Le Musée d’Art moderne de Paris fait débuter sa carrière de peintre dès 1920.

Écorchés, glaciers et un Dante refusé

Ses premières années de peintre sont nourries de nus, de portraits et de natures mortes marqués par Cézanne et Derain. Au fil de séjours dans le Tyrol, en Corse et dans les Alpes, il construit une suite de paysages de glaciers en 1926-1927 et une série de dépouilles animales dont le fameux Sanglier écorché de 1927. En 1928, André Malraux lui commande trente-quatre lithographies en couleurs pour illustrer L’Enfer de Dante: Gallimard juge leur liberté d’interprétation impubliable et le projet reste lettre morte. C’est pourtant de cette date que le Musée d’Art moderne de Paris fait partir la préhistoire de l’art informel.

Les années alpines et le retour de 1940

La crise économique de 1929 emporte sa carrière naissante. Contraint de quitter Paris, Fautrier s’installe au début des années 1930 dans les Alpes, où il vit plusieurs années en travaillant comme moniteur de ski et gérant d’un hôtel avec dancing — un décrochage complet du milieu artistique. Son retour à Paris en 1940 le remet en présence d’écrivains décisifs: André Malraux, Francis Ponge, Paul Éluard, Georges Bataille et surtout Jean Paulhan, qui devient son défenseur le plus constant. Pendant les années de guerre, la matière prend une place croissante dans sa manière de figurer objets, paysages et corps.

Les Otages: 1943-1945

Les exécutions de prisonniers par la Gestapo près de Châtenay-Malabry, où il réside, et la découverte d’un charnier poussent Fautrier à entreprendre les Otages dès 1943; le MoMA rappelle qu’il avait été arrêté cette même année pour sa participation à la Résistance. Le procédé est constant: une épaisse couche de blanc d’Espagne étalée sur le papier, d’où émerge une tête à la texture brute, parfois meurtrie par un impact, parfois recouverte d’un tracé fragile. Du 26 octobre au 17 novembre 1945, la galerie René Drouin en expose peintures et sculptures, avec une préface d’André Malraux — que le MoMA cite décrivant ces toiles comme le plus beau monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale.

Séries d’après-guerre et reconnaissance

Après la guerre, Fautrier enchaîne des ensembles où l’effet de matière devient le sujet même: Objets en 1955, Nus en 1956, Partisans en 1957. Il emploie une peinture à la colle mêlant masses de pigments et encres transparentes ou opaques, dont naissent des empâtements et des textures d’une luminosité travaillée. En 1950, avec Jeanine Aeply, il met au point les «  originaux multiples », procédé associant reproduction et rehauts de pastel et de gouache pour produire une œuvre en plusieurs exemplaires. La consécration vient en 1960 avec le Grand Prix de peinture de la Biennale de Venise, partagé avec Hans Hartung.

L’Île Verte, atelier à ciel ouvert

Dans les années 1940, Fautrier découvre la Vallée-aux-Loups lors d’un séjour à la clinique du docteur Le Savoureux, aujourd’hui Maison de Chateaubriand, et s’installe dans la propriété voisine dite l’Île Verte. Il y vit de 1945 à 1964, y peint, dessine et sculpte, et contribue largement à la composition du jardin, décrit par la ville de Châtenay-Malabry comme son atelier à ciel ouvert et sa source d’inspiration. Une toile de 1958 porte d’ailleurs le nom d’Île Verte. Le domaine de 1,3 hectare a été acquis en 2003 par le département des Hauts-de-Seine et rattaché au parc de la Vallée-aux-Loups.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile sur papier marouflé sur toile, peinture à la colle, pastel, gouache, lithographie, gravure, bronze.

Techniques: hautes pâtes: couche épaisse de blanc d’Espagne étalée sur papier, servant de socle à la figure, rehauts de pastel et d’encre sur la pâte encore lisible, peinture à la colle mêlant masses de pigments et encres transparentes ou opaques, originaux multiples: reproduction rehaussée à la main de pastel et de gouache, mise au point en 1950 avec Jeanine Aeply, bronze à la cire perdue pour les sculptures.

Motifs récurrents: la tête anonyme comme visage rendu aux martyrs, la mémoire des exécutions et des charniers de l’Occupation, le fragment du corps, torse et tête, plutôt que la figure entière, le nu et le paysage traités comme des affleurements de matière, l’objet ordinaire porté au seuil de l’abstraction.

Paris, ville de naissance et de lancement

Fautrier naît à Paris le 16 mai 1898 et c’est à Paris qu’il se fait un nom: ses premières peintures y sont exposées en 1923, portées par le marchand Léopold Zborowski qui défendait alors Modigliani et Soutine, et dès 1926 la critique le suit. Le Musée d’Art moderne de Paris date de 1920 le début de sa carrière de peintre. Après la parenthèse alpine des années 1930, son retour dans la capitale en 1940 le replace au contact de Malraux, Ponge, Éluard, Bataille et Paulhan, cercle littéraire d’où sortira la reconnaissance des Otages.

Octobre 1945, galerie René Drouin

L’exposition qui fait entrer Fautrier dans l’histoire se tient à Paris: du vendredi 26 octobre au samedi 17 novembre 1945, la galerie René Drouin réunit les peintures et les sculptures des Otages, dont le catalogue est préfacé par André Malraux. Le Centre Pompidou conserve la trace bibliographique de ce catalogue, où sa Tête d’otage figure sous le numéro 21. C’est cet accrochage parisien, plus qu’aucun autre, qui fixe la lecture des Otages comme réponse plastique aux exécutions de l’Occupation.

Deux collections publiques parisiennes

Le Musée d’Art moderne de Paris détient aujourd’hui le plus important fonds Fautrier des collections muséales, avec plus de soixante œuvres: l’artiste lui avait fait une donation importante, à la suite de laquelle le musée présenta sa première rétrospective en 1964, puis une deuxième en 1989 et une troisième en 2018. De son côté, le moteur de collection du Centre Pompidou recense cinquante-six œuvres de Fautrier, peintures, dessins, estampes et sculptures confondus, parmi lesquelles la Tête d’otage acquise en 1999 et le Grand torse acheté en 1976.

Aux portes de Paris: Châtenay-Malabry

Le foyer de l’œuvre d’après-guerre n’est pas intra-muros mais à quelques kilomètrès au sud: c’est près de Châtenay-Malabry que Fautrier entend les exécutions à l’origine des Otages, et c’est là qu’il s’installe à l’Île Verte de 1945 à sa mort en 1964. Le jardin qu’il façonne y tient lieu d’atelier à ciel ouvert. Rattachée depuis 2003 au domaine départemental de la Vallée-aux-Loups des Hauts-de-Seine, la propriété reste le point d’ancrage géographique le plus concret pour qui veut suivre Fautrier au-delà des salles de musée parisiennes.

Où voir ses œuvres

Musée d’Art moderne de Paris (Paris) — Plus important fonds Fautrier des collections muséales (plus de 60 œuvres), constitué à partir de la donation de l’artiste; organisateur des rétrospectives de 1964, 1989 et 2018.

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Cinquante-six œuvres de Fautrier référencées dans la collection, dont Tête d’otage (achat 1999) et la sculpture Grand torse (achat 1976).

Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups — l’Île Verte (Châtenay-Malabry) — Maison et jardin où Fautrier vécut et travailla de 1945 à 1964; propriété de 1,3 hectare acquise en 2003 par le département des Hauts-de-Seine.

Tate (Londres) — Conserve Head of a Hostage (T07300), ainsi qu’un ensemble d’estampes et Large Tragic Head (1942).

The Museum of Modern Art (New York) — Conserve des estampes de la série des Otages, dont Hostages Black Ground (1944-1947), et documente la genèse résistante de la série.

Repères chronologiques

1898-05-16 — Naissance de Jean Fautrier à Paris; il partira se former à la Royal Academy de Londres dès l’âge de treize ans.

1923 — Premières peintures exposées à Paris, sous la houlette du marchand Léopold Zborowski, aux côtés de Modigliani et Soutine.

1928 — Malraux lui commande trente-quatre lithographies en couleurs pour L’Enfer de Dante; Gallimard les juge impubliables.

1940 — Retour à Paris après les années alpines; il y retrouve Malraux, Ponge, Éluard, Bataille et Jean Paulhan.

1943 — Début de la série des Otages, provoqué par les exécutions de la Gestapo et la découverte d’un charnier près de Châtenay-Malabry.

1945-10-26 — Ouverture de l’exposition Les otages, peintures et sculptures de Fautrier à la galerie René Drouin, préface d’André Malraux, jusqu’au 17 novembre.

1945-1964 — Fautrier vit et travaille à l’Île Verte, à Châtenay-Malabry, dont il compose le jardin comme un atelier à ciel ouvert.

1950 — Mise au point des originaux multiples avec Jeanine Aeply: tirages rehaussés de pastel et de gouache.

1960 — Grand Prix de peinture de la Biennale de Venise, partagé avec Hans Hartung.

1964 — Première rétrospective au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris après sa donation; Fautrier meurt durant l’été.

1989 — Seconde rétrospective au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, portant un nouveau regard sur l’ensemble de l’œuvre.

2018-01-26 — Ouverture de la rétrospective Jean Fautrier, Matière et lumière au Musée d’Art moderne de Paris, environ 200 œuvres, jusqu’au 20 mai.

Jean Fautrier & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Jean Fautrier à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Jean Fautrier a-t-il peint la série des Otages ?

Parce qu'il vivait près de Châtenay-Malabry, où la Gestapo exécutait des prisonniers, et qu'un charnier y fut découvert. Le Centre Pompidou date de 1943 le début de la série ; le MoMA rappelle que Fautrier avait été arrêté la même année pour sa participation à la Résistance.

En quoi consiste la technique des hautes pâtes chez Fautrier ?

Il répandait une épaisse couche de blanc d'Espagne sur le papier, puis faisait surgir de cette matière une tête à la texture brute, rehaussée de pastel, parfois meurtrie par un impact, parfois parcourue d'un tracé fin et libre. Le Musée d'Art moderne de Paris date de 1940 l'invention de ce procédé.

Où voir des œuvres de Jean Fautrier à Paris ?

Deux collections publiques en conservent : le Musée d'Art moderne de Paris, avec plus de soixante œuvres issues pour l'essentiel de la donation de l'artiste, et le Centre Pompidou, dont le moteur de collection référence cinquante-six pièces, dont la Tête d'otage acquise en 1999.

Quel rôle André Malraux et Jean Paulhan ont-ils joué auprès de Fautrier ?

Malraux lui commande en 1928 trente-quatre lithographies pour L'Enfer de Dante, que Gallimard refuse de publier, puis préface en 1945 le catalogue des Otages chez René Drouin. Paulhan, rencontré au retour parisien de 1940, devient selon le Musée d'Art moderne de Paris son plus fervent défenseur.

Que sont les originaux multiples inventés par Fautrier ?

Un procédé mis au point en 1950 avec Jeanine Aeply, qui combine reproduction et intervention manuelle : des tirages sont rehaussés de pastel et de gouache, ce qui permet d'obtenir une même œuvre en plusieurs exemplaires sans qu'aucun ne soit strictement identique à l'autre.

Jean Fautrier a-t-il réalisé des sculptures ?

Oui. Le Centre Pompidou conserve son Grand torse de 1928, bronze à la cire perdue de 71 x 31 x 24 cm fondu par E. Godard en neuf exemplaires, et l'exposition de 1945 chez René Drouin présentait déjà des sculptures aux côtés des peintures des Otages.