Exposition Paris

Exposition Jenny Holzer

Jenny Holzer écrit.

Qui est Jenny Holzer ?

Originaire de Gallipolis, dans l’Ohio, Jenny Holzer se destinait d’abord à la peinture. Elle étudie à l’université de l’Ohio, à Athens, puis obtient un MFA à la Rhode Island School of Design.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Jenny Holzer dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Ohio, Providence, puis la rue new-yorkaise

Originaire de Gallipolis, dans l’Ohio, Jenny Holzer se destinait d’abord à la peinture. Elle étudie à l’université de l’Ohio, à Athens, puis obtient un MFA à la Rhode Island School of Design. Son installation à New York en 1977 change tout: elle abandonne la toile pour le langage et lance sa première grande série, les «  Truisms », de courtes phrases souvent provocantes imprimées sur des tracts et collées anonymement sur les murs et les immeubles de Manhattan. La rue n’est pas un pis-aller faute de galerie: c’est le lieu d’exposition choisi, celui où la phrase rencontre un lecteur qui ne cherchait pas d’art.

Les «  Truisms », près de trois cents phrases sans auteur

La série compte près de trois cents énoncés bâtis sur des dictons et des lieux communs, portant des points de vue contradictoires: «  MONEY CREATES TASTE », «  A MAN CAN’T KNOW WHAT IT’S LIKE TO BE A MOTHER ». Diffusées d’abord en affiches anonymes encollées dans le bas de Manhattan, elles migrent ensuite sur des gobelets jetables, des bracelets d’argent, des préservatifs et des enseignes électroniques. En 1982, Holzer les fait défiler sur un panneau électronique géant de Times Square. Son intention, telle qu’elle la formule, est de pousser le passant à reconnaître et à interroger le discours tout fait qu’on lui sert au quotidien.

Plaques, bancs, sarcophages: le texte prend corps

Après les «  Truisms » viennent des séries qui changent de support autant que de ton. «  Living » (1981) rassemble de brefs textes d’instruction d’abord présentés sur des plaques de bronze, dont le format emprunte son autorité aux institutions; en 1989, vingt-huit de ces textes sont gravés sur des bancs de granit blanc pour le Minneapolis Sculpture Garden, où ils servent réellement de sièges. «  Survival » (1983-1985) met en garde contre les dangers de la vie ordinaire depuis d’immenses panneaux électroniques installés dans l’espace public. «  Laments » (1989), que l’artiste attribue aux pensées de treize adultes et enfants morts, est gravé sur une rangée de sarcophages de pierre.

Venise 1990: le Lion d’or et la consécration

En 1990, Jenny Holzer devient la première femme à représenter les États-Unis à la Biennale de Venise. Son installation de panneaux lumineux à diodes clignotantes vaut au pavillon américain le Leone d’oro de la meilleure participation nationale. Cette reconnaissance ouvre la période des projections: depuis le milieu des années 1990, elle a réalisé des dizaines de projections lumineuses en extérieur sur des bâtiments, de Singapour à San Diego. Son propre studio résume la constante de ce parcours: quel que soit le support — un tee-shirt, une plaque, un panneau à diodes —, le médium reste l’écriture, et la dimension publique fait partie intégrante de l’œuvre.

Les peintures de documents caviardés

Parallèlement aux projections, Holzer revient à la peinture avec des toiles sérigraphiées reprenant des documents gouvernementaux déclassifiés et caviardés relatifs aux guerres américaines en Irak et en Afghanistan. La Tate conserve plusieurs de ces œuvres de 2007 — «  Protect Protect », «  Shape the Battlespace », «  Phase I… Running Start Shape the Battlespace pewter », «  Force at End of Phase III (If Required) violet » — dont les titres reprennent la terminologie militaire des rapports d’origine. Le caviardage, censé soustraire l’information, devient ici la forme picturale elle-même: ce qui a été noirci est exactement ce que la toile donne à voir.

Rétrospectives récentes et retour à la spirale du Guggenheim

Les vingt dernières années ont donné lieu à de grandes présentations monographiques: «  Jenny Holzer: Thing Indescribable » au Musée Guggenheim Bilbao en 2019, une installation de longue durée au Massachusetts Museum of Contemporary Art de North Adams du 28 mai 2017 au 1er mai 2025, et une exposition au Glenstone Museum de Potomac (Maryland) en 2025, où figure «  Broken » (2025), bancs de granit, de calcaire et de marbre brisés portant des textes de «  Survival ». En 2024, l’exposition «  Jenny Holzer: Light Line » réactive au Solomon R. Guggenheim Museum de New York l’«  Installation for the Solomon R. Guggenheim Museum » de 1989, ruban de diodes de près de cinquante mètrès de long déroulé dans la rampe hélicoïdale.

La pratique en bref

Médiums: affiches offset encollées dans la rue, panneaux et enseignes à diodes électroluminescentes (LED), projections lumineuses au xénon sur architecture et paysage, plaques de bronze, pierre gravée (bancs, sarcophages, tables), toiles sérigraphiées, objets diffusés (tee-shirts, casquettes, gobelets, bracelets).

Techniques: écriture de textes courts par l’artiste elle-même, impression offset et lithographie sur papier de couleur, gravure sur granit, calcaire et marbre, programmation de messages défilants sur signalétique électronique, projection nocturne de grande échelle avec équipe technique dédiée, sérigraphie de documents déclassifiés caviardés.

Motifs récurrents: le langage comme instrument de pouvoir et de manipulation, féminisme et violence faite aux femmes, guerre, secret d’État et censure, pauvreté, prolifération nucléaire, sida, deuil et disparition, adresse au public hors des lieux d’art.

Novembre 2001: la Pyramide, la Seine et Saint-Eustache

Le studio de l’artiste documente une campagne de projections parisiennes en novembre 2001. Le 1er novembre, la Pyramide du Louvre reçoit des textes tirés de «  War » (1992), des «  Truisms » (1977-1979) et de «  Mother and Child » (1990). Le 3 novembre, le dispositif se déplace sur l’eau et dans la ville: la Seine au square du Vert-Galant accueille «  Laments » (1989), le Pont-Neuf «  Survival » (1983-1985), et l’église Saint-Eustache «  Mother and Child ». La mise en œuvre technique est créditée à FX Productions, avec Charles Passarelli et Laurent Benetiere; les vues d’ensemble sont dues au photographe Attilio Maranzano.

Avril 2009: quatre nuits dans la cour Napoléon

Huit ans plus tard, Holzer revient sur le même site. Du 7 au 10 avril 2009, la Pyramide du Louvre, dans la cour Napoléon, porte des textes issus de «  Blue » (1998), de «  Mother and Child » (1990), de «  Lustmord » (1993-1995), des «  Truisms » et de «  Laments » (1989). La projection est à nouveau réalisée par FX Productions avec Charles Passarelli, et photographiée par Lili Holzer-Glier. Les notices publiées par le studio rattachent ces projections à une collection publique française, mentionnée en anglais comme «  National Contemporary Art Fund, Paris » — soit le fonds national d’art contemporain.

Ce que Paris n’a pas encore: une monographie muséale

Le répertoire d’expositions publié par le studio ne fait apparaître aucune rétrospective parisienne: les grandes monographies récentes se sont tenues à Bilbao, à North Adams, à Potomac et à New York. Le rapport de Jenny Holzer à Paris est donc, à ce jour et sur la base des sources consultées, celui d’un artiste d’intervention plutôt que d’un artiste de salle: deux campagnes de projections nocturnes sur des monuments de premier plan, aucune exposition monographique dans une institution parisienne documentée par le studio. La France apparaît par ailleurs dans le répertoire des projections avec Bordeaux en 2001.

Où voir ses œuvres

Pyramide du Louvre, cour Napoléon (Paris) — site des projections de Jenny Holzer le 1er novembre 2001 puis du 7 au 10 avril 2009

Église Saint-Eustache (Paris) — façade support d’une projection de «  Mother and Child » le 3 novembre 2001

Pont-Neuf et square du Vert-Galant (Paris) — projections de «  Survival » et de «  Laments » sur la Seine le 3 novembre 2001

Tate (Londres) — collection publique conservant plusieurs peintures de documents caviardés de 2007 et «  THEY’RE BREATHING » (2017)

Art Institute of Chicago (Chicago) — collection conservant «  Blue Tilt » (2004) et plusieurs feuilles des «  Inflammatory Essays »

Repères chronologiques

1950-07-29 — Naissance de Jenny Holzer à Gallipolis, dans l’Ohio, aux États-Unis.

1977 — Installation à New York et abandon de la peinture au profit du langage; premiers «  Truisms ».

1979-1982 — Série des «  Inflammatory Essays », lithographies offset sur papiers de couleur vive.

1982 — Diffusion des «  Truisms » sur un panneau électronique géant de Times Square, à New York.

1989 — Vingt-huit textes de «  Living » gravés sur des bancs de granit blanc au Minneapolis Sculpture Garden.

1990 — Première femme à représenter les États-Unis à la Biennale de Venise; Lion d’or du meilleur pavillon.

2001-11-01 — Projection de «  War », «  Truisms » et «  Mother and Child » sur la Pyramide du Louvre, à Paris.

2001-11-03 — Projections parisiennes sur la Seine, le Pont-Neuf et l’église Saint-Eustache.

2009-04-07 — Nouvelle campagne de projections sur la Pyramide du Louvre, cour Napoléon, jusqu’au 10 avril.

2019 — Exposition monographique «  Jenny Holzer: Thing Indescribable » au Musée Guggenheim Bilbao.

2024 — Exposition «  Jenny Holzer: Light Line » au Solomon R. Guggenheim Museum de New York.

2025 — Présentation au Glenstone Museum de Potomac, avec «  Broken », bancs de pierre brisés.

Jenny Holzer & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Jenny Holzer à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Jenny Holzer écrit-elle plutôt qu'elle ne peint ?

Elle se destinait initialement à la peinture et a étudié à l'université de l'Ohio puis à la Rhode Island School of Design, mais son arrivée à New York en 1977 l'a conduite à adopter le langage comme médium. Son studio le formule sans ambiguïté : que le support soit un tee-shirt, une plaque ou un panneau à diodes, le médium reste l'écriture, et la dimension publique fait partie intégrante de l'œuvre.

Que sont exactement les « Truisms » ?

C'est sa première grande série, réalisée entre 1977 et 1979 : près de trois cents phrases courtes bâties sur des dictons et des clichés, exprimant des points de vue contradictoires. Elles ont d'abord été collées en affiches anonymes dans le bas de Manhattan, avant de gagner gobelets, bracelets, préservatifs et enseignes électroniques, jusqu'au panneau géant de Times Square en 1982.

Jenny Holzer a-t-elle vraiment projeté ses textes sur le Louvre ?

Oui, à deux reprises selon les notices de son propre studio. Le 1er novembre 2001, la Pyramide du Louvre porte des extraits de « War », des « Truisms » et de « Mother and Child ». Du 7 au 10 avril 2009, la Pyramide, dans la cour Napoléon, reçoit des textes de « Blue », « Mother and Child », « Lustmord », « Truisms » et « Laments ».

Quels autres lieux parisiens ont accueilli ses projections ?

Le 3 novembre 2001, la campagne parisienne s'est étendue au-delà du Louvre : « Laments » a été projeté sur la Seine au square du Vert-Galant, « Survival » au Pont-Neuf, et « Mother and Child » sur l'église Saint-Eustache. Les vues de cette campagne sont créditées au photographe Attilio Maranzano, la réalisation technique à FX Productions.

Qu'a-t-elle obtenu à la Biennale de Venise ?

En 1990, elle est devenue la première femme à représenter les États-Unis à la Biennale de Venise. Son installation de panneaux lumineux à diodes clignotantes a valu au pavillon américain le Leone d'oro, récompense de la meilleure participation nationale. Cette consécration précède de peu la période des projections monumentales, engagée au milieu des années 1990.

Que représentent ses peintures de documents caviardés ?

Ce sont des toiles sérigraphiées reproduisant des documents gouvernementaux américains déclassifiés et partiellement noircis, relatifs aux guerres en Irak et en Afghanistan. La Tate en conserve plusieurs datées de 2007, dont « Protect Protect » et « Shape the Battlespace », dont les titres reprennent le vocabulaire militaire des rapports d'origine.