Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Jeremy Deller dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Jeremy Deller, né à Londres en 1966, est l’un des artistes britanniques les plus imprévisibles de sa génération: historien de l’art de formation, il n’a pratiquement jamais peint ni sculpté.
Né à Londres en 1966, Jeremy Deller a étudié l’histoire de l’art à l’Institut Courtauld de Londres, puis à l’université du Sussex.
Cette page sert surtout à situer Jeremy Deller dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né à Londres en 1966, Jeremy Deller a étudié l’histoire de l’art à l’Institut Courtauld de Londres, puis à l’université du Sussex. Cette formation d’historien, et non d’artiste d’atelier, explique une pratique où la collaboration et la participation sont centrales: Deller agit en commissaire, en producteur ou en metteur en scène d’un vaste ensemble de projets — événements orchestrés, films, publications — plutôt qu’en fabricant d’objets. Il résume lui-même sa méthode auprès de la Tate: « Une bonne collaboration, c’est comme partir pour un long voyage sans carte, sans jamais savoir tout à fait où l’on va aboutir. » Depuis les années 1990, ses formes sont volontairement instables: performances, installations, vidéos ou affiches, souvent diffusées dans l’espace public plutôt que dans la salle d’exposition.
Le projet qui fixe sa réputation est The Battle of Orgreave, commande de l’organisme britannique Artangel présentée dans le Yorkshire du 15 au 17 juin 2001. Deller y fait rejouer, dix-sept ans après, l’affrontement le plus violent de la grève des mineurs de 1984-1985: la charge de cavalerie policière autour de la cokerie d’Orgreave. La reconstitution, orchestrée par Howard Giles, ancien responsable de la programmation d’événements d’English Heritage et spécialiste de la reconstitution historique, a mobilisé plus de huit cents participants, dont d’anciens mineurs, quelques anciens policiers présents ce jour-là, et des membres de sociétés de reconstitution venues de toute l’Angleterre. De ce dispositif sont nés un film, un livre et un enregistrement sonore; l’ensemble est entré dans la collection de la Tate sous le titre The Battle of Orgreave Archive (An Injury to One is an Injury to All).
Le Turner Prize 2004 lui est décerné le 6 décembre 2004, annoncé à la Tate Britain; la dotation de 25 000 livres lui est remise par le journaliste et administrateur de la Tate Jon Snow, et la cérémonie est retransmise en direct sur Channel 4. Deller était sélectionné pour Memory Bucket, une installation en techniques mixtes présentée à ArtPace, à San Antonio, qui documentait ses déplacements à travers le Texas. Le jury a salué « la générosité d’esprit » manifestée par une succession de projets engageant des contextes sociaux et culturels et célébrant la créativité des individus — formulation qui décrit assez exactement une œuvre dont le matériau premier est constitué de personnes réelles et de cultures situées en marge du courant dominant.
Deller représente la Grande-Bretagne à la 55e Biennale de Venise en 2013 avec English Magic, dont sont issus une peinture murale intitulée A Good Day for Cyclists et la vidéo Ooh-oo-hoo ah-ha ha yeah, montrée avec une bannière et une carcasse de voiture. Il participe en 2017 à Skulptur Projekte Münster avec Speak to the Earth and It Will Tell You, projet mené sur dix ans (2007-2017). En France, il figure à la 17e Biennale d’art contemporain de Lyon, « Crossing the water », aux Grandes Locos du 21 septembre 2024 au 5 janvier 2025, avec des bannières réalisées par Ed Hall — le fabricant de banderoles syndicales qu’il fréquente depuis les années 2000. La même logique de commande le conduit au CCC OD de Tours, dans l’exposition « Sortir le travail de sa nuit », en février 2024.
Il faut attendre 2023 pour qu’une rétrospective de Jeremy Deller soit organisée en France. Elle prend la forme d’un parcours rennais réparti sur trois institutions — La Criée centre d’art contemporain, le musée des Beaux-Arts et le Frac Bretagne — sous le titre Art is Magic, qui rassemble une quinzaine de projets et d’œuvres majeurs. L’exposition s’accompagne du premier ouvrage rétrospectif consacré à l’artiste en français. C’est aussi le moment où le public français peut mesurer l’ampleur d’un travail jusque-là connu ici par fragments: une carte blanche parisienne en 2008, des vidéos en festival, quelques accrochages de galerie. Ses œuvres figurent dans des collections publiques majeures, dont le Centre Pompidou, la Tate Modern et le Victoria and Albert Museum.
Médiums: vidéo et film documentaire, installation, performance et reconstitution, affiche et estampe, peinture murale, bannière et banderole textile, édition et publication.
Techniques: délégation de l’exécution à des non-artistes, reconstitution historique avec des témoins directs, collecte et archivage de culture populaire, collaboration avec des artisans (bannières d’Ed Hall), diffusion en espace public plutôt qu’en salle, montage d’archives télévisuelles et amateurs.
Motifs récurrents: mémoire ouvrière et conflits sociaux britanniques, cultures populaires et vernaculaires, musique comme fait social (acid house, brass bands, glam rock), révolutions industrielles et culturelles, histoire nationale et ses récits officiels, créativité des amateurs et des anonymes.
Le rendez-vous parisien décisif est la carte blanche que le Palais de Tokyo confie à Jeremy Deller en 2008. Sous le titre « D’une révolution à l’autre », l’artiste britannique conçoit avec de nombreux collaborateurs un projet que l’institution qualifie elle-même d’inclassable, « où les protagonistes échappent parfois à la définition d’artiste et où les objets présentés ne s’appréhendent pas toujours en tant qu’œuvres d’art ». Le parcours va de la révolution industrielle à l’apparition du glam rock en Angleterre, en passant par la musique électronique en Union soviétique, l’émergence du rock en France, les banderoles syndicales d’Ed Hall et les fictions personnelles de William Scott. Le numéro 07 du magazine PALAIS, publié à cette occasion, comporte un portfolio de Deller couvrant 1760-2008, un chapitre sur le Golf Drouot et un entretien du catcheur Adrian Street mené avec Frédéric Grossi.
Jeremy Deller est représenté à Paris par la galerie Art: Concept, installée 4, passage Sainte-Avoye, dans le 3e arrondissement, avec un accès par le 8, rue Rambuteau. C’est elle qui a présenté du 27 novembre 2021 au 15 janvier 2022 « Warning Graphic Content », exposition consacrée à l’ensemble de ses affiches et estampes, avec notamment l’estampe Une Nouvelle Aube (2021), tirage 50 × 70 cm en édition illimitée produit avec Duuu Radio. La galerie diffuse également ses films — la vidéo Everybody in the Place figure dans son fonds — et assure la circulation de ses œuvres vers les institutions françaises et européennes, de Tours à Lyon.
Le Centre Pompidou recense Jeremy Deller comme plasticien et vidéaste de nationalité britannique, né en 1966 à Londres et travaillant à Londres, et conserve de lui l’œuvre Exodus (2012). L’institution parisienne l’a également programmé hors accrochage: une séance qui lui était consacrée dans sa programmation Cinéma / Vidéo, et une table ronde sur « la figure de l’amateur » le 23 juin 2017, dans le cadre de Move / Vidéodanse, aux côtés notamment de Cecilia Bengolea. Le rapprochement est cohérent avec une pratique où l’amateur — le mineur, le musicien de fanfare, le catcheur — est moins un sujet qu’un coauteur.
Palais de Tokyo (Paris) — Carte blanche « D’une révolution à l’autre » en 2008, accompagnée du magazine PALAIS #07
Galerie Art: Concept (Paris) — Galerie qui le représente à Paris; exposition personnelle « Warning Graphic Content », 27 novembre 2021 - 15 janvier 2022
Centre Pompidou (Paris) — Conserve Exodus (2012) et l’a programmé en Cinéma / Vidéo et en table ronde en 2017
La Criée centre d’art contemporain (Rennes) — Coproductrice de Art is Magic (2023), première rétrospective française, avec le musée des Beaux-Arts et le Frac Bretagne
Les Grandes Locos, 17e Biennale d’art contemporain de Lyon (Lyon) — « Crossing the water », 21 septembre 2024 - 5 janvier 2025, bannières réalisées par Ed Hall
1966 — Naissance de Jeremy Deller à Londres; il y vit et travaille toujours.
2001-06-15 — The Battle of Orgreave, reconstitution produite par Artangel dans le Yorkshire (jusqu’au 17 juin).
2004-12-06 — Turner Prize 2004 remis à la Tate Britain pour Memory Bucket, installation créée à ArtPace (San Antonio).
2008 — Carte blanche « D’une révolution à l’autre » au Palais de Tokyo, à Paris, avec le magazine PALAIS #07.
2012 — Rétrospective Joy in People à la Hayward Gallery de Londres, où est repeinte The History of the World.
2013 — English Magic au pavillon britannique de la 55e Biennale de Venise, avec A Good Day for Cyclists.
2017 — Speak to the Earth and It Will Tell You (2007-2017) présenté à Skulptur Projekte Münster.
2018 — Everybody in the Place: An Incomplete History of Britain 1984-1992, film de 62 minutes.
2021-11-27 — « Warning Graphic Content » à la galerie Art: Concept, Paris, jusqu’au 15 janvier 2022.
2023 — Art is Magic à Rennes: première rétrospective française, sur trois institutions partenaires.
2024-09-21 — 17e Biennale d’art contemporain de Lyon, « Crossing the water », avec des bannières d’Ed Hall.
2026-05-05 — The Constant Buzz of a Drone au Palazzo Bentivoglio, à Venise, jusqu’au 19 juillet 2026.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Jeremy Deller à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Orgreave fut, en 1984, l'affrontement le plus violent de la grève des mineurs britanniques. En 2001, avec Artangel, Deller a fait rejouer la scène sur place du 15 au 17 juin par plus de huit cents participants, dont d'anciens mineurs et quelques anciens policiers présents ce jour-là. Il ne s'agissait pas d'un spectacle mais d'une manière de rendre un récit à ceux qui l'avaient vécu, contre la version qu'en avaient donnée les médias.
Il a été sélectionné pour Memory Bucket, une installation en techniques mixtes présentée à ArtPace, à San Antonio, documentant ses déplacements à travers le Texas. Le prix lui a été remis le 6 décembre 2004 à la Tate Britain par Jon Snow ; la dotation était de 25 000 livres et la cérémonie fut retransmise en direct sur Channel 4.
Oui, mais rarement en permanence : le Centre Pompidou conserve son œuvre Exodus (2012) et l'a programmé en séance vidéo et en table ronde en 2017. Sa galerie parisienne, Art : Concept, au 4 passage Sainte-Avoye dans le 3e arrondissement, montre régulièrement son travail — elle lui a consacré « Warning Graphic Content » du 27 novembre 2021 au 15 janvier 2022.
En 2008, le Palais de Tokyo lui a confié une carte blanche intitulée « D'une révolution à l'autre ». Le projet allait de la révolution industrielle au glam rock anglais, en passant par la musique électronique soviétique, l'émergence du rock en France, les banderoles syndicales d'Ed Hall et les fictions personnelles de William Scott — un dispositif où les objets exposés n'étaient pas tous des œuvres d'art.
Oui, en 2023, à Rennes : Art is Magic, répartie entre La Criée centre d'art contemporain, le musée des Beaux-Arts et le Frac Bretagne, a réuni une quinzaine de projets et d'œuvres majeurs. Ce fut sa première exposition rétrospective en France, accompagnée du premier ouvrage rétrospectif publié en français sur son travail.
Non. Formé à l'histoire de l'art à l'Institut Courtauld puis à l'université du Sussex, il agit en commissaire, producteur ou metteur en scène : il conçoit des situations et confie leur réalisation à d'autres — musiciens, graphistes, artisans comme le fabricant de bannières Ed Hall, groupes d'habitants. La collaboration et la participation sont le cœur même de sa méthode, pas un supplément.