Exposition Paris

Exposition Joan Mitchell

Née à Chicago en 1925 et morte à Paris en 1992, Joan Mitchell a bâti en près de cinq décennies un vocabulaire d’abstraction gestuelle nourri de paysages remémorés.

Qui est Joan Mitchell ?

Joan Mitchell naît le 12 février 1925 à Chicago, dans une famille aisée aux attaches artistiques marquées. Elle se forme à la School of the Art Institute of Chicago, dont elle sort diplômée en 1947.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Joan Mitchell dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Chicago, la formation et la bourse de voyage

Joan Mitchell naît le 12 février 1925 à Chicago, dans une famille aisée aux attaches artistiques marquées. Elle se forme à la School of the Art Institute of Chicago, dont elle sort diplômée en 1947. La même année, une bourse de voyage obtenue à la sortie de l’école lui offre une première année en France: c’est durant ce séjour que, selon la Joan Mitchell Foundation, «  ses peintures deviennent de plus en plus abstraites ». Le Paris de 1948 la déçoit pourtant, marqué par les destructions de l’après-guerre, et c’est le Midi qui retient son attention, pour la lumière particulière qu’elle y trouve. Elle rentre aux États-Unis fin 1949 et s’installe à New York.

New York, la «  9th Street Show » et l’École de New York

À New York, Mitchell est retenue en 1951 pour la «  9th Street Show », l’exposition qui fait connaître la deuxième génération de l’expressionnisme abstrait; en moins d’un an, elle est une participante active de ce que l’on nomme l’École de New York. Les institutions suivent vite: le Whitney Museum of American Art achète «  Hemlock » (1956), et «  City Landscape » (1954-1955), présentée à l’Art Institute of Chicago, est retenue pour la collection permanente. En 1955 encore, ses toiles figurent à «  Vanguard 1955 » au Walker Art Center et à l’Annual Exhibition du Whitney. Elle se lie la même année avec Samuel Beckett, qui restera un ami proche.

Le choix de la France: Riopelle, la rue Frémicourt, Vétheuil

C’est à Paris, en 1955, que Mitchell rencontre le peintre canadien Jean Paul Riopelle, avec qui elle vivra plus de vingt ans; à partir de cette date, elle partage son temps entre New York et la France. En 1959, elle s’installe à Paris et loue avec lui un atelier au 10, rue Frémicourt. Elle se tient volontairement à distance des cercles parisiens et fréquente surtout d’autres artistes internationaux venus à l’abstraction, parmi lesquels Sam Francis et Shirley Jaffe. En 1967, elle achète une propriété dominant la Seine à Vétheuil, village au nord-ouest de Paris jadis habité par Claude Monet, et s’y établit à partir de 1968.

Vétheuil: le grand format, le polyptyque, la reconnaissance

L’installation à Vétheuil change la peinture de Mitchell: là où les toiles antérieures étaient couvertes de bout en bout par une touche véhémente, les œuvres postérieures à 1968 laissent respirer le blanc et y font surgir des champs colorés, selon la notice du Centre Pompidou. Le diptyque et le polyptyque, adoptés dès les années 1960, lui permettent de fragmenter le point de vue sur plusieurs panneaux: «  La Grande Vallée XIV » (1983) déploie ainsi un triptyque de près de six mètrès de large. Sa première exposition personnelle chez Jean Fournier, à Paris, a lieu en mai 1967; le Whitney lui consacre une exposition en 1974, puis le Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1982.

Dernières années et postérité

Mitchell peint jusqu’à la fin à Vétheuil; le Centre Pompidou conserve douze de ses œuvres, échelonnées de 1954 à 1992, dont plusieurs entrées par dation en 1995. Elle meurt à Paris le 30 octobre 1992. Sa postérité est portée par la Joan Mitchell Foundation, qui publie sa biographie, sa chronologie illustrée, son catalogue raisonné et ses archives. La rétrospective co-organisée par le San Francisco Museum of Modern Art et le Baltimore Museum of Art, présentée à San Francisco du 4 septembre 2021 au 17 janvier 2022 avec plus de quatre-vingts œuvres, s’est achevée à Paris à la Fondation Louis Vuitton: la plus importante exposition Mitchell en Europe depuis une trentaine d’années. En 2025, le centenaire de sa naissance a donné lieu à un programme d’expositions et d’événements.

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, dessin, pastel, estampe.

Techniques: abstraction gestuelle, touches courtes et longues alternées créant un rythme, blanc appliqué sous et sur les autres couleurs, brouillant premier plan et fond, diptyques et polyptyques fragmentant le point de vue, travail nocturne sous lumière électrique, à partir des sensations accumulées le jour.

Motifs récurrents: paysage remémoré plutôt que paysage observé, eau, lac Michigan, champs, poésie (Wallace Stevens, Frank O’Hara), deuil et perte, musique et chiens comme déclencheurs de peinture.

Un atelier au 10, rue Frémicourt

Le lien de Joan Mitchell avec Paris n’a rien d’anecdotique: en 1959, elle quitte New York pour la capitale française et loue avec Jean Paul Riopelle un atelier au 10, rue Frémicourt, dans le XVe arrondissement — atelier photographié la même année par Walter Silver. Elle y reste jusqu’à son installation à Vétheuil, à la fin des années 1960, et Paris demeure ensuite son point d’ancrage urbain: c’est dans la capitale qu’elle meurt, le 30 octobre 1992. Le Musée de l’histoire de l’immigration souligne qu’elle se tenait à l’écart de la scène artistique parisienne, lui préférant le cercle des artistes étrangers venus à l’abstraction, dont Sam Francis et Shirley Jaffe.

Galerie Jean Fournier et le sacre de 1982

Paris est aussi le lieu de sa reconnaissance européenne. Sa première exposition personnelle à la Galerie Jean Fournier se tient en mai 1967, ouvrant une relation durable avec le marchand qui a défendu l’abstraction lyrique en France. Quinze ans plus tard, en 1982, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris lui consacre une exposition personnelle: elle est, selon la Joan Mitchell Foundation, la première artiste américaine à recevoir cet honneur dans ce musée, et le Musée de l’histoire de l’immigration présente cette exposition comme sa première monographie en France.

Ses œuvres dans les collections publiques parisiennes

Deux institutions parisiennes conservent aujourd’hui son travail. Le Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, détient douze œuvres couvrant 1954-1992, parmi lesquelles le triptyque «  La Grande Vallée XIV » (1983, huile sur toile, 279,8 × 600 cm, AM 1995-172) et «  Tilleul » (1978, huile sur toile, 240 × 180 cm, AM 1995-168), toutes deux entrées par dation en 1995. La Fondation Cartier pour l’art contemporain, installée depuis 2025 au 2, place du Palais-Royal, possède «  La Grande Vallée VI » (1984), acquise dès 1985 et déjà montrée dans «  Mémoires vives » en 2014.

Vétheuil, la campagne de Monet à une heure de Paris

La propriété que Mitchell achète en 1967 domine la Seine à Vétheuil, village situé au nord-ouest de Paris où Claude Monet avait vécu. Ce voisinage a fondé, quarante ans après la mort de la peintre, le rapprochement muséal le plus visible de son œuvre à Paris: «  Monet – Mitchell », présentée à la Fondation Louis Vuitton du 5 octobre 2022 au 27 février 2023, mettait en dialogue deux peintres ayant répondu au même paysage de la vallée de la Seine, et s’accompagnait de la rétrospective venue de San Francisco et de Baltimore.

Où voir ses œuvres

Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris) — Conserve «  La Grande Vallée VI » (1984), acquise en 1985; l’œuvre est présentée dans «  Exposition Générale » jusqu’au 23 août 2026.

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve douze œuvres de 1954 à 1992, dont «  La Grande Vallée XIV » (1983) et «  Tilleul » (1978), entrées par dation en 1995.

Musée d’art moderne de la Ville de Paris (Paris) — Lieu de son exposition personnelle de 1982, la première consacrée dans ce musée à une artiste américaine.

Fondation Louis Vuitton (Paris) — A présenté «  Monet – Mitchell » et la rétrospective Joan Mitchell du 5 octobre 2022 au 27 février 2023, dernière étape de la tournée SFMOMA / Baltimore Museum of Art.

Whitney Museum of American Art (New York) — A acquis «  Hemlock » (1956) dès 1958 et lui a consacré une exposition en 1974.

Repères chronologiques

1925-02-12 — Naissance de Joan Mitchell à Chicago, dans une famille aisée liée aux milieux artistiques.

1947 — Diplômée de la School of the Art Institute of Chicago, elle obtient une bourse de voyage qui la conduit un an en France.

1951 — Elle figure dans la «  9th Street Show » à New York et rejoint en moins d’un an l’École de New York.

1955 — Elle rencontre Jean Paul Riopelle à Paris; le Whitney achète «  Hemlock » et l’Art Institute of Chicago retient «  City Landscape ».

1959 — Elle s’installe à Paris et loue un atelier au 10, rue Frémicourt avec Jean Paul Riopelle.

1967 — Première exposition personnelle à la Galerie Jean Fournier à Paris, en mai; elle achète une propriété dominant la Seine à Vétheuil.

1968 — Elle s’établit à Vétheuil, village au nord-ouest de Paris où avait vécu Claude Monet.

1974 — Le Whitney Museum of American Art lui consacre une exposition personnelle importante à New York.

1982 — Première artiste américaine à obtenir une exposition personnelle au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

1983 — Achèvement de «  La Grande Vallée XIV », triptyque de 279,8 × 600 cm aujourd’hui au Centre Pompidou.

1992-10-30 — Mort de Joan Mitchell à Paris, à l’âge de soixante-sept ans.

2022-10-05 — Ouverture de «  Monet – Mitchell » et de la rétrospective Joan Mitchell à la Fondation Louis Vuitton, jusqu’au 27 février 2023.

2025-10-25 — «  La Grande Vallée VI » entre dans «  Exposition Générale », présentation inaugurale de la Fondation Cartier place du Palais-Royal.

Joan Mitchell & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Joan Mitchell à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Joan Mitchell, peintre américaine, a-t-elle vécu en France ?

Une bourse de voyage obtenue à sa sortie de l'Art Institute of Chicago en 1947 l'amène une première fois en France. Elle y rencontre en 1955 le peintre canadien Jean Paul Riopelle, avec qui elle vivra plus de vingt ans, partage dès lors son temps entre New York et la France, puis s'installe définitivement à Paris en 1959.

Où se trouvait l'atelier parisien de Joan Mitchell ?

En 1959, elle loue avec Jean Paul Riopelle un atelier au 10, rue Frémicourt à Paris. La Joan Mitchell Foundation en conserve une photographie prise la même année par Walter Silver, aujourd'hui dans la Photography Collection de la New York Public Library.

Qu'est-ce que la série « La Grande Vallée » ?

Peinte dans l'atelier de Vétheuil à un tournant de sa vie personnelle et artistique, la série compte quinze toiles, cinq diptyques et un triptyque. La Fondation Cartier en conserve le sixième volet, acquis en 1985 ; le Centre Pompidou détient « La Grande Vallée XIV » (1983), un triptyque de 279,8 × 600 cm entré par dation en 1995.

Peut-on voir une œuvre de Joan Mitchell à Paris en ce moment ?

Oui : « La Grande Vallée VI » (1984) figure dans « Exposition Générale », la présentation inaugurale de la Fondation Cartier au 2 place du Palais-Royal, ouverte du 25 octobre 2025 au 23 août 2026. La peinture est accrochée dans la section « Making Things ».

Que représente réellement une peinture de Joan Mitchell ?

Rien de littéral : elle peignait, selon ses mots repris par le Centre Pompidou, « des souvenirs de paysages que je porte en moi, ainsi que le souvenir des sentiments qu'ils m'ont inspirés ». Elle travaillait la nuit, sous lumière électrique, à partir des sensations accumulées dans la journée.

D'où vient le titre « Hemlock », l'un de ses tableaux les plus connus ?

Mitchell a nommé cette toile de 1956 après l'avoir achevée, en empruntant le mot à « Domination of Black », poème de Wallace Stevens de 1916 où reviennent les ciguës. Le Whitney Museum of American Art l'a acquise en 1958 grâce aux Friends of the Whitney Museum.