Exposition Paris

Exposition Johannes Vermeer

Johannes Vermeer (Delft, 1632 – Delft, 1675) a passé toute sa vie dans une seule ville et n’a laissé qu’une trentaine de tableaux: trente-cinq selon la National Gallery de Londres, trente-six selon le Mauritshuis.

Qui est Johannes Vermeer ?

Vermeer naît et meurt à Delft, en 1632 et 1675, et y travaille toute sa vie.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Johannes Vermeer dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Delft pour seul horizon

Vermeer naît et meurt à Delft, en 1632 et 1675, et y travaille toute sa vie. Sa formation n’est pas documentée avec certitude: le Mauritshuis avance les noms de Carel Fabritius (1622-1654) et de Leonaert Bramer (1596-1674), la National Gallery de Londres retient l’hypothèse d’un apprentissage auprès du peintre d’histoire Bramer. En 1653, il épouse Catharina Bolnes, catholique et fortunée, et devient la même année maître de la guilde des peintres de Delft; le couple aura quatorze enfants et vivra chez Maria Thins, la mère de Catharina.

Des sujets d’histoire aux intérieurs silencieux

Vermeer commence à peindre vers 1654 par des sujets religieux et mythologiques, genre alors jugé plus noble que le paysage ou la nature morte. Ces premières toiles, grandes et fortement contrastées, doivent beaucoup aux peintres d’Amsterdam et d’Utrecht: la National Gallery cite l’influence des caravagesques d’Utrecht comme Hendrick ter Brugghen, et le Mauritshuis rappelle que la petite collection de sa belle-mère lui mettait ces modèles sous les yeux. Il glisse ensuite vers les scènes domestiques qui feront sa réputation.

Une lumière construite, un espace mesuré

La maturité de Vermeer tient dans une lumière nacrée et un espace architecturé où l’œil est conduit par la place exacte des objets. Le Rijksmuseum décrit dans La Laitière une figure dressée comme une statue dans une pièce très éclairée, et un rendu de la lumière par centaines de points colorés posés à la surface des choses. La National Gallery relie son goût des phénomènes optiques et de la chambre noire à Carel Fabritius, actif à Delft entre 1650 et 1654, sans en faire une certitude documentaire.

Une œuvre rare, une fin insolvable

Vermeer travaillait longuement chaque tableau et en a donc achevé peu: le Mauritshuis n’en connaît que trente-six, la National Gallery et le Rijksmuseum parlent d’environ trente-cinq. Sa réputation, de son vivant, attirait pourtant des collectionneurs venus jusque dans son atelier. À partir de 1672 sa situation financière se dégrade; il meurt insolvable en 1675, laissant sa femme et ses nombreux enfants sans ressources. Son principal acheteur, Pieter Claesz. van Ruijven, mort en 1674, avait réuni un ensemble que ses héritiers Dissius possédaient encore à hauteur de vingt et un tableaux en 1683.

Deux siècles d’oubli, puis le Sphinx de Delft

Après sa mort, le nom de Vermeer s’efface: ses tableaux sont longtemps attribués à des peintres alors plus cotés, Pieter de Hooch notamment. Le Mauritshuis, qui le surnomme «  le Sphinx de Delft », date sa redécouverte du XIXe siècle et l’attribue au critique d’art français Théophile Thoré (1807-1869), qui le qualifia de génie et lui assura une audience internationale. La côté suit: en 2023, le Rijksmuseum a réuni la plus grande partie de l’œuvre conservée dans une exposition sans précédent.

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, huile sur panneau.

Techniques: lumière latérale et modelé nacré, points de lumière colorés en surface des objets, espace architecturé et placement calculé des objets, intérêt supposé pour les phénomènes optiques et la chambre noire, tableau dans le tableau porteur du sens.

Motifs récurrents: scènes domestiques et travail féminin, savants et instruments scientifiques, tronies et figures imaginaires, vues urbaines de Delft, sujets bibliques et mythologiques (première période).

Deux Vermeer au Louvre, salle 837

Le Louvre conserve deux tableaux de Vermeer, tous deux signalés comme visibles salle 837, aile Richelieu, niveau 2. La Dentellière (MI 1448), datée vers 1669-1670, est un très petit format de 24 sur 21 centimètrès où la lumière vient de la droite, disposition que la notice du musée juge plutôt rare chez le peintre. L’Astronome (RF 1983 28), daté 1668, montre un globe céleste de Hondius (1600) et un manuel d’astronomie de Metius (1621) ouvert au chapitre des étoiles, avec au fond un Moïse sauvé des eaux attribué à Peter Lely.

Le marché parisien, moteur de la redécouverte

Les deux notices du Louvre font apparaître Paris comme une plaque tournante du retour de Vermeer. La Dentellière passe dès 1817 dans la vente Lapeyrière à Paris; les Goncourt l’admirent en 1861 chez Vis Blokhuyzen, et elle est dispersée à Paris le 1er avril 1870 avant d’être acquise en juin de la même année auprès de l’expert et peintre Eugène Féral. L’Astronome, lui, est acheté par Thoré pour le collectionneur parisien Léon Double fin 1866 ou début janvier 1867, revendu à Paris le 30 mai 1881, puis acquis par le baron Alphonse de Rothschild.

L’Astronome, de la spoliation à la dation

Le parcours parisien de L’Astronome comporte un épisode de guerre documenté par la notice du Louvre: le tableau, alors chez le baron Édouard de Rothschild, est saisi par les autorités allemandes en 1940 pour le musée que Hitler projetait à Linz. Récupéré par les Alliés en 1945, il est restitué au baron Édouard en 1946, puis passe à son fils Guy de Rothschild. Il entre dans les collections nationales en 1982-1983 par dation en paiement de droits de mutation, et reçoit alors un cadre hollandais du XVIIe siècle offert par la galerie De Boer d’Amsterdam.

Un critique français à l’origine du regain

Le Mauritshuis attribue explicitement la redécouverte de Vermeer au critique d’art français Théophile Thoré (1807-1869), qui le qualifia de génie et lui obtint une attention internationale encore perceptible aujourd’hui. La notice du Louvre sur L’Astronome montre le même Thoré à l’œuvre concrètement sur le marché: c’est lui qui achète le tableau pour Léon Double à Paris, et c’est encore lui, cité sous son nom de plume Bürger, qui documente en 1860 et 1866 les localisations successives des deux toiles aujourd’hui françaises.

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre (Paris) — Conserve La Dentellière (MI 1448) et L’Astronome (RF 1983 28), signalés visibles salle 837, aile Richelieu, niveau 2.

Mauritshuis (La Haye) — Conserve La Jeune Fille à la perle et la Vue de Delft, présentées salle 15, et publie la notice biographique de référence sur le peintre.

Rijksmuseum (Amsterdam) — Conserve La Laitière et La Ruelle dans la galerie d’Honneur et a réuni en 2023 la plus grande rétrospective Vermeer jamais organisée.

National Gallery (Londres) — Conserve deux jeunes femmes au virginal et publie une notice d’artiste sur la carrière et le style de Vermeer.

Repères chronologiques

1632 — Naissance de Johannes Vermeer à Delft, ville où il travaillera toute sa vie.

1653 — Mariage avec Catharina Bolnes et accession à la maîtrise dans la guilde des peintres de Delft.

1658 — La Ruelle, vue des maisons du Vlamingstraat à Delft, aujourd’hui au Rijksmuseum.

1660 — La Laitière, huile sur toile de 45,5 sur 41 centimètrès, aujourd’hui galerie d’Honneur du Rijksmuseum.

1665 — La Jeune Fille à la perle, tronie conservée au Mauritshuis de La Haye.

1668 — L’Astronome, avec globe céleste de Hondius et manuel d’astronomie de Metius.

1669-1670 — La Dentellière, dernier moment de l’œuvre selon la datation retenue par le Louvre.

1675 — Mort de Vermeer à Delft, insolvable, laissant sa femme et ses enfants sans ressources.

1870 — Vente Vis Blokhuyzen à Paris le 1er avril, puis acquisition de La Dentellière par le Louvre en juin.

1940 — Saisie de L’Astronome par les autorités allemandes pour le musée projeté à Linz.

1946 — Restitution de L’Astronome au baron Édouard de Rothschild après récupération alliée en 1945.

1983 — Entrée de L’Astronome au Louvre par dation en paiement de droits de mutation.

2023-02-10 — Ouverture au Rijksmuseum de la plus vaste exposition Vermeer jamais réunie, jusqu’au 4 juin.

Galerie

Johannes Vermeer & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Johannes Vermeer à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Combien de tableaux de Vermeer peut-on voir à Paris ?

Deux, tous deux au Louvre : La Dentellière (MI 1448), peinte vers 1669-1670, et L'Astronome (RF 1983 28), daté 1668. Les notices du musée les signalent l'une et l'autre visibles salle 837, aile Richelieu, niveau 2, au département des Peintures.

Comment L'Astronome est-il entré dans les collections françaises ?

Acheté à Paris par Thoré pour le collectionneur Léon Double fin 1866 ou début 1867, il passe ensuite au baron Alphonse de Rothschild, est saisi en 1940 par les autorités allemandes pour le musée projeté à Linz, restitué au baron Édouard en 1946, puis acquis par l'État en 1982-1983 par dation en paiement de droits de mutation.

Combien de tableaux de Vermeer connaît-on aujourd'hui ?

Le corpus est très restreint et les institutions ne le comptent pas tout à fait de la même façon : le Mauritshuis retient trente-six tableaux, tandis que la National Gallery de Londres et le Rijksmuseum parlent d'environ trente-cinq. Vermeer travaillait longuement chaque toile, ce qui explique cette rareté.

La Jeune Fille à la perle est-elle un portrait ?

Non. Le Mauritshuis précise qu'il s'agit d'une « tronie », c'est-à-dire la peinture d'une figure imaginaire représentant un type ou un caractère, ici une jeune fille en costume exotique coiffée d'un turban et portant une perle d'une taille invraisemblable. Le tableau est daté vers 1665.

Quel lieu réel Vermeer a-t-il peint dans La Ruelle ?

Le Rijksmuseum situe la scène au Vlamingstraat 40-42, à Delft. La maison de droite était habitée par la tante du peintre, Ariaentgen Claes, et ses enfants, depuis environ 1645 jusqu'à sa mort en 1670. Le musée souligne le caractère inhabituel de ce portrait de maisons ordinaires.

Pourquoi Vermeer a-t-il été oublié après sa mort ?

Le Mauritshuis explique qu'après 1675 son nom disparaît et que ses tableaux sont longtemps donnés à des peintres alors plus réputés, comme Pieter de Hooch. Sa redécouverte date du XIXe siècle et revient au critique d'art français Théophile Thoré, qui le proclama génie et lui donna une audience internationale.