Exposition Paris

Exposition Joseph Beuys

Sculpteur allemand né à Krefeld le 12 mai 1921 et mort à Düsseldorf le 23 janvier 1986, Joseph Beuys a fait du feutre, de la graisse et du cuivre les matériaux d’une pensée de la chaleur et de l’énergie.

Qui est Joseph Beuys ?

Joseph Beuys naît à Krefeld le 12 mai 1921; la famille s’installe à Clèves dès l’automne suivant, et il y suit le lycée d’État de 1931 à 1940.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Joseph Beuys dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Krefeld, Clèves, et une guerre dont il ne sortira jamais tout à fait

Joseph Beuys naît à Krefeld le 12 mai 1921; la famille s’installe à Clèves dès l’automne suivant, et il y suit le lycée d’État de 1931 à 1940. À la fin de l’été 1940, il se porte volontaire pour la Luftwaffe, où il est formé comme radionavigant et aspirant pilote, puis engagé comme radio et mitrailleur de bord dans une escadre de bombardiers en piqué, notamment en Italie du Sud, en Croatie, en Ukraine et en Crimée. Il s’écrase en Crimée en 1944, et termine la guerre prisonnier des Britanniques jusqu’à sa libération à l’été 1945. Le Centre Pompidou rappelle, au conditionnel, le récit qui suivra Beuys toute sa vie: il aurait été sauvé par des Tatars qui l’auraient enroulé dans des couvertures de feutre.

L’atelier sous les toits de l’académie de Düsseldorf

De 1946 à 1951, Beuys étudie la sculpture à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf, d’abord auprès de Joseph Enseling puis, à partir de 1947, d’Ewald Mataré, dont il devient élève-maître en 1951. La même année, les frères Hans et Franz Joseph van der Grinten achètent leurs premières pièces: ce sont eux qui accueilleront sa première exposition personnelle en 1953, dans leur maison de Kranenburg. Beuys occupe alors, avec Erwin Heerich, un atelier sous les toits de l’académie jusqu’à sa radiation en 1954. Une grave crise artistique et psychique le tient à l’écart en 1957; il se rétablit chez les van der Grinten, concourt pour un monument sur le site du camp d’Auschwitz-Birkenau et prend un atelier dans l’ancien Kurhaus de Clèves.

Fluxus, les premières actions et la chaire de sculpture monumentale

Nommé professeur de sculpture monumentale à l’académie de Düsseldorf en 1961, Beuys installe son atelier au Drakeplatz, à Düsseldorf-Oberkassel. Entre 1963 et 1965, les frères van der Grinten organisent dans leur ferme de Kranenburg l’exposition «  Josef Beuys – Fluxus »: c’est le moment des premières actions, de la participation à la documenta III de Kassel et, en 1965, de la première exposition personnelle en galerie, chez Schmela à Düsseldorf. Le Städel Museum, qui range Beuys sous l’étiquette Fluxus, souligne qu’il lit alors des traités d’histoire de l’art et des écrits scientifiques, dont ceux de Rudolf Steiner, pour en tirer sa théorie de la «  sculpture sociale » et un concept élargi de l’art.

Renvoyé de l’académie, candidat aux élections, planteur de chênes

En octobre 1972, Beuys fait «  occuper » le secrétariat de l’académie de Düsseldorf pour imposer l’inscription de candidats refusés: il est licencié sans préavis, et le litige ne se dénoue qu’en 1978 par une transaction. La même année, il tient à la documenta 5 le bureau de son Organisation pour la démocratie directe par référendum. En 1973, avec Heinrich Böll et Klaus Staeck, il fonde l’association d’où naîtra la Free International University. Il se présente aux législatives de 1976 pour l’AUD, participe en 1980 au congrès fondateur des Verts à Karlsruhe, puis lance à la documenta 7 de 1982 le projet «  7000 Eichen – Stadtverwaldung statt Stadtverwaltung »; le dernier arbre sera planté en 1987 par son fils Wenzel.

Dernières années: Venise, New York, Naples

La reconnaissance internationale s’accélère: rétrospective au Solomon R. Guggenheim Museum de New York en 1979, participation à la 37e Biennale de Venise en 1976 avec «  Strassenbahnhaltestelle » puis à la 39e en 1980 avec «  DAS KAPITAL RAUM 1970-1977 ». À la documenta 6 de 1977, il installe la «  Honigpumpe am Arbeitsplatz » et y greffe les ateliers de la Free International University. En décembre 1985, il monte au Museo di Capodimonte de Naples sa dernière installation, «  Palazzo Regale ». Le 12 janvier 1986, il prononce son dernier discours à Duisbourg lors de la remise du prix Wilhelm Lehmbruck; il meurt à Düsseldorf onze jours plus tard, le 23 janvier 1986.

La pratique en bref

Médiums: feutre, graisse, cuivre, mine graphite sur papier, installation et environnement, vitrines, multiples, vidéo et film, action et performance, conférence et débat public.

Techniques: empilement de plaques de feutre surmonté d’une plaque de cuivre (Fonds), recouvrement intégral d’un espace par des rouleaux de feutre, dessin à la mine graphite sur papier de verre, action prolongée en cohabitation avec un animal vivant, plantation d’arbres comme œuvre à long terme.

Motifs récurrents: sculpture sociale et concept élargi de l’art, chaleur, isolation et conduction de l’énergie, démocratie directe et engagement électoral, écologie et reforestation urbaine, chamanisme et spiritualité perdue de l’Occident, confrontation d’un peuple à son histoire violente.

Soixante-trois œuvres au Musée national d’art moderne

La recherche par artiste dans la collection en ligne du Centre Pompidou rend 63 œuvres de Joseph Beuys, réparties entre les arts plastiques contemporains, le cabinet d’art graphique et les nouveaux médias. On y trouve l’environnement «  Plight » (1985), l’empilement de feutre et de cuivre «  Fonds VII/2 » (1967-1984), «  Infiltration homogen für Konzertflügel » (1966), «  Das Kapital » (1980), «  Das Schweigen » (1973) ou encore l’enregistrement vidéo de l’action «  I Like America and America Likes Me » (1974). Le fonds parisien couvre donc à la fois le dessin de jeunesse, l’installation monumentale et la trace filmée des actions.

1982, rue des Haudriettes: Beuys chez Michel et Liliane Durand-Dessert

Le lien parisien passe d’abord par une galerie. En 1982, la Galerie Michel et Liliane Durand-Dessert, rue des Haudriettes, présente «  Joseph Beuys – Dernier espace avec introspecteur ». Le Centre Pompidou conserve un dessin sans titre daté de cette même année, mine graphite sur papier de verre, 12 x 23 cm, signé et dédicacé «  A Liliane »: la notice du musée y lit un jeu sur la multiplicité de la vision et sur la notion de sol, le papier de verre se substituant au sable. Entré dans les collections en 2023 par don de Liliane et Michel Durand-Dessert (AM 2023-851), il documente directement cet épisode parisien.

1994: la première grande exposition Beuys en France

Du 30 juin au 3 octobre 1994, le Centre Georges Pompidou présente «  Joseph Beuys », que l’institution qualifie elle-même de première grande exposition de l’œuvre de l’artiste en France, moins de dix ans après sa mort. Elle est doublée d’un volet «  Joseph Beuys: Films et vidéos » du 6 juillet au 26 septembre 1994 et d’un cycle de rencontres du 13 juillet au 3 octobre. Le musée avait déjà acheté «  Plight » en 1989, avec la participation d’Anthony d’Offay et de David Sylvester en souvenir de l’artiste; il acquiert en 1994 la vidéo de l’action au coyote. Deux ans plus tard, l’accrochage «  De Beuys à Trockel » prolonge la séquence, du 10 juillet au 30 septembre 1996.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou – Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve 63 œuvres de Joseph Beuys, dont «  Plight » (1985), et a organisé en 1994 la première grande exposition de l’artiste en France. Le bâtiment de Beaubourg est fermé pour rénovation depuis l’automne 2025, avec une réouverture annoncée en 2030.

Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Marais et Paris Pantin (Paris) — Représente le Joseph Beuys Estate et publie une notice de référence sur l’œuvre; aucune exposition Beuys n’est annoncée dans ses espaces parisiens à la date de consultation.

Repères chronologiques

1921-05-12 — Naissance à Krefeld; la famille s’installe à Clèves dès l’automne

1944 — Son avion s’écrase en Crimée alors qu’il sert comme radio et mitrailleur de bord

1951 — Achève ses études à l’académie de Düsseldorf comme élève-maître d’Ewald Mataré

1961 — Nommé professeur de sculpture monumentale à l’académie de Düsseldorf

1965 — Première exposition personnelle en galerie, chez Schmela à Düsseldorf

1972 — documenta 5 avec son bureau politique, puis licenciement sans préavis de l’académie

1974 — Action «  I Like America and America Likes Me » à la galerie René Block, New York

1979 — Grande rétrospective au Solomon R. Guggenheim Museum de New York

1982 — Lance «  7000 Eichen » à la documenta 7 de Kassel; exposition à Paris chez Durand-Dessert

1985 — Réalise «  Plight », entré en 1989 dans la collection du Centre Pompidou

1986-01-23 — Mort à Düsseldorf, onze jours après son dernier discours à Duisbourg

1994-06-30 — Ouverture de «  Joseph Beuys » au Centre Georges Pompidou, première grande exposition en France

Joseph Beuys & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Joseph Beuys à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Joseph Beuys utilise-t-il le feutre, la graisse et le cuivre ?

Parce qu'il les traite comme des organes physiques de son propos : le Centre Pompidou explique que, dans « Fonds VII/2 », le feutre fonctionne en accumulateur thermique et le cuivre en corps conducteur, la chaleur et l'électricité servant à figurer un principe de vie et de communication. Dans « Plight », le feutre isole du bruit autant qu'il protège.

Que désigne exactement la « sculpture sociale » chez Beuys ?

La Tate la définit comme une théorie développée par Beuys dans les années 1970 : tout est art, chaque aspect de la vie peut être abordé de façon créative et chacun a donc le potentiel d'être artiste. Beuys y voit une société utopique où la vie elle-même est une sculpture que tout le monde contribue à modeler.

Quel est le lien entre Joseph Beuys et la Crimée ?

Engagé volontaire dans la Luftwaffe en 1940, Beuys sert comme radio et mitrailleur de bord, notamment en Crimée, où son appareil s'écrase en 1944. Le Centre Pompidou rapporte au conditionnel le récit qui a nourri sa mythologie personnelle : il aurait été sauvé par des Tatars qui l'auraient enroulé dans des couvertures de feutre.

Pourquoi Beuys a-t-il été renvoyé de l'académie de Düsseldorf ?

En octobre 1972, il fait « occuper » le secrétariat de l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf afin d'obtenir l'inscription de candidats dont la demande avait été rejetée. Il est licencié sans préavis de son poste de professeur de sculpture monumentale, qu'il occupait depuis 1961 ; le litige se règle par une transaction en 1978.

En quoi consiste le projet « 7000 Eichen » ?

Lancé à la documenta 7 de Kassel en 1982 sous le mot d'ordre « Stadtverwaldung statt Stadtverwaltung », il consistait à planter sept mille arbres dans la ville sur cinq ans. La Tate le présente comme une sculpture sociale posant des questions d'urbanisme et d'environnement ; le dernier arbre a été planté en 1987 par le fils de l'artiste, Wenzel.

Que s'est-il passé pendant l'action « I Like America and America Likes Me » ?

En mai 1974, à la galerie René Block de New York, Beuys cohabite trois jours avec un coyote. Le Centre Pompidou y lit une tentative de réconciliation symbolique entre la société occidentale et un animal sacré pour certaines populations amérindiennes, et une invitation faite aux États-Unis à affronter le massacre des peuples autochtones.