Exposition Paris

Exposition Julie Mehretu

Peintre et graveuse née à Addis-Abeba en 1970, Julie Mehretu construit des toiles de plusieurs mètrès où des plans d’architecture, des grilles urbaines et des cartes servent de socle à des rafales de traits, de courbes et de couleurs.

Qui est Julie Mehretu ?

Julie Mehretu naît à Addis-Abeba en 1970, d’un père éthiopien professeur de géographie et d’une mère américaine enseignante.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Julie Mehretu dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

D’Addis-Abeba à East Lansing

Julie Mehretu naît à Addis-Abeba en 1970, d’un père éthiopien professeur de géographie et d’une mère américaine enseignante. La famille quitte l’Éthiopie en 1977 pour fuir les troubles politiques et s’installe à East Lansing, dans le Michigan, où le père rejoint la Michigan State University. Cette trajectoire d’exil précoce, entre un continent et un autre, imprègne durablement une œuvre qui traite les villes, les frontières et les circulations de populations comme sa matière première.

Dakar, Providence, Houston: une formation en trois temps

Après une licence obtenue au Kalamazoo College, dans le Michigan, elle passe une année universitaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal. Elle rejoint ensuite la Rhode Island School of Design, à Providence, où elle suit le cursus conjoint peinture et gravure et décroche un master en beaux-arts en 1997. Elle enchaîne aussitôt avec le Core Residency Program du Museum of Fine Arts de Houston, résidence qui lui offre un atelier, une bourse et une exposition. Ce parcours explique la place que l’estampe occupe, dès l’origine, à côté de la peinture.

New York, Berlin et le passage à l’échelle monumentale

Installée à New York depuis 1999, Mehretu y devient rapidement l’une des peintres les plus commentées de sa génération. Elle est artiste en résidence au Studio Museum in Harlem en 2001, puis au Walker Art Center de Minneapolis en 2003, où elle travaille avec une trentaine de lycéennes originaires d’Afrique de l’Est. Au printemps 2007, la bourse Guna S. Mundheim de l’American Academy in Berlin la conduit en Allemagne: de ce séjour naît la série «  Grey Area », sept peintures commandées par la Deutsche Guggenheim qui prennent Berlin comme terrain d’une histoire faite de destructions et de reconstructions. La même période voit la réalisation de «  Mural » pour le hall du siège de Goldman Sachs à New York.

Quand l’image de presse entre dans la peinture

Vers 2011, sa manière change: aux relevés d’architecture se substituent des photographies d’événements violents ou catastrophiques, retravaillées et brouillées sous Photoshop avant d’être projetées puis recouvertes de gestes à l’encre et à l’acrylique. «  Mogamma (A Painting in Four Parts) », présenté à la documenta 13 en 2012, emprunte son titre au bâtiment administratif de la place Tahrir au Caire. Suivent «  Conjured Parts (eye), Ferguson » en 2016, référence aux émeutes du Missouri, puis «  Hineni (E. 3:4) » en 2018, construit à partir d’images d’incendies. La toile reste abstraite, mais elle garde la trace, sous ses couches, d’une actualité identifiable.

La rétrospective de 2021 et les chantiers récents

Le Whitney Museum of American Art et le Los Angeles County Museum of Art coproduisent la première grande rétrospective de l’artiste: une trentaine de peintures et une quarantaine d’œuvres sur papier couvrant la période 1996-2020, réunies par Christine Y. Kim pour le LACMA et Rujeko Hockley pour le Whitney. Après une étape au High Museum of Art d’Atlanta à l’automne 2020, l’exposition est montrée à New York du 25 mars au 8 août 2021. La décennie suivante s’ouvre sur «  Ensemble » au Palazzo Grassi de Venise en 2024, «  Transcore of the Radical Imaginatory » au MCA de Sydney en 2024-2025, puis un ensemble inédit présenté chez Marian Goodman à New York au printemps 2026, accompagné d’une pièce chorégraphique de John Jasperse.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’encre et à l’acrylique sur toile, dessin à l’encre sur papier, estampe (photogravure, aquatinte, eau-forte, lithographie).

Techniques: couche de fond constituée de plans d’architecture, de grilles urbaines et de cartes, superposition de strates séparées par des couches de résine ou de médium transparent, effacement et ponçage partiel de la surface, procédé mis au point avec la série «  Grey Area », images photographiques d’actualité floutées et déformées sous Photoshop, puis reportées sur la toile, collaborations avec des ateliers d’estampe (BORCH Editions à Copenhague, Highpoint Editions, Crown Point Press, Gemini G.E.L.).

Motifs récurrents: espaces publics mondialisés: stades, aéroports, musées, migrations et déplacements de populations, capitalisme financier et pouvoir institutionnel, mouvements de libération africains et leurs symboles, villes détruites et reconstruites, mémoire urbaine, frontière entre abstraction et figuration.

Une peinture de Julie Mehretu au Centre Pompidou

Le Musée national d’art moderne conserve «  Hineni (E. 3:4) », grande toile à l’encre et à l’acrylique datée de 2018, entrée dans les collections par un don de George Economou en 2019; la notice du Centre Pompidou rappelle qu’elle a été construite en croisant sous Photoshop des images d’incendies. La recherche par auteur dans le catalogue en ligne du musée renvoie six œuvres attribuées à l’artiste. C’est le point d’ancrage parisien le plus solide de son travail: une pièce majeure de sa période post-2011, conservée dans une collection publique française.

Trois passages rue du Temple, chez Marian Goodman

Représentée par la galerie Marian Goodman, dont l’antenne parisienne se trouve au 79 rue du Temple, Julie Mehretu y a été montrée à trois reprises. En 2013, «  Mind Breath and Beat Drawings » réunit un ensemble de dessins que la galerie rapproche de l’écriture automatique surréaliste, des dessins mescaliniens d’Henri Michaux et de la calligraphie chinoise. En juin-juillet 2018, elle partage l’espace avec Tacita Dean pour la première exposition réunissant les deux amies, avec des pièces créées pour l’occasion. Au printemps 2022, sa troisième exposition personnelle parisienne présente de nouvelles peintures et deux gravures, et inaugure sa collaboration avec la poétesse Robin Coste Lewis.

Le Palais de Tokyo et la circulation transatlantique

Du 22 octobre 2025 au 15 février 2026, le Palais de Tokyo a réuni une soixantaine d’artistes dans «  ECHO DELAY REVERB: art américain, pensées francophones », exposition consacrée à la réception aux États-Unis des idées de Beauvoir, Foucault, Derrida, Fanon, Césaire, Glissant ou Bourdieu. Julie Mehretu figure dans cette liste, aux côtés de Glenn Ligon, David Hammons, Renée Green ou Cindy Sherman. Sa présence y situe une pratique nourrie de théorie critique, où l’architecture des institutions est autant un motif qu’un objet de contestation.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve «  Hineni (E. 3:4) » (2018), don de George Economou en 2019; six œuvres de l’artiste apparaissent dans le catalogue en ligne.

Galerie Marian Goodman (Paris) — Galerie qui représente l’artiste; expositions rue du Temple en 2013, 2018 (avec Tacita Dean) et 2022.

Palais de Tokyo (Paris) — A inclus Julie Mehretu dans l’exposition collective «  ECHO DELAY REVERB » (22 octobre 2025 – 15 février 2026).

Repères chronologiques

1970 — Naissance à Addis-Abeba, en Éthiopie, d’un père géographe éthiopien et d’une mère américaine enseignante.

1977 — La famille quitte l’Éthiopie pour fuir les troubles politiques et s’installe à East Lansing, dans le Michigan.

1997 — Master en beaux-arts à la Rhode Island School of Design, dans le cursus conjoint peinture et gravure.

1999 — Installation à New York, où elle vit et travaille depuis, selon la notice de The Broad.

2005 — Bourse MacArthur, distinguant des plans picturaux mêlant abstractions géométriques et images iconiques.

2007 — Bourse Guna S. Mundheim de l’American Academy in Berlin, point de départ de la série «  Grey Area ».

2012 — Présentation de «  Mogamma (A Painting in Four Parts) », quatre toiles monumentales, à la documenta 13.

2013-01 — «  Mind Breath and Beat Drawings » à la Galerie Marian Goodman de Paris, du 26 janvier au 16 mars.

2018-06 — Exposition à deux avec Tacita Dean au 79 rue du Temple, à Paris, du 8 juin au 20 juillet 2018.

2019 — «  Hineni (E. 3:4) » entre au Centre Pompidou par un don de George Economou.

2021-03-25 — Ouverture au Whitney Museum de la rétrospective coproduite avec le LACMA, jusqu’au 8 août 2021.

2022-04 — Troisième exposition personnelle parisienne chez Marian Goodman, avec une installation de Robin Coste Lewis.

2024 — «  Ensemble » au Palazzo Grassi de Venise, prélude aux corpus montrés ensuite à Sydney puis à New York.

2025-2026 — Participation à «  ECHO DELAY REVERB » au Palais de Tokyo, du 22 octobre 2025 au 15 février 2026.

2026-04 — «  Our Days, Like a Shadow (a non-abiding hauntology) » chez Marian Goodman à New York, du 14 avril au 6 juin.

Julie Mehretu & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Julie Mehretu à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Peut-on voir une œuvre de Julie Mehretu à Paris ?

Oui, au moins une : le Centre Pompidou conserve « Hineni (E. 3:4) », peinture à l'encre et à l'acrylique de 2018 offerte par George Economou en 2019. Le catalogue en ligne du musée recense six œuvres de l'artiste. Leur présentation en salle dépend toutefois de l'accrochage du moment et n'est pas garantie en permanence.

Quelle galerie représente Julie Mehretu en France ?

La galerie Marian Goodman, dont l'antenne parisienne est située au 79 rue du Temple. Elle y a présenté « Mind Breath and Beat Drawings » en 2013, une exposition partagée avec Tacita Dean en 2018, puis une troisième exposition personnelle au printemps 2022 accompagnée d'une installation de la poétesse Robin Coste Lewis.

Pourquoi ses toiles ressemblent-elles à des plans d'architecture ?

Parce qu'elles en contiennent réellement. Mehretu commence chaque tableau par une structure géométrique tirée de plans de bâtiments, de grilles urbaines ou de cartes, qui sert d'ancrage ; elle superpose ensuite, de façon intuitive, des couches de traits et de taches jusqu'à ce que le fond documentaire devienne à peine lisible.

Que représente la série « Grey Area » ?

Sept peintures réalisées en 2008-2009 pendant son séjour berlinois et commandées par la Deutsche Guggenheim. Elles partent souvent de façades d'immeubles du XIXe siècle détruits pendant la Seconde Guerre mondiale et introduisent un procédé d'effacement : la matière est poncée et soustraite, si bien que les bâtiments semblent en train de disparaître.

À quoi renvoie le titre « Mogamma » ?

Au Mogamma, l'immeuble administratif de la place Tahrir au Caire, à la fois décor de la révolution égyptienne de 2011 et symbole d'une architecture postcoloniale. Le mot signifie aussi « collectif » en arabe et désigne un lieu partagé entre mosquée, synagogue et église. L'ensemble, peint en 2012, compte quatre toiles monumentales montrées à la documenta 13.

Julie Mehretu est-elle éthiopienne ou américaine ?

Les deux : née à Addis-Abeba en 1970, elle arrive aux États-Unis à sept ans lorsque sa famille fuit les troubles politiques éthiopiens, et grandit à East Lansing, dans le Michigan. Les musées américains la désignent comme « American, born Ethiopia » ; elle vit et travaille à New York depuis 1999, avec un séjour à Berlin à la fin des années 2000.