Exposition Paris

Exposition Kader Attia

Né en 1970 à Dugny, en Seine-Saint-Denis, Kader Attia partage sa vie entre Paris et Berlin et construit depuis la fin des années 1990 une œuvre qui interroge l’aliénation culturelle et la quête d’identité.

Qui est Kader Attia ?

Kader Attia naît en 1970 à Dugny, en Seine-Saint-Denis, et grandit en passant de la banlieue parisienne à l’Algérie.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Kader Attia dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Dugny, l’Algérie et deux cultures pour point de départ

Kader Attia naît en 1970 à Dugny, en Seine-Saint-Denis, et grandit en passant de la banlieue parisienne à l’Algérie. Le Centre Pompidou décrit un «  environnement multiculturel qui a forgé sa personnalité » et nourri une production artistique éclectique commencée à la fin des années 1990. Cette expérience d’une vie tenue entre deux cultures n’est pas chez lui un décor biographique: elle est le point de départ méthodologique d’une pratique qui confronte les esthétiques et les éthiques de cultures distinctes, et qui examine les répercussions de l’hégémonie culturelle occidentale et du colonialisme sur les sociétés non occidentales.

Duperré, les Arts décoratifs, Barcelone: une formation parisienne

Avant de se former, Kader Attia passe plusieurs années au Congo et en Amérique du Sud. Ses études se déroulent ensuite à l’École supérieure des arts appliqués Duperré et à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, toutes deux à Paris, puis à l’Escola Massana, Centre d’Art i Disseny de Barcelone. Sa première exposition personnelle a lieu en 1996 en République du Congo. La reconnaissance internationale suit avec la 50e Biennale de Venise en 2003, dOCUMENTA 13 en 2012, la 8e Biennale de Lyon en 2015, la 5e Biennale de Marrakech et Dak’Art en 2016.

La réparation, concept central d’une œuvre

Depuis le début des années 2000, Attia mène une recherche suivie sur la réparation. Au cours de voyages en Afrique et de visites dans les réserves de grands musées occidentaux, il constate que les objets et masques cassés étaient couramment réparés par leurs détenteurs africains, mais que ces réparations n’étaient ni inventoriées ni exposées. Dans «  The Repair (La Réparation) », installation photographique de 2012 acquise par le Musée national d’art moderne en 2014, il questionne cet «  ordre établi par l’Occident » en confrontant ces objets réparés aux visages des «  Gueules cassées » de la Première Guerre mondiale. Le Palais de Tokyo résume ce postulat: de la culture à la nature, du genre à l’architecture, tout système de vie est un processus infini de réparation.

2016: le prix Marcel Duchamp et le portrait de l’artiste en rebouteur

Le jury du prix Marcel Duchamp se réunit le 18 octobre 2016 et distingue Kader Attia parmi quatre nommés — avec Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo. Le président du jury, Bernard Blistène, salue une réflexion sur l’opposition entre conscience individuelle et collective menée à partir de la métaphore de la perte qu’incarne la notion de «  membre fantôme », et décrit «  un portrait de l’artiste en rebouteur ». Les nommés étaient présentés au Centre Pompidou dans l’exposition «  Prix Marcel Duchamp 2016: Les Nommés », du 12 octobre 2016 au 30 janvier 2017.

Commissaire: la 12e Biennale de Berlin, «  Still Present! »

L’artiste devient aussi commissaire. La 12e Biennale d’art contemporain de Berlin se tient du 11 juin au 18 septembre 2022 sous son commissariat, avec une équipe artistique réunissant Ana Teixeira Pinto, Đỗ Tường Linh, Marie Helene Pereira, Noam Segal et Rasha Salti. Intitulée «  Still Present! », l’édition prolonge à l’échelle d’une manifestation internationale les questions que l’œuvre d’Attia travaille depuis vingt ans: les héritages du colonialisme, la violence des systèmes économiques et la possibilité d’une réparation collective. Il est le premier artiste à diriger seul la Biennale de Berlin depuis l’édition de 2012.

La pratique en bref

Médiums: installation, sculpture, film et essai filmé, photographie et installation photographique, collage, maquette et architecture.

Techniques: moulage de corps en papier d’aluminium alimentaire, projection de diapositives couleur associée à des fichiers numériques, modelage de denrées alimentaires (couscous) en maquette urbaine, couture et agrafage de matériaux blessés (calebasses cousues, toiles surfilées), triptyque vidéo.

Motifs récurrents: la réparation comme processus infini, le membre fantôme et la perte, aliénation culturelle et quête d’identité, mémoire coloniale et héritages de l’occupation française en Algérie, les emprunts non crédités de l’architecture moderne aux formes extra-occidentales, trauma individuel et trauma collectif.

Une formation et un ancrage parisiens

L’attache parisienne de Kader Attia est d’abord scolaire: il étudie à l’École supérieure des arts appliqués Duperré puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, deux établissements parisiens, avant Barcelone. Le Centre Pompidou enregistre Paris, avec Berlin, comme lieu de résidence et d’activité de l’artiste, et le musée du Louvre le présente comme vivant et travaillant à Paris et à Berlin. Ce n’est donc pas une ville d’exposition ponctuelle mais l’un des deux points d’appui permanents de son travail.

La Colonie, une agora près de la gare du Nord

En 2016, Attia crée à Paris La Colonie, un espace conçu comme une agora ouverte aux discussions et au partage d’idées, appelant à une décolonisation des populations mais aussi des savoirs et des attitudes. Le lieu, situé près de la gare du Nord, fonctionnait sans subvention publique et se finançait par son bar et son café. La crise sanitaire l’a mis à l’arrêt: en juillet 2020, l’artiste annonce sa fermeture au Art Newspaper, se disant «  heartbroken » et cherchant un nouvel espace, plus petit, du côté de la banlieue parisienne.

Deux musées parisiens: Pompidou et le Louvre

Le Musée national d’art moderne conserve deux œuvres de l’artiste, «  Ghost » (2007) et «  The Repair (La Réparation) » (2012, achetée en 2014), et c’est au Centre Pompidou qu’étaient exposés les quatre nommés du prix Marcel Duchamp 2016 qu’il a remporté. Au Louvre, la relation est plus intime encore: c’est adolescent, devant les chefs-d’œuvre des frères Le Nain et de Georges de La Tour, qu’il connaît sa révélation d’artiste. De 2024 à l’été 2026, il y dispose d’un atelier comme «  Hôte du Louvre ».

Où voir ses œuvres

Musée du Louvre (Paris) — Hôte du Louvre de 2024 à l’été 2026 (atelier dans le musée); exposition «  Les Hôtes du Louvre: Kader Attia et Elizabeth Peyton » annoncée du 24 septembre au 14 décembre 2026, aile Sully, salle de la Chapelle, avec un film et une installation de l’artiste; invité du cycle «  Leçons d’artiste » du 3 avril au 25 septembre 2025.

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Deux œuvres en collection, «  Ghost » (2007) et «  The Repair (La Réparation) » (2012, achat 2014, AM 2014-688); exposition des nommés du prix Marcel Duchamp 2016 du 12 octobre 2016 au 30 janvier 2017.

Palais de Tokyo (Paris) — Notice d’artiste au Palais de Tokyo, qui documente sa démarche et la fondation de La Colonie.

La Colonie (Paris) — Espace fondé par l’artiste en 2016 près de la gare du Nord, fermé en 2020; lieu de programmation décoloniale plutôt que salle d’exposition classique.

Galerie mor charpentier (Paris) — Galerie qui représente l’artiste et a inauguré sa nouvelle adresse du Marais avec son solo show «  Pluvialité » en 2024.

Repères chronologiques

1970 — Naissance à Dugny, en Seine-Saint-Denis, de nationalité française.

1996 — Première exposition personnelle, en République du Congo.

2003 — Participation à la 50e Biennale de Venise, début de la reconnaissance internationale.

2012 — Participation à dOCUMENTA 13, à Cassel, et réalisation de «  The Repair (La Réparation) ».

2014 — Achat de «  The Repair (La Réparation) » par le Musée national d’art moderne (AM 2014-688).

2016 — Création à Paris de La Colonie, agora dédiée à la pensée décoloniale, près de la gare du Nord.

2016-10-18 — Le jury présidé par Bernard Blistène lui attribue le prix Marcel Duchamp 2016.

2020 — Fermeture de La Colonie, faute de ressources après l’arrêt lié au Covid-19.

2022-06-11 — Ouverture de la 12e Biennale de Berlin, «  Still Present! », dont il est le commissaire, jusqu’au 18 septembre.

2024 — Début de sa résidence d’«  Hôte du Louvre », avec un atelier dans le musée, et solo show «  Pluvialité » chez mor charpentier à Paris.

2025 — Troisième invité du cycle «  Leçons d’artiste » du Louvre, du 3 avril au 25 septembre.

2026-09-24 — Ouverture annoncée de l’exposition «  Les Hôtes du Louvre: Kader Attia et Elizabeth Peyton », jusqu’au 14 décembre.

Kader Attia & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Kader Attia à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Que désigne la « réparation » chez Kader Attia ?

C'est le concept central de son travail depuis le début des années 2000. En voyageant en Afrique et en visitant les réserves de musées occidentaux, il observe que les objets et masques cassés étaient couramment réparés, mais jamais inventoriés ni montrés à ce titre. Il en tire une critique de l'« ordre établi par l'Occident » et étend la notion au corps et à la mémoire : tout système de vie est un processus infini de réparation.

Pourquoi Kader Attia a-t-il reçu le prix Marcel Duchamp 2016 ?

Le jury, réuni le 18 octobre 2016, l'a distingué parmi quatre nommés — Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo — pour l'ambition de son propos, la diversité de son approche et la pertinence de son œuvre. Bernard Blistène, président du jury, a évoqué la métaphore de la perte incarnée par la notion de « membre fantôme » et un « portrait de l'artiste en rebouteur ».

Qu'était La Colonie, l'espace parisien de Kader Attia ?

Créée en 2016 près de la gare du Nord, La Colonie était une agora ouverte aux discussions et au partage d'idées, appelant à décoloniser non seulement les populations mais aussi les savoirs et les attitudes. Ne recevant aucune subvention publique, elle vivait des recettes de son bar et de son café ; la crise du Covid-19 a entraîné sa fermeture, annoncée en juillet 2020.

Quelles œuvres de Kader Attia peut-on voir dans une collection publique parisienne ?

Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, conserve deux œuvres : « Ghost » (2007), assemblée de figures féminines en prière moulées en papier d'aluminium alimentaire et laissées vides, et « The Repair (La Réparation) » (2012), installation photographique de quinze minutes achetée en 2014 sous le numéro d'inventaire AM 2014-688. Leur présentation dépend des accrochages en cours.

Pourquoi Kader Attia a-t-il modelé une ville en couscous ?

« Untitled (Ghardaïa) », réalisée en 2009 et conservée à la Tate, reproduit en couscous la cité algérienne de Ghardaïa. La maquette alimentaire, périssable, met en regard l'architecture mozabite et les architectes modernes qui s'en sont inspirés, et pose la question de ce que l'Occident emprunte sans le créditer aux cultures qu'il a colonisées.

Kader Attia a-t-il été commissaire d'exposition ?

Oui. Il a assuré le commissariat de la 12e Biennale d'art contemporain de Berlin, du 11 juin au 18 septembre 2022, intitulée « Still Present! », entouré d'une équipe artistique réunissant Ana Teixeira Pinto, Đỗ Tường Linh, Marie Helene Pereira, Noam Segal et Rasha Salti. Il est le premier artiste à diriger seul cette biennale depuis l'édition de 2012.