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Cette page sert surtout à situer Kara Walker dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Kara Walker, née en 1969 à Stockton en Californie et installée à New York, a imposé un langage plastique reconnaissable entre tous: de grandes silhouettes de papier noir découpé, collées à même le mur, où des figures du Sud d’avant la guerre de Sécession s’enlacent, s’agressent et se dévorent.
Kara Walker naît en 1969 à Stockton, en Californie, et déménage à treize ans pour Stone Mountain, en Géorgie.
Cette page sert surtout à situer Kara Walker dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Kara Walker naît en 1969 à Stockton, en Californie, et déménage à treize ans pour Stone Mountain, en Géorgie. Le Broad rapporte qu’elle y fait l’expérience d’un racisme et d’un sexisme diffus, souvent tus, dans un Sud où, selon ses propres mots, « une nostalgie pour un passé romancé et homogène persiste et conserve tout son ancien pouvoir ». Ce déplacement d’une côte à l’autre, et l’entrée brutale dans une géographie encore hantée par la Confédération, sont le socle biographique de son œuvre. Elle étudie ensuite à l’Atlanta College of Art, où elle obtient son BFA, puis achève sa formation par un MFA à la Rhode Island School of Design.
Kara Walker fait ses débuts new-yorkais en 1994, dans une exposition collective du Drawing Center, avec une installation murale de sept mètrès cinquante environ (vingt-cinq pieds) intitulée « Gone: An Historical Romance of a Civil War as It Occurred b’tween the Dusky Thighs of One Young Negress and Her Heart ». Les figures caricaturales d’avant-guerre y sont découpées dans du papier noir et posées directement sur le mur, engagées dans des interactions violentes et sexuelles. Le Whitney Museum décrit cette apparition comme une réinvention audacieuse de la fabrique des images, où la silhouette découpée, médium poli du XVIIIe siècle, entre dans la peinture. L’œuvre est aujourd’hui documentée dans la collection du Museum of Modern Art, qui met en ligne quatre-vingt-neuf œuvres de l’artiste.
Le Walker Art Center rappelle que la technique de la silhouette plonge ses racines dans le portrait d’ombre victorien, un « art de dames » sentimental, tandis que l’échelle des installations de Kara Walker renvoie aux cycloramas panoramiques populaires après la guerre de Sécession pour représenter les batailles. En croisant ces deux traditions, l’artiste fait du décor une scène de procès. Dans « Endless Conundrum, an African American Anonymous Adventuress » (2001), elle interroge frontalement la façon dont les modernes, de Matisse à Brancusi, ont représenté le corps noir. La galerie Sprüth Magers souligne le déséquilibre volontaire entre l’ornement et le contenu: ce qui se lit d’abord comme une ronde de costumes historiques se révèle, au second regard, un panorama de scènes de violence quasi pornographiques.
Au début des années 2000, Kara Walker met ses silhouettes en mouvement. « Testimony: Narrative of a Negress Burdened by Good Intentions » (2004) est un court film 16 mm muet, où une histoire de maîtrès et d’esclaves est racontée par des marionnettes d’ombre et des cartons de titres. L’installation vidéo à cinq écrans « …calling to me from the angry surface of some grey and threatening sea, I was transported » (2007) projette ses ombres sur des fonds de couleurs intenses, avec une bande-son de musique country du Sud, et relie l’esclavage américain à des événements contemporains comme le génocide de 2003 au Darfour. En 2014, elle réalise sa première sculpture in situ, « A Subtlety, or the Marvelous Sugar Baby », dans l’ancienne raffinerie Domino de Brooklyn.
En 1997, à vingt-huit ans, Kara Walker devient l’une des plus jeunes lauréates de la bourse MacArthur, la fameuse « genius grant »; la même année, l’artiste afro-américaine Betye Saar attaque publiquement son travail, jugé « révoltant et négatif » et fait « pour l’amusement et l’investissement de l’establishment artistique blanc ». En 2002, elle représente les États-Unis à la Biennale de São Paulo; en 2012, elle est élue à l’American Academy of Arts and Letters. Les institutions lui confient ensuite des commandes de très grande échelle: la Hyundai Commission du Turbine Hall de la Tate Modern en 2019, puis, au Kunstmuseum Basel en 2021, l’ouverture de son archive personnelle avec plus de six cents dessins d’atelier.
Médiums: silhouettes en papier noir découpé appliquées au mur, dessin et œuvres sur papier, peinture et collage, estampe, film 16 mm, installation vidéo multi-écrans, théâtre d’ombres et marionnettes, sculpture in situ et fontaine monumentale.
Techniques: découpe de silhouettes posées directement sur la cimaise, à l’échelle de la salle, reprise du dispositif panoramique du cyclorama d’après-guerre de Sécession, projection lumineuse plaçant l’ombre du visiteur dans la scène, animation d’ombres et cartons de titres au format du cinéma muet, polystyrène recouvert de sucre blanc, sucre coulé et résine (A Subtlety, 2014), structure en liège, bois et métal recouverte d’un composite acrylique-ciment non toxique (Fons Americanus, 2019).
Motifs récurrents: esclavage et Sud des États-Unis d’avant la guerre de Sécession, violence raciale et sexuelle, stéréotypes et caricature du corps noir, genre et désir, récits nationaux et écriture de l’histoire, traite transatlantique et héritage des empires, spectacle de la douleur des corps noirs.
Paris a accueilli la première grande rétrospective muséale consacrée à Kara Walker. « Kara Walker: My Complement, My Enemy, My Oppressor, My Love », organisée par le Walker Art Center de Minneapolis sous la direction de Philippe Vergne et Yasmil Raymond, en étroite collaboration avec l’artiste, y est créée du 17 février au 13 mai 2007, puis présentée à l’ARC / Musée d’art moderne de la ville de Paris du 20 juin au 9 septembre 2007. Paris est ainsi la deuxième étape de la tournée, et sa seule étape hors des États-Unis, avant le Whitney Museum of American Art de New York (11 octobre 2007 – 3 février 2008) et le Hammer Museum de Los Angeles (17 février – 11 mai 2008).
L’exposition rassemblait un ensemble d’une ampleur inédite pour l’artiste: silhouettes de papier noir de dimension murale, animations filmées, et plus d’une centaine d’œuvres sur papier selon le Walker Art Center; le Whitney, qui l’a reprise à l’automne suivant, dénombre plus de deux cents peintures, dessins, collages, théâtrès d’ombres, projections lumineuses et animations vidéo. Le public parisien découvrait donc en une seule fois l’ensemble des registres de Kara Walker, du mur au film, à un moment où son travail n’avait encore fait l’objet d’aucune grande synthèse muséale, même aux États-Unis.
Musée d’Art Moderne de Paris (ARC) (Paris) — Seule étape européenne de la rétrospective « My Complement, My Enemy, My Oppressor, My Love », du 20 juin au 9 septembre 2007
Walker Art Center (Minneapolis) — Organisateur de la première rétrospective muséale américaine de l’artiste, du 17 février au 13 mai 2007
Whitney Museum of American Art (New York) — Troisième étape de la même rétrospective, du 11 octobre 2007 au 3 février 2008
Tate Modern (Londres) — Hyundai Commission 2019: la fontaine « Fons Americanus » occupe le Turbine Hall du 2 octobre 2019 au 7 février 2021
Kunstmuseum Basel (Bâle) — « A Black Hole is Everything a Star Longs to Be », du 5 juin au 26 septembre 2021, plus de 600 dessins d’atelier, commissariat d’Anita Haldemann
1969 — Naissance à Stockton, en Californie; l’artiste s’installe à treize ans à Stone Mountain, en Géorgie
1994 — Débuts new-yorkais au Drawing Center avec l’installation murale « Gone: An Historical Romance… »
1997 — À vingt-huit ans, l’une des plus jeunes lauréates de la bourse MacArthur; polémique lancée par Betye Saar
2002 — Représente les États-Unis à la Biennale de São Paulo
2007-02-17 — Ouverture au Walker Art Center de la première rétrospective muséale américaine qui lui est consacrée
2007-06-20 — Étape parisienne de la rétrospective à l’ARC / Musée d’art moderne de la ville de Paris, jusqu’au 9 septembre
2012 — Élection à l’American Academy of Arts and Letters
2014 — « A Subtlety, or the Marvelous Sugar Baby » dans l’ancienne raffinerie Domino de Brooklyn, avec Creative Time
2019-10-02 — Inauguration de « Fons Americanus » dans le Turbine Hall de la Tate Modern, Hyundai Commission
2021 — « A Black Hole is Everything a Star Longs to Be » au Kunstmuseum Basel, plus de 600 dessins d’atelier
2025-2026 — Exposition personnelle « and the Museum of Half-remembered Histories » chez Sprüth Magers à Berlin
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Kara Walker à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Parce que la silhouette est une technique polie, héritée du portrait d'ombre victorien pratiqué comme un « art de dames », et que ce raffinement rend d'autant plus violent ce qu'elle donne à voir : des scènes d'esclavage, de domination sexuelle et de caricature raciale. L'échelle des installations renvoie, elle, aux cycloramas panoramiques d'après la guerre de Sécession.
Oui. Sa rétrospective « My Complement, My Enemy, My Oppressor, My Love », organisée par le Walker Art Center, a été présentée à l'ARC / Musée d'art moderne de la ville de Paris du 20 juin au 9 septembre 2007. C'était la seule étape de la tournée hors des États-Unis, entre Minneapolis et le Whitney Museum de New York.
C'était sa première sculpture in situ, produite par Creative Time au printemps 2014 dans l'ancienne raffinerie Domino Sugar de Brooklyn : une femme-sphinge monumentale en polystyrène recouvert de sucre blanc, entourée de treize garçons couleur mélasse en sucre coulé ou en résine, en hommage aux artisans non payés de l'industrie sucrière.
Une fontaine en état de marche de treize mètrès de haut, installée dans le Turbine Hall en 2019 pour la Hyundai Commission. Elle détourne le Victoria Memorial dressé devant Buckingham Palace : au lieu de célébrer l'Empire britannique, elle relie par l'eau les histoires de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Europe et la traite transatlantique.
En 1997, l'année même de sa bourse MacArthur, l'artiste Betye Saar a publiquement jugé son travail « révoltant et négatif » et fait « pour l'amusement et l'investissement de l'establishment artistique blanc ». Le débat porte sur le fait de rejouer des images caricaturales du corps noir pour en dénoncer la persistance.
La Tate conserve notamment « The Keys to the Coop » (1997), « Grub for Sharks: A Concession to the Negro Populace » (2004) et le film « 8 Possible Beginnings » (2005). Le Museum of Modern Art de New York met en ligne quatre-vingt-neuf œuvres de l'artiste, dont l'installation fondatrice « Gone » de 1994.