Exposition Paris

Exposition Hokusai

Katsushika Hokusai (1760-1849) a passé presque toute sa vie à Edo, l’actuelle Tokyo, et il y a fait basculer l’estampe japonaise vers un genre qu’elle ne cultivait guère: le paysage.

Qui est Hokusai ?

Hokusai naît en 1760 à Edo, la ville où il mourra en 1849, et où se déroule l’essentiel de sa carrière.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Hokusai dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un enfant d’Edo entré par l’atelier de gravure

Hokusai naît en 1760 à Edo, la ville où il mourra en 1849, et où se déroule l’essentiel de sa carrière. Il grandit dans le district de Honjō, sur la rive orientale de la Sumida, dans une zone alors rurale appelée Katsushika — nom qu’il reprendra plus tard comme patronyme d’artiste. Adopté enfant par un oncle fabricant de miroirs, il entre vers 1773-1774 en apprentissage dans un atelier de xylographie, filière ordinaire de formation pour les illustrateurs d’Edo, puis intègre en 1778 l’atelier de Katsukawa Shunshō, spécialiste des portraits d’acteurs de kabuki réputé pour la qualité de ses coloristes.

Shunrō, Sōri, Hokusai, Taitō, Iitsu, Manji: une vie sous cent vingt noms

Peu d’artistes ont autant morcelé leur signature. Six noms principaux scandent les grandes phases du parcours: Katsukawa Shunrō de 1779 à 1794, Sōri II de 1795 à 1798, Hokusai — «  atelier du Nord », en hommage à la divinité Myōken associée à l’étoile polaire — à partir de 1799, Taitō de 1811 à 1819, Iitsu de 1820 à 1835, enfin Manji ou Gakyō Rōjin Manji, «  le vieillard fou de peinture », de 1834 à sa mort. Ces changements ne sont pas des caprices: ils accompagnent des ruptures d’école, des passages d’âge et des changements de commande. Les inscriptions portées sur les épreuves les enregistrent, ainsi la signature «  Hokusai aratame Iitsu fude » relevée sur l’épreuve de la Grande Vague conservée à l’Art Institute of Chicago.

1830: le paysage devient le sujet

L’Art Institute of Chicago situe le début des «  Trente-six vues du mont Fuji » en 1830, alors que Hokusai a soixante-dix ans, et voit dans cette série ce qui a installé durablement la vogue de l’estampe de paysage. Le musée Guimet analyse la même bascule côté japonais: l’ukiyo-e, né pour populariser acteurs, courtisanes et lieux de plaisir, gagne avec Hokusai un goût nouveau pour le paysage, genre ancien hérité de la peinture chinoise mais neuf dans le contexte de l’estampe de la fin d’Edo. Le mont Fuji y est traité de façon extrêmement variée, tantôt central, tantôt réduit à un détail presque anecdotique au fond de la composition.

Le bleu venu d’Europe et l’invention de la série

Le trait le plus frappant des «  Trente-six vues » tient à la couleur: Hokusai y emploie massivement le bleu de Berlin, pigment industriel devenu abordable, pour le ciel et pour l’eau de nombreuses compositions. Ce bleu importé donne à la série son unité chromatique et sa modernité immédiate. L’autre invention est structurelle: penser l’estampe non plus comme une feuille isolée mais comme une suite déclinant un même motif sous toutes ses conditions — saisons, météo, points de vue, distances. Ce format sériel, que Hokusai décline ensuite avec les cascades, les ponts remarquables ou les fleurs et oiseaux, deviendra la norme de l’estampe de paysage japonaise.

Cent vues, un incendie, et le refus de s’arrêter

Après les «  Trente-six vues », Hokusai publie de 1834 à 1835 les «  Cent vues du mont Fuji », album au trait imprimé en délicates teintes de gris, puis des séries illustrant des anthologies poétiques, dont «  Les Cent poèmes expliqués par la nourrice ». En 1839, un incendie ravage son atelier et détruit les travaux accumulés des années précédentes. Dans la dernière décennie il délaisse largement l’estampe pour la peinture, avec la discipline d’un dessin quotidien, et fait en 1845 un dernier voyage à Obuse, dans la province de Shinano. Sa fille Sakae, connue sous le nom d’Ōi, fut elle-même peintre.

La pratique en bref

Médiums: estampe nishiki-e (gravure sur bois polychrome), peinture sur soie et sur papier, dessin et carnets de croquis, illustration de livres imprimés.

Techniques: gravure sur bois polychrome à planches multiples, format ôban yoko-e (environ 25 x 37 cm), emploi du bleu de Berlin pour les ciels et les eaux, surimono et egoyomi (estampes hors commerce à diffusion privée), travail sérié autour d’un motif unique.

Motifs récurrents: le mont Fuji, le paysage et les voies de circulation du Japon, la mer, la vague et la fragilité humaine, ponts remarquables et cascades des provinces, fleurs et oiseaux (kachōga), fantômes et récits populaires, répertoire de gestes et de métiers de la vie d’Edo.

La Vague conservée au musée Guimet

Paris conserve une épreuve de «  Sous la grande vague au large de Kanagawa » au Musée national des arts asiatiques - Guimet, décrite par le musée comme une estampe nishiki-e de 25,5 x 37,5 cm au format ôban yoko-e, datée 1830-1832, époque d’Edo. La notice du musée en fait un tournant majeur de l’histoire de la gravure sur bois japonaise et compare son destin d’image à celui de la Joconde. La section japonaise de Guimet, qui compte environ onze mille œuvres couvrant l’art japonais des origines à l’ère Meiji, constitue le principal ancrage parisien de cette œuvre — la feuille n’étant, comme toute estampe, pas exposée en permanence.

Grand Palais, 2014-2015: cinq cents œuvres en deux volets

La rétrospective parisienne de référence s’est tenue aux Galeries nationales du Grand Palais du 1er octobre 2014 au 18 janvier 2015, organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais. Conçue en deux volets, avec une relâche du 21 au 30 novembre 2014 pour la rotation des œuvres, elle présentait cinq cents pièces dont une grande partie ne devait plus quitter le Japon après l’ouverture du musée Hokusai de Tokyo en 2016. La programmation associée comprenait notamment une rencontre à l’auditorium du Grand Palais consacrée à Hokusai et à l’origine des mangas, le 17 décembre 2014.

Un fonds Hokusai à la Bibliothèque nationale de France

L’autre dépôt parisien important est celui de la Bibliothèque nationale de France: son catalogue général renvoie quatre cent quarante-quatre notices pour lesquelles Hokusai est indexé comme auteur, estampes isolées comprises, tel un «  Hannya riant » gravé sur bois polychrome de 26 x 18,8 cm. Cette présence ancienne des feuilles japonaises dans les collections publiques parisiennes a nourri la curiosité des critiques et collectionneurs français de la seconde moitié du XIXe siècle — Philippe Burty, Théodore Duret, Edmond de Goncourt — et, par ricochet, le japonisme des peintres alors actifs à Paris.

Où voir ses œuvres

Musée national des arts asiatiques - Guimet (Paris) — Conserve une épreuve de «  Sous la grande vague au large de Kanagawa » au sein d’une section japonaise d’environ onze mille œuvres.

Grand Palais, Galeries nationales (Paris) — A accueilli la rétrospective «  Hokusai » du 1er octobre 2014 au 18 janvier 2015, cinq cents œuvres en deux volets.

Bibliothèque nationale de France (Paris) — Son catalogue général compte quatre cent quarante-quatre notices dont Hokusai est l’auteur, estampes japonaises comprises.

Maison de la culture du Japon à Paris (Paris) — Lieu parisien de référence pour les expositions d’art japonais; sa programmation a été vérifiée pour établir l’absence d’exposition Hokusai en cours.

Repères chronologiques

1760 — Naissance à Edo, l’actuelle Tokyo, ville où se déroulera toute sa carrière.

1778 — Entrée dans l’atelier de Katsukawa Shunshō, spécialiste des portraits d’acteurs de kabuki.

1799 — Adoption du nom de Hokusai, «  atelier du Nord », en hommage à la divinité Myōken.

1814 — Publication des premiers volumes de la Hokusai Manga, recueil de croquis et de modèles.

1830 — Début des Trente-six vues du mont Fuji, entreprises à l’âge de soixante-dix ans.

1834-1835 — Publication des Cent vues du mont Fuji, album au trait imprimé en teintes de gris.

1839 — Un incendie ravage son atelier et détruit les travaux des années précédentes.

1849 — Mort à Edo, après une dernière décennie consacrée surtout à la peinture.

1914 — Le Metropolitan Museum of Art fait entrer dans ses collections l’épreuve JP10 de la Grande Vague.

2014-10-01 — Ouverture de la rétrospective Hokusai aux Galeries nationales du Grand Palais, à Paris.

2015-01-18 — Clôture de la rétrospective parisienne du Grand Palais, après cinq cents œuvres présentées.

Galerie

Hokusai & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Hokusai à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Hokusai a-t-il signé sous autant de noms différents ?

Six signatures principales structurent sa carrière : Katsukawa Shunrō, Sōri II, Hokusai à partir de 1799, Taitō de 1811 à 1819, Iitsu de 1820 à 1835, puis Manji jusqu'à sa mort. Chaque changement accompagne une rupture d'école ou un passage d'âge, et les épreuves en gardent la trace : celle de la Grande Vague conservée à Chicago porte la mention « Hokusai aratame Iitsu fude », soit « Iitsu, anciennement Hokusai ».

Où peut-on voir « La Grande Vague » à Paris ?

Le Musée national des arts asiatiques - Guimet conserve une épreuve de « Sous la grande vague au large de Kanagawa », estampe nishiki-e de 25,5 x 37,5 cm au format ôban yoko-e, datée 1830-1832. Comme toute estampe sur papier, elle n'est pas présentée en permanence : la notice du musée signale son état d'exposition, à vérifier avant de se déplacer.

Pourquoi le bleu domine-t-il les Trente-six vues du mont Fuji ?

L'Art Institute of Chicago souligne l'emploi massif, par Hokusai, du bleu de Berlin alors devenu abordable, employé pour le ciel et pour l'eau dans un grand nombre de compositions de la série. Ce pigment importé donne aux Trente-six vues leur unité chromatique reconnaissable et distingue immédiatement la série de la production d'estampes antérieure.

À quel âge Hokusai a-t-il commencé les Trente-six vues du mont Fuji ?

La série a été entreprise en 1830, alors que l'artiste avait soixante-dix ans, selon la notice de l'Art Institute of Chicago. C'est donc une œuvre de vieillesse, et non de jeunesse : elle intervient après plus de cinquante ans de pratique, d'illustration de livres et de changements de nom, et c'est elle qui a établi durablement la popularité de l'estampe de paysage.

Qu'est-ce que la Hokusai Manga et a-t-elle un rapport avec la bande dessinée japonaise ?

À partir de 1814, Hokusai publie sous le nom de Taitō des recueils de croquis, d'études et de modèles destinés aux dessinateurs, qui formeront une encyclopédie imagée du Japon en quinze volumes. Ce sont des manuels de dessin, non des récits en images : le lien avec le manga contemporain relève de l'héritage graphique et du nom, pas d'une filiation narrative directe.

Une grande exposition Hokusai a-t-elle déjà eu lieu à Paris ?

Oui : les Galeries nationales du Grand Palais lui ont consacré une rétrospective du 1er octobre 2014 au 18 janvier 2015, organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais. Conçue en deux volets séparés par une relâche du 21 au 30 novembre 2014, elle réunissait cinq cents œuvres, dont une part importante n'avait plus vocation à quitter le Japon.