Exposition Paris

Exposition Kimsooja

Née le 24 avril 1957 à Daegu, en Corée du Sud, Kimsooja a fait de l’aiguille et du bottari — le baluchon de tissu dans lequel les Coréens nouent leurs affaires — les deux outils d’une œuvre qui tient ensemble la couture, la performance, la vidéo et la lumière.

Qui est Kimsooja ?

Kimsooja obtient un BFA de peinture à l’université Hongik de Séoul en 1980, puis un MFA dans le même département entre 1982 et 1984.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Kimsooja dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De la peinture à l’aiguille: Séoul, puis Paris

Kimsooja obtient un BFA de peinture à l’université Hongik de Séoul en 1980, puis un MFA dans le même département entre 1982 et 1984. En 1984-1985, une bourse d’atelier de lithographie accordée par le gouvernement français l’amène à l’École nationale des beaux-arts de Paris: c’est son premier séjour de travail prolongé en France, et il précède immédiatement le moment où elle commence à exposer à l’échelle internationale. Ses premiers travaux abandonnent le châssis pour les étoffes — couvre-lits de mariage, enveloppes de paquets — d’abord assemblées et cousues, puis suspendues sur des fils ou déployées au sol.

Le bottari, du baluchon domestique au véhicule d’exil

Le bottari est un baluchon fait d’un couvre-lit noué, que les Coréens utilisent pour ranger ou transporter des objets personnels. Kimsooja en fait une forme sculpturale et un condensé de récit: le nouage remplace la couture, l’objet contient sans montrer, et le déplacement devient sa condition normale. En novembre 1997, pour Cities on the Move, elle parcourt 2 727 kilomètrès à travers la Corée juchée sur un camion chargé de bottari colorés, filmée de dos pendant onze jours. Le baluchon cesse alors d’être un motif décoratif pour devenir le véhicule d’une réflexion sur la migration, la mémoire et l’errance.

La femme-aiguille et le principe de non-faire

À partir de 1999, Kimsooja se filme immobile, vêtue de gris, une longue natte dans le dos, au milieu de foules urbaines: c’est A Needle Woman, installation vidéo à quatre projections tournée à Tokyo, Shanghai, Delhi et New York, chaque plan durant six minutes et trente secondes. Le corps de l’artiste y assume littéralement la fonction d’une aiguille traversant l’étoffe humaine de la ville. Cette économie de moyens répond à ce que la Manufacture de Sèvres décrit comme son principe du non-faire, issu d’enquêtes conceptuelles sur la mobilité et l’immobilité, et qui renverse le statut de l’artiste comme acteur prédominant de l’œuvre.

La lumière comme matière: To Breathe et les architectures diffractées

Depuis les années 2000, Kimsooja double le textile d’un second matériau, la lumière. Sous le titre générique To Breathe, elle recouvre les surfaces vitrées de films de diffraction qui décomposent la lumière naturelle en spectres, y ajoute des miroirs au sol et, souvent, l’enregistrement amplifié de sa propre respiration. Le procédé a été déployé au Centre Pompidou-Metz du 26 octobre 2015 au 4 janvier 2016, où le Forum accueillait To Breathe / Mirror Woman et la Galerie 2 l’installation To Breathe: Bottari. Il est devenu permanent à la cathédrale Saint-Étienne de Metz, dont elle a été chargée de concevoir de nouveaux vitraux.

Reconnaissance internationale et céramique de Sèvres

Kimsooja représente la Corée à la 26e Biennale de São Paulo en 1998, puis est l’artiste invitée du Pavillon coréen de la 55e Biennale de Venise en 2013. Résidente de la Cité de la céramique — Manufacture nationale de Sèvres en 2018-2019, elle y traduit le bottari en porcelaine, corps creux dont les fines craquelures évoquent un ventre. En 2024, la ville de Fukuoka lui décerne le Fukuoka Prize dans la catégorie Arts et Culture, saluant une pratique qui, du textile coréen aux installations de lumière colorée, conduit selon le jury à une conscience de l’harmonie et de l’équilibre du monde.

La pratique en bref

Médiums: textile et vêtements collectés, vidéo monobande et multicanal, performance, installation in situ, photographie, films de diffraction et miroirs, porcelaine.

Techniques: couture et nouage de bojagi, empilement et arrimage de bottari, performance immobile filmée de dos, diffraction de la lumière naturelle, captation et amplification du souffle, recouvrement de sol par miroir.

Motifs récurrents: migration et exil, identité et altérité, mémoire individuelle et collective, travail féminin et gestes domestiques, frontière et déplacement, immobilité comme résistance, tissage comme modèle du monde.

1984-1985: l’atelier de lithographie des Beaux-Arts

Le lien de Kimsooja avec Paris commence par un séjour d’étude. En 1984-1985, elle bénéficie d’une bourse d’atelier de lithographie attribuée par le gouvernement français et travaille à l’École nationale des beaux-arts de Paris, juste après son MFA de peinture à Séoul. Le MAC VAL situe précisément là, en 1985, le point de bascule à partir duquel elle commence à exposer au niveau international. La Manufacture de Sèvres, qui l’a accueillie trente ans plus tard, la présente aujourd’hui comme vivant et travaillant entre New York, Paris et Séoul.

2007: de Vitry à l’église Saint-Bernard, un camion de baluchons

En résidence au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC VAL) à Vitry-sur-Seine en 2007-2008, Kimsooja réalise la performance Bottari Truck — Migrateurs. Juchée sur un pick-up Peugeot, elle relie Vitry à l’église Saint-Bernard, à Paris, en passant par les places de la Bastille et de la République. Les baluchons transportés sont cette fois façonnés à partir de vêtements et de draps collectés en France auprès d’Emmaüs. L’image tirée de la performance, un Duraclear en caisson lumineux de 128 × 188,5 × 25,5 cm daté 2007-2009, est entrée dans la collection du Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration.

2009-2024: Nuit Blanche, le métro, la Bourse de Commerce

Paris commande ensuite à Kimsooja des œuvres plutôt qu’elle ne l’expose seulement. Nuit Blanche lui commande en 2009 la vidéo de performance A Needle Woman — Paris. En 2023, la RATP installe de façon pérenne To Breathe dans la salle d’échange de la station Mairie de Saint-Ouen, sur la ligne 14, où des films de diffraction décomposent la lumière sur les parois vitrées surplombant les voies. Du 13 mars au 23 septembre 2024, elle occupe enfin la Bourse de Commerce — Pinault Collection avec la carte blanche To Breathe — Constellation: un miroir couvrant le sol de la Rotonde, plus les 24 vitrines du Passage et le niveau inférieur du musée.

Kimsooja dans les collections et institutions franciliennes

Deux ensembles publics ou privés visibles en Île-de-France portent son travail. Le Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, au Palais de la Porte Dorée, conserve Bottari Truck — Migrateurs, produit avec le MAC VAL. La Pinault Collection détient A Needle Woman, installation à quatre projections de 1999-2000 tournée à Tokyo, Shanghai, Delhi et New York, montrée à la Bourse de Commerce dans l’exposition Le monde comme il va en 2024. À Sèvres, la Cité de la céramique conserve la mémoire de sa résidence de 2018-2019 et l’a exposée en 2023 sous le titre Wrapping the Void.

Où voir ses œuvres

Station de métro Mairie de Saint-Ouen (ligne 14) (Saint-Ouen-sur-Seine) — Installation pérenne To Breathe dans la salle d’échange, commande RATP dévoilée en 2023; accessible librement avec un titre de transport.

Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte Dorée (Paris) — Conserve la photographie en caisson lumineux Bottari Truck — Migrateurs (2007-2009).

Bourse de Commerce — Pinault Collection (Paris) — A accueilli la carte blanche To Breathe — Constellation du 13 mars au 23 septembre 2024 et conserve A Needle Woman.

MAC VAL, Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (Vitry-sur-Seine) — L’a accueillie en résidence d’artiste en 2007-2008 et a coproduit Bottari Truck — Migrateurs.

Cité de la céramique — Sèvres (Sèvres) — Résidence d’artiste en 2018-2019 puis exposition Wrapping the Void en 2023, autour de bottari traduits en porcelaine.

Museum of Contemporary Art Toronto (Toronto) — Présente l’exposition personnelle Dimensions of a Needle du 15 mai au 16 août 2026 — hors de France.

Repères chronologiques

1957-04-24 — Naissance de Kimsooja à Daegu, en Corée du Sud.

1980 — BFA du département de peinture de l’université Hongik, à Séoul.

1984-1985 — Bourse d’atelier de lithographie du gouvernement français, École nationale des beaux-arts, Paris.

1992 — Début de sa résidence d’artiste au MoMA P.S.1 Contemporary Art Center, à New York.

1997 — Cities on the Move: 2 727 kilomètrès à travers la Corée sur un camion chargé de bottari.

1999 — Premiers tournages de A Needle Woman, installation vidéo à quatre projections.

2007 — Performance Bottari Truck — Migrateurs, de Vitry-sur-Seine à l’église Saint-Bernard à Paris.

2009 — Commande de Nuit Blanche à Paris pour la vidéo de performance A Needle Woman — Paris.

2013 — Artiste invitée du Pavillon coréen à la 55e Biennale de Venise avec To Breathe: Bottari.

2015-2016 — Exposition To Breathe au Centre Pompidou-Metz, du 26 octobre 2015 au 4 janvier 2016.

2023 — Installation pérenne To Breathe à la station de métro Mairie de Saint-Ouen, ligne 14.

2024-03-13 — Ouverture de la carte blanche To Breathe — Constellation à la Bourse de Commerce.

2024 — Fukuoka Prize, catégorie Arts et Culture, 34e édition.

2026 — Exposition Dimensions of a Needle au Museum of Contemporary Art Toronto.

Kimsooja & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Kimsooja à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Qu'est-ce qu'un bottari, et pourquoi structure-t-il l'œuvre de Kimsooja ?

Le bottari est un baluchon fait d'un couvre-lit ou d'un bojagi noué, employé en Corée pour ranger ou transporter des affaires personnelles. Kimsooja en fait une sculpture et une métaphore : l'objet contient sans montrer, se transporte, et condense les questions d'exil, de mémoire et d'errance qui traversent son travail depuis les années 1980.

Pourquoi Kimsooja se filme-t-elle toujours de dos et immobile ?

Dans A Needle Woman, elle se tient debout, immobile, vêtue de gris, une longue natte dans le dos, au milieu de foules urbaines filmées à Tokyo, Shanghai, Delhi et New York. Son corps devient l'aiguille qui traverse le tissu humain de la ville, et son anonymat de dos permet au spectateur de prendre sa place plutôt que de la regarder comme un personnage.

Peut-on voir une œuvre de Kimsooja à Paris en dehors des expositions temporaires ?

Oui. La RATP a installé de façon pérenne To Breathe dans la salle d'échange de la station Mairie de Saint-Ouen, sur la ligne 14 : des films de diffraction y décomposent la lumière en spectres colorés sur les parois vitrées qui surplombent les voies. Le Musée national de l'histoire de l'immigration conserve par ailleurs Bottari Truck — Migrateurs.

En quoi consistait sa carte blanche à la Bourse de Commerce en 2024 ?

Du 13 mars au 23 septembre 2024, To Breathe — Constellation a recouvert d'un immense miroir le sol de la Rotonde, renversant l'architecture et faisant se creuser le ciel de la coupole sous les pieds des visiteurs. L'artiste occupait aussi les 24 vitrines du Passage et le niveau inférieur du musée avec des œuvres et installations vidéo.

Que signifie le « non-faire » revendiqué par Kimsooja ?

La Manufacture de Sèvres décrit ce principe comme le fruit d'enquêtes conceptuelles et structurelles sur la performance, menées à travers les notions de mobilité et d'immobilité. Il renverse le statut de l'artiste comme acteur prédominant : l'œuvre découvre ce qui est déjà là — une lumière, une foule, un tissu porté — plutôt qu'elle n'ajoute une forme au monde.

Quelle formation Kimsooja a-t-elle reçue, et quel rôle Paris y a-t-il joué ?

Elle obtient un BFA de peinture à l'université Hongik de Séoul en 1980, puis un MFA dans le même département entre 1982 et 1984. En 1984-1985, une bourse d'atelier de lithographie du gouvernement français l'amène à l'École nationale des beaux-arts de Paris, séjour qui précède immédiatement le début de sa carrière d'exposition internationale.