Exposition Paris

Exposition Lee Ufan

Né en Corée en 1936, Lee Ufan est le théoricien et la figure centrale du Mono-ha, «  l’école des choses », mouvement japonais apparu à la fin des années 1960 qui laisse la pierre, l’acier ou le verre agir tels qu’ils sont plutôt que de les transformer.

Qui est Lee Ufan ?

Lee Ufan naît en Corée en 1936.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Lee Ufan dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De Séoul à Tokyo, la peinture et la philosophie

Lee Ufan naît en Corée en 1936. Il entre au collège des beaux-arts de l’université nationale de Séoul pour y étudier la peinture, mais interrompt ce cursus en 1956 pour gagner le Japon, où il obtient en 1961 un diplôme du département de philosophie de l’université Nihon, à Tokyo. Cette double formation ne se dissout jamais: sa première exposition personnelle, à la Sato Gallery de Tokyo en 1967, coïncide avec la publication de son essai «  L’Esthétique de l’auto-contradiction », examen critique de l’esthétique, de la production culturelle et de l’identité nationale.

Mono-ha, l’école des choses

En 1968, Lee Ufan rencontre Nobuo Sekine, Takamatsu Jirō et Kishio Suga: avec eux se forme le Mono-ha, groupe d’artistes qui partagent au Japon un même langage sculptural entre 1969 et 1974 environ. Né dans un contexte antiautoritaire et anticolonialiste, le Mono-ha privilégie les matériaux physiques bruts, laissés à se disperser, s’appuyer, tomber ou se rompre selon leur situation. Lee en devient le principal théoricien: son texte «  De l’objet à l’être » lui vaut en 1969 un prix de critique à Tokyo. Plutôt que d’affirmer ou de nier son autorité sur l’objet, il répartit les formes dans ce qu’il appelle un système de relations matérielles et physiques qui inclut d’emblée le spectateur.

Relatum, un titre unique pour toute une sculpture

En 1972, Lee Ufan rebaptise Relatum l’ensemble des œuvres qu’il avait réalisées jusque-là, empruntant ce terme à un concept de la philosophie heideggérienne pour dire son intérêt pour les circonstances contingentes; l’usage qu’il en fait se compare à la fréquence de l’«  untitled » chez les minimalistes américains. Les pièces qui portent ce nom procèdent toutes d’une confrontation réglée: «  Relatum (formerly System) », de 1969, aligne six plaques d’acier pliées à angle droit en réponse à l’architecture de la salle; «  Relatum (formerly Language) », de 1971, associe sept coussins épais et souples à de gros blocs de pierre; dans «  Relatum » de 1974, une longue poutre de bois est suspendue au-dessus d’une plaque d’acier.

La peinture comme durée: du point à la ligne

Ses dessins et peintures du milieu des années 1960 annoncent les séries From Point et From Line, qu’il mène jusqu’en 1984: des champs de points ou de traits, exécutés au pigment minéral en suspension dans la colle, où la tension entre le geste et le plan du tableau donne à voir le passage du temps. Nommé professeur à la Tama Art University de Tokyo en 1973, poste qu’il occupe jusqu’en 2007, il revient alors durablement à la peinture et devient une figure centrale du dansaekhwa, l’école monochrome coréenne fondée sur la répétition et le processus. Suivront quatre séries: From Winds (1982-1986), With Winds (1987-1991), Correspondance (1991-2006) et Dialogue, ouverte en 2006.

Terre, feu et céramique

Lee Ufan travaille la céramique depuis les années 1970, mais c’est en 2014 qu’il engage une résidence de deux ans à la Manufacture nationale de Sèvres, en France, où il produit des pièces en terre cuite et en porcelaine. Il y explore le hasard, l’effondrement et le débris à travers l’argile cuite, accueillant la chimie du feu comme un acteur imprévisible et autonome de son processus créatif — un déplacement cohérent avec une œuvre qui a toujours préféré laisser agir la matière plutôt que la soumettre.

Consécration internationale et lieux dédiés

Lee Ufan reçoit le prix de l’UNESCO à la Biennale de Shanghai en 2000, puis le Praemium Imperiale de peinture en 2001. En 2010 ouvre à Naoshima, au Japon, le Lee Ufan Museum, structure semi-enterrée conçue par Tadao Ando qui réunit peintures et sculptures des années 1970 à aujourd’hui dans un vallon entre collines et mer. En 2011, le Guggenheim de New York lui consacre «  Marking Infinity », sa première grande rétrospective aux États-Unis. En 2019, le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden de Washington lui confie l’intégralité ou presque de sa plaza de 4,3 acres pour «  Open Dimension », dix nouvelles sculptures Relatum: première exposition de son travail dans la capitale fédérale, et première fois en quarante-cinq ans d’histoire du musée qu’un seul artiste occupe cet espace.

La pratique en bref

Médiums: sculpture d’installation associant pierre naturelle et plaques d’acier, peinture au pigment minéral en suspension dans la colle sur toile, peinture acrylique sur toile, céramique (terre cuite, porcelaine), écrits critiques, essais et poésie.

Techniques: agencement de matériaux laissés pour l’essentiel non transformés, confrontation d’un matériau naturel, d’un matériau industriel et d’un espace donné, répétition sérielle du point et de la ligne jusqu’à épuisement du geste, commandes in situ répondant à l’architecture du lieu, cuisson céramique où le feu est accepté comme acteur autonome.

Motifs récurrents: la rencontre entre l’objet, l’espace et le spectateur, «  le monde tel qu’il est »: voir l’existence nue de ce qui est devant nous, le vide, l’intervalle et la distance entre deux éléments, le temps et la durée inscrits dans le geste répété, le rapport entre l’homme et la nature.

1971: la Biennale de Paris et l’atelier parisien

Au début des années 1970, alors qu’il est déjà remarqué par les galeries et les musées de Tokyo, Lee Ufan commence à exposer en Allemagne et en France. La Biennale des jeunes de Paris de 1971 est le moment décisif: elle fait connaître le Mono-ha en Europe et le conduit à installer un atelier à Paris la même année. Ce point d’ancrage ne s’est jamais démenti — le Guggenheim le décrivait en 2011 comme partageant sa vie entre Tokyo et Paris, et la fondation Lee Ufan Arles indique qu’il vit et travaille aujourd’hui entre Paris, New York et le Japon.

Enseigner et exposer à Paris

Paris est aussi pour Lee Ufan une ville d’enseignement: il y est professeur invité à l’École nationale supérieure des beaux-arts, situation que le Guggenheim place «  au cours des années 1990 » et que la fondation Lee Ufan Arles date de 1997. La même année, la Galerie nationale du Jeu de Paume lui consacre une exposition personnelle, l’une des grandes étapes européennes de sa reconnaissance. Suivront la Galerie Thaddaeus Ropac en 2009, puis en 2013 une double présence parisienne, au Musée de la Chasse et de la Nature et à la galerie Kamel Mennour, qui le représente ensuite à Paris en 2019 et 2022.

Aux portes de Paris: Versailles en 2014

En 2014, Lee Ufan investit le Château de Versailles, dans la série d’invitations faites à des artistes contemporains au domaine royal. C’est, pour le public francilien, l’occasion la plus spectaculaire d’avoir vu ses Relatum à grande échelle: des pierres et des plaques d’acier confrontées à l’axe et aux perspectives d’un jardin dessiné au XVIIe siècle. Sa galerie parisienne et la fondation qui porte son nom en Arles citent toutes deux cette exposition parmi ses jalons majeurs en France.

Où voir ses œuvres

Palais des Papes (Avignon) — Exposition monographique «  Relatum: Lee Ufan au Palais des Papes », du 3 juillet au 15 novembre 2026, à l’invitation de la Ville d’Avignon, dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée.

Lee Ufan Arles (Arles) — Centre d’art dédié installé dans l’hôtel Vernon, à la fois musée présentant des œuvres historiques et récentes de l’artiste et lieu de programmation; Lee Ufan est lié à Arles depuis une exposition de 2013 dans la chapelle Saint-Laurent-Le Capitole.

Lee Ufan Museum (Naoshima) — Musée monographique semi-enterré conçu par Tadao Ando, ouvert en 2010 sur le Benesse Art Site Naoshima, réunissant peintures et sculptures des années 1970 à aujourd’hui.

Dia Beacon (Beacon, New York) — Présentation longue durée de trois sculptures Mono-ha acquises par la Dia Art Foundation en 2017, complétée en 2026 par huit peintures des années 1970 au début des années 1990 récemment entrées dans la collection.

Mennour (Paris) — Galerie parisienne qui représente Lee Ufan et lui a consacré des expositions personnelles en 2013, 2019 et 2022.

Repères chronologiques

1936 — Naissance en Corée, dans la province du Gyeongsang du Sud

1956 — Interrompt ses études à l’université nationale de Séoul et gagne le Japon

1961 — Diplômé du département de philosophie de l’université Nihon, à Tokyo

1967 — Première exposition personnelle à la Sato Gallery de Tokyo, avec la publication de «  L’Esthétique de l’auto-contradiction »

1968 — Rencontre Nobuo Sekine, Takamatsu Jirō et Kishio Suga: formation du groupe Mono-ha

1969 — Reçoit un prix de critique à Tokyo pour son texte «  De l’objet à l’être »

1971 — Biennale des jeunes de Paris: le Mono-ha est introduit en Europe et l’artiste ouvre un atelier à Paris

1972 — Rebaptise Relatum l’ensemble de ses sculptures antérieures, d’après un concept heideggérien

1973 — Nommé professeur à la Tama Art University de Tokyo, poste qu’il occupe jusqu’en 2007

1997 — Exposition personnelle à la Galerie nationale du Jeu de Paume, à Paris

2000 — Prix de l’UNESCO, décerné dans le cadre de la Biennale de Shanghai

2001 — Reçoit le Praemium Imperiale de peinture, décerné par la Japan Art Association

2010 — Ouverture du Lee Ufan Museum à Naoshima, conçu par l’architecte Tadao Ando

2011 — Rétrospective «  Marking Infinity » au Guggenheim de New York, sa première grande rétrospective américaine

2014 — Exposition au Château de Versailles et début d’une résidence de deux ans à la Manufacture nationale de Sèvres

2019 — «  Open Dimension » au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden de Washington: dix nouvelles sculptures Relatum

2022 — Ouverture de Lee Ufan Arles dans l’hôtel Vernon, avec «  Relatum - Sky underneath » conçu avec Tadao Ando

2026 — «  Relatum: Lee Ufan au Palais des Papes » à Avignon, du 3 juillet au 15 novembre

Lee Ufan & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Lee Ufan à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Qui est Lee Ufan ?

Né en Corée en 1936, Lee Ufan est peintre, sculpteur, poète et philosophe. Formé à la peinture à Séoul puis diplômé de philosophie de l'université Nihon de Tokyo en 1961, il est devenu à la fin des années 1960 le théoricien du Mono-ha japonais, avant de mener en parallèle une œuvre sculptée et une œuvre peinte reconnues sur trois continents.

Qu'est-ce que le Mono-ha, le mouvement dont Lee Ufan est le théoricien ?

Le Mono-ha, « l'école des choses », est un mouvement japonais né dans le contexte antiautoritaire et anticolonialiste de la fin des années 1960 et actif comme groupe entre 1969 et 1974 environ. Il emploie des matériaux physiques bruts laissés à se disperser, s'appuyer, tomber ou se rompre selon leur situation, et refuse la représentation au profit des relations entre matières, espace et perception.

Pourquoi les sculptures de Lee Ufan s'intitulent-elles toutes « Relatum » ?

En 1972, l'artiste a rebaptisé Relatum l'ensemble des sculptures qu'il avait produites jusqu'alors, en empruntant ce terme à un concept de la philosophie heideggérienne pour désigner son intérêt pour les circonstances contingentes. La Dia Art Foundation compare cet usage à la fréquence de la mention « untitled » chez les minimalistes américains.

Quel est le lien de Lee Ufan avec Paris ?

La Biennale des jeunes de Paris de 1971, qui introduit le Mono-ha en Europe, le conduit à ouvrir un atelier à Paris cette même année. Il y a ensuite été professeur invité à l'École nationale supérieure des beaux-arts, a exposé à la Galerie nationale du Jeu de Paume en 1997, au Musée de la Chasse et de la Nature en 2013, et est représenté dans la capitale par la galerie Mennour.

Où peut-on voir des œuvres de Lee Ufan de façon durable ?

Trois lieux lui sont largement consacrés : le Lee Ufan Museum de Naoshima au Japon, conçu par Tadao Ando et ouvert en 2010 ; Lee Ufan Arles, installé dans l'hôtel Vernon, qui présente notamment « Relatum - Sky underneath » et « Relatum - The stage » de 2022 ; et Dia Beacon, dans l'État de New York, qui expose ses sculptures Mono-ha acquises en 2017.

Quelles sont les grandes séries de peinture de Lee Ufan ?

Après From Point et From Line, menées jusqu'en 1984, l'artiste développe quatre autres ensembles picturaux : From Winds entre 1982 et 1986, With Winds entre 1987 et 1991, Correspondance de 1991 à 2006, puis Dialogue, ouverte en 2006 et toujours en cours. Toutes explorent le rapport entre temporalité, geste et espace.